La Septième colonne d'Alsace ou Réseau Martial est un réseau de résistance apolitique pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle est créée le à Thann par Paul Dungler alias « Commandant Martial ». Les Allemands n'arriveront pas à le démanteler.  La Septième colonne d'Alsace participe à l'évasion du général Giraud en . Elle est à l'origine des Groupes mobiles d'Alsace (GMA) Suisse, Vosges et Sud qui sont ses unités combattantes et qui participeront à la libération de l'Alsace occupée. Le GMA Sud deviendra l'un des composants principaux de la Brigade indépendante Alsace-Lorraine commandée par André Malraux.

Création Depuis des années, Paul Dungler, avec ses amis royalistes, dénonce le danger croissant de l'Allemagne nazie que la France s'obstine à sous-estimer.

En , il est dans le Périgord et décide de créer son propre réseau. Il traverse la France en camionnette et franchit la ligne de démarcation. Il arrive le à Thann.

Très vite, Paul Dungler, alias « Commandant Martial », réunit des amis issus de ses luttes politiques  et des associations d'officiers et de sous-officiers de réserve comme Marcel Kibler (Commandant Marceau) ou Paul Winter (Commandant Daniel). La composante militaire est au moins aussi importante que la composante politique et les relations d'homme à homme y sont empreintes de la fraternité et d'une certaine sévérité militaire. La septième colonne d'Alsace est opérationnelle dès le . Elle est déclarée à Londres sous le nom de « réseau Martial » du nom de code de son chef. C'est un des premiers réseaux français enregistrés par les alliés.

Les premières activités du réseau sont la recherche de renseignements, puis elles s'élargissent peu à peu au passage de fugitifs , de courriers et enfin à la constitution de groupes armés en vue de la libération finale de l'Alsace (Groupes Mobiles Alsace). La Septième colonne fait le lien entre la résistance alsacienne et Londres, le gouvernement de Vichy ainsi que les Alsaciens exilés.

Pourquoi septième colonne d'Alsace ? Paul Dungler, profondément croyant, choisi le 7 en opposition par rapport à la cinquième colonne allemande mais aussi comme il le dit lui-même . C'est le chiffre de Dieu et il place son action sous la protection divine.

Organisation et financement paradoxal Le réseau est constitué de cellules de trois responsables sans aucun lien entre elles. Chaque cellule contrôle, informe et anime 20 à 25 personnes susceptibles d'être mobilisées pour la libération de l'Alsace. Les membres des cellules ne connaissent pas les chefs hiérarchiques. Les liaisons doivent s'inscrire dans un cadre naturel non équivoque (vie professionnelle, liens familiaux, participations aux mêmes activités…). Paul Dungler fait rentrer certains membres dans des organisations nazies pour contrôler leurs mouvements et faciliter les déplacements des résistants. Aucune rencontre ne se fait sans avoir des raisons apparentes justifiables. Les consignes de sécurité sont très rigoureuses. Toute provocation susceptible d'alerter l'ennemi est interdite. Il faut endormir la méfiance des Allemands et se concentrer sur la désinformation, le renseignement, les aides spécifiques aux réseaux d'évasions.

Les membres jurent de ne pas utiliser le réseau à des fins politiques. martèle Paul Dungler pendant toute la durée de la guerre. Vichy, Londres, puis Alger sont considérés comme autant de leviers différents, mais complémentaires, au service de la libération du pays. C'est peut-être cette doctrine qui explique le financement particulier de la Septième colonne d'Alsace. Elle est financée principalement par Vichy mais aussi par Londres et elle leur communique ses informations. Le Maréchal Pétain sait qu'il finance une organisation qui travaille aussi avec les alliés. Il fournit des papiers d'identité et un ordre de mission à Paul Dungler pour faciliter ses déplacements. Officiellement, Vichy finance et aide la recherche sur les genêts.

Histoire

1940 Très vite, dans les vallées des Vosges, des groupes d'hommes récupèrent des armes de l'armée française abandonnées et les cachent en lieux sûrs.

Le , Dungler apprend, par une haute personnalité allemande amie de Göring et de von Papen, que l'Allemagne attaquera l'URSS en . L'information est transmise aux alliés et au service de renseignements de l'armée d'armistice par l'intermédiaire de Julien Dungler, frère de Paul, en poste au consulat français de Bâle depuis .

Le , Paul Dungler apprend par le secrétaire du sous-préfet allemand de Thann qu'il va être arrêté. Il s'enfuit à Lyon où le rejoignent Marcel Kibler et Gaston Laurent. Ils installent le poste de commandement de la Septième colonne dans une clinique de Lyon appartenant au docteur Pujadoux. Paul Dungler prend contact avec les membres du cabinet du maréchal Pétain et des cadres de l'armée d'armistice comme le général Frère, le colonel du Vigier, ou le commandant d'Ornant.

1941 En , une liaison est mise en place avec Pierre Fourcaud, émissaire du Général de Gaulle en France. Des contacts sont également établis avec des organisations clandestines naissantes, les réseaux Confrérie Notre-Dame (CND) et Brutus ou le mouvement Combat. La première tâche essentielle est d'établir une liaison avec l'Alsace et notamment avec Paul Winter à Mulhouse et René Ortlieb à Thann. Plusieurs itinéraires clandestins sont alors mis en place un premier avec Charles Munck à Chalon-sur-Saône, Henri Veit à Belfort et Paul Winter à Mulhouse et un deuxième avec Jean Eschbach à Poligny, Henri Veit à Belfort et René Ortlieb à Thann. Les industriels du textile comme Max Schieber, qui possèdent des facilités pour se déplacer, sont également des agents de liaison précieux. Des hommes peuvent passer clandestinement la frontière des Vosges notamment par le col de Bussang et avec l'aide de la famille Lutenbacher pour arriver chez Emile Ehlinger à Thann puis Paul Winter à Mulhouse. Enfin, une dernière liaison peut s'effectuer avec le concours de Julien Dungler. La majorité de ces itinéraires clandestins fonctionne jusqu'en .

En , la Septième colonne décide d'envoyer un poste émetteur en Alsace afin d'assurer une transmission plus rapide des renseignements. Le premier est fourni par l'armée d'armistice. Henri Mehr de Thann effectue à Lyon un stage d'opérateur radio. En , le poste arrive par la Suisse chez Paul Kraft à Thann. Toutes les informations, provenant notamment des filières, sont centralisées à Lyon avant d'être transmises à Pierre Fourcaud ainsi qu'aux services secrets de l'armée d'armistice. C'est ce dernier service qui organise l'évasion du général Giraud en avec le concours des membres de la colonne. Coté alliés, deux postes émetteurs, transmis par des émissaires de Londres, permettent au réseau Martial de leur envoyer des informations.

1942 En , la Septième colonne d'Alsace réalise l'évasion du général Giraud à la demande des services de renseignements de l'armée d'armistice.

Le , en réaction du débarquement des forces alliées en Afrique du Nord (opération Torch), les Allemands envahissent la « zone libre ». Des milliers d'Alsaciens évadés se trouvent pris au piège principalement dans le Sud-Ouest, zone d'évacuation des Alsaciens-Mosellans. Certains tentent de passer les Pyrénées pour gagner la France libre, d'autres restent, récupèrent des faux papiers ou s'engagent dans la Résistance. C'est dans ce contexte que Paul Dungler et Marcel Kibler décident la mise en place des Groupes Mobiles Alsace (GMA). Il s'agit de créer des unités combattantes pour participer à la libération de l'Alsace. C'est Marcel Kibler qui est chargé de cette tâche, il se fait aider de Bernard Metz un jeune étudiant en médecine qui connait très bien les différents centres où se trouvent les Alsaciens-Mosellans (Limoges, Périgueux, Clermont-Ferrand et Toulouse). Ces résistants constitueront le Groupe Mobile d'Alsace Sud puis la Brigade indépendante Alsace-Lorraine commandée par André Malraux.

Par l'intermédiaire de Pierre Fourcaud, la colonne et les futurs GMA sont rattachés aux Forces françaises combattantes (FFC) sous la dénomination de réseau Martial.

1943 En , Marcel Kibler souhaite étendre le réseau au département du Bas-Rhin ; en effet, Paul Winter à Mulhouse ne dispose que d'un agent de liaison à Strasbourg, Eugène Mey. Il rencontre Robert Falbisaner en Dordogne. Ce dernier l'oriente vers Paul Freiss isolé depuis l'arrestation des membres de l'organisation clandestine dirigée par Charles Bareiss. En il le rencontre et par son intermédiaire une nouvelle filière est mise en place passant par la vallée de la Bruche, René Stouvenel à Wisches, les agents des Eaux et Forêts à Grandfontaine, le col du Donon, René Meyer à Raon-l'Étape, Gaston Laurent à Épinal, Nancy et Lyon. Les renseignements transitant par cet itinéraire se révèlent très vite intéressants, notamment sur la production d'armements et les stationnements et déplacements de troupes.

Avec le démantèlement des réseaux, de Lucienne Welschinger (Équipe Pur Sang), Marcel Weinum (Main noire), Alphonse Adam (Front de la Jeunesse alsacienne), du docteur Bareiss et de Georges Wodli, des survivants de ces réseaux, désireux de continuer le combat, rejoignent la Septième colonne d'Alsace lui donnant des possibilités de développement dans toute l'Alsace.

En , Paul Dungler et Marcel Kibler décident de créer le Groupe Mobile d'Alsace Suisse (GMA Suisse) avec les Alsaciens réfugiés dans ce pays. C'est le commandant Georges, qui est chargé de cette tâche. Le GMA Suisse (1800 hommes) participe en 1944 à la libération de l'Alsace dans le Haut-Rhin.

En , Paul Dungler part en Afrique du Nord ce qui l'éloigne de la résistance alsacienne. Désormais c'est Marcel Kibler qui prend la tête du réseau. Depuis le PC, installé à la maison Saint-Raphaël à Couzon-au-Mont-d'Or dans la banlieue nord de Lyon, il gère des activités diverses notamment le recueil et la transmission de renseignements et la mise en place des Groupes Mobiles Alsace (GMA) avec Bernard Metz.

En Réné Ortlieb et l'abbé Stamm, acteurs de l'évasion du général Giraud sont arrêtés dans le Haut-Rhin sans conséquences pour le réseau qui tient bon.

À la fin de l'année 1943, le Comité français de libération nationale crée les Forces françaises de l'intérieur (FFI) dont l'Organisation de Résistance de l'Armée (O.R.A) est partie prenante. Le général Revers chef de l'O.R.A et Guy d'Ornant, conseiller militaire de la Septième colonne d'Alsace présentent Marcel Kibler à Gilbert Grandval, délégué militaire régional et chef des Forces françaises de l'intérieur de la région C (Champagne, Lorraine, Alsace). Après cette réunion, le général Koenig, chef des forces françaises de l'intérieur, nomme, les responsables de la Septième colonne d'Alsace, Marcel Kibler chef des FFI d'Alsace, Paul Winter chef des FFI du Haut-Rhin et Georges Kieffer de ceux du Bas-Rhin.

1944