L'Âge de diamant ou Le Manuel illustré d'éducation pour jeunes filles (titre original : ) est un roman de science-fiction postcyberpunk de l'auteur américain Neal Stephenson paru en 1995.
Présentation de l'œuvre L'Âge de diamant est un roman de science-fiction qui s'apparente également au genre du roman d'apprentissage, en racontant l'évolution d'une jeune fille défavorisée qui vit dans un monde dont tous les aspects sont déterminés par les nanotechnologies. La thématique du roman exploite aussi bien des problèmes d'éducation ou de classes sociales que le tribalisme culturel, en passant par les possibles réponses sociétales à un monde en proie à de grands changements technologiques.
L'Âge de diamant est un roman en deux parties, divisé en de nombreux chapitres non numérotés dont les titres résument en quelques mots le contenu, à la manière de la littérature victorienne représentée par Charles Dickens au . Le récit se caractérise par deux lignes narratives développées de manières égales et qui se croisent : l'éducation de Nell, une jeune fille des bas-fonds livrée à elle-même qui va grandir, grâce au « Manuel illustré d'éducation pour Jeunes Filles » que lui donne son frère après l'avoir volé, et la chute sociale de l'ingénieur néo-victorien John Percival Hackworth, auteur et développeur dudit manuel. Le roman développe dans la première perspective tout un univers de conte de fées aux vertus éducatives basé sur le principe antique du Fabula docet (l'éducation par la fable). Le récit explore à la fois les conséquences des nouvelles technologies sur les sociétés et les failles de communication interculturelles.
Le titre du roman Le titre, « L'Âge de diamant », est l'extension d'une périodisation archéologique qui se sert d'un matériau pour définir toute une période de l'histoire de l'humanité. Ainsi, les historiens distinguent l'âge de la pierre, l'âge du bronze et l'âge du fer. Des visionnaires de la technologie comme Eric Drexler et Ralph Merkle, tous deux cités à titre honorifique dans L'Âge de diamant, ont affirmé que si les nanotechnologies réussissaient à manipuler à volonté les atomes individuellement, il deviendrait possible de recréer des diamants à partir d'assemblages d'atomes de carboneCf. Dinello, 2005:232. Ralph Merkle avait déclaré à ce propos : « Dans le diamant, un réseau dense de liaisons fortes crée un matériau dense, lumineux et dur. Exactement comme nous avons nommé les différents âges de l'humanité (l'âge de la pierre, l'âge de bronze et l'âge de l'acier) selon le matériau qu'étaient capables de façonner les hommes à ces différentes époques, nous pourrions appeler la nouvelle époque technologique dans laquelle nous entrons l'âge de diamant. »Merkle, 1997 Dans le roman, avec la vision d'un avenir proche de notre monde, les nanotechnologies se sont développées jusqu'à ce point précis où la création de structures de diamant est devenue possible. Le diamant remplace d'ailleurs dans l'univers du roman tout ce qui était en verre à l'époque précédente.
Situation dans l'œuvre de Neal Stephenson L'Âge de diamant se situe dans le même univers romanesque que Le Samouraï virtuel, du même auteur, mais de nombreuses années plus tard. Ce parallèle peut être fait sur la base d'analogies entre Y.T., le personnage principal du Samouraï virtuel, et Miss Matheson, la vieille néo-Victorienne de L'Âge de diamant. Ainsi, L'Âge de diamant se déroulerait 40 à 60 ans après les événements racontés dans Le Samouraï virtuelLors d'une séance de dédidace à la librairie de l'Université de Harvard, Cambridge, Massachusetts, le , Neal Stephenson confirma lui-même ce parallèle.. L'Âge de diamant peut également être rapproché de deux autres nouvelles de l'auteur : The Great Simoleon Caper, qui décrit la Première République distribuée, et Excerpt from the Third and Last Volume of « Tribes of the Pacific Coast », qui partage quelques personnages avec le roman.
Polémique sur la fin du roman L'Âge de diamant est probablement l'exemple le plus cité par les critiques qui cherchent à dénigrer la manière dont Neal Stephenson termine ses romans. Certains critiques ont été déçus par la fin du récit, évoquant la tension grandissante tout au long du roman qui ne trouve finalement aucune conclusion satisfaisante. Tandis que le devenir de certains des personnages reste sans suite, le récit secondaire - qui raconte l'histoire de l'ingénieur John Percival Hackworth - semble prendre le pas sur celui de Nell, qui correspond moins à l'archétype du héros d'un roman de science-fiction. L'ambiguïté qui règne à ce sujet transparaît par exemple dans le titre de l'édition néerlandaise du roman, intitulée « L'Alchimiste », en référence au rôle crucial que joue John Percival Hackworth.
Résumé L'Univers de l'Âge de diamant Du point de vue géopolitique, le monde de L'Âge de diamant est divisé en « phyles » (également appelés « tribus ») qui correspondent à des regroupements communautaires non plus basés sur un quelconque droit du sol ou droit du sang, mais sur des affinités idéologiques et culturelles. Les trois phyles les plus importants sont les Chinois Hans (qui retrouvent les us et coutumes de la Chine ancestrale et confucéenne), les Néo-Victoriens (composés d'Anglo-Saxons, d'Indiens, d'Africains et de toute personne s'identifiant avec la culture néo-victorienne qui s'inspire de l'Angleterre du sous la reine Victoria du Royaume-Uni) et les Nippons (qui correspondent au peuple japonais). Il existe d'autres phyles moins importants comme les Zoulous, les Hindoustanis, les Senderos (communistes incas ou coréens), les Boers (une communauté protestante d'origine hollandaise), les Uitlanders (une communauté de Britanniques ayant fui l'Afrique du Sud), etc. Après l'effondrement des États-Nations, phénomène causé par la disparition de leurs sources de revenus qu'étaient les impôts (devenus impossibles à lever dans un monde où les transactions financières ne sont plus traçables), les phyles ont renoncé à toute notion de territoire-nation pour privilégier la dissémination géographique. Les domaines géographiques associés à chaque phyle sont appelés « claves » et sont la plupart du temps délimités par une barrière nanotechnologique de surveillance. Les humains n'appartenant à aucun phyle particulier sont appelés « thètes » et ils vivent dans les « Territoires concédés » par les autres phyles.
Du point de vue technologique, le monde de L'Âge de diamant est entièrement déterminé par les nanotechnologies qui permettent de fabriquer aussi bien des vêtements que de la nourriture ou des moyens de transport. La population utilise des médiatrons pour visionner films et « ractifs ». Comme les nanotechnologies permettent de manipuler la matière au niveau de l'atome, les micro-machines produites par ces technologies sont d'une taille tellement petite qu'elles peuvent se transmettre dans le sang humain et les autres fluides corporels. Les nanotechnologies peuvent également simuler une vie pensante, comme sur l'îlot artificiel créé spécialement pour la princesse Charlotte, la fille de la reine Victoria II, où évolue un monde onirique et féerique peuplé de faunes et de dinosaures. Les grandes entreprises multinationales du roman sont Machine-Phase Systems Limited (pour les biens de consommation) et Imperial Tectonics Limited (pour l'immobilier).
Première partie du roman
Au , dans la Mer de Chine aux environs de Shanghai, John Percival Hackworth, du clave néo-victorien « Atlantis/Shanghai », un homme fort lettré et brillant ingénieur, rencontre Lord Alexander Finkle-McGraw qui lui confie une mission particulièrement délicate : créer un « Manuel illustré d'éducation pour Jeunes Filles » pour sa propre petite-fille Elizabeth Finkle-McGraw. Le riche aristocrate n'a en effet aucune confiance dans le système éducatif néo-victorien qui ne vise qu'à soumettre les jeunes gens aux règles du phyle, au détriment de leur propre réflexion. Le Manuel est donc conçu comme une combinaison interactive unique d'objectifs éducatifs, émotionnels et cognitifs, fabriqué à partir des nanotechnologies, et censé former une jeune fille épanouie, sûre d'elle-même, cultivée, polie, mais également indépendante et subversive.
Alors que Hackworth tente de créer une copie illégale du Manuel pour sa propre fille, Fiona Hackworth, il se fait agresser par des jeunes délinquants qui lui volent son exemplaire. Mais au lieu de remettre le livre au commanditaire de l'agression, Harv, l'un des délinquants, le confie à sa sœur Nell pour la consoler des divers mauvais traitements infligés aux deux enfants par les nombreux petits-amis de sa mère, Tequila. Une fois ouvert, le Manuel intègre l'arrière-plan social et psychologique de Nell au schéma narratif et crée le personnage de la « Princesse Nell », prisonnière d'un imaginaire « Château noir ». La princesse féerique traverse de nombreux pays, affronte des situations périlleuses, accompagnée et conseillée par des personnages bigarrés qui sont les versions interactives de ses jouets préférés. Le Manuel est interactif, s'adapte à toutes les situations que rencontre Nell dans sa vie pour en faire des nouvelles ramifications du conte original et répond à ses questions. Les réponses sont toutes lues sur un prompteur par une ractrice, Miranda, qui peu à peu s'attache à Nell par le biais de l'histoire qu'elle lui raconte jour après jour. Un jour, le nouveau petit-ami de la mère de Nell agresse physiquement les deux enfants, si bien que Nell et son frère Harv doivent quitter le domicile familial, tandis que parallèlement la princesse du Manuel s'enfuit du Château noir.
Pendant ce temps, l'artifex Hackworth, qui a perdu l'exemplaire du manuel qu'il destinait à sa fille, fait l'objet d'une enquête du Juge Fang et de ses deux assistants, Miss Pao et Chang. Le juge confucéen rencontre également le mystérieux X, un haut dignitaire chinois et riche Mandarin du Céleste Empire, impliqué dans d'obscures activités criminelles. À la suite de cette rencontre, le Juge Fang change d'allégeance et rejoint le Céleste Empire, écœuré par la corruption qui règne dans la République côtière de Chine et attiré par le renouveau des coutumes et de la culture de la Chine ancestrale, à l'instar de ce qu'on fait les néo-Victoriens pour la culture anglo-saxonne du . Le Docteur X expose alors son projet au juge confucéen : recueillir les centaines de milliers de jeunes filles chinoises abandonnées par leurs parents à cause de la misère et les éduquer grâce à une copie adaptée du Manuel de John Percival Hackworth. Le Docteur X et le juge Fang tendent un piège à l'ingénieur néo-victorien à l'occasion d'un faux procès. Pour alléger sa peine et récupérer un exemplaire du Manuel pour sa fille, Hackworth livre aux Confucéens la clé d'encryptage des données contenues dans le Manuel et promet de les aider à adapter le Manuel à la culture chinoise confucéenne. Plus tard, Hackworth est accusé de haute trahison par Lord Finkle-McGraw et accepte de devenir un agent double au service des Néo-Victoriens et de participer à la course technologique qui s'est mise en place entre eux et les Confucéens. Les Néo-Victoriens craignent pour leur prédominance culturelle si jamais le Céleste Empire venait à mettre au point la « Graine », une nanotechnologie qui échapperait à tout contrôle issu d'un pouvoir centralisé. Parallèlement, Hackworth est chargé par le Juge Fang et le Docteur X de retrouver un personnage mystérieux appelé « l'Alchimiste » et doit se rendre aux États-Unis et au Canada.
Seconde partie du roman