Antoine Bénézet, ou Anthony Benezet en anglais, né dans le Royaume de France le à Saint-Quentin dans l'actuel département de l'Aisne et mort le à Philadelphie dans l'actuel État de la Pennsylvanie, est un enseignant, pédagogue, philanthrope et abolitionniste naturalisé britannique puis américain, figure majeure des quakers, et du mouvement abolitionniste aux États-Unis, il est à l'initiative de la création de la première société abolitionniste du monde la Society for Promoting the Abolition of Slavery, and for the Relief of Free Negroes en 1775 qui devient la Pennsylvania Abolition Society en 1784.
Biographie
Jeunesse et formation
Une famille persécutée Antoine Bénézet est le second des de Jean-Étienne de Bénézet, et de Judith de la Megenelle, de riches négociants affiliés à un groupe de huguenots pacifistes « les Inspirés de la Vaunage » mouvement issu des camisards ayant renoncé à la résistance armée pour embrasser la résistance non-violente proche du pacifisme des quakers. Comme tous les huguenots, ils sont poursuivis depuis la promulgation de la révocation de l'Édit de Nantes en 1685. Menacés de saisie de leurs biens, ils ont du fuir le Royaume de France. Dans un premiers temps, ils passent la frontière en soudoyant les douaniers pour se réfugier à Rotterdam dans les Provinces-Unies en 1715, où de nombreux huguenots s'étaient réfugiés, ils y restent trois mois, pour ensuite émigrer à Londres où ils résident durant et anglicisent leur nom en « Benezet » et Jean-Étienne devient « John Stephen » puis devient un négociant prospère.
La période londonienne Durant le séjour londonien de la famille Benezet, le jeune Anthony Benezet devient apprenti auprès d'un marchand et on suppose qu'il a fréquenté une école dirigée par des quakers à Wandsworth dans la banlieue de Londres. En revanche, on sait qu'il devient l'apprenti d'un quaker, négociant londonien, le négoce ne l'intéresse guère, Anthony Benezet s'intéresse plutôt à la foi de son maître d'apprentissage et il rejoint la communauté des quakers en 1727, à ses .
Le départ pour la Province de Pennsylvanie vignette|George Whitefield. En 1731, la famille Benezet part pour Philadelphie, la . Les parents d'Anthony Benezet quoique proches des quakers sont affiliés au Frères moraves. John Stephen Benezet rallie le mouvement dit du Grand réveil fondé par John Wesley et animé par le prédicateur itinérant George Whitefield. Il tenté sans succès d'ouvrir une école de formation professionnelle pour les Afros-Américains à Nazareth sur le fleuve Delaware.
Anthony Benezet a . Sur place avec trois de ses frères, il se lance dans le négoce et rejoint la communauté des quakers de Philadelphie entrée facilitée grâce à une lettre de recommandation écrite par les quakers de Londres à leurs correspondants de Philadelphie.
Anthony Benezet est seul de sa famille à être quaker, son père et ses sœurs ont rejoint la congrégation des Frères moraves de Bethlehem, ses frères se convertissent à l'anglicanisme.
En 1742, grâce à une dotation de son père, Anthony Benezet se fait construire une demeure en brique sur la où il demeure jusqu'en 1754, année où il quitte l'enseignement pour aller s'installer à Burlington.
Carrière
La réforme sociale par l'éducation gauche|vignette|William Penn. D'une santé fragile, Anthony Benezet consulte son ami le médecin Benjamin Rush et sur ses conseils, il suit un régime végétarien comme son ami Benjamin Lay.
Après une expérience dans une manufacture à Wilmington dans le Delaware Anthony Benezet prend conscience que cette activité n'est pas pour lui, qu'il lui faut s'orienter vers une métier plus conforme à sa constitution physique. Son amour des livres le conduit en 1739 à devenir enseignant car, en dehors de son amour des livres, il pense que l'éducation offre un moyen de réformer une société de plus en plus compétitive et qu'un quaker en plus de ses devoirs envers Dieu, a le devoir d'éduquer les jeunes. Il commence à enseigner au sein de la , située dans un quartier de Philadelphie, Germantown fondée par Francis Daniel Pastorius en 1701, mais mal rémunéré il écrit à pour qu'il puisse obtenir un poste au sein d'une école tenue par des quakers, sa candidature est acceptée, il est engagé par la comme professeur de littérature et de latin, emploi qu'il occupe de 1742 à 1754.
L'importance de l'éducation Anthony Benezet est convaincu par les enjeux de l'éducation pour former une meilleure société, en 1758 écrit à en visite dans la Province de Pensylvanie . Il invite les quakers à mettre leur fortune au service de l'éducation de la jeunesse. Il déplore également que la première personne qui sait lire et écrire puisse enseigner et réclame une professionnalisation des enseignants. Ses protestations et déclarations aboutissent en 1777 à la création par les quakers d'une commission de pour s'atteler à la l'organisation et la gestion de l'éducation à Philadelphie, Anthony Benezet est nomme président de cette commission.
Enseigner autrement À l'époque d'Anthony Benezet l'école est un lieu d'ennui et de sévérité, les élèves doivent répéter par cœur les leçons des enseignants, en cas de fautes, de manque d'attention les punitions corporelles sont monnaie courante par l'utilisation de la badine ou de la cravache. La première chose que fait Anthony Benezet en entrant dans sa salle de classe est de briser les badines et cravaches et de les jeter ; il aménage des temps de récréation et quand il doit punir ce sont des punitions réparatrices.
Une éducation inclusive gauche|vignette|Absalom Jones. vignette|James Forten. Conforté dans ses compétences d'enseignant, Anthony Benezet se tourne vers les filles écartées d'un enseignement de qualité semblable à celui donné au garçons et vers les Afro-Américains qui sont maintenus en général dans l'analphabétisme ou n'accèdent qu'à des rudiments scolaires. Il a la ferme conviction que chaque enfant doit pouvoir accéder à l'éducation quel que soit son sexe ou sa « race ». C'est ainsi qu'en 1755, il ouvre le premier établissement d'enseignement secondaire pour jeunes filles à Philadelphie.
Un jour, une femme afro-américaine affranchie se tient devant l'entrée de la maison d'Anthony Benezet, elle lui présente son enfant et lui dit . C'est ainsi qu'Anthony Benezet commence à donner des cours chez lui pour des enfants afro-américains impatients d'apprendre à lire et à écrire. Au bout de de cours privés, en 1770, Anthony Benezet convainc les quakers que les Afro-Américains ont les mêmes capacités intellectuelles que les Blancs et donc de financer l'ouverture d'une école pour eux. L'école ouvre ses portes durant l'été 1770, dans un premier temps, elle s'appelle la Friends School for Black People pour ensuite s'appeler l’, école qui aura notamment pour élèves Absalom Jones et James Forten, des pionniers du mouvement des droits civiques.
Le pédagogue Son expérience d'enseignant auprès de divers publics l’amène à s'intéresser à la manière d'enseigner, à la pédagogie et à rédiger (1778), (1779) et le (1782). Il préconise un enseignement différencié adapté aux différentes compétences des élèves, une pédagogie basée non pas sur des principes, des théories mais sur la pratique, la rencontre des élèves pour valoriser leurs capacités individuelles, les degrés de compréhension selon l'âge, pédagogie innovante pour l'époque.
L'abolitionniste gauche|vignette|Patrick Henry.
L'esclavage légitimé vignette|James Otis. Du temps d'Anthony Benezet l’esclavagisme était légitimé par la majorité des auteurs de philosophie sociale Hugo Grotius, John Locke, Thomas Hobbes, au nom d'un ordre voulu par Dieu et / ou d'une supériorité des races. Montesquieu se distingue en affirmant .
L'esclavage controversé Des auteurs comme James Otis, Patrick Henry et Thomas Paine mettent en parallèle les droits et revendications des colons des Treize Colonies et ceux des Afro-Américains, l'égalité des droits naturels ne concerne t-il pas aussi bien les Blancs que les Noirs ? En 1758, l' interdit aux propriétaires d'esclaves d'exercer des responsabilités au sein de leurs diverses congrégations ou de les représenter. Tous ces débats sont contemporains d'Anthony Benezet et l'ont influencé.
La croisade d'Anthony Benezet gauche|vignette|John Wesley. Dès 1755, Anthony Benezet continue la plaidoirie abolitionniste inaugurée par Francis Daniel Pastorius et et continuée par Benjamin Lay et John Woolman en publiant des pamphlets, le premier d'entre eux est en 1760, suivi de en 1762 puis en 1767 qui est également diffusé en Europe. Ce dernier pamphlet dénonce l'esclavage comme une menace contre la paix, la prospérité, le bien-être des sociétés où il est prévalent, qu'il est .
vignette|George Keith. Deux ans après avoir créé l'école pour les jeunes afro-américains, Anthony Benezet reprend sa croisade auprès des quakers pour abolir l'esclavage. Il légitime l'abolitionnisme en répétant un principe biblique , qu'ils sont tous à l'image de Dieu. Anthony Benezet s'appuie également l'enseignement du Grand réveil où John Wesley dit et écrit son aversion toutes les formes d'esclavage qu'il juge inconciliable avec tout « degré de justice ou de miséricorde », il est pour une interdiction de « L'achat ou la vente des corps et des âmes d'hommes, de femmes et d'enfants avec l'intention de les réduire en esclavage », il condamne l'esclavage comme confiscation de droits fondamentaux « L'esclavage est un état dans lequel ni les biens, ni la liberté, ni la vie d'un homme ne sont à sa disposition ». Tout comme John Wesley, Anthony Benezet a la ferme conviction que le commerce des esclaves est diabolique, que l'esclavage est un affront à la liberté et au droit d'être libéré comme des droits absolus donnés à chaque humain qu'il soit Blanc, Noir ou Amérindien.
Anthony Benezet rallie à sa cause deux figures de la communauté des quakers Benjamin Lay et John Woolman. Les trois écrivent et prêchent partout leur conviction, leur aversion de la traite négrières et l'esclavage. Anthony Benezet envoie des manifestes et des pamphlets comme Some Historical Account of Guinea à différentes personnalités telles que John Wesley, Benjamin Franklin, Granville Sharp, l'abbé Guillaume-Thomas Raynal, John et afin d'assurer leurs diffusion aussi bien dans la Nouvelle Angleterre, qu'en Angleterre et sur le continent européen. gauche|vignette|Francis Hutcheson. Anthony Benezet étoffe sa démarche abolitionniste en s’appuyant sur divers auteurs comme Montesquieu, Francis Hutcheson et , juristes qui affirment qu'aucun homme ne peut avoir le droit d'asservir un autre humain et que tout humain naît libre, à ces fondements rationnels il ajoute que contrevenir au droit naturel c'est transgresser également la loi divine. Parallèlement, il se lance dans une enquête quasi ethnologique où compile tous les différents rapports et études faits par des explorateurs français notamment les écrits de Jean Barbot, britanniques, néerlandais sur les différents peuples d'Afrique. Son enquête lui permet de réfuter la prétendue supériorité des européens sur les africains qui leur seraient inférieurs en utilisant un argument les peuples ne produisent que ce dont ils ont besoin et que les cultures africaines sont à comprendre vis à vis de territoires aux ressources abondantes. Il est admis que les différents écrits d'Anthony Benezet jettent les bases de l'historiographie africaine.
En 1772, l'Assemblée annuelle des quakers demande à tous leurs membres de désavouer l'esclavage et d'affranchir leurs esclaves.
Sur l'initiative d'Anthony Benezet est fondée en 1775 la première société abolitionniste du monde la qui devient en 1784 la , plus connue sous le nom de en .
Sur l'insistance d'Anthony Benezet, en 1780, l'Assemblée générale de Pennsylvanie promulgue le qui a pour but de mettre progressivement fin à l'esclavage dans l'État de la Pennsylvanie, c'est la première loi abolitionniste du monde prise par un état démocratique. gauche|vignette|Thomas Clarkson.