L'abbaye du Pont-aux-Dames était un monastère cistercien fondé en 1226 et dissout en 1790. L'abbaye, qui est aujourd'hui détruite, était située à Couilly-Pont-aux-Dames, dans l'actuel département de Seine-et-Marne, en France.

Historique XIIIe siècle L'abbaye est fondée en 1226 par Hugues de Châtillon (fin du -1248) et par sa seconde épouse Marie d'Avesnes (1200-1241)André Du Chesne, Histoire de la Maison de Châtillon.. Ce seigneur et son épouse dotèrent généreusement cette abbaye qui fut installée au début près du pont de Couilly-Pont-aux-Dames dans les bâtiments de la Maison-Dieu, puis trois ans plus tard fut transportée au hameau de Rus sur le fief de Crécy, dont le seigneur était gardien et avoué de l'abbaye. Une des chartes données par le seigneur précise qu'il leur donne les fours de Couilly et interdit aux habitants d'en posséder un, leur soumettant l'obligation de cuire dans les fours de l'abbaye. Les premières religieuses qui peuplèrent l'abbaye venaient de l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, sous l'abbatiat d'Amicie IPierre Thomas Nicolas Hurtaut, Magny, Dictionnaire historique de la ville de Paris et ses environs..., chez Moutard, Paris, 1779, p.517

Un différend ne tarde pas à s'élever au sujet du droit paroissial et de la perception des dîmes que le curé prétendait exercer et percevoir. La difficulté fut tranchée par le jugement de Pierre de Cuisy, évêque de Meaux, que les deux parties prirent pour arbitre. Pour les dîmes, il fut décidé que les jardins qu'elles cultivaient elles-mêmes et les biens qu'elles viendraient à acquérir dans le dimage du curé seraient exemptés en vertu du privilège de la règle de leur ordre. Pour les enterrements de ceux souhaitant être inhumés dans l'enclos du cimetière de l'abbaye, leur corps devait préalablement être porté à l'église paroissiale où était dite une messe. Les legs par les défunts au curé de Couilly et à tous autres étaient respectés. Le curé renonçait au droit paroissial dans l'église des moniales et dans leur enclos, ainsi qu'à toutes oblations. Il ne se réservait que les baptêmes et les fiançaillesCharte du mois d'..

Au début, la supérieure avait le droit de confesser ses filles, mais cela disparut en 1228. L'abbaye reçut la collaboration de trois religieux : un frère convers, qui dépourvu de lettres et ne pouvant devenir clerc, faisait profession dans le seul but de s'occuper des affaires temporelles du monastère, sans être contraint de suivre le chœur. Il est au couvent des religieuses avec la permission de son abbé ; un confesseur, moine profès qui vouait sa vie monastique dans le dessein d'être prêtre et de chanter au chœur ; un chapelain était chargé de célébrer la messe conformément aux règles et usages de l'ordre de Cîteaux uniquement dans le cadre de l'enclos de l'abbaye et en cas d'infraction l'abbesse avait le droit de le punir. Le père abbé ou le visiteur pouvait également lui enjoindre de faire le confesseur. S'il commettait l'œuvre de chair avec une religieuse, il était immédiatement défroqué, expulsé de son couvent et privé du droit de rentrer jamais dans aucun monastère de l'ordre. Ils recevaient le gîte et le couvert mais en aucun cas de l'argent. Ils étaient pris dans l'ordre et commissionnés par l'abbé général, et logeaient dans un bâtiment un peu à l'écart. Ils ne pouvaient être envoyés dans un couvent qu'après une année de noviciat et c'est l'abbesse elle-même qui leur donnait l'investiture. Ils devaient être de bonne vie et de mœurs irréprochables.

En 1231, Marie d'Avesnes approuve, confirme et ratifie les donations faites par son époux aux dames du Pont. Le droit féodal ne permettant pas au possesseur d'un fief de le diminuer sans l'agrément de son seigneur dominant, Hugues de Châtillon reçut en 1231 une charte de Thibault IV, comte de Champagne, approuvant et confirmant les donations faites à l'abbaye. En 1234 le pape Grégoire IX dispense les abbayes de l'ordre de Cîteaux de payer aucune redevance sous prétexte de patronage, advocatie, ou garde-gardienne, et défend aux évêques de se mêler des élections, installations, punitions, dépositions des abbés ou abbesses. Les monastères de l'ordre étaient déjà depuis 1132 exempts de la juridiction épiscopale et dispensés de payer les dîmes sur leurs terres par bulles d'Innocent II.

En 1239, les fondateurs constituèrent une rente annuelle et perpétuelle de 13 muids de grain au profit de l'abbaye Notre-Dame de Cercamp fondée par Hugues III de CampdavaineUn des ancêtres de Marie d'Avesne., ils stipulèrent comme condition expresse que les moines de leur côté enverraient à l'abbaye du Pont-aux-Dames harengs et trois pots de beurre à l'abbaye du Pont. La redevance des trois pots de beurre fut rachetée, moyennant une rente de 6 muids de vin vermeil que les moines possédaient dans le vignoble de Crécy et qu'ils cédèrent à l'abbaye du Pont par une charte du . La redevance des harengs fut rachetée plus tard, moyennant une rente de 140 livres qui fut payée régulièrement jusqu'en 1789.

Cette même année 1239, au mois de février, l'abbaye fut transférée de l'endroit qu'elle occupait dans les vieux bâtiments aux bord du Morin vers le hameau de Rus afin de ne plus souffrir de l'humidité, des crues du Morin et de bâtiments exigus et vétustes sur les conseils de l'évêque et de leurs fondateurs. L'enclos existe toujours, il mesurait 15 arpents environ, traversé par le ru de Champigny, limité au couchant par le chemin qui conduit de Saint-Germain à Villiers, et pour les autres côtés, au nord par la grande route nationale, au midi par le chemin des Voyeulx, au levant par le chemin qui de la grande route conduit au moulin de la Saulx, et au hameau de Martigny. Les religieuses firent l'acquisition de biens situés à l'intérieur de leur enclos par deux chartes de vente et une charte de donation passées devant l'official de Meaux en 1243 et 1247Archives de Melun, H.658.. Les religieuses conservaient la propriété de leur ancienne demeure et par faveur spéciale restèrent administratrices de l'Hôtel-Dieu. Leur nouvel enclos était exempt du droit paroissial. Le pape Innocent IV déclare en 1245 que les monastères de l'ordre de Cîteaux ne pourront être visités que par des abbés ou des religieux de l'ordre.

Gaucher IV de Châtillon-Saint-PolOu de Crécy et de Porcien. confirme lors du partage de 1247 des terres et titres entre les enfants d'Hugues V et Marie d'Avesnes, les dons que son père a faits à l'abbaye du Pont-aux-Dames. En 1254, le pape Alexandre IV confirme et complète la bulle d'Innocent IV et dit que les monastères de l'ordre seront dispensés de payer aux évêques aucun droit de visite ou de procuration. L'année suivante, il autorise les religieux et religieuse de cet ordre à construire dans leurs granges et fermes des autels, et des chapelles pour y célébrer le service divin.

En 1478, le cardinal Jean Rolin (1408-1483), évêque d'Autun, accorde cent jours d'indulgence à ceux qui contribueraient au rétablissement de l'église de Pont-aux-Dames. Les fidèles accourent et rapidement les sommes récoltées permirent même de réparer les bâtiments conventuels

Le s'ouvrit le Concile de Trente dont le but était de combattre l'hérésie, de rétablir la paix entre les princes chrétiens et de réformer la discipline ecclésiastique, ainsi que les mœurs. Il recommande donc la stricte observance des trois vœux à savoir : obéissance, pauvreté, chasteté et ordonne aux visiteurs d'y veiller. Renouvelant la Constitution Periculoso du pape Boniface VIII (1298), le concile enjoint tous les évêques, sous menace de malédiction éternelle de faire rétablir la clôture religieuse dans tous les endroits où elle n'était pas respectée. Il fait défense à quiconque de pénétrer dans l'enclos sans l'autorisation écrite de l'évêque sous peine d'excommunication. Nulle ne pouvant être élue abbesse ou officières à moins qu'elle n'ait 40 ans et 8 ans de profession ou en cas d'impossibilité avoir plus de 30 ans et 5 ans de profession avec une conduite sage et réglée.

Le concile décrète que tous les monastères soumis directement au Saint-Siège seront gouvernés par les évêques en qualité de délégué du pape. En plus du confesseur ordinaire, l'évêque ou le supérieur de l'ordre, se présentera deux ou trois fois l'an pour entendre les religieuses en confession. Il est précisé qu'il n'est pas possible de prononcer des vœux avant l'âge de 16 ans accomplis et une année de noviciat, et qu'elle ne pourra faire profession sans avoir été au préalable examiné sur sa volonté et savoir si elle sait ce qu'elle fait, si elle n'est pas contrainte. Elle a cinq ans pour demander la résiliation de ses vœux, si elle dit avoir été forcée. Les dispositions de ce concile autorisent les monastères à avoir des biens fonds, ce qui est contraire à l'autorité du roi lequel était souverain temporel en son royaume, tout comme le droit aux moniales d'élire leur abbesse, contraire au droit que Léon X avait donné au roi lors du Concordat de Bologne le . Ces dispositions seront la source d'interminables conflits.

En 1623 l'ensemble des bâtiments de l'abbaye est considérablement agrandi.

XVIIIe siècle Plusieurs réformes furent instituées au cours de la première moitié du dont :

Celle du défendant aux gens de main-morte de passer leurs baux sous signatures privées, mais devant notaires, qu'ils soient contrôlés et payés sur le pied du tarif.

Puis la Déclaration de 1715, considérant que l'ordonnance de sur les Aides, et celle du mois de sur la régie des fermes s'appliquent à toutes les communautés religieuses des deux sexes, dit qu'elles ne sauraient prétendre être exemptées du paiement des droits et dit que ces ordonnances seront exécutées selon leur forme et leur teneur, et qu'elles ne pourront prétendre jouir d'exemptions de droits que celles accordées par les ordonnances au clergé du royaume.

Le paraît une Déclaration dispensant les communautés religieuses de payer un nouveau droit d'amortissement, quand, à l'expiration d'un bail emphytéotique, elles entrent en possession de biens anciennement amortis. Puis le de la même année une autre Déclaration ordonnant qu'à l'avenir le droit d'amortissement des héritages que les gens de mainmorte acquerraient par vente, don ou autrement, soit dans la mouvance du roi soit dans celle des seigneurs particuliers serait payé, à raison du cinquième de la valeur des biens tenus en fiefs et du sixième de ceux tenus en roture

Enfin, le , un arrêt du conseil fait défense à toutes les communautés religieuses ou autres de défricher aucun de leurs bois, futaies, ou taillis sans la permission du roi à peine de 3000 livres d'amende pour chaque arpent de futaie, de 300 livres par arpent de taillis, et d'être tenus de rétablir les lieux en bois à leur frais et dépens.

L'abbaye devient bien national à la Révolution, où vendue en novembre 1792, elle subit des dégâts. L'armée prend possession des lieux et la saccage. Le , l'endroit est acheté par Pierre Roëser de Crécy-en-BrieSculpture française Musée du Louvre. Département des sculptures, Françoise Baron, Corinne Jankowiak - Réunion des musées nationaux, 1996 - 319 pages - 142. Aujourd'hui, on trouve à son emplacement, la Maison de retraite des artistes de Pont-aux-Dames, achevée en 1905 Pont-aux-Dames.

Armoiries La Communauté des religieuses du Pont-aux-Dames porte :

Armorial D'Hozier.

Église abbatiale