vignette|350x350px|Visite de Franco à Reus (1940).
Le franquisme s'est implanté en Catalogne entre 1939 et 1975 dans un contexte de répression franquiste hérité de la Guerre Civile Espagnole. La dictature a associé suppression des libertés démocratiques et répression de la culture catalane. Son caractère totalitaire et autoritaire, ainsi que ses objectifs unificateurs se sont traduits par la tentative de faire primer une culture et une langue uniques au niveau national. Les tendances anticatalanistes du régime n'ont pas été un obstacle décisif à la naissance d'un franquisme catalan, apparu durant la guerre et alimenté par la victoire des putschistesGran Enciclopèdia Catalana, volumen XI, p. 339, Enciclopèdia Catalana S.A. Barcelona, julio de 1990 , cat..
Anticatalanisme
vignette|246x246px|Lluís Companys, deuxième président de la Généralité de Catalogne restaurée, a été livré par la Gestapo, jugé et fusillé par les autorités franquistes. La Catalogne a été une région qui a souffert de la haine engendrée pendant la Guerre Civile par les putschistes. Elle était alors considérée comme une région de traîtres, notamment en raison d'attaques contre le personnel et les biens de l'Église. À Tarragone, en janvier 1939, lors d'une messe présidée par un chanoine de la cathédrale de Salamanque, José Artero, il s'est écrié: "Chiens catalans ! vous n'êtes pas dignes du soleil qui vous éclaire."El franquisme a Catalunya, p. 135-136. cat. A propos des hommes qui défilèrent à Barcelone, Franco dit que cet honneur ne leur était accordé non pas "parce qu'ils avaient mieux lutté, mais parce qu'ils étaient ceux qui ressentaient le plus de haine. C'est-à-dire, le plus de haine envers la Catalogne et les Catalans."
Un ami intime de Franco, Víctor Ruiz Albéniz, a publié un article dans lequel il demandait que la Catalogne reçût "une punition biblique (Sodome et Gomorrhe) pour purifier la ville rouge, siège de l'anarchisme et du séparatisme comme unique remède pour enlever ces deux cancers avec un thermocautère implacable", alors que, pour Ramón Serrano Súñer, beau-frère de Franco et ministre de l'IntérieurMuere Ramón Serrano Súñer a 101 años El Mundo, 2 de setiembre de 2003., le nationalisme catalan était "une maladie." Le gouverneur civil de Barcelone, Wenceslao González Oliveros, affirma que "l'Espagne s'est élevée, avec autant voire plus de force contre les Statuts démembrés que contre le communisme et que la moindre tolérance à l'égard du régionalisme conduirait une nouvelle fois aux mêmes processus de putréfaction qu'[ils venaient] d'enlever chirugicalement."
Des conservateurs catalans, tels que Francisco Cambó, frémirent face à la haine et l'esprit de revanche montrés par Franco. Cambó écrivit dans son Quotidien en référence à Franco: "Comme s'il ne sentait ni ne comprenait la situation misérable, désespérée, dans laquelle se trouve l'Espagne et qu'il ne pensait pas à autre chose qu'à sa victoire, il ressent le besoin de parcourir tout le pays (...) comme un torero qui recueille applaudissements, cigares, chapeaux et quelque américaine rare." droite|vignette|200x200px|Tombe de Lluís Companys, président catalan fusillé par les autorités franquistes, dans le Fossar de la Pedrera. Celui qui avait été le deuxième président de la Généralité de Catalogne, Lluís Companys, s'exila en France, comme beaucoup d'autres, en janvier 1939. Les autorités espagnoles en demandèrent l'extradition aux Allemands. Le doute historique réside dans son arrestation, soit réalisée par la Gestapo, soit par la police militaire allemande, aussi connue sous le nom de Wehrmacht. En tout cas, l'arrestation eut lieu le , suivie de l'immédiate déportation de Lluís Companys vers l'Espagne franquiste. Après un conseil de guerre très sommaire, il fut fusillé le , dans le château de Montjuïc, pour rébellion militaire, pour avoir fourni des armes au parti rouge. Dès lors, nombreuses furent les revendications pour annuler le jugement sans aucune garantie. Pour le moment, aucune d'elles n'a abouti El Gobierno de la Generalidad pide la anulación del juicio contra Lluís Companys cat..
D'autre part, pendant la période franquiste, plusieurs entreprises publiques d'État s'installèrent dans la région. Cela permit une renaissance économique et industrielle pour la Catalogne, ainsi qu'une croissance démographique notable, due en grande partie à l'arrivée de travailleurs d'autres régions de l'Espagne.
Répression franquiste Le franquisme a entraîné en Catalogne, comme dans le reste de l'Espagne, l'annulation des libertés démocratiques, l'interdiction et la poursuite des partis politiques (à l'exception de la Falange Espagnole Tradicionalista et des JONS), la clôture de la presse non affiliée à la dictature militaire et l'élimination des entités de gauche.
Les organisations en faveur des droits des femmes qui se sont développées sous la République, comme le club féminin et sportif de Barcelone, créé par les championnes Enriqueta Sèculi, Teresa et Josefina Torrens, la Résidence internationale de jeunes filles étudiantes, université féminine située dans le palais de Pedralbes, ou encore le Lyceum Club fondé par l'écrivaine Aurora Bertrana et l'universitaire Maria Pi Ferrer, sont démantelées et interdites.
De plus, le Statut d'Autonomie et les institutions qu'il impliquait furent supprimées ; l'officialité de la langue catalane fut détournée, en en réduisant l'usage notamment dans l'administration, dans les médias, à l'école, à l'université, dans la signalisation publique et plus généralement dans toute manifestation publique. Aux nombreux morts de la guerre, il faut ajouter ceux qui ont été fusillés après la victoire franquiste, tout comme le président Lluís Companys ; beaucoup d'autres, contraints à l'exil, ne reviendront pas dans leur pays ; un grand nombre de ceux qui n'avaient pas fui fut incarcéré ; et beaucoup plus encore furent "épurés" et déclarés inaptes à l'occupation de charges publiques ou à l'exercice de certaines professions, ce qui les laissait dans une situation économique encore plus difficile. Un petit groupe d'anarchistes et de communistes essaya de se livrer à une guérilla à travers des unités connues sous le nom de maquis. Son action la plus connue est l'invasion du Valle de Arán.
À partir de la répression, le franquisme créa quelques réseaux de complicité dans lesquels des milliers de personnes furent impliquées ou desquels elles furent complices, du versement de sang, des persécutions, de la vie de plusieurs centaines de milliers de personnes dans les prisons, des camps de concentration ou des Bataillons de TravailleursBatallones de Trabajadores cat.. Enfin, des formes les plus diverses de répression existèrent : politique, sociale, de travail, idéologique et, dans le cas de la Catalogne, une tentative de minorisation culturelle qui prétendait réduire sa spécificité culturelle régionale.
De plus, le Statut d'Autonomie et les institutions qu'il impliquait furent supprimés, la langue et la culture catalanes furent systématiquement persécutées, notamment dans l'administration, dans les médias, à l'école, à l'université, dans la signalisation publique et plus généralement dans toute manifestation publique. Le catalan fut exclu de la sphère publique et administrative et resta cantonné à un usage familier et entre voisins. Le castillan devint l'unique langue de l'enseignement, de l'administration et des médias. La situation s'est aggravée en raison des grandes vagues migratoires de personnes parlant le castillan au , surtout dans les années 1960 et 1970, originaires du reste de l'Espagne, notamment d'Andalousie et d'Estrémadure, concentrées pour la plupart dans la zone métropolitaine de Barcelone. Cela a provoqué un net recul de l'usage social du catalan et de sa connaissance, faisant même du castillan la première langue maternelle en Catalogne pour la première fois. En Catalogne le facteur le plus important du bilinguisme social est l'immigration depuis le reste de l'Espagne au .
Globalement, l'exclusion presque totale du catalan du système éducatif et ses restrictions d'usage dans les médias de masses pendant toutes ces années, a eu des conséquences à long terme et qui resteront présentes des années après la fin de la dictature, comme cela s'observe dans les taux élevés d'analphabétisme en catalan parmi les générations scolarisées pendant ces années : en 1996 seul un tiers des 40-44 ans était capable d'écrire en catalan, parlé par 67 % des sondés, chiffres qui tombaient à 22 % des plus de 80 ans capables de l'écrire et 65 % le parlantMelchor y Branchadell (2002), pp. 160 y 204..
La Vanguardia du explique que l'Institut d’Estudis Catalans sollicite le Ministère d'Éducation pour que soit autorisée l'enseignement du catalan « dans les centres d'éducation de l'État en Catalogne», extensible à « des aspects divers de l'art, de la littérature et du reste des connaissances de la vie et de l'histoire catalanes». La Mairie de Barcelone met à disposition l'enseignement du catalan «gratuit et volontaire» dès dans l'enseignement primaire. «Le Ministère observe cette initiative avec les meilleures dispositions et n'émet pas la moindre objection.» Il y aura 2 professeurs par école mais ils pourront être plus nombreux si nécessaire. Une heure de cours par jour aura lieu, soit 5 heures hebdomadaires.
Prisonniers en Catalogne Les plus grands responsables des dépôts municipaux de détenus ou de prisonniers politiques furent les maires. La surveillance était à la charge de l'huissier ou des milices de la FET et des JONS, à moins que le village accueille une caserne de la Garde civile.
En 1940, le nombre total d'hommes et de femmes incarcérés (en tant que prisonniers politiques) était de 27.779. Ce chiffre correspond à 0,95% de la population de la Catalogne (2.915.757 habitants) et témoigne de la portée massive de la répression imposée à l'ensemble de la population catalane, qui continuait à être importante, des mois après la fin de la Guerre Civile.
Bien qu'étant la province de Barcelone qui compte le plus grand nombre de prisonniers, les chiffres absolus relatifs au nombre total de personnes incarcérées dans les quatre provinces catalanes montrent que le pourcentage le plus élevé se trouve dans les provinces de Tarragone et Lleida avec 11,2%. Ces données confirment l'intensité de la répression franquiste en CatalogneEl franquisme a Catalunya, p. 45, cat.
Les prisonniers sont incarcérées, pour les femmes, dans la prison de Les Corts, et pour les hommes, dans la prison Model. Les opposants et opposantes les plus identifiés par le régime franquiste sont exécutés au camp de la Bota, avant d'être inhumés dans la fosse commune du Fossar de la Pedrera, sur la montagne de Montjuïc.
Persécution des livres Jusqu'en 1946, sans aucune norme écrite, l'édition imprimée en catalan était arrêtée. Malgré cela, en 1941, les Poesies de Le Gayter du Llobregat furent rééditées de façon clandestine, pour célébrer le centenaire de l'édition originale qui avait marqué le mouvement de la Renaixença.
Les trois livres de la reprise littéraire ont été édités par des jeunes. Les œuvres sont (avec un tirage à 100 exemplaires chacun): las Elegías de Bierville (1943) de Carles Riba , El aprendiz de poeta (1943) de Josep Palau i Fabre, et Cementeri de Sinera (1946) de Salvador Espriu.
Un sentiment de continuité accompagne les grandes œuvres, postérieures à 1946, rédigées par des écrivains revenus de l'exil en 1942-1943 : Carles Riba traduit l'Odyssée (1948), le pédagogue Alexandre Galí publie son Histoire des Institutions.
Reprise publique du livre droite|vignette|200x200px|La version imprimée du Diccionari català-valencià-balear.