Les relations entre Israël et la Russie font référence aux relations diplomatiques entre l'État d'Israël et la fédération de Russie, État successeur de l'URSS (ou Union soviétique). Les deux pays sont membres des Nations unies. Leurs relations diplomatiques ont commencé très tôt, l’Union soviétique ayant soutenu la résolution de l'ONU sur le plan de partage de la Palestine prévoyant un État hébreu indépendant. En outre, les livraisons d'armes en Israël par la Tchécoslovaquie, pays satellite de l'URSS, ont été un facteur décisif de la victoire israélienne lors de la guerre israélo-arabe de 1948 qui a mené à la fondation de l'État d'Israël.
Relations avec l'Union soviétique
Origines du soutien soviétique aux mouvements sionistes Le mouvement communiste est historiquement opposé au projet sioniste.
Les représentants du mouvement sioniste contactent les dirigeants russes au début de la Seconde Guerre mondiale, quelques mois avant l’invasion de l’Union soviétique par les Allemands, en . Misant sur la victoire rapide des Allemands contre l'alliance franco-britannique, Joseph Staline anticipait la diminution de l'influence britannique sur la Palestine mandataire et souhaitait en bénéficier.
Le président de l’Organisation sioniste mondiale, le Britannique Chaïm Weizmann, rencontre l’ambassadeur soviétique à Londres Ivan Maïski pour évoquer l'avenir de la Palestine. En dépit de l’opposition historique du mouvement communiste au projet sioniste, Ivan Maïski écrit en 1941 à un responsable sioniste :
Ainsi, reconnaissant que le nouvel État ne contrarierait pas ses intérêts, Moscou réserve dans un premier temps son soutien, qui se concrétise après la fin de la guerre.
Création d'Israël et années suivantes vignette|Andreï Gromyko, ministre soviétique des Affaires étrangères entre 1957 et 1985, puis dirigeant de l'Union soviétique de 1985-1988 Le , le futur dirigeant de l'Union soviétique Andreï Gromyko, alors vice-ministre soviétique des Affaires étrangères, monte à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies et se prononce pour « un État judéo-arabe unique avec droits égaux pour les juifs et les Arabes », puis déclare :
En , le gouvernement d'Union soviétique accepte le plan de partage de la Palestine en deux États, un juif et un arabe. L'URSS est par la suite l’un des premiers pays à reconnaître l'État d'Israël après sa création en tandis qu'un an plus tard, Moscou vote en faveur de l'admission d'Israël aux Nations unies.
Sur le plan militaire, l’URSS apporte son aide à la cause sioniste dès le mois de , alors que l’achat d’armes devient une priorité pour David Ben Gourion, fondateur et Premier ministre d'Israël à partir de 1948. Entre 1948 et 1951, à la suite de pressions soviétiques, la Tchécoslovaquie livre à Israël lors de l'opération « Balak » des armes légères et lourdes, y compris des chars et des avions de combat, et assure la formation des militaires. Un pont aérien s’organise entre la ville tchèque de Zatec et Israël, permettant aux forces juives d'acquérir pour près de de dollars d’armes. vignette|Avia S-199 israélien livré par la Tchécoslovaquie, 1948. Parallèlement, une brigade de arrive en de Prague en Israël, avant d'être intégrée dans Tsahal. Environ d’Europe orientale arrivent entre 1948 et 1951, soit un tiers de l’immigration en Israël.
Néanmoins, ce soutien soviétique, essentiellement motivé par une volonté de contrer l'influence de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient, ne permet pas l'établissement de bonnes relations bilatérales entre l'URSS et le nouvel État. En en pleine guerre israélo-arabe et, au début de la guerre froide, David Ben Gourion, fondateur et premier ministre d’Israël, accueille le premier ambassadeur américain, James Grover McDonald et déclare :
Parallèlement, Staline applique sur son territoire, à partir de 1953, une politique antisémite, illustrée notamment par l'affaire du complot des blouses blanches, qui amène les relations entre Israël et l'Union soviétique à se dégrader fortement dans les années 1950. Le refus de l'URSS, pays hermétiquement fermé, de permettre aux juifs qui y résident d'émigrer en Israël, est aussi une cause de tensions.
Ce « grand écart soviétique » caractérisé par un soutien à Israël sur la scène internationale et une répression des juifs en URSS, s'épuise au début des années 1950, alors Israël s’arrime à l’Occident, notamment lors de la guerre de Corée (1950-1953), pendant laquelle Moscou et Washington soutiennent deux camps opposés.
Les relations diplomatiques entre les deux États sont rompues en à la suite d'un attentat à la bombe, contre la légation soviétique à Tel-Aviv, avant d'être rétablies le , après la mort de Staline par son successeur Nikita Khrouchtchev. Mais les deux États gardent des positions antagonistes, Moscou se rapprochant des pays arabes en guerre contre Israël tandis que l'État hébreu continue de se rapprocher du bloc de l'Ouest.
En 1955, la Tchécoslovaquie, qui avait armé le proto-État sioniste contre les armées arabes coalisées huit ans auparavant, signe un traité de coopération militaire avec l'Égypte de Nasser principal ennemi d'Israël dans la région. Par ce traité, l’Égypte obtient de l’armement lourd moderne soviétique : avions de combat, chars, véhicules blindés, artillerie, navires de guerre et sous-marins.
Pendant la guerre des Six jours
Le , le gouvernement soviétique déclare que Moscou sera aux côtés des pays arabes s’ils sont attaqués par Israël. Néanmoins, l'Union soviétique n'envisage pas un conflit à court terme au moment de cette déclaration, et cherche à élaborer une solution pacifique aux tensions croissantes entre l'Égypte et Israël pour le contrôle du détroit de Tiran. Lorsque la guerre des Six Jours éclate, l'URSS, prise de court, ne peut agir que par la voie diplomatique, et appelle Israël à « cesser immédiatement et inconditionnellement les hostilités, et à replacer ses troupes derrière la ligne de cessez-le-feu ». Le , l'URSS soutient une résolution du conseil de sécurité de l'ONU appelant à la fin des hostilités. Cependant, l'offensive israélienne en Égypte, Syrie et Jordanie se poursuit jusqu'au , alors que l'URSS demande au conseil de sécurité des mesures urgentes pour mettre fin au conflit. Le même jour, l’URSS rompt pour la deuxième fois ses relations diplomatiques avec Israël, qui ne seront rétablies qu'avec la chute du bloc soviétique en 1991.
Pendant la guerre du Kippour
Lors de la guerre du Kippour en 1973, l'Union soviétique soutient l'armée égyptienne après que le président égyptien Anouar el-Sadate a menacé de se tourner vers les États-Unis s'il ne recevait pas d'armes de haute technologie pour rivaliser avec l'armée israélienne équipée par les Américains. Lors de ce conflit, les systèmes de défense antiaérienne déployés avec l’aide soviétique empêchent Israël d’acquérir la maîtrise de l’espace aérien comme en 1967. Grâce aux efforts de l’URSS, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte le une résolution demandant la cessation immédiate des hostilités, tandis que l’URSS prend la décision de mettre en alerte sept divisions aéroportées, indiquant que Moscou ne permettrait pas la défaite de l’Égypte. En réaction, les Israéliens stoppent leurs opérations militaires et acceptent le cessez-le-feu demandé par l'ONU.
Reprise des relations diplomatiques
En 1979, l'Égypte fait la paix avec Israël lors des accords de Camp David (pour lesquels Menahem Begin et Anouar el-Sadate reçurent le prix Nobel de la paix), et gèle ses relations avec l'URSS, préférant un rapprochement avec les États-Unis. Ce bouleversement géopolitique contribue à diminuer l'influence russe au Moyen-Orient, privant l'URSS de la possibilité de jouer la « carte arabe » contre Israël alors que les années suivantes, la guerre Iran-Irak devient le nouveau principal conflit de la région.
Israël et l'Union soviétique entament leur rapprochement à partir de 1986, à la suite d'une rencontre officielle à Helsinki entre des délégations consulaires des deux États.
En , après de rupture, le président de l'URSS Mikhaïl Gorbatchev rétablit les relations diplomatiques entre les deux pays, deux mois avant la dislocation de l'Union soviétique, et permet la libre émigration des juifs. Entre 1989 et 2002, on estime que près d'un million d'entre eux émigrent en Israël, et constituent au début des années 2020 entre 15 et 20 % de la population d'Israël. Par la suite, de nombreux Israéliens d'origine russe occupent des postes gouvernementaux importants (notamment Avigdor Liberman, ministre israélien de la Défense entre 2016 et 2018), entretenant une proximité entre l'État hébreu et leur pays d'origine.
Relations avec la Russie En , le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin est à Moscou, pour la première visite d'un chef du gouvernement israélien en Russie depuis la fin de la guerre froide, et consacre la pleine normalisation des relations bilatérales. Rabin reçoit le prix Nobel de la paix en octobre de la même année pour la signature des accords de paix israélo-palestiniens à Oslo.
À la suite de l'élection de Vladimir Poutine à la présidence russe en 2000, les relations entre Israël et la Russie sont caractérisées par des fortes affinités, mais aussi d'importantes divergences en raison de la proximité que la Russie entretient avec des pays ennemis d'Israël au Moyen-Orient, comme l'Iran et la Syrie.
Au début des années 2000, des soulèvements ont lieu simultanément dans les deux États : la seconde intifada en Israël et la seconde guerre de Tchétchénie en Russie. Les gouvernements russes et israéliens affichent l'objectif commun de combattre le terrorisme islamiste. vignette|Rencontre entre Ariel Sharon et Vladimir Poutine en 2003 En 2005, Vladimir Poutine se rend en Israël pour une visite historique et déclare que la Russie est un allié stratégique d'Israël, lors d'un entretien avec le premier ministre israélien, Ariel Sharon.
À partir de 2009, une série de contrats portant sur l’achat, le transfert de technologies et la localisation de la production de drones à Ekaterinbourg ont été signés pour un montant qui atteint près de 900 millions de dollars en 2015.
Au milieu des années 2010, la guerre de Gaza en 2014 et l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2015 provoquent un refroidissement des relations israélo-américaines. Dès lors, pour Jérusalem, la Russie entre dans une logique de diversification des partenariats visant à pallier les conséquences des divergences survenues avec l’administration de Barack Obama.
Illustration importante du rapprochement des deux États, Israël s'abstient de condamner à l'ONU l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, alors que l'ensemble des pays de l'ancien bloc de l'Ouest l'interprètent comme une agression militaire. En 2015, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays est de près de 2,3 milliards de dollars, contre seulement 12 millions de dollars en 1991. Le , le nouveau Premier ministre israélien Naftali Bennett est reçu par Vladimir Poutine dans une villa de Sotchi, sur les bords de la mer Noire. Poutine déclare que Moscou et Israël cultivent des « liens uniques », espérant la poursuite de la « relation de confiance » qu'il entretenait avec le précédent gouvernement israélien.
Impact de la guerre civile syrienne En , la Russie intervient militairement en Syrie dans le camp pro-gouvernemental quatre ans après le début de la guerre civile. Si cette intervention accentue les divergences entre les deux États dont les positions sont opposées dans le conflit syrien, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et Vladimir Poutine se rencontrent à Moscou pour coordonner leurs actions militaires et éviter tout risque de confrontation. Le , le Kremlin annonce une « ligne directe » entre la base aérienne russe de Hmeimim en Syrie et la Kirya à Tel-Aviv pour éviter des incidents.