vignette|Fouilles archéologiques à Rome en 2007.L'histoire de l'archéologie est une spécialité de l'histoire des sciences. L'histoire de l'archéologie a pour objet le développement historique de l'archéologie en tant que domaine scientifique, dans ses aspects tant intellectuels que sociaux et institutionnels. Des discours sur le passé (archaíos) ont été produits en tous temps et en tous lieux par les différentes sociétés. Toutefois, l'ambition de fonder scientifiquement ces discours et ces connaissances ne se développe qu'à partir du .
Développement de l'histoire de l'archéologie
En France Dans ce sens, les premières recherches françaises pouvant être pleinement qualifiées d'histoire de l'archéologie remontent aux années 1930. En 1932, André Vayson de Pradenne publie en effet son étude sur les fraudes en archéologie., alors qu'en 1936 paraissent les biographies de deux « pères » de l'archéologie préhistorique : l'étude de Léon Aufrère sur Jacques Boucher de Perthes. et celle d'André Cheynier sur François Jouannet..
Au cours des années 1970 et 1980, l'intérêt des archéologues pour la théorie et l'histoire de leur discipline s'accroît, sous l'impulsion, notamment, de revues telles que Les Nouvelles de l'archéologie, Ramage, ou Dialektikê. Au début des années 1990, deux ouvrages paraissent, qui inaugurent le développement effectif de l'histoire de l'archéologie : en 1993, La Conquête du passé par Alain Schnapp et, en 1994, Pour une histoire de la préhistoire. de Marc Groenen. Depuis 30 ans, les travaux de chercheurs tels que Noël Coye., Jean-Paul Demoule., Ève Gran-Aymerich., Arnaud Hurel., Marc-Antoine Kaeser., Laurent Olivier., Nathalie Richard ., ou encore Nathan Schlanger, contribuent significativement au développement de cette histoire de l'archéologie.
Espaces éditoriaux de l'histoire de l'archéologie Comme dans toute science, la publication de nouveaux résultats en archéologie doit tenir compte des résultats précédemment obtenus. Pour cette raison, les publications comportent généralement un historique des travaux antérieurs sur le thème abordé. Les archéologues font donc nécessairement un travail, même minimal, d'histoire de l'archéologie. De même, depuis le , les revues archéologiques publient des nécrologies d'archéologues.
Par ailleurs, les travaux d'histoire de l'archéologie sont publiés tant dans des revues générales d'histoire des sciences (telle que la Revue d'histoire des sciences humaines), dans l'unique revue spécialisée sur ce sujet (le ), ainsi que dans des revues d'archéologie.
Jalons du développement de l'archéologie
Émergence
L'archéologie s'est constituée progressivement en discipline et s'est dotée d'une méthodologie et de concepts propres au cours d'une longue histoire rythmée par ses découvertes importantes. Ces découvertes et leur interprétation ont eu des répercussions majeures sur les conceptions que l'on se faisait du passé humain. Si dès les débuts du récit historique une curiosité archéologique apparait, et si les sociétés anciennes ont de tout temps été confrontées aux restes matériels des sociétés qui les avaient précédées, on ne peut parler de découvertes archéologiques que lorsque ces découvertes sont interprétées comme des signes permettant de retracer un passé, comme des indices à replacer dans une perspective chronologique. Une telle situation n'apparaît réellement en Europe au qu'avec l'archéologie classique inventée par des antiquaires, humanistes de la Renaissance qui sont attirés par l'Antiquité gréco-romaine. Du , les antiquaires sont des érudits polygraphes qui collectionnent les objets d'art, tentent les premières descriptions scientifiques de vestiges et accumulent les connaissances.
La loi Carcopino du réglemente les fouilles archéologiques et celle du crée un service archéologique géré par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Deux commissions archéologiques sont créées au sein du CNRS, la XV pour les « Fouilles archéologiques en France métropolitaine » et la XVI pour les « Fouilles archéologiques hors de France ». En 1945, après la guerre, la nécessité de restaurer l'image de la France à l'étranger conduit le général de Gaulle, sur proposition de l'archéologue Henri Seyrig, à affecter cette seconde section au ministère des Affaires étrangères qui crée alors la Commission des fouilles et missions archéologiquesDans le premier quart du , cette commission, grâce à un budget de deux millions d'euros, continue de financer en partie 150 à 160 missions archéologiques françaises à l'étranger chaque année. Cf visant à exporter et transmettre le savoir-faire archéologique français dans le monde. Concourant aux activités de la diplomatie culturelle, l'archéologie française s'observe à cette époque à travers la compétition que se livrent les empires coloniaux pour s'assurer la prééminence sur les chantiers de fouilles.
La notion de découverte archéologique a considérablement évolué avec les progrès de la méthodologie archéologique : à la quête du bel objet exceptionnel, chère aux antiquaires et encore présente dans l'imagerie du grand public, s'est substituée une étude des sociétés passées qui s'est aussi tournée vers l'ordinaire, le quotidien. Ainsi la mise en évidence d'un parcellaire rural antique par photographie aérienne est une découverte archéologique au même titre que le dégagement d'une statue exceptionnellement belle.
Au cours du ᵉ siècle, l’archéologie a connu une transformation majeure de ses méthodes, en intégrant progressivement des approches plus analytiques et systématiques. Parmi celles-ci, l’archéologie spatiale, issue des courants anglo‑saxons des années 1960 et 1970, a joué un rôle essentiel en proposant d’explorer les relations spatiales entre vestiges et leur contexte. Cette évolution a permis de dépasser la simple description des objets pour étudier l’organisation globale des sites et des territoires, ouvrant la voie à une compréhension plus fine des sociétés passées.
La découverte archéologique est de moins en moins due au hasard ou à l'intuition. Les fouilles programmées sont planifiées et mettent en œuvre des procédures organisées pour répondre à une problématique. Les sondages et fouilles préventives, ou de sauvetage, sont aussi issues d'une surveillance volontaire des dégagements occasionnés par les grands travaux. Il reste toutefois des fouilles clandestines, pillages qui continuent à chercher le bel objet mais diminuent fortement sa valeur en tant que découverte archéologique, puisqu'il est coupé de son contexte historique et dégagé sans une méthodologie apte à le replacer dans son environnement et son époque.
Quelques découvertes majeures Quelques jalonsAntiquitéHérodote () décrit les pyramides de Gizeh, le Sphinx et plusieurs monuments de l'Égypte antique dans son ouvrage Les Histoires. Il rapporte également des informations sur les coutumes funéraires des Égyptiens et propose une hypothèse sur la construction des pyramides. Thucydide () rédige Histoire de la guerre du Péloponnèse, une œuvre majeure décrivant la Grèce antique, notamment Athènes, ses fortifications, son organisation politique et les conflits entre les cités grecques. Ses récits constituent une source historique importante utilisée pour l'étude des civilisations anciennes.
Xénophon () rédige plusieurs œuvres historiques, notamment L’Anabase et Les Helléniques, qui décrivent la Grèce antique, les campagnes militaires, les cités grecques et leur organisation. Ses récits constituent des sources importantes pour l'étude historique et archéologique du monde grec.
Hiéronymos de Cardia, historien grec, () rédige une Histoire des Diadoques (les successeurs d'Alexandre le Grand), aujourd'hui perdue mais connue grâce aux citations d'auteurs antiques. Son œuvre constitue une source importante pour l'étude historique et archéologique du monde hellénistique.
Timée de Tauroménion, historien grec () originaire de Sicile, rédige une Histoire retraçant notamment l'histoire de la Sicile grecque, de Carthage et des peuples de Méditerranée occidentale. Son œuvre, aujourd'hui en grande partie perdue mais connue grâce aux citations d'auteurs antiques, constitue une source importante pour l'étude du monde méditerranéen antique.
Manéthon de Sebennytos () prêtre égyptien, rédige l’Aegyptiaca, une histoire de l’Égypte ancienne divisée en dynasties de pharaons. Sa classification des rois égyptiens reste une base importante utilisée par les égyptologues pour étudier l'histoire de l'Égypte antique.
Bérose () prêtre babylonien de Marduk à Babylone, rédige la Babyloniaka (Histoire de Babylone), une œuvre décrivant les origines de la Mésopotamie, les rois babyloniens et les traditions anciennes. Ses récits constituent une source importante pour l'étude de la civilisation mésopotamienne.
Polybe, historien grec, (rédige les Histoires, une œuvre retraçant l'expansion de Rome et les guerres puniques. Il décrit les événements politiques, militaires et les sociétés de son époque. Son œuvre constitue une source importante pour l'étude historique et archéologique du monde méditerranéen antique.
Sima Qian, historien chinois,() rédige le Shiji (Mémoires historiques), une œuvre majeure retraçant l'histoire de la Chine ancienne. Ses descriptions des empereurs, des institutions, des guerres et des sociétés anciennes constituent une source importante pour l'étude historique et archéologique de la Chine.
L'historien grec Diodore de Sicile () émet l'hypothèse des rampes et traîneaux dans la construction des pyramides d'Égypte. Denys d'Halicarnasse, historien grec () rédige les Antiquités romaines, une œuvre retraçant les origines de Rome et son histoire jusqu'à la première guerre punique. Ses descriptions des institutions, des traditions et des événements romains constituent une source importante pour l'étude historique et archéologique du monde romain antique. Flavius Josèphe, historien juif, ( Ier siècle ap. J.-C.) rédige notamment La Guerre des Juifs et Les Antiquités judaïques, des œuvres décrivant l'histoire de la Judée, ses peuples, ses traditions et ses relations avec Rome. Ses écrits constituent une source importante pour l'étude historique et archéologique du Proche-Orient antique. En juillet 1799 est découverte la pierre de Rosette dans le village de Rachïd en Égypte durant la campagne de Napoléon. Elle contient un texte en égyptien et le même texte en copte. Le texte date de -196 ans av. J.-C.En 1802 : Johan David Åkerblad, orientaliste suédois, étudie la pierre de Rosette et contribue au déchiffrement de l'écriture démotique égyptienne. Ses travaux ouvrent la voie aux recherches qui permettront ensuite le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens. En 1870 l'allemand Heinrich Schliemann découvre le site de Troie. En 1871, deux bergers égyptiens du village de Gournah découvrent proche de Deir-el-Bahari un tombeau égyptien contenant une quarantaine de momies, dont certaines appartenaient à des rois du Nouvel Empire égyptien, parmi lesquels Séthi I, Ramsès II, Ahmosis et Thoutmôsis II. Ce n'est que 10 ans plus tard que l'archéologue Émile Charles Albert Brugsch est conduit sur le site et en fait l'inventaire. Les premières peintures paléolithiques sont découvertes en 1879 à Altamira (Espagne), lors de fouilles conduites par Marcelino Sanz de Sautuola. Ce chercheur avait observé la présence de dessins géométriques sur les parois sans y accorder d'importance mais c'est sa fillette Maria, alors âgée de huit ans, qui remarqua la première la présence de « bœufs » dessinés au plafond. L'authenticité des peintures fut contestée pendant une vingtaine d'années, jusqu'à ce que d'autres découvertes similaires viennent prouver l'existence de l'art préhistorique.