Anne de La Grange-Trianon, née en 1632 et morte à Paris le , était dite « la Divine » et était comtesse de Frontenac par son mariage avec Louis de Buade de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France. Pendant la Fronde, elle fut avec Gilonne d'Harcourt, maréchale de camp de La Grande Mademoiselle — fille de Gaston de France — et toutes deux accompagnèrent cette princesse dans son exil au château de Saint-Fargeau. Elle fut ensuite la confidente épistolière de Madame de Maintenon.

Biographie thumb|left|180px|Château de Pont-sur-Seine.|alt= thumb|left|130px|Louis de Buade de Frontenac.|alt= Contexte familial thumb|120px|La « petite » église Saint-Pierre-aux-Bœufs.|alt= Anne naît du mariage de Charles de La Grange-Trianon, seigneur de Neuville, maître en la Chambre des comptes de Paris, et de Marguerite Blanquet. Au décès de celle-ci, son père confie l'éducation de l'enfant à sa grand-tante (grande-cousine, en fait), madame de Bouthillier, née Marie de Bragelongne. Le remariage de Charles de La Grange avec Françoise Chouayne, veuve du conseiller au Parlement Gilles III de Maupeou, donnera à Anne une demi-sœur, Françoise de La Grange, baronne de Conflans, qui épousera Jean-Jacques Charon, marquis de Ménars, beau-frère de Jean-Baptiste ColbertVille de Neuville-sur-Oise, Le château au fil des siècles.

Claude Bouthillier (1581-1642), l'époux de Marie de Bragelongne, surintendant des finances, est le protégé de Richelieu dont il sera l'exécuteur testamentaire. Il entame en 1640 la construction du château de Pont-sur-Seine en quoi Mademoiselle de Montpensier (la Grande Mademoiselle) verra où elle aimera passer, et c'est donc là qu'avant son mariage Anne y rencontre la Grande Mademoiselle pour la première fois, dans une amitié qui se révèle réciproque et immédiate.

Causant en cela la fureur de son père et de la tante Bouthillier qui préconise pour elle une vie conventuelle, elle épouse en secret le , en l'église Saint-Pierre-aux-Bœufs de Paris ( Théophile-Pierre Bédard, La comtesse de Frontenac, Pierre-Georges Roy éditeur, 1904.), Louis de Buade de Frontenac Gédéon Tallemant des Réaux, Historiettes, Alphonse Levasseur, 1834.. Théophile-Pierre Bédard relativise le secret de l'union en y restituant la présence de François II d'Espinay, marquis de Saint-Luc et de son épouse Anne de Buade, de Claude de Bourdeille, comte de Montrésor (confident de Gaston de France) et de son épouse Geneviève de Buade, d'Hippolyte de Béthune, comte de Selles. Anne donne naissance le au château de l'Isle-Savary, à Clion-sur-Indre, à François-Louis, son unique enfant qui, servant en tant que colonel dans les troupes de Christoph Bernhard von Galen, prince-évêque de Münster, mourra sans postérité en Allemagne en 1672 ou 1673Père Anselme, Histoire générale et chronologique de la Maison royale de France.Nicolas Prévost, « Biographie de Louis de Frontenac jusqu'en 1672 », Association Frontenac-Amériques, 2009.

La Fronde Ce n'est que tardivement, en 1652 avec la Fronde des princes, solidaire en particulier du Grand Condé, que Mademoiselle de Montpensier entre en lice dans . Les Frondeurs ayant supplié Gaston de France de se précipiter à Orléans dont le roi et son armée s'approchent, « Monsieur » préfère rester à Paris et y déléguer sa fille. Anne et Gilonne d'Harcourt, comtesse de Fiesque, sont ainsi auprès d'elle à Orléans le et c'est ensemble qu'elles dévalent les fossés, se font ouvrir un passage, grimpent sur une échelle et obtiennent du conseil de la ville le refus d'entrée des troupes royales Benedetta Craveri, L'âge de la conversation, Gallimard, 2002.. Cet exploit vaut aux deux acolytes la lettre de gratitude de Gaston de France à Mademoiselle de Montpensier, Mémoires, Charpentier, 1859. et Jean Loret, dans sa lettre hebdomadaire à Marie d'Orléans-Longueville, lui confie le suivant Jean Loret, Recueil des lettres et vers contenant les lettres du temps écrites à Mademoiselle de Longueville, depuis duchesse de Nemours, Ravenel et La Pelouze, 1857. :

De retour d'Orléans, les comtesses de Frontenac et de Fiesque sont à nouveau auprès de Mademoiselle de Montpensier et se jettent avec elle dans l'émeute dite « journée des Pailles », jusque dans l'hôtel de ville de Paris en feu. C'est le moment où Anne suscite - et décline - du duc Charles IV de Lorraine. Venu à Paris afin de se rallier à la Fronde, le Lorrain, beau-frère de Gaston de France par le remariage de celui-ci avec sa sœur Marguerite, n'en est pas moins évoqué par Valentin Conrart comme étant Mémoires de Valentin Conrart, premier secrétaire perpétuel de l'Académie française, suisis des mémoires du Père Berthod, Louis Monmerqué, 1854..

Le château de Saint-Fargeau thumb|Château de Saint-Fargeau.|alt= L'exil de 1652 à Saint-Fargeau, est restitué par Benedetta Craveri comme . Elle transforme d'abord une des ailes de l'imposante bâtisse polygonale du XIIIe siècle qui menace ruine afin de s'y installer avec les comtesses de Frontenac (qui n'a alors que 20 ans) et de Fiesque, avant que l'architecte Le Vau ne vienne de Paris pour transformer , y créant une bibliothèque et y réservant une salle au théâtre, et pour de même métamorphoser le parc, qui était à l'état sauvage, avec qui en font alors .

C'est à Saint-Fargeau, où , qu'Anne rencontre pour la première fois celle qui demeurera sa plus grande amie, Madeleine Blondel - Mademoiselle d'Outrelaize - que Gilonne d'Harcourt avait fait venir de sa Normandie natale pour la présenter à la Grande Mademoiselle.

Retour à Paris thumb|Israël Silvestre, l'Arsenal de Paris vers 1650.|alt= Dans les premières semaines de 1657, Anne est de retour à Paris où Gilonne d'Harcourt l'a précédée de peu. En . La Grande Mademoiselle revoit les deux comtesses pour la première fois le , écrivant alors à leur propos : .

Anne logera bientôt, et pour le restant de ses jours, dans le qu'Henry de Daillon, duc de Lude, grand maître de l'artillerie de France, lui offrira en hospitalité viagère à l'Arsenal de Paris et où elle accueillera Madeleine Blondel D'Outrelaize Louis de Rouvroy de Saint-Simon, Mémoires, chapitre XVIII, 1707.. On les appelle alors ensemble les « Divines » et nous savons par Madame de Sévigné qu'en 1680 leur entente est toujours si parfaite qu'Anne décline la proposition de devenir dame d'atours de la reine, au motif que Madame de Sévigné, lettre à Madame de Grignan, 9 janvier 1680..

Issue du livre de Joseph Marmette, une légende court au Canada que, lorsque, en 1698, Louis de Buade de Frontenac meurt et qu'il est inhumé en l'église du couvent des Récollets de Québec, son cœur, conformément à ses ultimes volontés, aurait été envoyé à sa veuve qui, à réception, aurait éclaté de rire en interrogeant sur ce qu'elle pourrait bien faire d'un cœur mort qui, vivant, ne lui appartint pas, pour aussitôt le retourner au Canada où il reposerait auprès de la dépouille dont on l'a extrait Joseph Marmette, François de Bienville - Scènes de la ville quotidienne au XVIIe siècle, Beauchemin et Valois, libraires-imprimeurs à Montréal, 1883.. Ernest Myrand et Robert de Roquebrune préfèrent restituer que, très attaché à sa sœur Henriette-Marie de Buade, comtesse Henri Louis Habert de Montmor, c'est auprès de cette dernière que le comte aurait clairement consigné dans son testamentUniversité de Lorraine, testament de Louis de Buade de Frontenac de faire déposer ses entrailles, en la chapelle Saint-Joseph (dite aussi chapelle des Montmor) de l'église Saint-Nicolas-des-Champs Ernest Myrand, Frontenac et ses amis, Dussault et Proulx, 1902.Généalogie pour tous, À qui ce cœur ?.

Elle meurt le en son appartement de l'Arsenal de Paris« Mort d'Anne de La Grange, comtesse de Frontenac », Mercure Galant, 1707, tome 2, .

Évocations et témoignages

Iconographie Galerie de portraits

Conservation Anne de La Grange-Trianon, comtesse de Palluau et de Frontenac, représentée en costume de Bellone, huile sur toile anonyme 108x87cm, château de Versailles Eudoxe Soulié, Notice du musée impérial de Versailles, Montalant, 1855.Château de Versailles, Portrait d'Anne de La Grange-Trianon. Alfred Johannot, L'entrée de Mademoiselle de Montpensier à Orléans pendant la Fronde, huile sur toile, 1833, musée des Beaux-Arts d'Orléans. On y voit, derrière la Grande Mademoiselle recevant les hommages du conseil de la ville, ses deux maréchales de camp : Gilonne d'Harcourt de profil, à gauche, et Anne de La Grange-Trianon, de face, à droiteEncyclopédie Larousse, Alfred Johannot, "Mademoiselle de Montpensier à Orléans pendant la Fronde", collections du musée des Beaux-Arts d'Orléans.

Références

Annexes

Bibliographie Jean Regnault de Segrais, Les nouvelles françaises ou les divertissements de la princesse Aurélie, Sommaville, 1656. Gédéon Tallemant des Réaux, Historiettes de Tallemant des Réaux - Mémoires pour servir à l'histoire du XVIIe siècle sur le manuscrit inédit et autographe avec des éclaircissements et des notes de Montmerqué, de Chateaugiron et Taschereau, 6 volumes, Alphonse Levasseur, libraire à Paris, 1834. C. de Laroche-Héron, « Vie de Madame la comtesse de Frontenac », Journal du Québec, . Jean Loret, Recueil des lettres et vers contenant les lettres du temps écrites à Mademoiselle de Longueville, depuis duchesse de Nemours, Ravenel et La Pelouze, Paris, 1857. Victor Cousin, Madame de Longueville - Études sur les femmes illustres et la société du XVIIe siècle, Didier et Cie, libraires-éditeurs, Paris, 1859 (consulter en ligne). Mademoiselle de Montpensier, Mémoires, 4 volumes, Charpentier éditeur, 1864-1868. Francis Parkman, Count Frontenac and New France under Louis XIV, Little Brown, Boston, 1877 (consulter en ligne). Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Henri Plon, Paris, 1878. Joseph Marmette, François de Bienville - Scènes de la vie canadienne au XVIIe siècle, Beauchemin et Valois, libraires-imprimeurs à Montréal, 1883. Henri Lorin, Le conte de Frontenac, Armand Colin, Paris, 1895. Ernest Myrand, « La comtesse de Frontenac », Frontenac et ses amis, Dussault et Proulx, Québec, 1902, (consulter en ligne). Théophile-Pierre Bédard, La comtesse de Frontenac, Pierre-Georges Roy éditeur, 1904 (consulter en ligne). Jean-Baptiste Caouette, Une intrigante sous le règne de Frontenac, roman, dossier historique sur les Frontenac en annexe, Québec, 1921 (présentation en ligne). Robert de Roquebrune, « Le théâtre au Canada en 1694 - L'affaire du Tartuffe », Outre-Mers, revue d'histoire, tome 19, n°80, mars- (consulter en ligne). William Dawson Le Sueur, Count Frontenac, Morang and Co, Toronto, 1946. William John Eccles, Frontenac, the courtier governor, McClelland and Stewart, 1959. Madame de Sévigné, Correspondance, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 3 volumes, 1973, 1974, 1978. Joseph Thibault et Pierre Leveel, Les Buade de Frontenac entre Touraine et Berry, éditions de la Brenne littéraire et historique, 1975. William John Eccles, « Louis de Buade », Dictionnaire biographique du Québec, Presses de l'Université Laval/University of Toronto Press, 1981 (consulter en ligne). Louis de Rouvroy de Saint-Simon, Mémoires, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1983. Benedetta Craveri, L'âge de la conversation, Gallimard, 2002. Christian Bouyer, ''La Grande Mademoiselle, la tumultueuse cousine de Louis XIV, Pygmalion, 2004. Laurène Gervasi, La liberté dans les mémoires féminins au XVIIe siècle, collection « Correspondances et mémoires », Classiques Garnier, 2019. Jean-Roger Morvan, Louis de Frontenac, comte de Palluau, tome 1 : Au bout... la Nouvelle-France, collection « Cycle de Palluau », Éditions Esprit des Lumières, 2019.

Articles connexes Femmes de la noblesse

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