La médiation culturelle est une forme particulière de médiation qui regroupe l'ensemble des actions visant à mettre en relation des gens avec une œuvre artistique (tableau, installation, pièce de théâtre, performance, œuvre littéraire ou cinématographique, œuvre musicale) ou une proposition culturelle (exposition, concert, thématique)Jacky Beillerot, article Médiation in Dictionnaire encyclopédique de l’éducation et de la formation, Nathan, 2000, p. 679.Bruno Nassim Aboudrar et François Mairesse, La médiation culturelle, , n°4046, 2016, p. 3..

Ses finalités sont éducatives, récréatives, sociales et citoyennes. Voulant œuvrer tant sur le registre du sens, de l'appropriation culturelle que sur celui du vivre-ensemble, la médiation culturelle s'inscrit dans une double perspective de démocratisation culturelle (accès du plus grand nombre au patrimoine, à la création artistique, aux ressources culturelles) et de démocratie culturelle (appropriation symbolique, valorisation des expressions culturelles des populations et de la culture des gens, développement social et émancipation des citoyens)Yves Jammet, Médiation culturelle et politique de la ville – un lexique, 2003, p. 208-212..

Histoire

En France En France, l'expression « médiation culturelle » apparaît au milieu des années 1990 pour désigner de nouvelles formes de relations entre publics et œuvresElisabeth Caillet, en collaboration avec Evelyne Lehalle, À l'approche du musée : la médiation culturelle, Presses universitaires de Lyon, 1995L'expression sera reprise dans le cadre de la politique des emplois-jeunes, à côté des médiateurs sociaux qui se développent alors dans les musées principalement. Ceux que l'on commence alors à désigner comme des médiateurs culturels inscrivent alors leur action dans le cadre des politiques culturelles publiques alors en plein développement en France après les « années Lang », par la création de formes de rencontres entre les œuvres ou propositions culturelles légitimées et valorisées dans les institutions culturelles publiques (ou bénéficiant de subventions publiques)Bruno Nassim Aboudrar et François Mairesse, , p. 6 et les publics de ces institutions.

Dans les musées labellisés Musée de France, la présence d'un a été rendu obligatoire par loi du , dite « loi musée »Loi 2002-5 du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, JORF du 5 janvier 2002, 305–309, texte 1, NOR MCCX0000178L, sur Légifrance ; dossier législatif, sur le site du Sénat., codifiée en 2004 au code du patrimoine.

De 2004 à 2007, une trentaine de professionnels de la médiation culturelle se retrouvent régulièrement pour rédiger une Charte déontologique de la médiation culturelle qui sera soumise à un collège d’universitaires partenaires avant d'être présentée le à l'occasion d'une journée de réflexion à la Grande Halle de la Villette à Paris.. Elle propose sept principes éthiques : Se fonder en éthique ; S'inscrire dans un contexte ; Investir le temps, perdurer ; Accueillir la compétence culturelle de chacun ; Composer par le truchement de l'objet ; Exprimer une dynamique transversale ; Des professionnels engagés.

Cette charte est le support de nombreux débats et échanges entre acteurs culturels entre 2008 et 2018.

Au Québec Au Québec, la médiation culturelle émerge progressivement dans le discours et les actions d’organismes et d’institutions culturelles à partir du tournant des années 1990-2000, découlant d’une combinaison de multiples facteurs : culturels (remise en question des formes légitimes et « classiques » de pratiques culturelles, émergence du référentiel de la démocratie culturelle axé notamment sur la participation active des individus et une vision élargie du cercle définitionnel de la culture), éducatifs (prise en compte du rôle de la culture dans le cursus scolaire et renouvellement de l’éducation populaire), politiques (rôle accru des villes dans le domaine culturel, les questions sociales et les enjeux de proximité), sociaux (émergence du référentiel concernant le vivre-ensemble).

Son développement s’appuie d’une part sur les acquis (et limites) des actions et politiques de démocratisation de la culture visant l’accessibilité et le souhait de rejoindre une diversité de publics, et d’autre part sur la réduction des frontières entre les champs culturel et extra culturel et le rôle joué par les arts et la culture concernant des questions situées à l’extérieur de son périmètre d’action usuel (centré sur les dimensions artistiques) : inégalités socioéconomiques, enjeux d’exclusion, de participation et d’équité liés à des groupes sociaux (jeunes, personnes aînées, population immigrante, personnes en situation de handicap, personnes itinérantes, etc.), participation citoyenne, qualité des milieux de vie et bien-être des populations, etc. La médiation culturelle vient nommer un ensemble de référentiels et de modalités d’action parfois déjà présents sous d’autres appellations (action culturelle, art communautaire, art social, animation (socio)culturelle…), tout en déployant des combinaisons et perspectives inédites.

L’institutionnalisation de la notion se manifeste notamment en 2003 à la Ville de Montréal, alors que l’Entente sur le développement culturel de Montréal établie avec le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et la Politique de développement culturel de la Ville (2005) font de la médiation culturelle une action prioritaire. Aux objectifs historiques de développement des publics éloignés s’ajoutent ceux d’éducation artistique, d’éducation populaire, d’inclusion sociale, d’ancrage local dans les quartiers et de développement durable combinant conjointement culture, communautés et territoires : « […] les projets de médiation culturelle s’inscrivent dans une perspective de changement des conditions de vie sur le plan personnel, collectif ou social, de développement culturel des communautés, de transformation des rapports sociaux et de production de nouvelles formes du vivre-ensemble. En cela, la médiation culturelle rejoint les objectifs transversaux de développement tels qu’inscrits dans l’Agenda 21 de la Culture. »Créé en 1997, l’organisme Culture pour tous (dont les actions portant sur la démocratisation de la culture sur l’ensemble du territoire québécois) représente un autre élément structurant du développement de la médiation culturelle au Québec, ainsi définie : « À la jonction du culturel et du social, la médiation culturelle déploie des stratégies d’intervention – activités et projets – qui favorisent dans le cadre d’institutions artistiques et patrimoniales, de services municipaux ou de groupes communautaires, la rencontre des publics avec une diversité d’expériences. Entre démocratisation et démocratie culturelles, la médiation culturelle combine plusieurs objectifs : donner accès et rendre accessible la culture aux publics les plus larges, valoriser la diversité des expressions et des formes de création, encourager la participation citoyenne, favoriser la construction de liens au sein des collectivités, contribuer à l’épanouissement personnel des individus et au développement d’un sens communautaire. »Fruit de l’association de Culture pour tous et de l’Alliance de recherche universités-communautés en économie sociale de l’Université du Québec à Montréal, le Groupe de recherche sur la médiation culturelle (GRMC) réunit à compter de 2006 chercheurs, praticiens, organismes, municipalités (dont Montréal) et étudiants afin de saisir et comprendre les approches et pratiques de médiation culturelle alors émergentes au Québec. Témoin de l’élargissement aussi bien des chercheurs interpellés que des organismes, institutions et villes mobilisés par la notion (pensons par exemple à la Cellule régionale d’innovation en médiation culturelle du Saguenay–Lac-Saint-Jean, créée en 2012), le GRMC devient en 2019 l’Observatoire des médiations culturelles (OMEC).

Principal pôle de recherche et de partage des connaissances sur la médiation culturelle au Québec, l’OMEC définit les médiations culturelles comme un ensemble d’initiatives de mise en relation et d’échange visant à décloisonner les institutions culturelles, à créer des occasions de rencontre entre artistes et populations, ou entre créations et publics avec, dans certains projets, une volonté de contribuer au changement social, selon un idéal d’émancipation et de justice sociale. Tout en poursuivant l’analyse des dispositifs de médiation axés sur l’accessibilité de publics variés à des œuvres, projets et lieux artistiques et culturels, l’Observatoire élargit la perspective en s’intéressant aux médiations croisant finalités artistiques, citoyennes et sociales, incluant celles comprises comme modes d’intervention afin de répondre à des problématiques et enjeux sociaux. Les réflexions de nature théorique et le développement de perspectives critiques y côtoient l’éclairage et la compréhension de la pluralité des pratiques et savoirs situés.

L’examen historique de l’évolution des médiations culturelles au Québec permet de constater qu’elles sont désormais manifestes sur l’ensemble du territoire québécois, tandis que de nombreux organismes, municipalités et institutions composent et animent son champ d’action, de réflexion et d’évaluation (pensons, entre autres, à Artenso, centre d’innovation et de recherche appliquée en art et engagement social, affilié au Cégep de Saint-Laurent et concepteur de la Maison de la médiation culturelle située à Montréal). Accompagnant ces dynamiques, des formations à la médiation culturelle se développent (voir la section « Formations et qualifications » plus loin) et le milieu se professionnalise avec la création en 2020 du Regroupement des médiatrices et médiateurs culturel·les du Québec (voir la section « Associations, collectifs et regroupements professionnels » plus loin).

Les lieux de la médiation culturelle vignette|Médiation culturelle : La force de l'art au Grand Palais La médiation culturelle s’exerce dans les musées d'art, les lieux d’art contemporain, les institutions qui présentent les arts de la scène, les lieux du patrimoine, les bibliothèques, ainsi que dans divers espaces culturels et publics (communautaires, éducatifs, milieux de vie ou numériques) et tout lieu qui propose la découverte d'objets culturels ou artistiques. Tissant des liens avec les partenaires éducatifs, sociaux, etc, les médiateurs culturels tendent à développer des actions dans les milieux scolaires ou périscolaires, les organismes communautaires, les structures d'éducation populaire et les services publics de toutes sortes autour de projets communs. Ses manifestations varient selon les objectifs, les contextes et les moyens, mais elle est principalement là pour : faciliter l'accès à des formes culturelles à des personnes qui en sont éloignées ; favoriser l'appropriation d'un lieu culturel, d'une œuvre ou projet artistique par des publics existants ou potentiels ; développer la curiosité, la sensibilité et le sens critique face aux manifestations culturelles ; encourager la participation citoyenne par la culture.

Souvent pensée et financée comme stratégie dans des contextes de revitalisation de territoires en difficulté, la médiation culturelle construit avec quiconque veut entreprendre un projet incluant la participation et l'émancipation citoyenne à travers ou à partir d'une approche culturelle.. À partir de 2004, la Ville de Lyon a mis en place une Charte de Coopération Culturelle. qui contractualise l'engagement des institutions culturelles municipales dans la Politique de la Ville et fait la part belle à la médiation culturelle comme levier et outil. En 2005, la Politique de développement culturel de la Ville de Montréal adopte la médiation culturelle comme action prioritaire afin de favoriser l’accès à la culture pour tous ses citoyens..

La médiation culturelle en musée La médiation muséale est confrontée à plusieurs défis :