vignette|redresse=1.4| Conséquences territoriales et démographiques du Pacte germano-soviétique.
Le Pacte germano-soviétique, ou pacte Ribbentrop-Molotov, est un accord diplomatique signé le à Moscou par les ministres des Affaires étrangères allemand, Joachim von Ribbentrop, et soviétique, Viatcheslav Molotov, en présence de Joseph Staline. Des protocoles additionnels sont signés le et le .
Le Pacte porte plusieurs dénominations : officiellement c'est un « traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union soviétique » ; dans les pays occidentaux prédominent « pacte Molotov-Ribbentrop » ou « pacte Ribbentrop-Molotov » ; dans les six pays victimes du pacte, prédomine « pacte Hitler-Staline » ; en URSS, dans les États successeurs et dans l'historiographie communiste, prédomine « pacte de non-agression de 1939 ».
Outre un engagement de neutralité en cas de conflit entre l'une des deux parties et les puissances occidentales, le Pacte germano-soviétique comportait un protocole secret, qui délimitait pour chaque signataire une sphère d'influence, et dont la mise en œuvre se traduira par l'invasion conjointe, l'occupation et l'annexion de certains États ou territoires (Pologne, Finlande, pays baltes, Bessarabie).
Signé pendant l'offensive soviétique contre les Japonais en Mongolie, le Pacte met un terme aux plans antisoviétiques japonais et de ce fait, même après la rupture du Pacte le par l'offensive allemande contre l'URSS, le Japon refusera toujours d'attaquer l'URSS par l'est. En revanche, la rupture du Pacte germano-soviétique entraîne la signature d'un accord anglo-soviétique, d'autant plus vital pour la Grande-Bretagne, que la France avait de son côté brisé l'engagement interallié du à ne pas conclure de paix séparée avec l'ennemi, et préféré, à une reddition militaire, un armistice et une politique de collaboration avec le ReichJulian T. Jackson, « 16 juin 1940 : la Franco-British Union », L'Histoire 1, mai 2020, ..
Le contexte international menant à la signature du Pacte vignette|Signature du Pacte.
Guerre d'Espagne et chute de Madrid Engagée en soutien de la république d'Espagne contre les forces de Franco et ses alliés fascistes, l'URSS perd progressivement sur ce théâtre l'avantage technique face à une Allemagne dont l'industrie militaire tourne à plein régime depuis 1935, année où ce dernier pays s'affranchit du traité de Versailles. À partir de 1937, les blindés soviétiques rencontrent d'importantes difficultés face à l'arrivée de nouveaux canons antichars allemands et les avions sont rendus obsolètes par les nouveaux HE-111 et ME-109 allemands. La guerre d'Espagne montre aux Soviétiques d'une part que leur industrie militaire n'est pas à la hauteur de celle du Reich, et d'autre part que les démocraties occidentales ne sont pas prêtes à s'engager dans un conflit majeur.. Madrid tombe fin .
Échec des négociations pour une sécurité collective en Europe Entre 1932 et 1938, les diplomates soviétiques explorent avec les autorités britanniques et françaises l'éventualité de constituer une alliance antifasciste. Cette politique est bien accueillie par le ministre français des Affaires étrangères, Louis Barthou, et permet des négociations qui aboutissent en 1935 au traité franco-soviétique d'assistance mutuelle. Toutefois Louis Barthou meurt, touché avec d'autres personnes lors de la fusillade suivant l'assassinat d'Alexandre de Yougoslavie en voyage officiel en France. Son successeur est Pierre Laval. À une alliance soviétique, celui-ci préfère un rapprochement de la France avec les petits pays d'Europe centrale ; resté profondément pacifiste, il ne croit d'ailleurs pas que Hitler veuille la guerre.
Dans les années 1930, la montée des conflits sociaux en France fait craindre à Moscou un virage à droite des élites, voire leur conversion au fascisme. Avec la victoire du Front populaire, la diplomatie soviétique tente de ranimer l'idée d'une alliance antifasciste qui pourrait également inclure le Royaume-Uni ; pourtant, après son entretien avec Léon Blum, Maxime Litvinov rapporte à Staline que le président du Conseil français lui a donné « une impression de fatigue et de fatalisme d'outre-tombe ». Quant aux discussions militaires franco-soviétiques, qui avaient été à plusieurs reprises reportées par les autorités françaises, Léon Blum estime qu'elles sont « sabotées » par les généraux et par son ministre de la Défense, Édouard Daladier, qui le remplacera peu après en s'alliant avec la droite..
À partir du , les Occidentaux font des concessions pour obtenir l'alliance des Soviétiques, tandis que Staline pose ses conditions : pouvoir occuper les États baltes et la Bessarabie, et une convention militaire avant tout accord politique, exigences déjà formulées dans le plan proposé par Litvinov le .. Pour les pays menacés par Staline, la possibilité d'une protection alliée était peu crédible : ni la France du général Maurice Gamelin avec la stratégie défensive de la ligne Maginot, ni la puissance principalement navale du Royaume-Uni ne semblaient pouvoir ou vouloir intervenir à l'Est sur les terres finnoises, baltes, polonaises ou roumaines qu'exigeait l'URSS en échange de son alliance. Le comité des chefs d'état-major britannique lui-même établissait ; en conséquence, les pays d'Europe centrale et orientale, échaudés par l'abandon de la Tchécoslovaquie, commencent à se tourner vers le Reich pour assurer leur protection face aux ambitions soviétiquesBasil Henry Liddell Hart, Histoire de la Seconde Guerre mondiale, Fayard, 1978..
Accords de Munich et déclaration Bonnet-Ribbentrop Lorsque la Tchécoslovaquie fut menacée d'invasion par l'Allemagne nazie, l'URSS réclama la tenue immédiate de négociations militaires entre des représentants des forces soviétiques, françaises et tchécoslovaques, ainsi que l'inscription de la crise à l'ordre du jour de l'assemblée générale de la SDN. L'ambassadeur soviétique Ivan Maïski indique que son pays est disposé à apporter une aide militaire à la Tchécoslovaquie à condition que la France intervienne également, ce qu'elle refuse.
Le , la France et l'Angleterre (représentées respectivement par Daladier et Chamberlain) signent les accords de Munich avec l'Allemagne nazie et l'Italie (représentées respectivement par Hitler et Mussolini), laissant le champ libre aux nazis pour annexer la région des Sudètes en Tchécoslovaquie, peuplée d'importantes minorités allemandes. La proposition de Staline d'envoyer des troupes aider la Tchécoslovaquie se heurte au refus de la Pologne du colonel Józef Beck et de la Roumanie du roi Carol II de laisser passer l'Armée rouge, ces deux pays craignant que les Franco-Britanniques laissent les Soviétiques occuper leurs territoires au mépris des traités de Rīga et Paris.
Ribbentrop signe le avec le gouvernement français, représenté par Georges Bonnet, une déclaration exprimant leur volonté de ., aux termes de laquelle les parties s’engagent à se concerter mutuellement sur les questions intéressant les deux pays en cas de difficultés internationales et considèrent leurs frontières comme définitives. ; de l'autre côté, la recherche de son « espace vital », la rhétorique agressive de Hitler, la classification des Slaves comme « sous-hommes » menacent non seulement la Tchécoslovaquie et la Pologne, mais aussi l'URSS.
Échec des négociations soviétiques avec la Finlande En , les Soviétiques, trouvant la frontière finlandaise trop proche de Leningrad, à seulement , lui proposent d'échanger des terres au nord-ouest de Leningrad jusqu'à une ligne Koivisto-Kaarlahti et la presqu'île de Hanko contre une bande de territoire équivalente dans le grand Nord peu peuplé, en Carélie soviétique. La Finlande refuse et depuis lors, l'historiographie soviétique, puis russe, la considère comme responsable de la guerre d'Hiver.
Menaces japonaises sur l'Orient soviétique L'URSS se confronte depuis plusieurs années au Japon, membre depuis 1936 du pacte anti-Komintern. Les Soviétiques, présents en Mongolie, dans le Tannou-Touva et le Xinjiang, soutiennent le Parti communiste chinois et son armée à la fois contre le pouvoir nationaliste chinois et contre le Japon, qui de son côté s'est emparé en 1931 de la Mandchourie. La confrontation donne lieu à une série de conflits frontaliers soviéto-japonais. En 1938 les deux pays s'affrontent à la bataille du lac Khassan. Après les accords de Munich, le Japon accélère ses démarches pour la signature d'une alliance tripartite contre l'URSS, qui échoue face aux réticences de l'Italie, laquelle préférerait une confrontation avec la France, l'Angleterre et les États-Unis. Les Soviétiques craignent d'avoir à combattre sur deux fronts. À partir du , Soviétiques et Japonais s'affrontent à Khalkhin Gol. Au moment de la signature du Pacte, les Soviétiques, menés par Gueorgui Joukov, encerclent les armées japonaises à la suite de l'offensive qu'ils avaient lancée trois jours auparavant.
Étapes du rapprochement entre l'Allemagne et l'URSS Intervention d'Hitler La position favorable de l'URSS dans ses négociations avec l'Allemagne s'accroît avec le temps : Hitler a en effet ordonné l'invasion de la Pologne pour le et ses généraux ainsi que Joachim von Ribbentrop le poussent à pactiser avec Staline. Les négociations piétinent jusqu'à ce qu'Hitler intervienne personnellement dans la discussion diplomatique pour que l'accord se fasseEncyclopædia Britannica, « International relations ».. En URSS, Viatcheslav Molotov remplace le ministre des Affaires étrangères Maxime Litvinov, favorable à une alliance avec les démocraties occidentales et dont les origines juives sont, en outre, mal vues par les nazis et ainsi perçues comme facteur limitant dans les négociations par Staline.
23- : Signature du Pacte et conversations entre Staline, Molotov et Ribbentrop
La relation de l'URSS avec le Japon fut le premier point de discussion entre Staline et Ribbentrop dans la nuit suivant la signature du Pacte, Staline exprimant le désir d'une médiation allemande pour améliorer les relations avec les Japonais tout en déclarant : "Si le Japon désire la guerre, il l'aura".. Ribbentrop le rassura en lui expliquant que le pacte anti-Komintern n'était pas dirigé contre l'Union soviétique et que l'Italie voyait le Pacte d'un très bon œil. Les autres points de discussion portaient sur les capacités militaires françaises et britanniques, la position de la Turquie, et les ambitions italiennes concernant la Grèce, après s'être emparée de l'Albanie.
Contenu Clause de non-agression Le Pacte proclamait un renoncement au conflit entre les deux pays ainsi qu'une position de neutralité dans le cas où l'un des deux pays signataires était attaqué par une tierce partie. Chaque signataire promit de ne pas rassembler de forces qui seraient .
Protocoles secrets
Ces protocoles délimitaient les sphères d'influence de l'Allemagne nazie et de l'URSS dans les pays situés entre eux (Scandinavie, Finlande, pays baltes, Pologne, Roumanie, Grèce, Turquie). Ils entérinent le partage de la Pologne, l’annexion par l’URSS des Pays baltes et de la Carélie.
Le texte complet traduit de l'allemand :
Protocole additionnel secret
À l'occasion de la signature du pacte de non-agression entre le Reich allemand et l'Union des républiques socialistes soviétiques, les plénipotentiaires soussignés des deux parties ont discuté, en toute confidentialité, de la question de la délimitation de leurs zones d'influence respectives en Europe orientale. Cette discussion a abouti au résultat suivant :
Les quatre points sont les suivants :
1. États baltes
En cas de réorganisation territoriale et politique des territoires appartenant aux États baltes (Finlande, Estonie, Lettonie et Lituanie), la frontière nord de la Lituanie constituera simultanément la limite entre les zones d'influence de l'Allemagne et de l'URSS.
2. Pologne