Le massacre de la baie Waterloo, également connu sous le nom de massacre d'Elliston, est un affrontement entre les et les aborigènes d'Australie qui a lieu sur les falaises de la baie de Waterloo, près d'Elliston, en Australie-Méridionale, à la fin , dans le contexte des guerres de la frontière en Australie, qui ont entraîné selon les dernières études la mort de dizaines de milliers d'aborigènes. Les événements qui conduisent à l'affrontement fatal comprennent le meurtre de trois colons européens par des aborigènes, le meurtre d'un aborigène et la mort par empoisonnement de cinq autres aborigènes par des colons européens. Les archives limitées indiquent que, lors de l'affrontement, trois aborigènes sont tués ou sont morts de leurs blessures et que cinq ont été capturés, bien que des récits sur les meurtres des falaises, circulent depuis au moins 1880, et comptabilisent près de .

Les aborigènes de la côte ouest de l'Australie-Méridionale ont des traditions orales, selon lesquelles un massacre a eu lieu, à grande échelle. Dans les années 1920 et 1930, plusieurs historiens ont examiné les archives et ont conclu qu'il n'y a aucune preuve, formelle ou directe, d'un massacre à grande échelle. Ils ont estimé que les événements enregistrés ont été exagérés, au fil du temps, par les conteurs. Plus récemment, un autre historien conclut que les rumeurs, relatives à un massacre, sont en fait fondées et qu'une certaine forme d'action punitive, a bien eu lieu sur les falaises de la baie de Waterloo, mais qu'elle avait été embellie en une légende.

Dans les années 1970, la tentative de construction d'un mémorial, pour les autochtones, tués lors du massacre, échoue, car le conseil de district d'Elliston exige la preuve que le massacre a bien eu lieu, avant d'autoriser la pose d'un cairn sur les falaises. Les morts des colons européens, tués, dans la période qui précède le conflit, sont commémorés dans une certaine mesure et, en 2017, le conseil d'Elliston érige un mémorial pour reconnaître les évènements qui se sont déroulés. Ces dernières années, les auteurs ont conclu, qu'un massacre ait eu lieu ou non, à l'échelle suggérée, par certains récits, le choc est devenu une sorte de , entre l'histoire documentée et imaginée de la colonisation européenne et l'histoire orale autochtone de la frontière. En , le conseil d'Elliston reçoit un prix national, pour son travail de commémoration du massacre.

Contexte historique vignette|alt=Carte de l'Australie avec la partie sud-centre, colorée en rouge|La colonie d'Australie-Méridionale. En , des colons européens arrivent d'Adélaïde, la capitale de la colonie d'Australie-Méridionale, pour fonder Port Lincoln, sur la côte est de la péninsule d'Eyre. Les années suivantes sont marquées par d'importants affrontements entre les colons et les aborigènes, les colons s'étant dispersés pour établir des autour du township. Ces combats font partie des guerres de la frontière en Australie.

En 1842, des soldats sont envoyés à Port Lincoln, depuis Adélaïde, pour aider à protéger les colons, mais l'éloignement d'Adélaïde, les pouvoirs vaguement définis et les ressources policières limitées du , le représentant local du gouvernement colonial, signifient qu'il y a de sérieuses limitations au règne de la loi dans la région. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les peuples autochtones, qui sont censés être traités comme des sujets britanniques, au même titre que les colons.

Comme dans d'autres régions de l'Australie méridionale et dans l'ensemble de l'Australie, les colons de la frontière utilisent diverses tactiques pour faire face à la résistance des aborigènes, à l'expulsion de leurs terres traditionnelles. Au départ, ces tactiques consistent à les tenir à distance en les menaçant de violence, mais elles dégénèrent rapidement en terrorisant les aborigènes, pour les empêcher de s'approcher de leurs biens, y compris les stocks, tactiques qui donnent lieu parfois à des affrontements violents. La violence des colons, envers les aborigènes, n'est souvent pas signalée aux autorités et elle devient plus secrète, après la pendaison d'un colon en 1847, pour le meurtre d'un aborigène, la seule condamnation de ce type, dans l'histoire des pionniers de l'Australie du Sud. Cette violence frontalière est décrite par les auteurs Foster, Hosking et Nettelbeck comme une guerre secrète non déclarée entre les colons et les aborigènes.

Entre et , il y a une série d'incidents entre les colons et les autochtones, résidents dans le district d'Elliston, situé à , au nord-ouest de Port Lincoln. Cette région est habitée par les peuples autochtones , et . Lors du premier de ces incidents, John Hamp, un gardien de hutte de la de Stony Point, est tué à coups de lance et de gourdin, par des aborigènes, le . Le deuxième incident se produit en août, lorsqu'au moins un autochtone est abattu par le surveillant de la même station pour avoir volé une chemise. En , cinq autochtones - deux adultes, deux garçons et un nourrisson - sont morts après avoir mangé de la farine empoisonnée, volée par un autochtone, dans la station de , près de . L'homme, à qui la farine avait été volée, est arrêté et accusé de meurtre, mais il s'embarque pour les États-Unis, peu après avoir été relâché par les autorités. Selon le commissaire de police, cet empoisonnement a pu conduire à deux meurtres de colons, par des aborigènes et par vengeance, plus tard dans le mois. Le , est tué à la lance, dans sa hutte et quatre jours plus tard, Annie Easton est tuée à la lance dans une localité voisine. Son bébé indemne est retrouvé à côté de son corps.

Événements enregistrés Selon les archives officielles, le , des provisions sont prises dans une hutte appartenant à Thomas Cooper Horn, un gardien de hutte et un berger sont menacés par des aborigènes, qui partent avec les marchandises qu'ils avaient prises. Le propriétaire de la station et certains de ses employés poursuivent le groupe et lorsqu'ils le rattrapent, des coups de feu sont tirés et des piques lancées. Le groupe aborigène se divise en deux, Horn et ses hommes suivent un groupe jusqu'aux falaises de la baie de Waterloo, que le groupe tentent de descendre pour s'échapper. Horn et ses hommes ouvrent le feu et deux aborigènes sont tués, un autre mortellement blessé, plusieurs autres sont capturés.

Le résident du gouvernement et l'inspecteur de police de Port Lincoln rédigent tous deux des comptes-rendus détaillés de l'incident, sans mentionner les nombreuses victimes. L'un d'eux précise que seuls deux autochtones ont été tués. En septembre, un groupe d'hommes aborigènes est transporté à Adélaïde, pour y être jugé. Deux d'entre eux sont condamnés pour le meurtre de Beevor et sont ramenés dans le district d'Elliston, où ils sont pendus devant sa cabane. Trois d'entre eux sont accusés du meurtre d'Annie Easton, mais sont acquittés par manque de preuves. D'autres sont accusés pour l'affrontement dans la cabane de Horn. Peu de temps après, deux autres hommes autochtones sont arrêtés par la police, à Port Lincoln, et accusés du meurtre de John Hamp. Reconnus coupables et condamnés à mort, ils sont ensuite libérés lorsque des doutes sont émis sur les témoignages des autochtones retrouvés par la police. En , un autre aborigène est arrêté en tant que complice du meurtre de Jonh Hamp, mais après avoir été transféré à Adélaïde, il est lui aussi libéré par manque de preuves. Il tente de rentrer chez lui à pied et est assassiné par quatre hommes autochtones pour violation de propriété.

Récits ultérieurs d'un massacre

Le , un compte rendu des événements, de la fin des années 1840, survenus dans la péninsule d'Eyre, écrit par l'aventurier, journaliste et prédicateur Henry John Congreve, est publié dans l'hebdomadaire Adelaide Observer, sous le titre (en . Les auteurs, Robert Foster, Rick Hosking et Amanda Nettelbeck, décrivent une de ce qui s'est passé. Il attribue quatre meurtres à un homme autochtone, déclare que le nourrisson d'Easton a également été assassiné, affirme que de nombreux autochtones ont été abattus, que des survivants ont été jetés par-dessus une falaise et mélange plusieurs des détails enregistrés. Dans une lettre adressée à l'éditeur, un correspondant releve plusieurs erreurs dans le récit, et il demande à Congreve de répondre. Ce dernier déclare qu'il n'a jamais eu l'intention que le récit ait le , et qu'il était écrit simplement pour . Selon Foster et ses co-auteurs, le récit de Congreve n'était , qui avait .

Le récit suivant, des événements de 1848-1849 survenus dans le district d'Elliston, est une nouvelle intitulée , écrite par l'auteur Ellen Liston et publiée dans l'Adelaide Observer du . Dans l'histoire de Liston, les des stations environnantes ont alors entrepris une . Foster, Hosking et Nettelbeck notent que le greffier du résident du Gouvernement a rapporté, le , que trois groupes de volontaires étaient à la recherche des autochtones responsables des meurtres de Beevor et Easton. L'histoire de Liston est réimprimée deux fois, en 1936, l'année du centenaire de l'Australie du Sud. Dans le premier cas, l'histoire de Liston est réimprimée avec la suppression de trois paragraphes - un sur les , un autre sur le sentiment du protagoniste d'une , et le troisième sur les menant une . Dans le deuxième cas, l'histoire de Liston est reproduite mot pour mot.

Au tournant du siècle, ce qui est décrit par Foster, Hosking et Nettelbeck comme une circule au sujet de . En 1906, un guide de voyage, , est publié par E. W. Parish, qui y relate qu'au cours de ses voyages dans la région, il a entendu différentes versions d'une concernant un massacre. Les éléments clés de cette légende sont que la tête coupée de Hamp est trouvée dans un four de camp dans sa hutte par son fils de 12 ans, John Chipp Hamp, que les aborigènes responsables des meurtres ont été rassemblés par un groupe de cavaliers et conduits tel un troupeau par-dessus les falaises, et qu'il y avait eu de nombreuses victimes aborigènes. En 1915, un ancien policier du district qui y avait servi bien après les événements décrits voit ses souvenirs publiés dans le journal South Australian Register. Sa version comprend tous les aspects désormais familiers de la légende, y compris la tête dans le four du camp, mais aussi le détail que le fils de Hamp avait été retenu en captivité par les aborigènes pendant trois mois avant d'être secouru. Le procès de la Cour suprême, contre ses assassins, ne fournit aucune preuve permettant d'affirmer que Hamp a été décapité et que son fils était présent lorsque son corps a été découvert ou qu'il ait été enlevé.