La straniera (L'Étrangère) est un opéra en deux actes du compositeur Vincenzo Bellini, sur un livret en italien de Felice Romani.
C'est une adaptation du roman L'Étrangère (2 volumes, 1825) de Charles-Victor Prévot, vicomte d'Arlincourt. Cependant, l'écrivain Herbert Weinstock ajoute qu'il est . Il cite ensuite une lettre de Bellini à son ami Francesco Florimo dans laquelle il écrit que Romani (suggérant alors qu'ils connaissaient son existence)Weinstock, 1971, ..
L'opéra est composé durant l'automne 1828 et créé le au Teatro alla Scala de Milan.
Histoire de la composition
Contexte historique L'intrigue, complexe, est une série d'évènements historiques qui se déroule à la fin du . Le roi Philippe Auguste de France (Philippe II de France) épouse la princesse danoise Ingeborg en 1193. Pour des raisons inconnues, il se sépare d'elle le lendemain de la noce et demande au pape Célestin III l'annulation du mariage. Ingeborg, cependant, déclare que le mariage est consommé, et qu'elle est son épouse et la légitime reine de France. Philippe obtient finalement une annulation par une assemblée d'évêques français. Il cherche ensuite à épouser Marguerite, fille de Guillaume I, comte de Genève, mais elle est kidnappée sur le chemin de Paris par Thomas I de Savoie, qui l'épouse. Finalement, en 1196, Philippe épouse Agnès de Merania (la straniera), fille d'un noble, Bertold IV de Dalmatie. Le Danemark se plaint du traitement infligé par Philip à Ingeborg et, en 1200, le pape Innocent III demande à Philippe de la reprendre, le rendant essentiellement bigame et sujet à l'excommunication. Cependant, Agnès meurt en 1201, mettant fin à la menace d'excommunication.
Modifications de la réalité historique dans la création du livret gauche|vignette|267x267px|Bellini en 1830 par Natale Schiavoni vignette|183x183px| vignette|188x188px|Domenico Barbaja, à Naples dans les années 1820 Bellini et son librettiste Romani prennent beaucoup de libertés avec l'histoire. Ils inventent un complot où le roi, afin de résoudre le problème de son double mariage, envoie Agnès vivre dans un chalet sur le lac Montolino. Philippe envoie alors son frère pour la surveiller secrètement, tout en se faisant passer pour Valdeburgo. Agnès prend le nom d'Alaide et se cache sous un voile. Le comte Arturo tombe amoureux d'elle, malgré ses fiançailles avec Isoletta, fille du duc de Montolino. C'est alors le début de l'opéra.
Préparation de La straniera Après Bianca e Fernando, Bellini reste à Gênes puis revient à Milan, mais sans occasions artistiques spécifiques. Des complications apparaissent dans sa relation avec Domenico Barbaja, l'impresario qui contrôle les théâtres de Naples et de Milan. Cependant, lorsque Barbaja visite Milan en juin, il laisse Bellini choisir le lieu de création de son prochain opéra, entre Naples et Milan. Pour le compositeur, la décision dépend de la disponibilité des chanteurs pour chacun des théâtres, notamment parce que Giovanni Battista Rubini, son ténor préféré, était engagé pour chanter uniquement à NaplesWeinstock 1971, p. 53. Cependant, le , il choisit Milan, puis signe un contrat : il s'engage à écrire un nouvel opéra pour la saison du Carnaval payé mille ducats. Pour son premier opéra, il était payé 150 ducats.
Ainsi, pour La straniera, Bellini perçoit une rémunération suffisante pour gagner sa vie, et cette nouvelle œuvre connut un succès encore plus grandLippmann & McGuire 1998, in Sadie, p. 389 que Il pirata. Quant aux chanteurs, on ignorait qui tiendrait le rôle du ténor, mais on savait que la chanteuse soprano Henriette Méric-Lalande et les chanteurs baryton, Luigi Lablache ou Tamburini, seront disponibles.
Lors d'une discussion entre Bellini et Romani, il est convenu que l'opéra serait adapté du roman L'Étrangère de 1825 de Charles-Victor Prévost, vicomte d'Arlincourt, et prévu pour la première le soir de l'ouverture de la saison le . Dans les années 1820, la popularité de cet auteur, à qui fut confiée l'épithète « le prince des romantiques », rivalise avec celle de Victor Hugo. Le Solitaire de Prévost est publié en 1821 et atteint une « célébrité extraordinaire, voire colossale ». En l'espace de plusieurs mois, le livre est réimprimé une douzaine de fois; traduit en dix langues; il fait l'objet de plusieurs adaptations : sept opéras et quatorze pièces de théâtre, et de chansons, parodies, peintures et lithographies. Le succès de ses trois romans suivants, Le Renégat en 1822, Ipsiboé en 1823 et L'Étrangère en 1825, est presque aussi grand.
Cependant, le , Bellini déclare à son ami napolitain Francesco Florimo que la représentation n'aurait peut-être pas lieu comme prévu en raison de la maladie de Romani. En outre, il se demandait qui jouerait le rôle de ténor : il n'avait pas pu obtenir la libération de Rubini de son contrat de Naples. Pourtant, après avoir reçu de bons rapports du jeune ténor Domenico Reina, il obtient ses services, le décrivant dans une lettre à Florimo comme Bellini to Raina, in Cambi (ed.) et notes, in Weinstock, 1971, ..
Après le rétablissement de Romani, Bellini reçoit le livret en plusieurs fois, mais se remet au travail, malgré une progression lente. Le , Romani étant rétabli et parti pour Venise pour exécuter un autre contrat, le compositeur en est « presque au acte ». Filippo Cicconetti, dans sa biographie de 1859, rend compte des méthodes de travail de Bellini, expliquant comment il met des textes en musique : il garde toujours les mots devant lui au cas où il serait inspiré. Quand vint le moment de composer l'aria final Or sei pago, o ciel tremendo, les paroles du librettiste ne lui donnèrent aucune inspiration et, lors de leur prochaine rencontre, Romani accepta de réécrire le texte. Une demi-heure après, la deuxième version n'inspire toujours pas Bellini- la troisième version non plus. Enfin, lorsqu'on lui demande ce qu'il cherche, Bellini répond : Un quatrième projet est préparé rapidement demande le librettiste - et il fut immédiatement embrassé par le jeune compositeur qui était totalement satisfaitCicconetti, 1859, pp. 39—40..
Les répétitions commencent au début de janvier, avec la première prévue le .
Historique des représentations vignette|174x174px| Le baryton Antonio Tamburini, chante Valdeburgo vignette|204x204px| Le soprano Henriette Méric-Lalande, chante Alaide vignette|192x192px| Le ténor Domenico Reina, chante Arturo vignette|154x154px| Le mezzo-soprano Caroline Unger, chante Isoletta Première L'opéra rencontre un succès immédiat, et, selon la Gazzetta privilegiata di Milano : Gazzetta privilegiata di Milano, 16 février 1829, in Weinstock, 1971, ..
Trois jours plus tard, la même publication loue la qualité de la musique, décrivant Bellini comme pour la beauté de ses mélodies.
Bellini rend compte de ce succès à Romani : Bellini à Romani, 15 février 1829, in Weinstock, 1971, ..
Il existe d'autres rapport louant l'opéra et les qualités des interprètes. Cependant, des détracteurs critiquent l'opéra et son compositeur : son style nouveau ne plaît pas à tous. 45 ans plus tard, il est déclaré que Giuseppe Rovani, 1874, in Weinstock, 1971, pp. 68—69..
Représentations au L'opéra est créé à La Scala de Milan, le , avec Henriette Méric-Lalande et dans les rôles principaux. Alessandro Sanquirico conçut le décor. L'opéra est présenté dans un triple programme, avec les ballets Buondelmonte et L'avviso ai maritati.
Il est représenté dans plus de cinquante villes italiennes : ont lieu une reprise à la Scala, et des représentations à Bologne en 1836 avec Caroline Unger, à Florence et en Calabria en 1840, à Brescia en aout 1850, à Milan en 1857, et à Turin en 1866. D'après Tom Kaufman, la dernière représentation connue au est Catane en 1875 avec Ana Eyre dans le rôle d'Alaide.
À l'étranger, il est présenté pour la première fois à Vienne en 1831, à Paris en 1832, à Londres le , à New York le , à Lisbonne en 1835 et à Madrid sous le titre de La estranjera en Warrack and WestGalatopoulos, ..
Depuis le Après sa dernière représentation connue en 1875, l'opéra est relancé pour la première fois en à La ScalaKaufman, 2008, pp. 41—51 avec d'autres reprises à partir de 1954 dans la ville natale de Bellini, Catane. Il est à nouveau mis en scène entre 1968 (au Teatro Massimo de Palerme) et 1972 avec Renata Scotto dans le rôle-titre.
En 1969, un concert a lieu au Carnegie Hall sous la direction d'Anton Guadagno, avec Montserrat Caballé dans le rôle titre. Depuis les années 1970, l'opéra est joué plusieurs fois en Europe avec Renata Scotto se produisant à nouveau à Venise en 1970 sous la direction du chef Ettore Gracis. Il existe des enregistrements de trois des spectaclesEnregistrement de La straniera sur operadis-opera-discography.org.uk, 12 mai 2014.. Une autre production à Catane, avec Elena Souliotis dans le rôle principal, est donnée au Teatro Massimo en 1971.
Il existe un enregistrement d'un concert à la Cour Jacques Cœur de Montpellier en . Cette année-là, une représentation a également lieu dans le cadre du Spoletto Festival USA donnée dans l'auditorium Gaillard de Charleston, aux États-Unis, le , avec Carol Neblett dans le rôle principal.
En , le Teatro Verdi di Trieste présente l'opéra, suivi en 1993 d'un nouveau concert au Carnegie Hall, avec Renée Fleming dans l'un de ses premiers rôles, présenté par l' Opera Orchestra of New YorkBernard Holland, Opera/Review: How Bellini's Second Thoughts Were Really First, The New York Times, 10 février 1993..
Un concert complet est donné en à Londres, avec Patrizia Ciofi (Alaide), Dario Schmunck (Arturo) et Mark Stone (Valdeburgo) dans les rôles principaux, dirigé par David Parry avec le London Philharmonic Orchestra. Un enregistrement complet en studio est fait la même semaineLondon Philharmonic Orchestra programme book, 3 November 2007. et sort en 2008 sous la forme de deux CD du label Opera Rara.
Au , l'opéra est rarement représenté. En , il est présenté en concert à Baden-Baden avec Edita Gruberova dans le rôle d'Alaide et José Bros dans le rôle d'Arturo di Raventel. L' Opéra de Zurich le présente en juin / juillet et de nouveau en septembre / . Alaide était alors chantée par Edita Gruberova, avec une mise en scène de Christoph LoyOperabase listings, 2013 sur operabase.com, 12 mai 2013..
Des concerts sont donnés à Marseille fin octobre / avec Patrizia Ciofi dans le rôle d' Alaide. Le Theater an der Wien de Vienne le présente à partir du , dans la production de Loy, avec Edita Gruberova en alternance avec Marlis Petersen dans le rôle d'AlaideTheater's website for 2015 season. Le Washington Concert Opera le présente en , avec Amanda Woodbury (Alaide), Gerard Schneider (Arturo), Javier Arrey (Valdeburgo) et Corrie Stallings (Isoletta)Washington Classical Review http://washingtonclassicalreview.com Accessed 2018 November 3.. L'une des représentations données en 2017 au Teatro Massimo Bellini di Catania, est enregistrée pour un DVD qui sort en 2019, proposant, selon l'Avant-Scène Opéra .
Rôles Rôle Type de voix Casting première, 14 février 1829 (Chef d'orchestre:) Alaide, l'étrangère soprano Henriette Méric-Lalande Arturo, comte de Ravenstel ténor Domenico Reina Valdeburgo, baron, frère secret d'Alaide baryton Antonio Tamburini Isoletta, fiancée d'Arturo mezzo-soprano Caroline Unger Osburgo, confident d'Arturo ténor Luigi Asti Il signore di Montolino, père d'Isoletta basse Domenico Spiaggi Il Priore degli Spedalieri basse Stanislao Marcionni
Argument Lieu : Bretagne Époque :
Acte 1 Ouverture Scène 1 Cour centrale du château de Montolino