La Wehrmacht (prononcé en allemand : , littéralement « force de défense ») est le nom porté par l'armée du à partir du et jusqu'à sa dissolution officielle en La Proclamation du relative à la dissolution totale et définitive de toutes les forces armées allemandes.La directive du , relative au licenciement de tous les membres de la Wehrmacht.La loi du Conseil de contrôle allié en Allemagne du portant sur l'annulation de la législation militaire allemande et remplaçant toutes les dispositions portant sur la Wehrmacht . par les forces d'occupation de l'Allemagne vaincue.

En 1935, la Wehrmacht est issue de la Reichswehr, l'Armée allemande de l'époque, en principe toujours encadrée par le traité de Versailles de 1919 qui limite les effectifs, les matériels et interdit une force aérienne ; mais ce n'est plus le cas dans les faits. Dès sa création, la Wehrmacht comporte trois armées : l'Armée de terre ou Heer, la Marine de guerre ou Kriegsmarine, et l'Armée de l'air ou Luftwaffe.

Le renseignement militaire est assuré par l'Abwehr. Les premières années, la Wehrmacht a pour commandant en chef () le général, puis maréchal, Werner von Blomberg, lequel a aussi le nouveau titre de ministre de la Guerre (). Mais en , il est destitué par Adolf Hitler qui assure ensuite seul le commandement en chef des forces armées du Reich. Après le suicide d'Hitler, c'est le Dönitz qui devient pendant trois semaines le commandant nominal de la Wehrmacht, dans le cadre du gouvernement de Flensbourg au cours du mois de .

La possède un Grand État-Major : l' (OKW), créé en , en remplacement du ministère de la Guerre (), à la faveur de l'affaire Blomberg-Fritsch.

Issue du réarmement secret et illégal de l'Allemagne commencé dès les , la Wehrmacht apporte de nombreuses innovations tactiques, notamment dans l'emploi combiné des chars d'assaut et de l'aviation conçu par le général Heinz Guderian. Aidée par l'industrie militaire et le savoir-faire allemands, la revient rapidement au premier plan militaire. La Marine de guerre conçoit le plan Z pour construire une grande flotte. La Luftwaffe, dirigée par le Göring, connaît également un important développement durant les années précédant la guerre.

Après avoir perfectionné ses tactiques lors de la guerre civile espagnole et avoir occupé l'Autriche (), la région des Sudètes () puis une grande partie de la Tchécoslovaquie () sans avoir eu à combattre, l'Armée allemande déclenche la Seconde Guerre mondiale et en devient un des principaux acteurs : après une première victoire en Pologne en 1939 avec la complicité de l'Union soviétique, la Wehrmacht bat les armées française, britannique et belge en mai et . Au , elle est contrainte d'aider l'armée italienne en difficulté en Yougoslavie et en Grèce. Un mois plus tard, elle se retourne contre son alliée de 1939 en entrant à la fin en Union soviétique : c'est l'. Le tournant arrive avec la seconde bataille d'El Alamein en 1942 et l'échec devant Stalingrad au début de 1943. Par la suite, la Wehrmacht perd le contrôle de l'Afrique du Nord et de la Sicile, puis doit battre en retraite sur le vaste territoire de l'Union soviétique après la bataille de Koursk de .

Le débarquement allié en Normandie qui débute à la fin du et la bataille des Ardennes de marquent sa défaite à l'Ouest. À l'Est, la destruction du groupe d'armées Centre lors de l', au cours de , constitue la pire défaite qu'ait connue la Wehrmacht, qui n'est dès lors plus capable d'opérations de grande ampleur face à l'Armée rouge. La bataille de Berlin au marque la chute définitive de l'Allemagne nazie. Durant cette dernière phase de la guerre, tous les moyens ont été mis en œuvre pour tenter de retourner la situation avec notamment l'enrôlement, en plus des étrangers, des adolescents et des personnes âgées (Volkssturm, ou littéralement , sous la responsabilité de Goebbels). La propagande avec notamment l'espoir de la découverte d'une arme miracle, une , tente de maintenir en parallèle le moral de la population civile durant cette phase difficile. La résistance des soldats allemands sur le front de l'Est, malgré les défaites catastrophiques de l'année 1944, s'explique aussi bien par la terreur nazie que par la connaissance des atrocités commises sur ce front, qui laissait craindre les représailles de l'Armée rouge.

Après la Seconde Guerre mondiale, les anciens militaires allemands ont diffusé la mémoire d'une armée , affirmant qu'elle n'aurait pas participé aux crimes du . L'historien Christian Ingrao parle même d'un dans la mémoire allemande. Les travaux d'historiens de plus en plus nombreux, les changements générationnels et l'ouverture des archives depuis les années 1980 ont progressivement souligné l'inanité de cette thèse. La Wehrmacht a pris en réalité une part importante dans le processus d'extermination des Juifs et des Tziganes, ainsi que dans la campagne d'annihilation des Slaves, menés par le régime nazi, principalement en Europe centrale et orientale. La mise sur écoute (secrète) des conversations entre officiers allemands prisonniers à Trent Park, en Grande-Bretagne, montrait non seulement que ceux-ci étaient au courant des atrocités nazies, mais que beaucoup y avaient directement participé. Ce point avait été souligné lors du procès de Nuremberg, avant d'être relativement passé sous silence à l'Ouest durant la guerre froide. Plus généralement, la Wehrmacht joua un rôle déterminant, aux côtés de la SS, et souvent sans elle, dans les exactions commises dans les territoires occupés. La redécouverte de cette réalité a mené, selon l'historien Hannes Heer, à un profond changement dans l'opinion allemande à partir des années 1990 . Enfin, des membres de l'armée ont joué un rôle important dans la résistance au nazisme avec notamment l'organisation et l'exécution de l'attentat contre Hitler du qui a échoué de peu.

La dispose pendant la Seconde Guerre mondiale d'une solide réputation d'efficacité au combat. À l'apogée de l'expansion du Troisième Reich, elle occupe la quasi-totalité de l'Europe continentale : seuls quelques pays neutres et une partie de la Russie européenne sont épargnés. C'est la plus grande armée de l'histoire allemande.

Histoire vignette|gauche|Emblème du commandement en chef des forces armées allemandes de 1935 à 1938, relevant du maréchal von Blomberg sur la période. Les soldats de la ont un haut niveau de professionnalisme. Lors de leur entrée en guerre en 1939, ils sont persuadés d'être les meilleurs soldats au monde. Durant la plus grande partie de la guerre, les forces allemandes sont très combatives et agressives. Elles démontrent une claire supériorité tactique sur leurs adversaires, aussi bien sur le front ouest qu'est. Néanmoins, cet avantage tactique s'étiolera au fil du temps tant en raison de l'attrition que de la progression des Soviétiques dans le domaine. Les derniers mois de la guerre (de la cuisante défaite nazie lors de l' à l'été 1944 à la capitulation) seront les plus meurtriers pour les Allemands: la moitié des pertes totales de la Wehrmacht survient durant ceux-ci.

Les détachements allemands, combattant de manière très autonome et commandés par des sous-officiers, se montrent tout particulièrement flexibles et plus résistants que leurs ennemis. Ainsi, les Allemands apportent de nombreuses innovations sur le champ de bataille, innovations qui sont remarquablement utilisées. On peut noter l'utilisation massive de récepteurs radio permettant une coordination entre les différents bataillons et une coopération interarmes. Les Allemands utilisent pour la première fois de manière efficace les fusil-mitrailleurs (Maschinengewehr 34). Cela permet à une escouade d'infanterie d'avoir une puissance de feu considérable par rapport à ses opposantes soviétiques ou alliés. Les essais précédents (dont le Chauchat) ne pouvaient pas être efficaces en raison de problèmes de fiabilité et de doctrine. Par ailleurs, les Allemands conçoivent également le premier fusil d'assaut automatique (le Sturmgewehr 44).

Cependant, cette grande capacité tactique n'est pas accompagnée au niveau du haut commandement d'une véritable vision stratégique globale et d'une logistique adaptée à la guerre moderne. Aussi bien au niveau opératif que logistique des carences apparaissent, conduisant à long terme à la défaite. L'armée manque ainsi à la fin de carburant et de matières premières.

Engagée durant près de six ans dans le conflit mondial, la combat dans toute l'Europe et en Afrique du Nord, remportant de nombreuses victoires et ayant une position dominante sur le continent jusqu'en 1942. La supériorité logistique et numérique des Alliés, aussi bien en termes d'hommes que d'armement, ainsi que celle de leur appareil productif, tout particulièrement celui des Américains, finit toutefois par transformer la guerre en une guerre de positions. L'Allemagne, dépourvue d'alliés puissants, tente de défendre avec des moyens limités la et de retarder au maximum la défaite sur le front occidental. Dans le même temps, elle engage pendant quatre ans la plus grande part de ses forces sur le front oriental afin de faire face à la lente mais inexorable avancée soviétique en espérant résister jusqu'à l'arrivée de nouvelles armes secrètes ou de dissensions dans l'alliance ennemie.

Réarmement et service militaire Le traité de Versailles de 1919 limite fortement les capacités militaires de l'Allemagne. Les forces armées sont restreintes à , la fabrication d'artillerie lourde, de chars d'assaut, de porte-avions, de sous-marins et de gaz de combat sont interdites..

Le , le chancelier devient chef suprême des forces armées ; le serment des soldats allemands envers le Führer est imposé. Le , Hitler annonce la réintroduction du service militaire qui entre en vigueur par une loi du suivant. Le traité de Versailles a été enfreint dès le , quand Hitler déclare vouloir constituer une force aérienne allemande, ce qui est contraire aux clauses du traité concernant la puissance militaire de l'Allemagne. Les quatre années qui suivent voient la transformation de la du général Hans von Seeckt en de Hitler. Le premier avait, après 1919, sélectionné les jeunes officiers les plus prometteurs, qui deviennent par la suite les officiers supérieurs de la nouvelle armée. Ainsi, parmi les plus notables, Fedor von Bock, Gerd von Rundstedt, Walther von Brauchitsch, Alfred Jodl, Wilhelm Ritter von Leeb et Johannes Blaskowitz empruntent cette voie.

La conscription dure initialement un an, mais le sa durée passe à deux ans. Avoir fait son service dans la , les ou les forces de police avant le ne dispense pas de la conscription. La réception d'une convocation () ne signifie pas l'entrée immédiate dans les forces armées. En fait, avant d'avoir atteint leurs , les jeunes hommes doivent servir dans le , c'est-à-dire le service du travail du Reich, et ainsi contribuer à la construction d'édifices publics dans les premières années du service, puis à la construction du mur de l'Atlantique et la reconstruction d'usines endommagées par les bombardements alliés. Le service du travail enseigne également la marche au pas, les rudiments de l'art militaire et organise des compétitions sportives afin de préparer les futurs soldats à leur vie dans l'armée.

Les sous-officiers sont choisis parmi les hommes âgés de , qui après avoir subi vingt semaines de formation militaire et avoir été retenus pour leurs aptitudes obtiennent la possibilité d'intégrer une école de sous-officiers à proprement parler. Une fois ces conditions remplies, ils commencent un service de dans l'armée, comme c'était l'usage dans l'Empire allemand, cette période pouvant être ensuite reconduite par intervalle de deux ans jusqu'à un maximum de . Cette dernière règle est abolie en . Les officiers doivent au contraire rester en fonction jusqu'à leur retraite, dont l'âge maximal est fixé à , cet âge pouvant être anticipé si l'officier est reconnu inapte à accéder au grade supérieur ; cela n'est cependant valable qu'en temps de paix.