Le lycée Montesquieu de Bordeaux (Nouvelle-Aquitaine) est un établissement scolaire public dont la création remonte à 1901.

Historique du lycée

Les origines

Le lycée Montesquieu est implanté sur un terrain ayant fait partie d'une seigneurie foncière du Moyen Âge appelée les « Quinze curés de Bordeaux » dans la sauveté de Saint-SeurinCharles Higounet, Bordeaux pendant le Haut Moyen Âge, tome II de L'Histoire de Bordeaux publiée sous la direction de Charles Higounet, 1963. Ce terrain était administré, entre le , par des chanoines qui favorisaient la culture de la vigne. En dehors des rues et des chemins semi-urbanisés, les terres étaient parsemées de nombreux jardins, petites exploitations, maisons basses et masures.

Au , le terrain était encore en majeure partie planté de vignes et de figuiers arrosés par la fontaine de Figueyrau, l'une des plus vieilles fontaines de Bordeaux datant du Fontaine Longchamps, sur www.bordeaux-qqoqccp.com. Située au n° 61 de la rue Laroche, elle alimentait de nombreux lavoirs (rue du Lavoir). L'origine de son nom vient peut-être de « higueys » (« figuiers » en gascon). La fontaine de Figueyrau devint célèbre au en raison des pèlerinages organisés en période de sécheresse pour faire revenir la pluie et des services qu'elle rendait aux marchands d'eau qui sillonnaient Bordeaux avant l'apparition de l'eau potable dans les maisons. Le terrain prit alors le nom de « plantier de Figeyrols ».

Entre le , le territoire était encore rural et les terres marécageuses qui couvraient tout le territoire furent asséchées. À cette époque, la rue Lagrange constituait une limite naturelle à l'urbanisation car elle séparait la ville des marais. Le plantier de Figeyrols changea de propriétaire (et donc de nom) plusieurs fois : le domaine devint la propriété de seigneur d'Anglade et porta le nom de « domaine du Pradets », puis il fut vendu en 1637 à M. de Mérignac, doyen du Parlement, qui le vendit à son tour à Pierre Avelanet l'année suivante ; ce fut à la suite du mariage de Melle Suzanne Avelanet avec Jean Labatut, bourgeois et courtier royal, que le domaine prit le nom de « domaine de Labatut ». En 1714, le domaine fut vendu de nouveau par la veuve Labatut à Jean-Baptiste Thibault, conseiller du roi au Conseil souverain de la MartiniqueArchives départementales de la Gironde, série G (minutes de notaire antérieures à 1790). Cette année-là, le domaine de Labatut s'enrichit progressivement de diverses constructions et exploitations : maison, chai, cuvier et autres bâtiments, fontaine, source, puits, vivier, lavoir, jardin, parterre, verger à fruits… En 1751, il subit des améliorations assez importantes puisque des échoppes bordelaises virent le jour le long de la rue Figueyrau (rue Laroche)François-Georges Pariset, Bordeaux au , tome V de L'Histoire de Bordeaux publiée sous la direction de Charles Higounet, 1968. L'actuelle rue de la Course fut ouverte en 1754 sur ce dernier terrainArchives municipales de la Ville de Bordeaux, documents 631180 à 631195 séries M1 à M11, plans série XXIII J planches 1 à 7. On y avait également édifié un cirque où devaient se dérouler des combats de taureaux et d'autres animauxAlbert Rèche, Dix siècles de vie quotidienne à Bordeaux, éd. Seghers, 1983. Le jardin royal « à la française » (l'actuel Jardin public) fut créé sous l'impulsion du marquis Louis-Urbain Aubert de Tourny, alors intendant de Guyenne à Bordeaux, et servit de point d'ancrage au développement de l'urbanisme dans cette partie de la ville au siècle des LumièresPenser la ville à la fin de l'Ancien Régime : Bordeaux, du quotidien aux utopies, sur www.persee.fr.

Au , l'ancien domaine de Labatut comprenait désormais une maison, un jardin, une fontaine et une salle de danse situés entre la rue Méry, au nord, la rue le Chapelier et la place Longchamps, à l'est, la rue Laroche, au sud, et la rue Lagrange, à l'ouest. Vendu en 1859 à Paul Delmas, docteur en médecine, le domaine d'une superficie totale de 8 607 m2 prit le nom de « maison de santé de Longchamps »Secrets d'archives : quand Bordeaux prenait les eaux au lycée Montesquieu, Sud-Ouest, 14/09/2020 et était composé d'un hôtel élevé de deux étages supérieurs avec mansardes (en façade de la rue Lagrange), d'un institut d'hydrothérapie (et d'électrothérapie) dont la façade de style classique fut réalisée en pierres calcaires et décorée de motifs floraux, entouré d'un vaste jardin à l'anglaise, ainsi que de dépendances diverses. L'ancien vignoble qui longeait la rue de la Course fut morcelé lors de la création des rues Crozilhac, d'Anjou, etc. Le docteur Delmas vendit finalement à la Ville de BordeauxArchives municipales de la Ville de Bordeaux, cadastre section D, n° 243, 244, 245, 246, 247, 248, 250, 251, 252 P les terrains qui servaient à l'exploitation du centre d'hydrothérapie de la place Longchamps qui, en 1873, s'appelait encore « place du Jardin des Plantes »Michel Cardoze raconte la création du Lycée Montesquieu de Bordeaux, France Bleu Gironde, 15/02/2007.

Vers la dimension d'un lycée

Depuis longtemps, l'équipe de direction se préoccupait de l'augmentation des effectifs du lycée de garçons du cours Victor Hugo (l'actuel lycée Michel-Montaigne) et de l'éloignement où il se trouve des points extrêmes de la ville. Il fut donc urgent d'établir une annexe et l'établissement de Longchamps présentait des facilités d'accès et une étendue intéressantes, ce qui ne manqua pas d'éveiller la curiosité du Maire de Bordeaux, Paul-Louis Lande, qui consacrait justement son mandat à l'éducation et à l'urbanisme. L'immeuble entier fut livré le , date de l'acte de vente. Le nouveau lycée devait accueillir à la fois des élèves externes et des élèves demi-pensionnaires. Son ouverture fut autorisée par décret du et la rentrée des classes eut lieu au mois d'octobre de la même année. La nouvelle organisation de l'enseignement secondaire du La réforme pédagogique des lycées en 1902, sur www.cairn.info, accompagnée de sa traditionnelle refonte des programmes, impliqua la création de quatre sections et exigeait un plus grand nombre de classes que celui prévu initialement. Aussi, par délibération du , le Conseil municipal de Bordeaux substitua un lycée du premier cycle au lycée de plein exercice dont les plans furent modifiés et approuvés par le recteur, au nom du ministre, le . Mais un lourd différend opposa pendant de longues années la municipalité de Bordeaux et l'État à propos du règlement des frais de construction et d'aménagement de l'établissement : finalement, les élèves feraient donc à Longchamps leurs études jusqu'à la classe de troisième inclusivement et les termineraient ensuite au lycée du cours Victor Hugo.

Entre 1907 et 1913, de nombreux et importants travaux ont été effectués pour tenir compte de l'augmentation des effectifs du lycée : six classes supplémentaires en 1907, puis deux nouvelles classes en 1912. Les transformations organisèrent le lycée autour d'une cour centrale délimitée par des galeries qui permettaient d'accéder directement aux salles de classe. Le vaste établissement, qui occupait tout l'îlot compris entre les rues Laroche, le Chapelier, Lagrange et Méry, trouva son entrée principale sur la place Longchamps. Alors que le chantier était en pleine activité, des travaux imprévus nécessitèrent de nouveaux crédits : transplantation de platanes sur la place des Quinconces, remblayage et nivellement de la cour de récréation, transformation des sous-sols en caves, transfert des cuisines et réfectoires en rez-de-chaussée… L'ensemble des constructions et aménagements ne pouvaient être symétriques car il fallait s'adapter à la forme irrégulière de la parcelle existante et suivre les contours des rues adjacentes. Même la forme ovale de la place Longchamps dut être modifiée dès 1913 en raison de la circulation très dense à cet endroit. Le , le Conseil municipal approuva la fourniture de mobilier scolaire.

vignette|Jardin public de Bordeaux, donnant sur le lycée Montesquieu.

La façade principale mêlait des références à l'architecture du Grand siècle et du suivant : appareillage mixte, chaînes de bossage harpées, hautes cheminées… s'associaient à des baies en plein-cintre, des frontons triangulaires ou bien des corniches droites. Le débord du toit et la haute couverture en tuiles de Marseille de l'ensemble ajoutaient à son éclectisme. Par ailleurs, la proximité du Jardin Public de Bordeaux permettait de garder un certain rapprochement avec la nature, surtout dans les salles de classe.

Durant la Grande guerre, début , le lycée fut occupé par le régiment d'infanterie de réserve puis il reçut le une nouvelle affectation par le rapatriement à Bordeaux du Gouvernement rassemblé autour de son président Raymond PoincaréLycée Longchamps à Bordeaux, Lucien Gourdin, 1914, sur archives.bordeaux-metropole.fr. L'établissement accueillit ainsi les ministères des Travaux publics, de l'Agriculture, du Travail et de la Prévoyance socialeLivre d'or du lycée, Association des anciens élèves du lycée de Bordeaux (Longchamps et Talence) pendant la guerre 14-18, éd. H. Laurens, 1921. Le , le lycée put enfin retrouver ses locaux. Depuis cette époque, des constructions nouvelles et des aménagements ont donné à l'établissement l'importance d'un lycée de plein exercice.

Même si le gaz et l'électricité firent leur apparition à la fin du , leur implantation dans la ville de Bordeaux fut parsemée d'embûchesL'installation de la lumière électrique à Bordeaux, 1887-1904, sur www.persee.fr. Le lycée dut attendre le mois de pour être doté de l'éclairage au gaz, de l'électricité et du chauffage central. L'établissement comptait alors huit classes de collège, six classes élémentaires, une classe de maternelle, un jardin d'enfants, cinq études, une permanence, une bibliothèque et une salle de réunion. Mais ce ne fut qu'à partir de l'année 1928-1929 que l'établissement de Longchamps prit réellement la dimension d'un lycée à part entière avec la création d'une nouvelle classe de première et le triplement de son effectif qui s'élevait à en 1938.

Le lycée pendant la seconde guerre mondiale

En mai-, une partie de la France de l'Est fuyant les zones de combat de la grande bataille du Nord se jeta sur les routes en tentant de gagner Bordeaux. En quelques semaines, la capitale girondine fut littéralement submergée par les réfugiés. Sa population explosa, passant de à 1,5 million d'habitants. Le lycée de Longchamps resta dans ses meubles mais fut réquisitionné comme hôpital militaire. Il connut un afflux d'environ 350 jeunes gens repliés de Paris ou d'Alsace et de Lorraine. Les enseignements s'organisèrent tant bien que mal, aidés par les professeurs arrivés de la capitale ou de Strasbourg.

En , après l'invasion et la débâcle, le Gouvernement se réfugia à Bordeaux. Longchamps fut alors licencié. Hommes d'État, parlementaires, journalistes, secrétaires s'installèrent dans le lycée. Le ministère des Affaires étrangères occupa provisoirement les salles de classe avant de s'installer à la faculté de droit, place Pey-Berland, afin de se rapprocher de l'hôtel préfectoral de la rue Vital-Carles où était installé le président de la République, Albert LebrunJuin 1940, Bordeaux est la capitale de la France, archives publiées du 12 au 16 juin 1990 dans les colonnes de Sud-Ouest, sur www.sudouest.fr. Du au , des bombes s'égrenèrent sur toute la ville et plus particulièrement autour de Longchamps qui ne fut pas atteint. Le , ce fut depuis le lycée de Longchamps que le maréchal Philippe Pétain, 84 ans, qui résidait dans l'hôtel particulier de M. Desbarats, boulevard du Président Wilson, et qui venait d'être nommé président du Conseil après la démission de Paul Reynaud, aurait lancé : « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat… » Le vainqueur de Verdun venait d'annoncer l'armistice. Le général Charles de Gaulle quitta alors Bordeaux pour Londres et appela à la résistance dès le .