La Chartreuse de Porta Cœli (Porte du ciel en latin, dénommée Cartoixa de Porta Coeli en catalan et Cartuja de Porta Coeli en espagnol), est un monastère de l'ordre des Chartreux, situé dans la vallée de Lullén, dans la municipalité de Serra, dans la comarque du Camp de Túria de la province de Valence, en Espagne.
C'est la première chartreuse construite dans le royaume de Valence et la troisième dans la couronne d'Aragon.
Porta Coeli est l'une des trois chartreuses actives en Espagne avec la chartreuse Notre-Dame de Miraflorès (Burgos) et la chartreuse Notre-Dame de Montalegre (Maresme).
Le site demeure dans l'histoire européenne un haut-lieu de l'après-guerre d'Espagne pour avoir abrité sur ses terres attenantes l'un des camps de concentration nationalistes du début de l'Espagne franquiste.
Histoire Moyen Âge vignette|gauche|Aqueduc de Porta Cœli. vignette|Retable de Saint-Martin, de Gonçal Peris Sarrià.
La chartreuse est fondée en 1272 par , archevêque de Valence, dans la vallée de Lullén, où se trouvaient trois villages maures, qui deviennent la propriété du monastère des Chartreux. La première pierre est posée en 1274 par Andreu d'Albalat et Jacques Ier d'Aragon. Les débuts sont modestes : il s'agit juste d'un ermitage et d'une cour fermée, avec des cellules pour abriter les premiers religieux venant de Scala Dei. Les religieux utilisent les bâtiments maures comme première maison, la tour Saint Jean reste cachée, et construisent un petit cloître, des cellules, une petite église dédiée à saint Jean-Baptiste et d'autres dépendances, four, grange, entrepôt et atelier. Ces premières constructions sont pauvres et petites, car le monastère a encore peu de ressources, et seront plus tard utilisé comme domaine des convers ou correrie. Andreu d'Albalat donne la paroisse de Llíria au monastère qui y perçoit la grosse dîme. Pendant cinquante ans jusqu'en 1325 environ, Porta Coeli vit des moments difficiles. Les chartreux sont en procès contre , épouse de Jaime Pérez d'Aragon, fils illégitime de Pierre III d'Aragon et considérée comme l'héritière légitime des terres où se trouve Porta Coeli. Le conflit est résolu grâce à : Sancha sera considéré comme la fondatrice du monastère et, après sa mort, sera enterrée dans l'église principale.
Les conditions économiques de Porta Coeli s'améliorent grâce à Margherita de Lauria, fille de l'amiral Roger de Lauria, qui en 1325, fait d'importantes donations, ce qui permet d'entamer une deuxième période de construction. En 1385, commence la construction en style gothique valencien de l'église principale et du reste des dépendances. L'église est consacrée en 1400 sous la protection de Martin Ier d'Aragon.
À partir de la seconde moitié du , la situation empire, avec le début de la « grande dépression », les guerres et la peste, la guerre de l'Union puis la guerre des Deux Pierre, qui touchent le monastère. Porta Cœli est souvent pillé car il est situé dans la zone de transit utilisée par les troupes castillanes pour se rendre d'Aragon à la ville de Valence. En 1364, le monastère est saccagé et ne survit qu'avec l'aide des chartreux catalans. À cela il faut ajouter la peste qui infeste le monastère, laissant peu de prêtres en vie.
Les bienfaiteurs se présentent nombreux au siècle suivant, notamment François de Aranda, qui entre à la chartreuse en 1398 et fait des donations pour faire construire, entre 1412 et 1419, le grand cloître, sept cellules et l'aqueduc monumental qui achemine l'eau de la Fuente de la Mina, ou Fuente de la Hoya, une source canalisée pour approvisionner le monastère en eau potable.
La maison est de l'obédience de Benoît XIII, pape d'Avignon, jusqu’à sa mort en 1423Au cours du Grand Schisme d'Occident (1391-1410), les chartreux allemands et italiens sont avec le pape de Rome, et ceux de France et d'Espagne suivent le pape d'Avignon..
Inés Pedrós Alpicat, mieux connue sous le nom d'Agnès de Moncada, convertie à 20 ans par la prédication de saint Vincent Ferrier, revêtant l’habit d’homme, elle s'engage parmi les domestiques de la chartreuse Bernis, Juan Bautista, « Vida de la penitentísima Virgen Iñés de Moncada », Valence, 1734.. Elle est expulsée du couvent lorsqu'on découvre qu'elle est une femme. Elle reste, pour vivre comme un anachorète, à proximité de la chartreuse, dans une grotte située dans la montagne de la Pedrera ou Rodeno de Sainte Agnès, menant jusqu'en 1428, une vie de prière et de solitude Cova de la Venerable Inés de Moncada, Serra (Valencia).
Avec la prospérité matérielle vient la prospérité spirituelle, la communauté augmente à 22 profès, 10 frères convers et 3 frères donnés.
En 1442, les chartreux acceptent le don de quelques terres près de Valence, au moulin de Micer Bas, pour y fonder une chartreuse sous le titre de l’Annonciade (Annunciata de Porta Coeli). La fondation est abandonnée au bout de trois ans.
Dans le dernier quart du , grâce à une donation de Beatriu Cornell i Pròxita, le cloître est reconstruit en 1478. L'église est également rénovée en prolongeant la nef et recouverte d'une voûte nervurée. Une oeuvre du milieu du siècle, le retable de Saint-Martin, de Gonçal Peris Sarrià, est conservé au musée des Beaux-Arts de Valence.
Époque moderne vignette|Vierge de Porta Cœli de Ribalta.
Pendant le règne des monarques catholiques, la politique royaliste tente de séparer les chartreux espagnols de l'obéissance du général de l'ordre. La ségrégation n'est pas réalisée, mais le nouveau langage artistique de la renaissance entre fortement dans la chartreuse avec la chapelle de la Toussaint, lieu de sépulture de la famille Artés. Bien que la famille la soutienne financièrement, la paternité revient au prieur Albert Claramunt et les frais de construction sont à la charge des chartreux.
Tout au long du siècle, le problème le plus préoccupant pour les moines est celui des Maures dont Charles Quint et Philippe II ont forcé la conversion au christianisme. En raison de révoltes possibles et des montagnes entourant le monastère qui sont propices à la dissimulation et à l'organisation de soulèvements, des murs défensifs sont construits et la paix monastique est protégée par une bande de mercenaires armés. Philippe II réussit en 1577 la constitution de la première confédération indépendante des chartreux espagnols, mais elle ne dure que quelques mois.
Dans la seconde moitié du siècle, le cloître du cimetière de style Renaissance est construit, par l'architecte Guillem del Rey. Ce cloître sert de passage vers la plupart des cellules et quelques dépendances communautaires. Au cours de ce siècle, Porta Cœli vit un moment de splendeur en termes de culture ecclésiastique mais la plupart des œuvres des moines ont disparu et d'autres ont été cachés dans les murs des cellules.
Au siècle, les fondations cartusiennes diminuent considérablement en raison des guerres de religion entre protestants et catholiques. Mais dans la péninsule, l'activité est maintenue en restant en marge du conflit religieux.
Dans ces années, la crise des vicaires de Llíria, Benaguasil et La Pobla de Vallbona, provoque des maux de tête aux moines. Les vicaires nommés exercent le soin des âmes des paroissiens en toute indépendance par rapport au prieur de Porta Cœli, alors qu'il conserve le titre de recteur.
La seconde moitié du siècle signifie pour Porta Cœli une période instable qui, comme le reste des chartreuses hispaniques, entre en conflit avec le gouvernement central de l'Ordre. À cela, il faut ajouter le banditisme et le crime, qui infectent même certains des membres de la communauté les plus en contact avec le monde extérieur.
Cependant, au cours du même siècle, d'importants travaux sont effectués. Le cloître des Naranjos ou du noviciat est reconstruit, deuxième cloître, lui donnant un aspect ressemblant à l'Escurial. Dans l'église principale, il y a un nouveau retable baroque, avec des peintures de Francisco Ribalta, une grande partie de ce retable est conservée au musée des Beaux-Arts de Valence. La plupart des salles du monastère sont rénovées, à l'exception du petit cloître gothique et de la chapelle renaissance de la Toussaint. Le monastère est rempli de peintures, peintes par : Frères chartreux Lluís Pasqual Gaudí et Genís Díaz; Ribalta, Joan Sarinyena, Pedro Orrente, Jerónimo Jacinto Espinosa, Alonso Cano et Crisòstom Martínez. Une grande partie de tout ce riche patrimoine artistique a été perdue, mais beaucoup peuvent être vus au musée des Beaux-Arts de Valence, à la mairie de la même ville ou au musée du Prado.
Toute cette activité est possible grâce à la solidité économique du monastère, qui est encore essentiellement agricole. Cela va changer tout au long du siècle, quand la communauté investi dans l'achat de maisons et de terrains, qui procurent de grands bénéfices, contrairement aux avantages fixes d'emphytéose. Porta Cœli, en outre, devient un prêteur de la noblesse et des municipalités, ce qui signifie de nombreux avantages et peu de débiteurs.
Au siècle, deux événements vont influencer la vie de la chartreuse, la séparation des chartreux espagnols de l'obéissance à la Grande Chartreuse et la guerre de succession d'Espagne. Pendant la guerre, certains couvents soutiennent l'archiduc Charles, le monastère est pillé à plus d'une occasion, trois serviteurs meurent et le prieur et d'autres chartreux sont exilés et accueillis dans les chartreuses catalanes.
Après cette turbulence suit une crise des idéaux monastiques, le jeûne, les abstinences ou les attentions au cœur sont de moins en moins observés. On abuse de congés de maladie pour vivre à l'extérieur du monastère et mener une vie qui n'a rien à voir avec la règle des chartreux. Dans ce contexte se pose la difficile question du « recours des laïcs », qui vise à les disqualifier pour représenter leurs monastères dans l'administration des possessions et des biens. Elle intensifie également l'achat de maisons et de terrains qui, grâce au système de baux, procurent plus d'avantages que les loyers fixes.
L'église est richement décorée au . Entre 1770 et 1780, il y a un remodelage de l'église conventuelle et de la sacristie, en conservant l'aspect actuel. la façade est désormais latérale, la finition intérieure de l'église est ouverte avec des marbres de différentes couleurs. Les peintures qui couvriront désormais les murs, la voûte de l'église et le transept sont l'œuvre de Lluís Antoni Planes et José Camarón Boronat, deux peintres académiques.
En 1784, les chartreux espagnols se séparèrent de l'obéissance à la maison mère et la congrégation nationale est formée. Peu de temps après, lorsque la Révolution française supprime les ordres monastiques, l'indépendance est totale.
Époque contemporaine vignette|<center>Patio de Saint Jean de la Chartreuse de Porta Cœli, Joaquín Sorolla, 1896, Musée Sorolla, Madrid.
En 1803, le pont monumental qui sert d'entrée principale au monastère, est construit, enjambant un ravin d'une grande profondeur.
La chartreuse est supprimée en 1808 par le régime napoléonien, et restaurée en 1814. Elle est pillée, puis supprimée en 1835 à cause du désamortissement de Mendizábal qui organise la confiscation des propriétés des congrégations. La chartreuse est vendue aux enchères comme ses domaines, passant à Vicente Bertrán de Lis, marchand, homme politique libéral et banquier de la Maison Royale. Des problèmes avec le Trésor de l'un de ses descendants conduise l'État à s'emparer de l'ancien monastère, et la propriété passe entre les mains de en 1872.
En 1898, la chartreuse devient un hôpital pour les patients tuberculeux.
Guerre d'Espagne et dictature franquiste Entre 1937 et 1939, la Pobleta, villa située à proximité de la chartreuse, devient la résidence du président de la République espagnole Manuel Azaña pendant la guerre d'Espagne, pour être proche du gouvernement réfugié à Valence.