Paul Camphin, né le à Arras et mort fusillé le , dans la même ville, à l'âge de 21 ans, est un cheminot, résistant et homme politique français.

Biographie Fils de deux militants communistes d'Arras, Paul Camphin a grandi dans une famille ouvrièreBiographie de Paul Camphin sur le site internet du Comité d'histoire du Haut-Pays , dans la cité des Cheminots d’Arras, et rejoint dès l'âge de les Jeunesses communistes (JC), dans le sillage de son frère aîné René Camphin. Jeune employé à la SNCF, il est radio-électricien et devient secrétaire de la cellule locale des JC à Arras en 1938, à l'âge de seulement seize ans, puis dirige les JC pour l'ensemble du rayon de la ville. Ses parents sont des piliers de l'importante communauté communiste d'Arras avant-guerre.

À l'automne 1939, il rencontre avec sa mère Eugénie, militante connue dans la région Les résistants : de la guerre de l'ombre aux allées du pouvoir 1944-1989. Fayard, 1989, par Rémi Kauffer et Roger Faligot, Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF, originaire du même département, dans le village de Fampoux, et l'informe de la condamnation de son frère René et de l'arrestation de son père"Fils du peuple" par Maurice Thorez, édition de 1947, rééditée après sa mort en 1970. Sa mère sera parmi les premiers résistants. La famille héberge des enfants de familles républicaines espagnoles en 1937-1938, après la défaite des Brigades internationalesBiographie Le Maitron d'Eugénie Camphin .L'un d'eux, Alphonse Pelayo, une des figures de la guerre d’Espagne, qui est chargé le d'aller chercher Maurice Thorez avec Mounette Dutilleul et Jeannette Vermeersch pour les évacuer vers BruxellesBiographie Le Maitron de Alphonse Pelayo . Réfugié à Bruxelles, en Belgique,dans la plaque tournante des liaisons avec le Komintern, Alphonse Pelayo revient avec Maurice Tréand coordinateur du PCF clandestin Biographie Le Maitron de Maurice Tréand le 18 ou le et Jacques Duclos"Mounette Dutilleul, ou la mémoire effacée : comment appeler les choses par leur nom?" extrait des mémoires de la résistante communiste Mounette Dutilleul , qui remplace Maurice Thorez à la tête du PCF, car ce dernier vient de se réfugier en URSS. L'un de leurs premiers contacts en France est Eugénie Camphin, la mère de Maurice Camphin. Ce dernier les accompagne vers le contact suivant, à Longueau, René Lamps, le futur maire d'Amiens, ne le trouvant ni lui ni son frère après 3 jours de recherche. Tréand et son groupe continuent vers Paris. Le , il transmet à un groupe de militants au 12 Avenue de l'Opéra la consigne de l'Internationale de tenter une démarche auprès des Allemands pour la reparution légale de L'Humanité et n'obtient que d'extrême justesse leur accord.

Il s'engage dans les forces françaises comme volontaire lors de la déclaration de la guerre. Après la défaite, il revient à Arras et s'engage dans la Résistance, au sein du groupe dirigé par Julien Hapiot, puis Charles Debarge, le résistant de la région resté célèbre pour ses sabotages ferroviaires. Le en gare d’Arras, il tente de dynamiter un transformateur avec Georges Santerne, son ami d'enfance de la cité des Cheminots d'Arras, qui a son âgeBiographie Le Maitron de Georges Santerne . L’acte d’accusation de ce dernier mentionne qu'ils étaient chargés de la distribution de journaux communiste depuis 1940, au sein des Jeunesses communistes.

En , il entre avec son frère Maurice Camphin dans les Francs-tireurs et partisans (FTP), l'organisation militaire clandestine créée par le PCF. Son autre frère, René Camphin, est déjà au comité exécutif national des FTP et plus tard secondera le Colonel Henri Rol-Tanguy dans l'insurrection parisienne d', en pilotant les compagnies FTP de toute la région parisienne.

Le , conformément aux directives venues des FTP de Paris, Paul Camphin pose une charge explosive sur la ligne ferroviaire Paris-Arras à Boisleux-au-Mont, qui tue le soldat allemand chargé de l'enlever, et déboulonne un rail sur cette même ligne, près de la gare d'Arras, avec Georges Santerne et Georges Louchet, causant le retard d’un train de permissionnaires.

En , il passe dans la clandestinité car il rejoint Charles Debarge et Julien Hapiot, à la direction interrégionale des FTP (Nord, Pas-de-Calais, Aisne, Ardennes, Meuse)Biographie Le Maitron de Paul Camphin . Le même mois, comme les résistants vont le découvrir peu après, la coopération entre Allemands et police française se renforce, se normalise, sous la direction du commissaire central de Lille, René Rochat, qui sera condamné à mort à la Libération"La répression allemande dans le Nord de la France 1940–1944" par Laurent Thiery, aux Presses Universitaires du Septentrion, 2018 dans le sillage de la blessure infligé à un soldat allemand au Pont Césarine de Lens.

En , il est un des adjoints de Jules Dumont (« le colonel Paul des FTP»), responsable militaire de cette interrégion"Ami entends-tu. La résistance populaire dans le Nord–Pas-de-Calais", par Jacques Estager, Messidor, éditions sociales, 1986.. Son frère, Maurice Camphin, qui prend la direction des FTP du secteur de Lens, est gravement blessé et arrêté le par la gendarmerie française, après avoir cambriolé les mairies de Biache Saint Vaast et d'Achicourt, tout proche d'Arras, puis transféré aux Allemands qui le fusillent le à la Citadelle d'Arras..

Le , Paul Camphin tombe à son tour. La police spéciale française, accompagnée de trois Allemands, l'arrête à Hellemmes. Blessé de deux balles dans la jambe, il est très brutalement torturé, puis fusillé un an et une semaine plus tard, le à la Citadelle d'Arras avec ses amis Georges Santerne, Alexandre Bove, et Georges Louchet.

Dans une lettre du , treize jours avant sa mort, Paul Camphin relate sa terrible détention. A Lille, le commissaire central René Rochat, qui sera condamné à mort à la Libération, espère lui faire tendre un traquenard à ses camarades: il le frappe lui-même de coups de pied au visage. Paul Camphin est ainsi torturé par les policiers français toute une nuit puis transporté à l’hôpital Saint-Sauveur, où il est opéré deux fois au genou le et reste six jours dans le coma. Paul Camphin est ensuite transféré, le , pour trois mois, à l'Hôpital Calmette, tenu par les Allemands, puis le à la prison de Loos-les-Lille, où il est mis à l'isolement puis . Pendant deux mois et demi, il ne sort de la cellule que pour les interrogatoires. Le , nouveau transfert, au quartier allemand de la prison Saint-Nicaise d’Arras où les tortures continuent, jusqu'à sa mise en cellule commune.

« Malgré tout, je continuais de rire et de chanter, écrit-il dans sa dernière lettre ; je reste communiste français jusqu'au bout, je ne regrette rien, sauf de ne pas en avoir fait assez ; si je devais recommencer ma vie, je la recommencerais pareille à la première [...]. Je partirai au poteau en chantant « La Marseillaise » et « L'Internationale ».

À la fin de 1943, le détachement des FTP du Pas-de-Calais prit le nom des deux frères Camphin fusillés peu avant, illustrant la chanson des FTP, .

Paul Camphin a été homologué Interné résistant et au titre des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Sa mère Eugénie Camphin, qui sera conseillère municipale d'Achicourt, près d’Arras, en 1945, puis candidate aux élections cantonales de 1955 dans le canton d'Arras-nord, a participé à la refondation du Secours rouge international en 1970, en figurant parmi les dix-sept membres du comité national d’initiative et en dirigeant son journal régional Liberté vaincra, assistée par Nicolas Baby, puis quelques mois plus tard au Tribunal populaire de Lens en 1970, organisé après la mort de seize mineurs lors du coup de grisou de Fouquières-les-Lens le .

Un hommage grandiose est réservé aux trois frères Camphin lors de l'enterrement de René Camphin le , auquel participent des milliers de personnes et d'anciens résistants, salué par le quotidien régional LibertéBiographie Le Maitron de René Camphin par l'historien par Daniel Hémery .

Références

Voir aussi Articles connexes Eugénie Camphin Maurice Camphin René Camphin

Bibliographie Jacques Estager, Ami entends-tu. La résistance populaire dans le Nord–Pas-de-Calais, éditions sociales, 1986

Liens externes Laurent Seillier, « Paul Camphin (1922-1943) », resistancepasdecalais.fr .

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