El Aleph engordado, qui peut être traduit par L'Aleph grossi, est un livre de l’écrivain argentin Pablo Katchadjian, édité à en 2009. Il s’agit d’une amplification de la nouvelle L'Aleph de Jorge Luis Borges. El Aleph engordado est un cas littéraire et juridique en Argentine, où il donne lieu à des procès et est interdit de diffusion. Pour des raisons de droits d'auteur, cette amplification n'a jamais vu le jour en français.

Présentation

Processus de composition El Aleph engordado reproduit l'intégralité du texte de L'Aleph de Jorge Luis Borges à l'identique (ordre, vocabulaire, ponctuation) en l'enrichissant de nouveaux mots :

Dans El Aleph engordado, Pablo Katchadjian affirme ne pas recourir aux registres traditionnels de la littérature au second degré, mais s'être contenté d'ajouts neutres:

La postface de la nouvelle de Jorge Luis Borges est la seule partie qu'il n'ait pas modifiée :

Incipit Le premier paragraphe d'El Aleph engordado est traduit en français par Guillaume Contré. Le traducteur marque les interventions de Pablo Katchadjian en italique, prenant appui sur le texte du traducteur original, René L.-F. Durand :

Prolongements Cas juridique

En 2011, Maria Kodama porte plainte pour atteinte aux droits de la propriété intellectuelle, en invoquant les articles 72 et 73 du code de la propriété intellectuelle argentin. Le tribunal de première instance puis la cour d’appel décident d'un non-lieu. Mais Maria Kodama se pourvoit en cassation et obtient le renvoi du dossier en première instance. Le , Pablo Katchadjian est mis en examen pour atteinte aux droits de la propriété intellectuelle et risque six ans de prison. Le juge d’instruction, Guillermo Carvajal, ordonne la saisie conservatoire de ses biens à hauteur de . Le , l'écrivain et son avocat, Ricardo Strafacce, font appel et, en , la justice ordonne une expertise. À sa suite, le juge ordonne le maintien du procès. Une nouvelle saisie conservatoire est prononcée à hauteur de . Le , après un nouvel appel, l’écrivain et son avocat obtiennent un troisième non-lieu. Le juge de la cour d'appel, Ricardo Matías Pinto, après avoir cité le témoignage de plusieurs universitaires internationaux, établit à la page 14 de son ordonnance :

En , le juge d'instruction Guillermo Carvajal conclut quant à lui :

La plainte initialement déposée par Maria Kodama évoque des déformations, la substitution de certains mots pour d'autres au cours de la réécriture. Son avocat, Fernando Soto, parle quant à lui de . Ces remarques entrent en contradiction avec la postface du , mais une erreur d'impression aurait permis aux demandeurs de soutenir cette ligne d'argumentation devant les tribunaux.

Maria Kodama et son avocat, Fernando Soto, offrent l'abandon des poursuites en échange d'une rétractation de l'écrivain et d'un peso argentin symbolique, mais celui-ci refuse la proposition.

Enjeux d'une appropriation littéraire La mise en examen de Pablo Katchadjian pour fraude le provoque l'émoi du milieu littéraire et culturel en Argentine et au-delà. Le , un groupe de soutien est créé sur Facebook. Ricardo Piglia, Claudia Piñeiro, Damian Tabarovsky ou encore Margo Glantz manifestent leur solidarité dans une lettre ouverte. Le , un rassemblement est organisé à la Bibliothèque nationale de Buenos Aires, avec la participation de César Aira. À cette occasion, Pablo Katchadjian récuse l'accusation de plagiat :

Dans la ligne de défense de Pablo Katchadjian et de son avocat, l'écrivain Ricardo Strafacce, la notion d'intertextualité est mise en avant. Il ne manque pas d'observateurs pour faire remarquer l'affinité du geste de l'écrivain avec celui des héros de Jorge Luis Borges lui-même, par exemple Pierre Ménard, auteur du Quichotte. Certains avancent qu'au fond, on pourrait voir Katchadjian comme le véritable représentant de l'héritage littéraire de Borges. À l'inverse, d'autres marquent la différence entre le geste du personnage de Pierre Ménard et celui de l'Argentin. Selon Maria Kodama, Ménard réélabore l'original, tandis que Pablo Katchadjian copie et ajoute. On trouve un argument similaire dans le manuel d'écriture « non-créative » de Kenneth Goldsmith, écrivain aux conceptions rapprochées de celles de Pablo Katchadjian. Kenneth Goldsmith écrit en effet :

Selon Germán Abel Ledesma, l'affaire semble opposer les adeptes du copier-coller et des pratiques d'écriture à l'ère d'Internet, et les défenseurs de la conception juridique de l'auteur, avec le code de la propriété intellectuelle qui lui correspond[réf. obsolète]. L'affaire révélerait aussi un contraste important entre les pratiques admises dans le monde de l'art et les us et coutumes littéraires. Selon Amir Hamed :

Références

Voir aussi Les deux œuvres Jorge Luis Borges, L'Aleph, Gallimard, L'Imaginaire, 1977. Pablo Katchadjian, El Aleph engordado, Imprenta Argentina de Poesía, 2009. Bibliographie Guillaume Contré, « Pablo Katchadjian, El Aleph engordado », sur L'escalier des aveugles, . Jérôme Orsoni, « Pablo Katchadjian, L'Aleph engrossé », sur cahiers fantômes, .

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