thumb|Itinéraire de la Mission d'exploration du Mékong.|alt= La mission d'exploration du Mékong est une expédition financée et promue par le gouvernement colonial de Cochinchine française.
Dans un contexte de concurrence entre puissances coloniales pour l'accès au marché chinois, son principal objectif est d'établir la navigabilité du Mékong en direction de la province chinoise du Yunnan. La mission quitte Saïgon le vers midi. Elle sera de retour dans cette même ville deux années plus tard, le .
Au cours de cette période, les membres de l'expédition auront parcouru près de . Si le Mékong s'avère impraticable pour l'ouverture d'une véritable voie commerciale vers la Chine, les découvertes scientifiques et les travaux cartographiques seront récompensés par de nombreuses distinctions, notamment auprès de la Société de géographie et la Royal Geographical Society.
Contexte La Cochinchine est annexée par la France à l'Annam en 1862. En 1863, le Cambodge devient protectorat français. Si l'acquisition de ces territoires vient en réponse aux ambitions anglaises dans la région, elle n'engendre pas le succès commercial escompté. Au contraire, l'administration de ces terres lointaines est coûteuse et l'on s'interroge à Paris sur la pertinence d'une installation dans la durée.
Sur place, les colons voient dans le Mékong une possible route privilégiée vers la Chine et son immense marché, une promesse de commerce et de prospérité. Sous l'impulsion du gouverneur de Saïgon, l'amiral Pierre-Paul de La Grandière, le ministre de la marine et des colonies Prosper de Chasseloup-Laubat se rallie à l'idée d'organiser une mission reconnaissance du grand fleuve. Le commandement en est confié au capitaine de frégate Ernest Doudart de Lagrée, secondé par l'officier de marine Francis Garnier.
Sur la même période, plusieurs expéditions anglaises tentent de rallier l'Inde à la Chine en passant par le Siam, la Birmanie ou le Tibet.
Les membres de la mission droite|vignette|Membres de la Commission d'exploration du Mékong sur le site d'Angkor. De gauche à droite : Francis Garnier, Louis Delaporte, Lucien Joubert, Clovis Thorel, Louis de Carné et Ernest Doudart de Lagrée. Gravure à partir d'une photographie d'Émile Gsell.Une vingtaine d'hommes embarque sur deux canonnières au départ de Saïgon.
Membres de la Commission scientifique du Mékong :
Ernest Doudart de Lagrée, capitaine de Frégate, chef de la Commission Francis Garnier, lieutenant de vaisseau, second de l'expédition, chargé notamment des travaux d'hydrographie, de météorologie ainsi que du tracé de la carte du voyage. Auteur de Voyage d'exploration en Indo-chine, effectué pendant les années 1866, 1867 et 1868 Louis Delaporte, officier de marine. Louis de Carné, élève consul, agent des Affaires étrangères Lucien Joubert, chirurgien de marine, chargé des observations géologiques Clovis Thorel, chirurgien de marine, chargé des observations botaniques Interprètes :
Alévy, Laotien (?), interprète pour les langues lao et birmane Thomas Ko, Chinois, interprète pour les langues chinoises Alexis Om, Cambodgien, interprète pour la langue khmère Séguin, Français, interprète pour la langue siamoise
Encadrement :
Charbonnier, sergent de l'Infanterie de Marine, secrétaire Herault, Mouello et Renaud matelots Rande, soldat d'infanterie de marine Tran Van Thuong, vietnamien, caporal des tirailleurs annamites
Escorte :
Pedro Caldera et Luis Muiz : auxiliaires philippins Chanh, Chau, Drong, Huong, Son, Tan : tirailleurs annamites
Épisodiques :
les pères Fenouil et Le Guilcher : missionnaires catholiques Émile Gsell, photographe
Mission
Cambodge Muni de la lettre de commission de l'amiral de La Grandière, la mission quitte Saïgon le , gagne Phnom-Penh et par le Tonlé Sap se rend à Angkor. Ils passeront plusieurs mois dans les ruines, celles-ci fascineront les membres et en particulier Louis Delaporte. Repassant par Phnom-Penh, elle remonte le Mékong en canonnière et atteint les premiers rapides à Samboc-Sombor au-delà de Kratie. La progression se fera désormais par voie d'eau en pirogues et sur terre à dos d'éléphants et en chars à buffles.
Les zones dangereuses de Préapatang et des Chutes de Khone sont franchies en suivant la rive et le la mission parvient à Bassac (Champassak). De là, Garnier reconnaît le cours inférieur du Se-Don (Tonle Kong en cambodgien) et les ruines de Vat Phou, Doudart de Lagrée, lui, se rend à Attopeu.
Laos Depuis le sud du Laos, une partie des membres de la Commission remonte la Semoun jusqu'à Ubon Ratchathani au Siam tandis qu'une autre poursuit la remontée du Mékong. Le deux groupes se rejoignent sur le grand fleuve à Kemarat le 30 Janvier 1867. L'expédition dépasse Vientiane et arrive à Luang Prabang le . Ayant franchi de trop nombreux rapides, Garnier conclu que le Mékong est une rivière qui "ne voulait tout simplement pas coopérer". Il note dans son rapport que : "l’avenir des relations commerciales rapides sur ce vaste fleuve, la route naturelle de la Chine à Saïgon, dont j’avais heureusement rêvé la veille, m’apparaissait désormais sérieusement compromise."
Épuisés, la malaria fait rage, les hommes se reposent pendant quatre semaines à Luang Prabang où ils obtiennent leurs passeports pour la Chine. Cependant, les territoires difficiles à venir et l'instabilité politique de la région affectent les plans du voyage. Après de longs débats sur la route à prendre, l'expédition repart le .
Birmanie et Chine Pour rejoindre la province du Yunnan, Doudart de Lagrée comptait suivre la Nam Ou, affluent du Mékong, mais des révoltes dans cette province obligent l'expédition à poursuivre sur le Mékong vers Sé-Mao. En , la mission quitte finalement le Mékong pour se diriger vers Kunming (Yun-Nân-Sen). C'est alors que l'expédition fait face à un puissant fleuve : il s'agit du fleuve Rouge (Song-koï). Garnier est missionné par Doudart de Lagrée pour en faire une reconnaissance. Il doit bientôt renoncer à cause de la difficulté du terrain et des rapides. Néanmoins, le second de l'expédition pressent la possibilité d'une route fluviale pour rejoindre la Mer de Chine.
Les hommes se rejoignent à nouveau pour se séparer encore quand Garnier part pour une autre mission en direction de la ville de Dali (Ta-Li-Fou). L'accueil du sultan n'est pas favorable et les hommes sont contraints de faire demi-tour. Pendant leur absence, Doudart de Lagrée, gravement malade, a succombé le . Francis Garnier prend le commandement de l'expédition, rejoint le fleuve Bleu (Yangzi Jiang) et le descend jusqu'à Shanghai. Les hommes seront de retour à Saïgon le , après deux années d'exploration.
Conséquences
Si le Mékong ne s'avère pas être la voie de communication espérée, Francis Garnier croit trouver dans le fleuve Rouge une alternative à l'accès au marché chinois. Exploré dans sa partie haute au hasard du parcours de l'expédition, la navigabilité du fleuve sera établie quelques années plus tard par Jean Dupuis. La prise d'Hanoï et du Tonkin en sera une conséquence.
Héritage
Sur le plan scientifique, les nombreuses découvertes vaudront à Francis Garnier de partager avec David Livingstone la Médaille d'Honneur de la Société de géographie en 1871.
En 1870 Francis Garnier a reçu la prestigieuse Patron's Medal (médaille d'or du bienfaiteur) de la Royal Geographical Society de Londres, la plus haute distinction qu'un explorateur de quelque nation que ce soit puisse recevoir.
Louis Delaporte réalisera de nombreux dessins et croquis, témoignages uniques des mœurs et coutumes de ces territoires alors inconnus de l'Occident.
Quant à Émile Gsell (qui s'arrêtera au Cambodge), il ramènera les premières photos jamais prise du site d'Angkor.
Notes et références
Bibliographie
Baudimont, Arthur, Du Mékong à la Seine. L’archéologie khmère dans la mission du Mékong (1866-1873) : co-constructions et circulations d’une « culture d’empires », mémoire de master 2, sous la dir. de Sylvie Thénault et Hélène Blais, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2024. Gomane, Jean-Pierre, L'Exploration du Mékong. La mission Ernest Doudart de Lagrée-Francis Garnier (1866-1868), Paris, L'Harmattan, 1994, 288 p. Milton Osborne, River Road to China: The Mekong River Expedition, 1866-1873, 1975 Milton Osborne (en), « Francis Garnier (1839-1873), Explorer of the Mekong River », in Explorers of South-east Asia, Six Lives, éd. Victor T. King, Kuala Lumpur 1995 Taboulet, Georges, Le voyage d'exploration du Mékong (1866-1868): Doudart de Lagrée et Francis Garnier, Revue Française d'Histoire d'Outre-Mer, 1970 L. Rapatel, Voyage d’exploration en Indochine. Interfaces - Livres anciens de l’Université de Lyon, 2020. [En ligne : https://bibulyon.hypotheses.org/15248].
Articles connexes Da Nang et Poulo-Condore, territoires cédés à la France en 1787-1788, repris en 1795-1800 Bataille de Tourane (1847), Diplomatie de la canonnière Campagne de Cochinchine (1858-1862), dont Navires noirs et Siège de Tourane (Da Nang, 1858-1860) Cochinchine française (1862-1946) Protectorat français du Cambodge (1863-1953) Guerre franco-chinoise (1881-1885) Expédition du Tonkin (1883-1885) Protectorat français du Laos (1893-1954) Invasion japonaise de l'Indochine (1940) Guerre franco-thaïlandaise (1940-1941) Occupation japonaise du Cambodge (1941-1945) Coup de force japonais de 1945 en Indochine Première Guerre d'Indochine (1946-1954)
Liens externes Explorations et missions de Doudart de Lagrée, Paris, 1883 The Mekong Exploration Commission (en)
Catégorie:Exploration de l'Asie Catégorie:Expédition scientifique Catégorie:Mékong Catégorie:Colonisation française de l'Asie