Le sistema del Trave (en français le système du Travé et en asturien el sistema'l Trabe) est une cavité naturelle à dominante verticale qui s'ouvre dans le massif central des Pics d'Europe, commune de Cabrales, communauté autonome des Asturies en Espagne. Le système compte parmi les plus profonds gouffres mondiaux avec une dénivellation totale de 1441 m. Trois entrées, notées T2 (alt. : 1917 m), T10 (alt. : 2042 m) et T13 (alt. : 1975 m), permettent d'accéder au système.
Spéléométrie Le développement de la cavité est de , en , pour une dénivellation de . C'est la la plus profonde d'Espagne (cf. Liste des plus profondes cavités espagnoles) et la mondiale par la profondeur (cf. Liste des plus profondes cavités mondiales).
Documents topographiques
Géologie et spéléogenèse Contexte géologique La structure géologique générale du massif des Pics d'Europe est constituée d'un empilement d'écailles charriées du nord au sud lors de l'orogenèse hercynienne. Sur une puissance d'environ 1000 m, les calcaires dits Caliza de montaña présentent deux formations du Carbonifère appelées Barcaliente (Namurien) et Valdeteja (Westphalien A). Dans le secteur du Travé, les écailles calcaires n'ont qu'une épaisseur d'environ 500 m correspondant à une colonne stratigraphique initiale tronquée de moitié. Le massif est affecté par de grands accidents géologiques, les chevauchements, qui ont parfois joué un rôle dans l'organisation des réseaux. L'inclinaison de ces chevauchements, orientés vers le nord, est de 50° en moyenne.
Le niveau de base local est défini par la vallée du Cares au fond de laquelle on trouve les principaux points d'émergence du massif. La plus importante source est celle du Farfau de la Viña (alt. 320 m), située à 3500 m plus au nord et 280 m plus bas que le fond du système du Travé. Ce qui représente une pente d'environ 8 %, sensiblement la même que celle du collecteur souterrain.
Dans ce système, de nombreux conduits empruntent des plans de chevauchements, notamment entre les cotes -300 et -1050 m. Selon les cas, il s'agit de grandes galeries déclives comme les Toboggans du T13 ou encore de système puits-méandres dont le toit est formé par le plan de chevauchement. Le profile en long de ces puits-méandres présente une pente régulière qui est la même que celle du chevauchement. Les relevés topographiques ont d'ailleurs montré le contrôle du plan de chevauchement dans la spéléogenèse et également permis de préciser son inclinaison à 51° et sa direction à 7° (Cocktail Picos et al., 1999).
Les puits et banquettes de méandre Les chevauchements sont des discontinuités majeures qui ont surtout été exploitées par les anciens écoulements du système du Travé. Initialement, l'eau a emprunté le plan de chevauchement, puis des ressauts et des puits ont érodé le calcaire sous-jacent en créant des séries de puits-méandres. Ces puits-méandres évoluent par érosion régressive, c'est-à-dire en creusant toujours plus profond vers l'amont par recul successif des cascades.. Les puits ont une forme caractéristique dite en éteignoir : ils sont assez étroits au sommet et plus larges à leur base. Ces formes en éteignoir résultent des embruns corrosifs des cascades qui éclaboussent et affectent d'abord les parois situées au bas des puits, tandis que le sommet, qui canalise l'eau, est préservé des aérosols. La forme de conduits la plus intéressante pour l'explorateur est celle des banquettes de méandre qui permettent aux spéléologues de progresser facilement dans un espace plus large. L'érosion étant régressive, des banquettes « remontantes » indiquent une progression vers l'aval. Les spéléologues connaissent bien ces banquettes de méandre à « contre-pente » et peuvent en déduire facilement le sens des écoulements.
Sous-terre, l'utilisation de l'indice géomorphologique des banquettes a été couronnée de succès à maintes reprises, notamment dans le méandre Kourou de la Torca de la Laureola (T10). Dans cette cavité vers - 380 m, on remonte des banquettes sur 30 m de dénivellation sur une distance horizontale de 55 m (Cocktail Picos et al., 1999). Cette remontée a permis de progresser vers le nord pour atteindre le toit du chevauchement et découvrir au-delà le cours fossile emprunté par d'anciennes circulations (capture du méandre Kourou). La liaison entre les gouffres T10 et T13 n'est pas due au hasard, mais résulte d'une ancienne connexion hydrogéologique entre les deux réseaux, au cas particulier, il s'agit d'un phénomène de capture.
Captures hydrogéologiques et plan de chevauchement Le massif des Pics d'Europe sont très exposés au vent d'ouest venus de la mer ; chaque hiver les parties sommitales sont bien enneigées et les eaux infiltrées dans les calcaires alimentent au printemps de puissantes émergences. Le bassin hydrographique régional est relié à l'océan Atlantique par de profonds canyons. Dans les gorges du Cares, le Farfau de la Viña, résurgence présumée du système du Travé, draine environ la moitié du massif central avec un module annuel estimé à (Vidal et al., 1986). Dans les parties hautes du massif, le relief karstique est fortement affecté par un modelé glaciaire et de nombreuses roches moutonnées attestant la présence d'un ancien glacier (Jou Llengu). Toutefois, les grandes discontinuités des calcaires carbonifères sont à l'origine de vastes dépressions appelées jous, alignées selon un axe est-ouest correspondant à celui des chevauchements.
Sous terre, ces accidents tectoniques majeurs ont également joué un rôle dans l'organisation des réseaux, du moins dans la partie supérieure correspondant au transfert vertical des eaux. L'organisation des réseaux, et notamment les différentes captures observées sous terre, montrent que ces accidents géologiques (chevauchements) ont été les premières discontinuités à être exploitées par les circulations souterraines. Les conduits originels qui se développent dans le plan incliné du chevauchement ont une section triangulaire dont un des côtés correspond au toit du conduit .. Ces tout premiers conduits assez étroits ont permis de relier le gouffre T10 à celui du T13. Les anciens écoulements du T10 se poursuivaient au-delà dans le gouffre T13 par une série des toboggans creusés dans le plan de chevauchement.. Les séries de puits-méandre qui se développent plus aval jusqu'à la salle Z sont également contrôlées par le plan de chevauchement. Le réseau du T13 est en fait un cours d'eau souterrain dont le bassin amont a été capturé par ceux du T10. Actuellement, on compte quatre branches hydrogéologiques distinctes dans le système du Travé qui résultent d'au moins trois phénomènes de capture. Il s'agit des captures de Kourou (T10 - Nouvelle branche), des Zéphyrs (T10-T13) et des Miroirs (T2-T13), lesquelles ont permis la réunion des différentes branches en un seul et même système..
Remplissages détritiques Des accumulations importantes de remplissages ont été observées dans les parties profondes du gouffre, notamment dans la Nouvelle branche du T10 qui mène à -1441 m et dans la branche du T2 qui mène à -1381 m. Ces remplissages s'étagent sur environ 200 m de dénivellation au-dessus du niveau du siphon terminal. Seuls, ceux de la branche du T2 (1381 m) ont fait l'objet d'une description.. Ils se présentent comme un empilement de couches de graviers roulés et de limons déposés selon une stratification horizontale. La topographie a montré que ces remplissages étaient contenus dans un volume qui correspond à celui d'un puits vertical. Les lamines des limons correspondent à des phases de décantation, tandis que les couches de graviers roulés attestent de circulations à plus forte compétence. Il faut probablement attribuer ces dépôts sédimentaires à une période ancienne, car des écoulements souterrains postérieurs ont perforé et traversé ces remplissages pour rejoindre plus bas le cours actuel de la rivière souterraine. La salle des Mille-feuilles est entièrement creusée dans les remplissages et constitue l'un des sites les plus remarquables de la cavité.
Historique des explorations 1982 Participants : Joan Erra, Pat Genuite & Alain Nègre. thumb|Vue aérienne, depuis un hélicoptère, du gouffre T2. Son entrée s'ouvre sur le bord (à gauche) de la grande dépression bouchée par un névé. L'entrée historique du système, dite T2, a été découverte en 1982 à la fin du camp spéléologique du Spéléo-club de la Seine (Paris, France), du Groupe spéléologique et de plongée du Camping-club de France (G. S. P. C. C. D. F., Paris) et du Club loisir et plein air (C. L. P. A.) de Montpellier, alors installé près du refuge du Picu Urriellu. En effet, l'exploration de la est terminée et un petit groupe de trois personnes décident de reconnaître une zone vierge de toute prospection, notée Cuetos del Trave (2253 m) sur la carte. Sommairement reconnue, cette zone livre six gouffres intéressants, mais seul celui noté T2 semble résister aux investigations. Son puits d'entrée, dont la profondeur est largement sous-estimée à 200 m, est descendu sur 160 m sans en atteindre le fond. Les pierres jetées dans le gouffre ricochent un temps et s'écrasent au fond du puits ; mais le bruit ne parvient pas très bien depuis le fond, de sorte qu'il est difficile d'en estimer la profondeur.
Sur place, l'équipe apprend des habitants d'Amuesa qu'un groupe de spéléologues espagnols est venu sur la zone et décide de prendre contact avec eux lors du prochain camp.
1983 Participants : Jean-Marc Bérenger, Jean-Yves Bigot, Bernard Bouschet, Fred Courchia, Nicolas Duru, Joan Erra, Bruno Fromento, Pat Genuite, Éric et Hervé Lair, Jean-Luc Naudin, Fabienne Ray & Bernard Vidal (d'après le rapport d'expédition 1983 adressé à la commission des relations et expéditions internationales de la FFS - CREI)..
En , le camp du Spéléo-club de la Seine (Paris) est installé au refuge du (ou refuge Jose Ramon Lueje), près de Bulnes. Le camp est situé à moins d'une heure de marche de la zone du Cuetu del Trave. Dès les premiers jours de l'expédition, le puits d'entrée du T2 est descendu jusqu'à la base de l'éboulis (cote -310), mais le fond du puits est obstrué et l'équipe doit remonter la pente d'un névé pour découvrir un petit orifice balayé par un fort courant d'air aspirant. Le puits d'entrée, dont personne n'avait présumé de la profondeur, mesure 309 m (Pozo Vincente Alegre) ; il s'agit d'un des plus grands puits connus (cf. Liste des plus grands puits naturels). Les premières difficultés surviennent à -380 m où un filet d'eau, apparu au sommet d'un puits (P14), s'engage dans un sinueux méandre dit Eugenio, qui contraint les explorateurs à une reptation dans l'eau. Plusieurs équipes sont envoyées pour forcer le passage, mais aucune n'y parvient. Le méandre Eugenio est long de 25 m et ne présente pas d'élargissement notoire. Certains diront que l'exploration du gouffre est terminée.