Gabriel Socley né le à Dijon et mort le à l'hôpital psychiatrique de Sarreguemines, est un criminel multirécidiviste français. Il a passé en tout 55 ans enfermé en prison et dans un asile psychiatrique, soit plus des deux tiers de sa vie.

Le , Gabriel Socley assassine Nicole Marescot, 4 ans et demi, à l'aide d'énormes pierres et dissimule son cadavre sous soixante centimètres de terre. L'enquête se tourne directement vers Socley, qui part en prison, en raison de son passé criminel et du fait qu'il ait tenté d'enlever plusieurs fillettes les semaines précédentes, où il tentera se s'évader infructueusement. Le corps de la petite Nicole sera retrouvé le .

L'incrimination de Gabriel Socley lui vaut d'être à la une des journaux, notamment parce qu'elle suivait celle d'une série de viols sur une dizaine de fillettes, entre et , dont il avait été acquitté à l'aide de son avocat, ainsi que celle de deux cambriolages aggravés, en .

Condamné à mort le , Gabriel Socley voit sa condamnation annulée pour vice de forme. Il est réjugé en et condamné aux travaux forcés à perpétuité. Cependant, cette perpétuité sera réduite à 30 ans de travaux forcés, en 1952.

Gabriel Socley est libéré le , mais rechutera, dès sa libération, dans une série de deux agressions sexuelles et d'une tentative d'enlèvement. Déclaré "irresponsable de ses actes", Socley est interné à l'hôpital psychiatrique de Sarreguemines, où il parvient à s'évader, en , avant d'être repris neuf jours plus tard, puis de mourir, dans l'asile même, le .

Cas rare dans les annales judiciaires, l'Affaire Socley recense au total, un assassinat, une dizaine de viols, deux cambriolages aggravés, neuf tentatives d'enlèvement sur sept fillettes différentes, une tentative d'évasion, deux agressions sexuelles, ainsi qu'une évasion ; soit plus d'une vingtaine de faits, commis entre et .

Biographie Jeunesse Gabriel Louis Socley naît le à Dijon. Il est le benjamin d'une fratrie de trois enfants. Son père, Emile Socley, est rentier, propriétaire d'immeubles, à Dijon et possède un esprit scientifique, très spécialisé. Sa mère, Gabrielle Skibis, ne donne aucunement à Gabriel et ses sœurs l'exemple de l'honnêteté. Gabriel et ses sœurs grandissent par l'absence de leur père qui, étant un grand travailleur, n'est jamais présent. Seul garçon du ménage, Gabriel atteint un premier âge maladif, débile, presque désespéré, prématurément.

En 1914, à 7 ans, Gabriel Socley tombe malade en raison du commencement de la Première Guerre mondiale. Il échappe, cependant, à la mort par miracle et est envoyé Grasse. Le jeune Gabriel est placé en convalescence durant plusieurs mois, afin de reprendre des forces. Le diagnostic démontre que Gabriel Socley est proche de l'anorexie. Il est soigné et n'est finalement rendu à sa famille qu'à la fin de l'année 1915.

Début 1919, lors du commencement de l'après-guerre, Gabriel Socley ne souffre plus d'anorexie, mais demeure néanmoins maigre. De caractère craintif, timide et peureux, il est, à l'école, décrit comme étant le "cancre de la classe et du dégénéré". Il n'a alors que 11 ans et est rapidement livré à lui-même, en raison de la solitude qu'il mène de ses journées quotidiennes. Il devient, par la suite, de plus-en-plus passif et fuyard.

Entre janvier et , Gabriel Socley passe ses journées, oisif, solitaire afin de se trouver à distance des autres. Il est décrit comme ayant un "cerveau obtus", "incapable d'apprendre", "ne s'éveille lentement que vers le mal". Le jeune Gabriel fréquente de jeunes délinquants, comme étant "les pires voyous du quartier du Canal", à Dijon. Socley se met à piller, avec eux, les chalands à l'abandon. Il s'amuse à brûler les ailes des pigeons mis en volière dans le jardin paternel et s'aventure seul en campagne, autour de la ville, dénichant tout se qu'il parvient à trouver, afin de ramener son "butin" chez lui.

En , à 14 ans, Gabriel Socley entre à l'Ecole pratique de Dijon. Cependant, Socley est décrit comme étant instable et quitte l'établissement quatorze mois plus tard, en .

En 1924, à 16 ans, Gabriel accepte, par contrainte, d'entrer comme apprenti chez un électricien de la ville, M. Fromhertz. Cependant, Socley est également décrit comme "irrégulier, paresseux, sans scrupules", et quitte son travail rapidement. De nouveau sans travail, Socley ne travaille plus durant les six mois suivants.

En 1925, à 17 ans, Gabriel Socley est embauché par un autre électricien, M. Challet, mais quitte à nouveau son travail après seulement trois semaines. Cependant Mme Socley, furieuse par l'immaturité de son jeune fils, le chasse de la maison et Gabriel se retrouve à la rue, sans domicile. Demeurant toujours seul, Socley se met alors à découvrir une attirance sexuelle envers des fillettes.

Premiers actes criminels En , Gabriel Socley entame une série d'agressions sexuelles sur des fillettes. Les parents des victimes portent plainte, mais, Socley ayant moins de 18 ans, n'est pas inquiété pour le moment. L'adolescent porte une moustache postiche et se livre à des attouchements sur ses victimes. Il échappe à la justice durant plusieurs mois et (bien que la majorité soit fixée à 21 ans à cette époque) atteint finalement ses 18 ans, le .

Le , Gabriel Socley aborde Simone B., dans les cabinets de son immeuble. Socley l'emmène durant près de quinze minutes dans les water-closets. Il lui maintient la main sur la bouche et viole la fillette. Gabriel Socley la relâche et lui donne quatre sous en lui disant de ne pas le dénoncer à sa mère. La fillette parle néanmoins de son agression à son père, René B., qui porte plainte le soir même. Examinée, Simone porte des traces manifestes de violences.

Le , vers 16h, Gabriel Socley aborde Lucienne P., une autre fillette, au n° 5 de la rue de la Manutention. Socley se livre à des attouchements sur la fillette, avant de la relâcher. À la suite de cela, la petite Lucienne P. monte dans sa résidence, au premier étage de l'immeuble. Lorsque la fillette ouvre la porte fermée à clef, Gabriel Socley est alors convaincu que la fillette rentre seule dans la maison. Le lendemain, Socley retourne sur les lieux, vers 16h30. Le jeune homme de 18 ans frappe à la porte et Lucienne lui ouvre. Gabriel Socley tente d'avoir un nouveau rapport sexuel avec la fillette, mais, étant effrayé par le bruit du voisinage, le jeune homme s'abstient et part.

Le , vers 14 h30, Gabriel Socley retourne pour la troisième fois dans l'immeuble. Il frappe de nouveau à la porte, mais Lucienne P. ne répond pas. Intrigué, Socley décide de sortir de fausses clefs et parvient à ouvrir la porte. Le jeune homme visite alors le logement et découvre un petit coffret contenant 115 francs en pièces, derrière une glace. Gabriel Socley dérobe l'argent et sort de la résidence. Une fois son vol terminé, Socley s'achète un revolver, à l'aide de l'argent volé.

Le , Gabriel Socley viole Camille G., 8 ans, alors qu'elle sort de l'école pour se rendre au conservatoire. Socley lui relève ses jupes et la blesse fortement avec ses doigts. A l'arrivée d'un passant, le jeune homme s'enfuit. Léon G., employé au P.-L.-M., dépose plainte en ces termes, entre les mains du commissaire Marceau, pour viol sur mineure de moins de 15 ans, suivi d'agression sexuelle.

Le , vers 11h30, Madeleine, 8 ans, rentre de son école primaire. Gabriel Socley l'aborde, la déshabille, puis la viole. À la suite de cela, Socley lui donne cinq sous et lui demande de l'attendre le soir-même, à 18h, devant le bureau de tabac de la rue Piron, lui promettant de lui donner dix sous. À la suite de son agression, Madeleine arrive chez son oncle, avec sa culotte ensanglantée à la main. Arrivée, la fillette avoue directement à son oncle, qu'elle avait rencontré, dans le couloir de la maison, un jeune homme en pèlerine, qui l'a entraînée dans la cave sous prétexte d'y chercher un sac :

« L'homme m'a ensuite ramenée dans le couloir où il m'avait enlevée. Il m'a donné cinq sous et m'a demandé de l'attendre ce soir-même, à six heures, devant le bureau de tabac de la rue Piron. Il m'a promis de me donner dix sous. »

Imprudent, Gabriel Socley se rend le soir même devant le bureau de tabac. Il croise l'oncle de sa victime, qui lui donne une paire de gifles. Arrêté, Socley est amené au commissariat, afin de subir une garde à vue. Il avoue les faits et part en prison pour la première fois de sa vie.

En , Gabriel Socley est jugé par le Tribunal correctionnel, pour avoir dérobé 115 francs aux parents de Lucienne. Il est condamné à un an de prison. Socley fait appel de cette décision (l'appel n'existant que pour des jugements en tribunal correctionnel jusqu'en 2000).

Le , Gabriel Socley est jugé pour les quatre viols et agressions sexuelles qui lui sont reprochées. Bien que l'avocat général requiert une peine de travaux forcés à perpétuité, il est cependant acquitté grâce à la plaidoirie de son avocat, Maître Gaston Gérard. Il reste néanmoins en prison pour le vol dont il est poursuivi.

Le , il est condamné en appel, à deux ans de prison, pour le vol de la bicyclette dont il était poursuivi. Il a alors 19 ans.

Cambriolages aggravés Le , Gabriel Socley est libéré de prison, après 19 mois de détention. Il promet alors de s'amender et d'abandonner sa vie criminelle, afin de se consacrer à sa jeunesse. A peine âgé de 20 ans, le jeune homme souhaite, avant toutes choses, retrouver du travail. Cependant, aucun établissement ne souhaite embaucher Socley, en raison de ses 19 mois passés en détention. Il se retrouve alors à la rue, sans travail ni argent.

Le , Gabriel Socley s'introduit, en perçant un plafond, dans la bijouterie Lebeau, 6 bis, rue de Suzon, à Dijon, avec la complicité de Jacques D., fils d'un mécanicien du dépôt de Perrigny. Les deux jeunes hommes emportent pour 30.000 francs de bijoux qu'ils décident de cacher au domicile de leurs parents. Socley s'empresse de monnayer une partie du butin réalisé. Avec la complicité d'un repris de justice, Gabriel Socley échafaude un attentat à main armée dans le train rapide Paris-Vintimille. Munis de cagoules et masques à chloroforme, les deux jeunes hommes endorment tous les voyageurs d'un wagon de première classe, afin de les dévaliser.

Dans la nuit du 27 au , Gabriel Socley Jacques D. cambriolent la pharmacie Bollet,112, rue Monge, à Dijon, en emportant une grande quantité de chloroforme. Cependant, l'inspecteur Tupinier qui, le soir du méfait, était présent sur les lieux, décide de déposer un mandat d'arrêt contre Gabriel Socley et Jacques D..

Le , au matin, Gabriel Socley et Jacques D. sont arrêtés et jetés en prison pour vols aggravés. L'inspecteur Tupinier perquisitionne les résidences des deux inculpés et découvre un véritable arsenal de cambrioleur. Des milliers d'objets dérobés sont retrouvés en divers endroits, ainsi que des plans du rocambolesque attentat contre le rapide de Nice.

Le , Gabriel Socley est condamné à 7 ans de travaux forcés pour vol avec violence. Il échappe de peu au Bagne de Cayenne, grâce à la nouvelle plaidoirie de Maître Gaston Gérard. Durant sa détention, à la prison de Melun, Socley est surnommé Gabby la Fille, par ses co-détenus, en raison de sa légère féminité. Emprisonné durant plusieurs années, Gabriel Socley contracte la tuberculose, en 1932.

En , Gabriel Socley sollicite une première demande de libération conditionnelle, après plus de cinq ans de détention. Âgé de 25 ans, le jeune homme dépose cette demande, en raison de la tuberculose dont il est atteint. La demande du condamné et de son avocat est finalement refusée par la justice, en raison du mauvais comportement de Socley, au long de sa détention.

Libération et tentatives d'enlèvements infructueuses