Le château de Dampierre est un château français de style classique situé au cœur de la vallée de Chevreuse, dans la commune de Dampierre-en-Yvelines dans le département des Yvelines et la région d'Île-de-France.

Construit dans le dernier quart du par Jules Hardouin-Mansart, sur les ordres du duc de Chevreuse, Charles Honoré d'Albert, gendre de Colbert, il est situé dans un vaste parc dessiné par Le Nôtre.

Le château de Dampierre, où ont séjourné les rois Louis XIV et Louis XVSite officiel : Histoire du château, fut la propriété de la famille d'Albert de Luynes, ducs de Chevreuse, de 1663 à 2018, date de son rachat par l'entrepreneur Franky Mulliez. Depuis lors, le château de Dampierre connaît un vaste chantier de restauration, considéré comme l'un des plus importants d'Europe sur un monument historique privé, ouvert à la visite.

Il est classé au titre des monuments historiques depuis 2022.

Histoire Le château a été bâti sur l'emplacement d'un manoir construit au pour un cadet des sires de Chevreuse.

Incendié pendant la jacquerie de 1358, il est restauré sous Louis XI pour le compte d'un notable parisien, Jacques de Thumery, et en 1480 il est valorisé par la création d'un étang.

Dampierre à la Renaissance Dampierre est acquis en 1528 par Jean Duval, notaire et secrétaire du roi, devenu trésorier de l'épargne de François I, qui agrandit la seigneurie et l'étang, et modernise le manoir.

Celui-ci comprend désormais « plusieurs corps d'hôtel » agencés sur des voûtes trapues autour d'une cour, dans une enceinte de fossés, et un petit jardin à fleur d'eau du côté de la vallée de Chevreuse. Le logis présente un rez-de-chaussée surélevé compris entre l'étage des offices et les combles, avec façades crépies de chaux et de sable, pierre de taille en chaînage d'angle et briques pour former doubles bandeaux en parements de croisées, lucarnes, et souches de cheminées.

Du côté du village se trouve un pavillon d'entrée, équipé d'un pont-levis et de deux tourelles d'angle « garnies de canonnières ». Dès 1550 l'ensemble sert de modèle à Pierre Séguier pour l'agrandissement de son château de La Verrière (disparu).

Le , le cardinal Charles de Lorraine, archevêque de Reims et duc de Chevreuse, fait l'acquisition de Dampierre.

De nouvelles dépendances sont édifiées en avant de l'entrée Le peintre Francesco Salviati orne l'intérieur de fresques en 1554.

Du côté des jardins, au niveau des offices, le logis est prolongé de portiques interrompus par trois pavillons et développés autour d'un parterre; ils s'inscrivent dans un vaste réseau de canaux, créé en 1555.

Des murs-écrans et des cours intermédiaires permettaient d'éloigner visuellement les écuries du logis principal..

Dans Les plus excellens bastiments de France (1576-1579), Androuet du Cerceau consacre quatre planches à Dampierre. À l'angle antérieur gauche du château, il montre des arcs et des pilastres dans le style classique de la Renaissance qui couronnent l'ancienne tourelle d'un élégant belvédère et rythment une serlienne sur le pavillon contigu. Au fond de cette tourelle se trouve une étuve, représentée sur une planche de détail, qui semble une reproduction d'un dessin du Primatice qui a sans doute contribué à ces embellissements de concert avec Claude Foucques, architecte du cardinal de Lorraine.

Sous le duc Claude de Lorraine (1578-1657), fils cadet de Henri I de Guise, duc de Guise, un corps de logis dit l'Astrée, ainsi dénommé car il est décoré de peintures inspirées du roman L'Astrée d'Honoré d'Urfé, est adossé à une aile des dépendances. On retrouve dans cette aile du château un cabinet de curiosités dont une impressionnante collection de météorites redécouverte en 2018Revue vmf n°313, Elise Karlin, Dampierre-en-Yvelines, Les mystères d'un cabinet de curiosités, janvier-février 2024, p.30. À la même époque, il existe au bout de l'étang une île animée de cinq pavillons où aimait se retirer la célèbre duchesse de Chevreuse, née Marie de Rohan (1600-1679).

La reconstruction du château par Hardouin-Mansart thumb|upright=1.2|Château de Dampierre. Façade sur le jardin. thumb|upright=1.2|Château de Dampierre. Façade sur la cour. thumb|upright=1.2|Château de Dampierre. Façade sur le jardin.

En 1663 le château passe à Louis Charles d'Albert de Luynes (1620-1690), duc de Luynes, fils issu du premier mariage de la duchesse de Chevreuse avec Charles d'Albert (1578-1621), de Luynes, Connétable de France, favori du roi Louis XIII. Le château va dès lors rester dans la maison d'Albert.

À partir de 1675 le duc de Chevreuse, Charles Honoré d'Albert de Luynes (1646-1712), gendre du contrôleur général des finances de Louis XIV Jean-Baptiste Colbert, entreprend de moderniser Dampierre et fait appel à Jules Hardouin-Mansart qui devient Premier architecte du roi en 1681.

Les travaux de Dampierre battent leur plein entre 1682, année où le roi annonce son installation définitive au château de Versailles, et 1684. L'aile neuve des écuries est allongée en 1685. Fin 1688, le sculpteur David Bertrand s'apprête à décorer sur place des cheminées en stuc inspirées par la Renaissance italienne dont deux subsistent au premier étageLeurs manteaux représentent « La France et la Renommée » et « La danse des Quatre Saisons » ()..

Après les travaux d'Hardouin-Mansart, le corps principal du château est agrandi, surélevé et rendu plus homogène, avec une distribution plus rationnelle. Les espaces de la cour intérieure et du petit jardin clos sont diminués et ce qui reste de ce dernier est remplacé par une terrasse à hauteur du rez-de-chaussée. L'architecte conserve les voûtes anciennes, ramène les douves à leur plan d'origine, remanie les tourelles d'angle sans les détruire et rhabille certains pans de murs. « Il a su marier les lignes de son architecture avec les composantes traditionnelles des parements locaux les plus réceptifs à la lumière (crépi ocre, brique, pierre de grès taillée). Enfin il a osé réinterpréter le jeu décoratif du double bandeau qui rappelle les châteaux du Val de Loire du .

Côté parc, il a ajouté le perron et l'escalier majestueux qui franchit la douve.

Du côté de l'entrée, il a ouvert la cour intérieure, comprise entre les ailes du logis, sur une cour d'honneur, bordée par deux longs bâtiments symétriques avec galeries à arcades en rez-de-chaussée. Derrière ces bâtiments et le village, il créa des dépendances.

Enfin, il a précédé la cour d'honneur, bordée de balustrades, d'une avant-cour en pente douce, qu'introduisent deux légers pavillons entre des sauts-de-loup. »

Entre 1742 et 1743, le duc Charles Philippe d'Albert de Luynes fait remplacer les cinq pavillons de l'île par de nouveaux bâtiments couverts "à l'Italienne", sans doute conçus par Jean Cailleteau dit « Lassurance le Jeune ».Le principal de ces pavillons a seul subsisté; il était orné de boiseries richement sculptées de médaillons sur le thème de la chasse et de trophées de musique, qui furent remontées vers 1850 dans le grand salon du château, mais sans leur lambris d'appui.

En 1758, le château reçoit une grille d'honneur en fer forgé créée par Louis-Adam Loriot.

En 1765, le duc Marie-Charles-Louis d'Albert de Luynes fait construire une orangerie au bout de l'Astrée et de l'aile voisine des dépendances, dans laquelle il fait remployer des pierres à bossages et des mascarons féminins du , toujours en place.

En 1778, des têtes de chevaux et de cervidés dues à Ligier Richier sont incorporées à la façade noble des écuries.

À la Révolution, Joseph Charles Amable, sixième duc de Luynes et son épouse n'émigrent pas; en 1793, il est arrêté mais relâché à la demande des villageois, il réintègre le château où il ne sera plus inquiété et parvient à faire traverser sans dommage cette période troublée à sa bibliothèque, qu'il avait notablement enrichie.

Son épouse, Guyonne-Élisabeth-Josèphe de Montmorency-Laval, crée à Dampierre un atelier d'imprimerie actif durant les dernières années du XVIIIe siècle.

Les transformations de Félix Duban vignette|Vue aérienne du château de Dampierre sud-est. Le château de Dampierre traverse la Révolution française sans encombre mais en très mauvais état en raison des dégâts causés par l'humidité.

À partir de 1839, il est restauré à la demande du duc Honoré Théodoric d'Albert de Luynes (1802-1867), numismate et archéologue, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Celui-ci a hérité de la considérable fortune paternelle mais n'est que l'usufruitier du château, transmis à son fils unique, encore adolescent.

Le duc fait appel à l'architecte Félix Duban qui fait avancer légèrement les frontons du château au-dessus des colonnes, mascarons, balcons en fer forgé et portes-fenêtres, recomposées en plein cintre au rez-de-chaussée. Le monogramme ducal y est inscrit entre des lions en bas-relief de Christophe Fratin.

La grande salle d'apparat du premier étage y gagne en hauteur et en éclairage grâce à une « lanterne » prise entre deux arcs doubleaux et deux parois cintrées au centre d'un plafond à voussures. Deux tribunes sont aménagées à ses deux extrémités, soutenues par des cariatides qui copient, avec la polychromie en plus, celles découvertes à Rome dans la villa d'Hérode Atticus.

Elles soutiennent le décor néo-antique de la galerie, conçu pour abriter deux grandes peintures commandées à Jean-Auguste-Dominique Ingres dès 1839Après avoir successivement considéré Horace Vernet et Paul Delaroche, le duc fixe son choix sur Ingres, alors directeur de l'Académie de France à Rome, et charge Duban, vieil ami du peintre, de lui transmettre l'invitation, qui accepte avec enthousiasme.

Le duc lui écrit de Dampierre le : « En faisant restaurer par Monsieur Duban le château de Dampierre, mon désir le plus vif a toujours été de l'orner d'une œuvre d'art qui pût rester comme un ornement précieux à ma famille [...] Aujourd'hui, votre lettre à Monsieur Duban annonce que vous accédez à ma demande et je me hâte de vous témoigner toute la joie que j'en éprouve. La galerie qui devrait être ouverte seulement pour recevoir de vos peintures va être commencée sans retard. Monsieur Duban se charge de vous transmettre les dimensions des deux toiles dont il vous a dit les sujets. J'espère qu'ils vous conviendront, mais je vous supplie de ne les considérer que comme une donnée générale que vous pourrez modifier [...] »..

Le Maître en donne les sujets – L'Âge d'Or et L'Âge de Fer – et commence le premier au mois d' mais le laisse inachevé en 1848 sans même avoir entrepris le second… on raconte que, fort impatienté de l'extrême lenteur de ce chantier de cinq années - Ingres ayant peut-être accepté d'autres travaux - son client fit transporter dans la cour d'honneur tout le matériel du peintre que celui-ci trouva en arrivant un matin.

Trois de ses élèves travaillèrent dans ce salon : Hippolyte Flandrin y peignit des nus et des ornements pompéiens, son frère Paul deux paysages opposés, enfin le sculpteur Pierre-Charles Simart réalise quatre frises et dix bas-reliefs d'inspiration hellénistique entre 1841 et 1843.

Les arcs de la galerie sont ornés de petits bas-reliefs de Francisque Duret.

En 1843, le duc de Luynes commanda à Antoine Vechte un vase en argentVendu en 2013 par les antiquaires Kugel lors de la édition de la TEFAF de Maastricht au Rijksmuseum Amsterdam grâce au mécénat d'un collectionneur néerlandais (S.Alliod, Tefaf, le bilan, dans « La Gazette de l'Hôtel Drouot » n°13 - 5/04/2013, p. 243).

La Minerve de Simart De 1844 à 1855, sur les indications du duc, l'orfèvre Henri Duponchel exécute une tentative de restitution au quart de la statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos exécutée par Phidias pour le Parthénon. Elle est exposée devant L'Âge d'or sur un socle en marbre de Carrare où Simart a sculpté une Naissance de Pandore.

Cet exposé à l'Exposition universelle de 1855 fut ainsi décrit par Théophile Gautier :