vignette|Fragment des Classiques en pierre de Xiping. Musée national de Chine. Lorsqu'elles étaient intactes, les quarante-six stèles composant les « Classiques en pierre » comprenaient le Classique des vers, une anthologie poétique ayant fortement influencé la poésie Han.
La poésie Han en tant que style poétique, a donné naissance à des poèmes importants qui sont encore conservés aujourd'hui et dont l'origine est associée à l'époque où la dynastie Han règne sur la Chine, (206 - 220 ), y compris l'interrègne de Wang Mang (9-23 ). Les dernières années de la dynastie Han, connues sous le nom d’ère Jian'an (196-220), font souvent l'objet d'un traitement particulier à des fins d'analyse littéraire, notamment parce que la poésie et la culture de cette période sont moins typiques de la période Han et présentent des caractéristiques qui leur sont spécifiques. Elles ont également des aspects littéraires en commun avec les écrits de la période des trois royaumes qui suit l’ère Jian'an.
Cette poésie reflète l'une des plus importantes et des plus florissantes périodes de production poétique du monde, tout en étant une époque remarquable de la , notamment avec le développement du style fu; les activités du Bureau de la Musique et son travail de collecte des chansons populaires qui débouche sur le développement de ce qui sera finalement connu comme étant le yuefu, ou style formel rhapsodiqueBirrell, 5–13 ; et, enfin, vers la fin de la dynastie Han, le développement d'un nouveau style de poésie, le Watson, 7. En effet, si, au début, les yuefu sont des chansons populaires mises à l'écrit par des lettrés, ils évoluent avec le temps et finissent par devenir des textes écrits sur le modèle de ces chansons, mais sans être destinés à être chantés, et, donc, ne tenant plus compte des contraintes musicales. Avec le temps, les yuefu deviennent difficiles à distinguer des vers poétiques liés au style Shi et classer tel ou tel poème dans l'un ou l'autre de ces styles devient donc quelque peu arbitraire.
Une autre contribution poétique importante de l'ère Han est la compilation de l'anthologie Chuci, qui contient certains des plus anciens et des plus importants vers poétiques de la Chine ancienne à avoir été préservés, ainsi que la transmission de l'anthologie Shijing.
Contexte général
vignette| Carte du territoire la dynastie des Han occidentaux en l'an 2 de notre ère. Le bleu le plus foncé représente les principautés et les commanderies de l'Empire Han, Le bleu clair est le protectorat du bassin de Tarim, le bleu ciel représente les zones sous contrôle fluctuant et les créneaux représentent le tracé de la Grande Muraille de Chine sous la dynastie Han.
La famille dynastique dirigeante de la dynastie Han est le clan Liu, fondé par Liu Bang. Ce dernier commence sa carrière comme fonctionnaire mineur au service de la dynastie Qin, une sorte de shérif local officiant pendant la désintégration rapide et le chaos des dernières années de la dynastie. Puis il se rebelle contre ses maîtres et devient un hors-la-loi se cachant dans les collines, puis un seigneur de la guerre pendant la guerre civile qui marque la chute des Qin et le roi de Han durant la guerre qui s’achève par la réunification de la Chine. Il est honoré à titre posthume du titre d'Empereur Haut Fondateur Han ou de Grand Ancêtre Han (Gaozu). Malgré son passé populaire, son manque d'alphabétisation et ses manières généralement considérées comme vulgaires, Liu Bang a un grand respect pour la littérature et l'apprentissage. Son mécénat en faveur de la littérature et des arts, ainsi que ses liens avec la culture unique de Chu, vont créer un précédent qui va marquer le reste de la dynastie qu'il a fondée et qui réussit à garder une grande partie du pouvoir politique entre les mains du clan Liu. En plus de l'empereur, ce mécénat passe souvent par les différents rois issus du clan Liu, qui bénéficient, au moins au début de la dynastie, d'une grande autonomie dans leurs domaines personnels, encourageant ainsi le développement de cours royales secondaires, en plus de la cour impériale principale. Dans certains cas, cette autonomie encourage le développement d'un mécénat royal de la littérature et des arts, entrainant une plus grande diversité et un enrichissement mutuel des genres et des styles artistiques. Parmi les autres caractéristiques importantes de l'ère Han, on peut citer l'installation de la capitale impériale à Chang'an pendant la période des Han Occidentaux, et son déménagement à Luoyang sous les Han Orientaux, l'extension de l'empire Han à de nouvelles régions et le contact avec de nouveaux peuples et de nouvelles cultures, via les conquêtes et la route de la soie. Ce développement est prolongé par des expéditions en dehors de la Chine, comme celle menée par Zhang Qian, qui, au , est allé jusqu'en Bactriane et à Dayuan (Ce qui correspond actuellement à Ferghana, Ouzbékistan), et a, entre autres, rapporté de la luzerne et des raisins en Chine. C'est également durant cette période qu'émergent de nouvelles méthodes d'écritures et de nouveaux supports. L'usage de l'encre de Chine et du pinceau de calligraphie sous la dynastie Han sont attestés archéologiquement, notamment sur la soie, le papier de chanvre et les lamelles de bambou. Les lamelles de bambou (ou de bois) sont soigneusement attachées ensemble avec de délicates ficelles, mais lorsque celles-ci pourrissent et se brisent, les différentes lamelles se mélangent et le texte qui y est écrit devient extrêmement compliqué à déchiffrer. Des méthodes telles que l'estampage, la gravure sur l'argile ou la pierre sont également utilisées ; et, bien que relativement durable, la création de texte sur ces supports nécessite un savoir-faire assez élaboré. C'est également sous les Han que se répand le style petit sceau (p:xiǎozhuàn), inventé sous la dynastie Qin
Peu de poèmes de la dynastie Han ont survécu dans leurs éditions originales, la plupart de ceux que nous connaissons nous étant parvenus grâce aux anthologies de l'époque de la .
Contexte poétique
Une partie importante de l'héritage poétique reçu par les poètes de la dynastie Han vient du Shijing, dont le style est caractérisé par des vers de quatre caractères et des poèmes divisés en trois strophes. L'influence du Shijing sur la poésie Han se ressent dans des aspects importants de la poésie chinoise classique, comme l'utilisation de différents effets de styles permettant d'exprimer l'âme d'une personneHinton, 8. Surtout, la multiplication pendant la dynastie Han des politiques étatiques favorisant le développement et la diffusion de la pensée confucianiste entrainent une mise en valeur du Shijing, qui intègre pleinement le canon des classiques.
Un autre héritage important reçu par les poètes Han est celui de la poésie du genre Chu Ci, ou "Chants de Chu". Il s'agit d'un ensemble de textes qui, par rapport au Shijing, apportent des innovations dans certaines formes de vers, comme l'usage de différents types de métrique se distinguant par différentes longueurs. Cet ensemble a été élargi par l'ajout de textes créés par des poètes Han, puis publiés dans une anthologie compilée par Liu Xiang au siècle Enfin, il existe tout un corpus de chansons et de ballades folkloriques transmises oralement, que les poètes Han vont réutiliser.
Par contre, les Han ne sont absolument pas influencés par la poésie de la dynastie Qin, les textes la composant ayant été perdus lors de l'Incendie des livres et enterrement des lettrés (chinois simplifié : 焚书坑儒 ; chinois traditionnel : 焚書坑儒 ; pinyin : fén shū kēng rú), un autodafé ordonné par l'empereur Qin Shi Huang, et la destruction de la bibliothèque impériale, qui abritait les uniques copies existantes des textes détruits lors de l'autodafé, lors de la chute de la dynastie.
L'extension de l'empire Han vers l'ouest et le sud introduit en Chine des concepts et des objets nouveaux et exotiques, qui sont parfois devenus le sujet de poèmes en prose rattachés au style Fu. Poètes de la dynastie Han Si certains des principaux poètes Han sont connus, beaucoup d'entre eux sont anonymes, notamment les poètes à l'origine des collections du Bureau de la musique, dont les Dix-neuf Chansons anciennes. De même, on ne connait pas l'identité de ceux qui ont composé les vers des ballades populaires traditionnelles. Parmi les auteurs de poésie importants de l'époque Han, on peut citer Zhang Heng et Liu Xiang. Parmi les poètes Han qui écrivent eux-mêmes leurs textes, en utilisant leur nom ou un pseudonyme, nombreux sont ceux qui écrivent dans le style fu, le style sao (Chuci), ou les deux. Dans d'autres cas, les poèmes sont attribués à des personnes spécifiques de la dynastie Han, ou écrits en fonction de leur personnalité, mais l'auteur réel reste inconnu. Par exemple, on ignore qui sont les vrais auteurs de certains poèmes attribués à et à Ban Jieyu. Parmi les autres poètes Han, on peut citer Sima Xiangru, Ban Gu et .
Sima Xiangru
Sima Xiangru (179-127 av. J.-C., également connu sous le nom de Szu-ma Hsiang-ju) est l'un des plus importants poètes de la dynastie Han, écrivant à la fois dans les styles Chuci et Fu.
Su Wu
vignette| en captivité chez les Xiongnu, où il a été forcé de garder des moutons ou des chèvres. Peinture ornant le Long Couloir du Palais d'Été
(140 - 60 av. J.-C.) est avant tout un diplomate et homme d'état chinois, connu pour avoir été retenu en captivité pendant par les Xiongnu, avant de rentrer en Chine en 81 av. J.-C. 4 poèmes compilés dans le Wen Xuan lui sont attribués, mais le doute subsiste quant à la réelle identité de leur auteur. En effet, à cette époque, il n'est pas rare de confondre la personne dont parle un poème avec celle qui en est l'auteur.
Il existe une histoire sur Su Wu qui est devenue une allusion courante dans la poésie chinoise. Selon cette histoire, au début de sa captivité dans l'empire Xiongnu, Su Wu a été traité durement, au point qu'il aurait dû manger la doublure de son manteau pour se nourrir et boire de la neige qu'il avait fait fondre pour s'abreuver. Plus tard, le statut de Su se serait amélioré et les Xiongnu lui aurait même choisi une femme avec laquelle il a eu des enfants. Lorsque l'empereur Han envoie une mission diplomatique le territoire où Wu est détenu, le Chanyu (empereur) des Xiongnu, décide de dissimuler la présence de Su Wu, sans doute pour éviter des complications diplomatiques. Mais Su Wu découvre l'existence de cette mission et le mensonge du Chanyu et décide de duper ce dernier en prétendant qu'il a envoyé un message à l'empereur de Chine en l'attachant à la patte d'une oie. En conséquence, comme la délégation chinoise est déjà au courant qu'il est là, toute tentative de dissimulation de sa présence serait inutile et inconvenante. Il existe une variante de cette histoire ou la délégation est mise au courant de la présence de Su Wu grâce à l'assistant de ce dernier, et c'est le chef de ladite délégation qui invente l'histoire de l'oie messagère pour que le Chanyu libère Su Wu
Quelle que soit la version retenue, cette histoire est, du moins en partie, à l'origine d'un lieu commun de la poésie chinoise : L'utilisation d'une oie comme messagère, assurant le transport d'une lettre attachée à sa patte, seul lien de communication entre deux personnes séparées par une distance si longue que seul le trajet d'une oie migrant du nord et au sud permet de les relier.
Ban Jieyu (Dame Pan)