Pierre Faure (né le à Pessac et mort à Pau le ) est un prêtre jésuite et pédagogue français.
C’est un pédagogue dont l’œuvre éducative importante peut être considéré comme innovante. Si Pierre Faure semblait avant tout s’intéresser à son temps, il travaillait déjà pour l’école et pour l’enfant du . Il est à l’origine de ce qu’il a appelé un enseignement personnalisé et communautaire qui peut s’appliquer, sous des formes différentes, de la maternelle jusqu’à l’université. Biographie
Pierre Faure est né le à Pessac (Gironde) où son père était médecin. Ses études secondaires terminées, il entre au noviciat des Pères jésuites en 1921. Il est ordonné prêtre en 1935. Parallèlement à sa formation religieuse, il poursuit des études de sciences et enseigne dans divers collèges de la Compagnie. En 1937 il est nommé à l’Action populaire de Vanves. Il se voit alors confié l’étude des problèmes d’éducation. En 1938, il crée le Centre d’études pédagogiques et, en 1945 la revue Pédagogie. Présent tout d’abord au débat politique sur l’école catholique, il s’engage ensuite dans la recherche d’une école de qualité. Il s’intéresse aux enseignants et à tous les enfants, quels que soient leur âge quel que soit leur éventuel handicapOn trouvera une notice sur Pierre Faure dans le Dictionnaire historique de l’éducation chrétienne d’expression française, Éditions Don Bosco, 2001 pp. 272-273, ainsi qu’une biographie et une bibliographie détaillées dans la thèse de doctorat en sciences de l'éducation d’Anne Marie Audic, Pierre Faure s.j, sous la direction du professeur Guy Avanzini. On peut aussi consulter les archives des Frères des Écoles chrétiennes..
En 1940, il rencontre Hélène Lubienska de Lenval, disciple depuis plus de 20 ans de Maria Montessori. Dès les premiers contacts il est séduit par cette « personnalisation de l’enseignement » où il retrouve les orientations fondamentales de la pédagogie des Jésuites. Il est convaincu que les élèves peuvent et doivent s’exercer, découvrir par eux-mêmes et construire leur personnalité. Mais il ne se contente pas d’appliquer cette pédagogie. En bon scientifique, il sait ce que signifie la recherche et l’expérimentation. Il voyage beaucoup, visite des écoles en France et à l’étranger et rencontre des pédagogues et de nombreux enseignants.
En 1947, il fonde à Paris sa première école d’éducatrices pour les classes enfantines et primaires qui sera transférée rue Louis David en 1952. À côté de ce centre de formation, il installe une école d’application rue de Madrid. La vie de celle-ci sera brève. 5 ans seulement mais son impact sera grand et ses visiteurs viendront vite de plus loin que la France. En 1959, Pierre Faure fonde un second centre de formation, puis en 1966, à l’Institut catholique de Paris, un centre destiné aux maîtres des enfants en difficulté. Parallèlement, Il enseigne à l’Institut Catholique de Paris et donne des conférences un peu partout dans le monde. Il écrit également différents ouvrages de pédagogie et de très nombreux articles de revues.
En matière de formation des maîtres, ce sont aussi et sans doute sa principale activité, les sessions pédagogiques qui naissent en 1952 et qu’il organise chaque année dans des lieux différents en France ou dans des pays étrangers. Pour cela, il mobilise des enseignants qui ont déjà travaillé avec lui et qui deviennent animateurs et formateurs. Mais la principale originalité de ces sessions, c’est l’organisation de mini-écoles avec de « vrais » élèves qui viennent travailler pendant le temps des vacances sous l’œil des sessionistes pour une durée limitée à 8 ou 10 jours. Chaque année ces sessions accueillent jusqu’à 4 à 5000 participants. Elles sont organisées en France mais aussi dans bien d’autres pays tels que le Liban Pierre Faure est à l’origine de l’Institut libanais d’éducateurs fondé en 1956, aujourd’hui rattaché à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Aïda Nehmé Roucos en sera la directrice pendant de très nombreuses années. Elle sera également formatrice en enseignement personnalisé en France et au Canada. Ses articles et conférences sur l’enseignement personnalisé ont été rassemblés dans un ouvrage intitulé Aïda plus que 4 lettres, une lettre ouverte, publié en 2011 par l’université Saint-Joseph., l’Egypte, la Tunisie, l’EspagneEn Espagne, une thèse de doctorat a été soutenue par Nieves Pereira sur le thème Un proyecto pedagogico en Pierre Faure qui a été publiée par les Éditions Narcea en 1976. On trouvera par ailleurs un niméro spécial de la Revista de Educacion n°247 de 1976 qui présente des expériences d’éducation personnalisée en Espagne. Plus récemment Esther Alfaro a publié en 2014 une étude sur Pierre Faure, le Portugal, le CanadaÀ la suite de l’intervention de Pierre Faure au Canada, plusieurs écoles en enseignement personnalisé ont été créées au Nouveau Brunswick et, grâce à l’un de ses disciples Edouard Bond en Ontario (cf. international.ecolecatholique.ca). , le Mexique, le Salvador, la Colombie, le Chili, le Brésil Au Brésil, à Sao Paulo, Luis Fernando Klein a soutenu en 1997 une thèse de doctorat intitulée L’actuel parodygme des Jésuites et la proposition de Pierre Faure. On trouvera par ailleurs une étude brésilienne très détaillée sur la pédagogie de Pierre Faure réalisée en 2016-2017 et d’autres encore. Dans ces rencontres, il met en marche et donne le goût d’appliquer ses méthodes. Après son passage, des écoles en enseignement personnalisé se créent. Certaines écoles ou collège portent aujourd’hui son nom au Mexique, au Nicaragua, en Colombie et en France…
En 1971, travaillant autour de Pierre Faure et unis par l’expérience des sessions pédagogiques, des animateurs du secondaire et du primaire, du privé et du public, créent une association appelée AIRAP -Association Internationale de recherche et d’Animation Pédagogique. Le but est d’assurer la valorisation et la pérennité du capital pédagogique que constitue l’œuvre de Pierre Faure. Cette association existe toujours mais il en existe aussi d’autres aujourd’hui telles qu’en France l’Association Louis Beaulieu L’Association Louis Beaulieu porte le nom d’un missionnaire, originaire de Langon en Gironde, martyrisé en Corée et canonisé en 1984 par Jean Paul II. L’association a pour mission de faire connaitre l’enseignement personnalisé et communautaire de Pierre Faure et d’assurer la formation des enseignants. Cette association est actuellement présidée par Étienne Petit, ancien directeur diocésain de l’enseignement catholique, auteur d’une thèse de doctorat en sciences de l’éducation sur le thème Les centres de documentation et d’information : Facteur de changement dans les établissements de second degré. et au Mexique. En Amérique latine où Pierre Faure s’est rendu régulièrement pendant de nombreuses années, son action s’est considérablement développée et de nombreuses écoles proposent un enseignement personnalisé et communautaire. Il existe au Mexique deux centres importants de formation et d’application, l’un à Guadalajara (Instituto Pierre Faure), l’autre à Léon (l’Instituto America). Il existe d'autres établissements d'enseignement qui favorisent la méthodologie de Faure, comme dans la ville de Purísima del Rincón (École Antón Chejov).
Pierre Faure parcourt le monde notamment en Amérique latine jusqu'en 1984. Mais pour des raisons de santé il doit se retirer dans des établissements jésuites pour personnes âgées, d’abord à Paris rue de Grenelle puis à Pau où il meurt le .
Sa pensée pédagogique Ses sources Pierre Faure se réfère à la pédagogie des Écoles nouvelles, plus particulièrement aux recherches d’Édouard SéguinPour Édouard Séguin, Traitement moral, hygiène et éducation des idiots, Alcan, 1906. , de Maria Montessori <ref>Outre les ouvrages de Maria Montessori elle-même, on peut aussi prendre connaissance des très nombreux livres et articles qui ont été écrits sur cette pédagogue. On citera seulement La méthode Montessori d’Hélène Lubienska de Lenval réédité par les Éditions Don Bosco en 2003, et Montessori, l’esprit et la lettre de Bérangère Kollly paru en 2018 aux Éditions Hachette. Par ailleurs on peut citer la préface de Pierre Faure du livre l’Éducation religieuse, la vie en Jésus-Christ » de Maria Montessori paru aux Éd. Desclée de Brouwer en 1936. En outre, au décès de Maria Montessori, Pierre Faure lui a rendu hommage dans la revue Pédagogie, n°10, 1952, repris dans la lettre d’information de l’Association Louis Beaulieu, n° 9, 2019. En mars 2019, cette Association a organisé à l’Institut catholique de Paris un colloque intitulé « De Maria Montessori à Pierre Faure : convergences et différences ».</ref> et d’Hélène Lubienska de LenvalMadeleine Neyret a consacré sa thèse de doctorat en sciences de l’éducation en 1991 à Hélène Lubienska de Lenval. Cette thèse a fait l’objet du livre Hélène Lubienska de Lenval, pour une pédagogie de la personne édité par R. Lethielleux en 1994. Par ailleurs, on trouvera l’hommage rendu par Pierre Faure au décès d’Hélène Lubienska de Lenval dans la revue Pédagogie, n°8, 1972, repris dans la Lettre d’information de l’Association Louis Beaulieu, n°8, 2019.. Dans son livre Précurseurs et TémoinsIl s’agit d’une édition posthume puisque cet ouvrage a été édité en 2008 par les Editions Don Bosco. Il reprend les cours dispensés par Pierre Faure à l’Institut catholique de Paris., il fait même remonter la pédagogie personnalisée à Platon, Montaigne, Rousseau, saint Jean-Baptiste de la Salle et bien d’autres. Il s’appuie également sur les philosophes de son tempsParmi les ouvrages auxquels se réfère Pierre Faure, on peut citer le livre de Jacques Maritain Pour une philosophie de l’éducation aux Éditions Arthème Fayard, 1959, d’Emmanuel Mounier, Le personnalisme, PUF, 1949 et de Louis Lavelle, Les puissances du Moi, Flammarion, 1948. , Maritain, Mounier et Lavelle. Pour lui, la pédagogie doit être fondée sur une anthropologiePierre Faure se réfère fréquemment aux travaux de Marcel Jousse sur L’anthropologie du geste, Éditions Resma, 1969. et légitimée par une théologie. Pierre Faure s’appuie tout naturellement sur la pédagogie ignatienne, mais aussi sur les enseignements de l’Église, se référant notamment à l’encyclique Pacem in terris du pape Jean XXIII. Par ailleurs Pierre Faure tient compte également des progrès des sciences humaines, en particulier des travaux de Piaget Parmi les nombreux ouvrages et articles de Jean Piaget, on retiendra plus particulièrement son exposé sur l’ensemble de son œuvre lors de sa réception du prix Érasme en 1972 où il parle de ce qu’il appelle « l’autogenèse », c’est-à-dire le rôle actif et constructif du sujet pensant. Mais Pierre Faure s’est aussi intéressé à d’autres travaux de psychologues, notamment ceux de Zazzo, de Lorenz, de Bowlby et de Harlow. qui légitiment selon lui la pédagogie personnalisée lorsque ce grand psychologue affirme que le développement de l’enfant se fait par « autogenèse ». Pierre Faure a d’ailleurs des accents prophétiques lorsque, dans certains écrits, il entrevoit déjà l’importance qu’auront les neurosciencesArticle sur « la pédagogie personnalisée et les neurosciences » de Myriam Galamand paru dans la Lettre d’information de l’Association Louis Beaulieu, n°3, 2020. et le numériqueEn 2002, dans sa thèse de doctorat en sciences de l’information intitulée Un mouvement pédagogique face au changement, l’AIRAP, la pédagogie personnalisée et communautaire, Bruno Verrière insiste plus particulièrement sur l’introduction du numérique en enseignement personnalisé.Marie-Christine de Kerangat-Toussaint, « Les écrans, alliés ou ennemis », Lettre d’information de l’Association Louis Beaulieu, n°8, 2019..
Sa conception de l’enseignement