The Uncensored Library ou Bibliothèque libre est un projet prenant la forme d'un monde et un serveur du jeu vidéo Minecraft créé par l'ONG de journalistes Reporters sans frontières, et réalisé par BlockWorks, DDB Berlin. et MediaMonks.. Ce projet a pour but de contourner la censure de pays n'ayant pas la liberté de la presse. Cette bibliothèque contient un bon nombre d'articles de presse qui ont été bannis dans leurs pays d'origine comme le Mexique, la Russie, l'Arabie saoudite, l'Égypte ou encore le Vietnam. Une aile entière est dédiée à chacun de ces pays, chacun ayant plusieurs articles de presse censurés et rédigés dans leurs langues originelles mais également traduits en anglais. Ces articles pourraient être traduits dans d'autres langues dans le futur. La bibliothèque est disponible depuis le , la . Les deux seuls moyens d'accès à cette bibliothèque se font à travers le jeu vidéo Minecraft, soit en téléchargeant une carte du monde via le site officiel, soit en se connectant à leur serveur Minecraft...
Conception
Création Les bibliothèques "virtuelles" existent depuis une vingtaine d'années : on en trouvait déjà, par exemple, dans le jeu Second Life et les technologies de réalité virtuelle sont en plein essor dans le monde de la bibliothéconomie. La réalité virtuelle, les jeux vidéo et le métavers permettent à l'utilisateur d'interagir avec un environnement simulé. Ces bibliothèques virtuelles peuvent être personnelles ou communautaires. Elles peuvent aussi n'avoir qu'une visée esthétique ou ludique. Peu ont un véritable rôle de bibliothèque.
Pour les chercheuses Cavalcanti et Siebra, la Uncensored Library peut être vue comme une véritable bibliothèque car elle promeut une expérience d'immersion pour le joueur usager dans un environnement interactif simulé où il peut consulter des documents et les lire, les seules limitations étant celles du jeu lui-même.
L'Organisation non gouvernementale Reporters sans frontières a voulu, avec ce projet, porter l'attention des jeunes sur la censure de la presse. En partenariat avec l'antenne allemande de DDB Worldwide, Reporters sans frontières a choisi Minecraft car c'est le jeu vidéo le plus joué au monde avec 145 millions de joueurs actifs. Pour "construire" la bibliothèque, avec l'aide du studio de design Blockworks et les productions MediaMonks, RSF et DDB Berlin ont dû réunir les forces de 24 personnes provenant de 16 pays différents, sous la houlette de l'architecte James Delaney. Après 7 mois de conception et 3 mois de fabrication nécessitant pas moins de 12,5 millions de blocs, la bibliothèque de style architectural néo-classique, faite pour rappeler les plus grandes bibliothèques, comme celle du Congrès américain, a ouvert ses portes le : il s'agit d'une des plus grandes créations du jeu.
Pour faire entrer les documents dans la Uncensored Library, les créateurs ont programmé un plugin qui a permis de transformer des documents Word en livres du jeu Minecraft en seulement quelques secondes.
Fonctionnement Le principe est simple : grâce à l'ajout de pupitres de lecture en 1.14., le joueur peut lire librement des articles d'une vingtaine de journalistes qui ont été censurés dans les pays d'origine, où il n'y a pas de liberté de la presse. Le joueur a donc accès à plus de 800 articles traduits en anglais mais également dans leurs langues d'origine, dispersés dans toute la bibliothèque. Les articles en arabe néanmoins sont disponibles en format audio seulement car le format unicode de Minecraft ne permet pas l'affichage des caractères arabes. Par l'entremise du système musical du jeu, les créateurs ont réussi à "hacker" le jeu en créant des "livres audios", et ce seulement une semaine avant le lancement. Par ailleurs, la couverture médiatique de la bibliothèque donnant lieu a plus de 850 articles de presse pour une audience cumulée de 2,7 milliards de personnes a eu pour effet d'augmenter les dons à RSF de 62%.
Les documents disponibles dans la Uncensored Library sont préalablement sélectionnés par RSF avec la permission des auteur.ices. Même s'ils sont présentés, graphiquement, dans le jeu, sous forme de petits livres, il s'agit néanmoins d'articles puisque Minecraft a une limite de 50 pages par livre.
Il n'existe pas de système de catalogage ou d'indexation dans cette bibliothèque, seulement un livre, à l'entrée, présentant le but et l'organisation interne du bâtiment. C'est au joueur, au visiteur, d'explorer de lui-même la bibliothèque en sélectionnant le pays qu'il souhaite visiter ou la salle de RSF, ce qui permet de le téléporter dans l'aile souhaitée.
La question de la protection du serveur et donc de la bibliothèque elle-même peut soulever des questions. Le jeu Minecraft n'est pas censuré à travers le monde, et le téléchargement de la map se fait grâce à la technologie de la blockchain. De plus, chaque téléchargement de la map peut être hébergé dans le jeu du joueur lui-même, ce qui permet plus de sécurité mais aussi une multiplication rapide de la bibliothèque.
La bibliothèque Le monde de la bibliothèque libre est divisé en plusieurs parties : un jardin décoratif entourant la bibliothèque, une salle centrale, et des salles annexes.
Dôme / Salle centrale La salle du dôme est le centre-même de cette bibliothèque. On peut y trouver des centaines d'articles venant d'une centaine de pays, y compris des pays où il n'y a pas de liberté de la presse (ou alors qu'elle soit restreinte) comme la Chine par exemple. Chaque pays a, dans cette salle, au moins un article que l'on peut trouver devant le drapeau du pays respectif. Mais le principal intérêt de cette salle est l'article relatant le classement mondial de la liberté de la presse situé au centre de la salle et qui est illustré par un gigantesque planisphère du monde situé au-dessous d'un sol en verre.
Les salles annexes
Les douze salles annexes sont consacrées aux pays où la censure est particulièrement forte Uncensored Library : quand Minecraft devient le bastion de la liberté de la presse Reporters sans frontières Suisse . Chacune des salles est décorée, au centre, d’une statue qui met en avant une caractéristique de la censure du pays en question et, dans chaque salle, une ou un journaliste du pays en question est mis en avant.
Salle Reporters sans frontières
La salle dédiée à Reporters sans frontières (RSF) permet au joueur de comprendre le projet de l’ONG ainsi que son objectif avec la création de la Bibliothèque. Elle donne également accès à des informations détaillées sur l'organisation et au plan du bâtiment.
La décoration de la pièce met en évidence l'objectif recherché par l’ONG avec la création du bâtiment. Le centre de la pièce est occupé par des pixels jaunes qui flottent dans les airs et qui créent le mot « truth » en anamorphose.
Arabie Saoudite
L’Arabie Saoudite occupe, en 2026, la 176e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF)Classement Reporters sans frontières . Sa place dans le classement est dûe à l’interdiction de tout média indépendant. En dépit de son discours de réforme, Mohammed ben Salmane a intensifié la répression depuis qu’il a été nommé prince héritier en juin 2017 et depuis début 2017 le nombre de journalistes et de citoyens-journalistes en détention a triplé RSF inaugure La Bibliothèque libre - un centre numérique de la liberté de la presse au sein d’un jeu vidéo Reporters sans frontières . La cage placée au centre de la salle évoque cette forte répression de la presse.
Dans cette salle, Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant le cas du journaliste saoudien Jamal Khashoggi qui a fui l’Arabie Saoudite en septembre 2017 et s’est auto-exilé. Il travaillait comme chroniqueur au Washington Post aux États-Unis et critiquait de manière virulente certaines politiques menées par Mohammed ben Salmane. Le 2 octobre 2018, Jamal Khashoggi a été tué et démembré à l’intérieur du consulat saoudien d’ Istanbul, en Turquie.
Biélorussie
La Biélorussie occupe, en 2026, la 165e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). En Biélorussie, la télévision et une grande partie de la presse écrite sont strictement contrôlés par le régime. Seuls quelques médias en ligne indépendants continuent de travailler en exil. Le président Lukashenko, qui gouverne le pays sous la dictature depuis 1994, a essayé depuis le début des protestations de masse en août 2000, de supprimer les rapports critiques sur la situation journalistique dans le pays. Les autorités ont criminalisé l’accès aux informations indépendantes en déclarant les médias, les journalistes et même les publications sur les réseaux sociaux de « matériel extrémiste ». En Biélorussie, des centaines de journalistes ont été détenus temporairement et quelques-uns ont été condamnés à de sévères peines de prison où la torture et le travail forcé sont communs. En octobre 2020, tous les correspondants étrangers ont perdu leur accréditation et une douzaine de sites d’informations ont été bloqués Minecraft The Uncensored library. Au centre de la salle, Reporters sans frontières (RSF) a décidé de représenter un serveur qui brûle pour montrer le contrôle de la presse en ligne par le régime.
Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant dans cette salle, Natalia Radzina qui est l’éditrice en chef d’un site d’information reconnu qui fournit une information indépendante sur la politique et les droits humains en Biélorussie. Les intimidations et les menaces contre les journalistes ont augmenté après l’élection controversée du 26 janvier 2025 du président Lukashenko : les journalistes, dont Natalia Radzina, ayant couvert les protestations de masse qui ont suivi ces élections ont été arrêtés. Après avoir passé de nombreuses semaines en détention, elle a été capable de partir via la Russie en exil en Pologne où elle continue son travail. Le site dont elle était l'éditrice en chef est bloqué en Biélorussie depuis le 24 janvier 2018 après avoir été attaqué régulièrement. En 2022, il a été qualifié de « groupe extrémiste » par le régime.
Brésil
Dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF), le Brésil occupe, en 2026, la 52e position sur 180 pays. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a restauré une relation normale entre les médias et le gouvernement après la fin du mandat de Jair Bolsonaro qui a été marqué par une hostilité constante envers les médias. Cependant, la violence structurelle contre les journalistes, l’importante concentration de la propriété des médias et les effets de la désinformation sont encore un challenge important pour la liberté de la presse. Pendant la dernière décennie, au moins trente journalistes ont été tués au Brésil qui a été le deuxième pays de la région le plus meurtrier durant cette période. Les plus vulnérables demeurent les bloggeurs, les animateurs radio et les journalistes indépendants qui couvrent la corruption, le crime organisé et la politique locale. Les journalistes d’investigation sont les sujets de procès abusifs. L’ancien président Jair Bolsonaro et son entourage ont insulté et humilié de nombreux journalistes et des médias en ligne, instaurant ainsi un climat de haine envers le journalisme. Le Brésil demeure très polarisé et les attaques sur la presse, fréquentes sur les réseaux sociaux, ont ouvert la voie à des attaques physiques répétées contre les journalistes, et ce, depuis l’élection de 2022 et les manifestations du 8 janvier 2023 au Brésil. Le maillet du juge, au-dessus d’un livre ouvert, placé au centre de la salle symbolise les efforts croissants pour réprimer la liberté de la presse au moyen de procès arbitraires durant le régime de Bolsonaro.