vignette|upright=2|Évolution du Grand Uniforme de l'École polytechnique de 1796 à 1874. Illustrations par Gaston Claris (1895).|alt=Frise chronologique représentant l'évolution du Grand Uniforme de l'École polytechnique de 1796 à 1874. thumb|Le Petit Journal, 1894 : représentation des Grands Uniformes depuis la création de l'École.|alt=Couverture du Petit Journal : représentation des uniformes depuis la création de l'École (1894).
L'histoire du Grand Uniforme de l’École polytechnique atteste de nombreuses évolutions, calquées sur les changements de régimes politiques, les gouvernements successifs et les guerres qui ont fait l’histoire de France depuis la fin du . De la Convention nationale jusqu’à la Cinquième République, le Grand Uniforme est un reflet de l’évolution de l’organisation de la société.
À l’origine, la dotation des polytechniciens comprenait deux uniformes. L’un, uniforme d’intérieur destiné au quotidien, aussi appelé « BD » pour Battle Dress au . L’autre, uniforme de cérémonie, , a pris au fil des années la dénomination de Grand Uniforme. L'uniforme d'intérieur ne doit pas être confondu avec l'uniforme dit de ou Petit Uniforme, qui est une tenue de sortie similaire à la grande tenue à l'exception de la coiffe.
Bien que l'uniforme d'intérieur ait disparu au , le Grand Uniforme a perduré. Tous les XLa dénomination moderne, depuis la création des nouveaux cursus de l'École polytechnique est la suivante : « élève du cycle ingénieur polytechnicien ». Ainsi, cette dénomination est utilisée par le site officiel de l'École, mais délaissée par les élèves qui préfèreront parler d'« X ». perçoivent un Grand Uniforme qu'ils portent pour les cérémonies militaires ainsi que pour certaines manifestations liées à l’École polytechnique, comme le bal de l'X.
Depuis sa création en 1794, le port de l’uniforme est une constante qui lie l’ensemble des promotions qui se sont succédé à l’École polytechnique. Symbole de l’École, il est un signe d’appartenance à une communauté qui revendique un héritage de plus de deux siècles.
Histoire Première République et Premier Empire vignette|L’empereur remet le drapeau de l’École au sergent-major Arago, le (gravure de 1887).|alt=Gravure représentant remettant le drapeau de l'École à Arago
vignette|upright=1|Le Conscrit de 1814, bronze de Corneille Theunissen (1914) : polytechnicien en grand uniforme combattant héroïquement pendant la Défense de ParisUne réplique de ce monument se trouve à l'Académie militaire de West Point sous le nom de Monument de l'École polytechnique..|alt=Sculpture en bronze de Corneille Theunissen Le Conscrit de 1814 (1914) : polytechnicien en grand uniforme.
La Révolution de 1789 engendre la disparition de nombreuses institutions françaises et bouleverse les codes de la société : l’uniforme des armées royales n’y échappe pas. Dans ce contexte, l'École centrale des travaux publics, qui prendra un an plus tard le nom d’École polytechnique. est créée le . pour donner des cadres de haut niveau à la nation sur un modèle méritocratique. et afin de contribuer à l’effort de guerre sur le plan du savoir et des techniques pendant les guerres de la Révolution française..
Le , quelques mois après la création de l’École par la Convention nationale, Jacques-Élie Lamblardie, premier directeur général de l'École, émet l’idée de donner un uniforme aux élèves, malgré leur statut civil.. L’objectif était alors de distinguer les polytechniciens des autres citoyens, mais aussi de leur inculquer le respect de l'uniforme. Le , l’uniforme de canonnier de la Garde nationale fut attribué aux élèves ., mais l’application de l’arrêté dans un contexte politique mouvementé fut difficile.. L'École centrale des travaux publics prit le nom d'École polytechnique avec la loi du Photographie d'un original de la loi du 15 fructidor an III. et c'est donc sur l'uniforme des élèves de la promotion 1796 que les boutons portent pour la première fois l'inscription « École polytechnique.. ».
Le coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) voit trois membres du Directoire appuyés par l’armée renverser le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens contrôlé par une majorité royaliste.. La garde du corps législatif n’oppose pas de résistance, mais les polytechniciens se montrent prêts à intervenir pour défendre le pouvoir législatif si la lutte devenait violente. L’affaire du théâtre des Jeunes-Artistes où des élèves provoquèrent de violentes altercations, convainc le pouvoir en place de trouver une solution pour tempérer le comportement des élèves. En 1798, une décision formelle leur enjoignit de se procurer un uniforme sans délai : on pensait que, devenus identifiables, ils auraient un comportement plus mesuré.. Un habit à châle fermé par cinq boutons dorés, coupé à la française, veste et pantalon couleur bleu national, chapeau à trois cornes constitua le nouvel uniforme. D’aspect plus civil que militaire, il aurait été emprunté aux dessins de David..
Le tricorne présentait l’inconvénient de gêner le maniement du fusil : la corne avant empêchait de le tenir à la verticale et obstruait le champ de vision. Logiquement, cette troisième corne disparut progressivement, conduisant au bicorne porté en bataille Le terme « bataille » est manifeste de la vocation guerrière de cette coiffe., coiffure qui fut généralisée à l’ensemble des régiments entre 1786 et 1791. Là où le tricorne était empreint d’une connotation Ancien Régime, le bicorne fut au contraire un marqueur de l’identité républicaine..
Un uniforme de grande et de petite tenue dans le style infanterie – Argot de l’X (1894). est attribué aux élèves lorsque donne à l’École son statut militaire par le décret du .. Cette décision avait un but double : reprendre en main, notamment grâce au casernement, des élèves au comportement chahuteur pouvant devenir une menace face à l’autorité politique d’une part, et anticiper les besoins de l’armée napoléonienne d’autre part.
Sous le Premier Empire, le shako remplaça tricorne et bicorne dans toute l’infanterie napoléonienne : cette coiffure durcie protégeait davantage les combattants. Vers 1809 d'après Gaston Claris. (par décision du d'après les archives.), ce couvre-chef à visière fut donc donné aux élèves de l’École, qui conservèrent également le bicorne en raison de leur vocation à servir dans les armes savantes qui ne sont pas censées se porter au contact de l’ennemi.Les élèves de l'École du service de santé des armées de Lyon portaient jusqu'en 1971 la tenue (JPG) qui avait conservé le bicorne pour la même raison.. Servir dans les armes savantes n'a pas empêché les polytechniciens de s'illustrer en 1814 lors de la défense de Paris. face aux forces européennes alliées contre . Chateaubriand évoque ce fait d'armes dans ses Mémoires d'outre-tombe. :
De la Restauration au Second Empire Sous la Restauration, l'École fut sanctionnée pour cause d'insubordination, le principal trublion n'étant autre qu'Auguste Comte. Cela résulta en un licenciement collectif le .. Cet événement fut préfiguratif de l’ordonnance de réorganisation du sous Louis XVIII, qui supprima le régime et l’appareil militaires de l'École. Ainsi, l'uniforme militaire disparut pour être remplacé par une tenue bourgeoise avec haut-de-forme..
En 1822, l'École polytechnique fut agitée à plusieurs reprises par des troubles intérieurs. Les élèves avaient notamment pris l'habitude de soumettre au vote les décisions collectives, ce qui fit désordre dans le contexte monarchique. Un élève fut renvoyé ; par solidarité, tous ses camarades déclarèrent vouloir également se retirer. Le conflit fut finalement résolu par une érosion de la solidarité collective, mais à la suite de cette crise, le régime civil fut mis en cause... Ainsi, à la suite des ordonnances royales des et sous Louis XVIII, le général Bordessoulle., alors gouverneur de l’École, donna à nouveau aux élèves un uniforme militaire..Bicorne porté en colonne , habit de drap noir, – Argot de l'X (1894). : les polytechniciens portent le frac mais surtout ils portent à nouveau le bicorne, les sergents portant seuls l’épée.
vignette|gauche|Hippolyte Lecomte, Combat de la rue de Rohan le (1831).|alt=Hippolyte Lecomte, Combat de la rue de Rohan le : au centre de la peinture, un polytechnicien en Grand Uniforme.
Le , les ordonnances de Saint-Cloud promulguées par Charles X suspendent notamment la liberté de la presse et provoquent la révolution à Paris. À l'issue des Trois Glorieuses, l’ensemble des élèves obtient le droit de porter l’épée en reconnaissance de leur rôle apporté à la défense des libertés. au côté du peuple insurgé sur les barricades. La présence d'un polytechnicien en arrière-plan au milieu du tableau La Liberté guidant le peuple est un témoignage de la reconnaissance de la Nation pour le soutien des polytechniciens aux insurgés de 1830. Ainsi les polytechniciens, qui avaient déjà l’usage du sabre, obtiennent en 1830 l’épée. qu’ils nomment tangente.
Le marquis de la Fayette exprime bien la ferveur populaire qui entoure alors l’École polytechnique. :
thumb|upright=0.5|Manteau à la chiroga porté peu après 1824.|alt=Gravure d'un polytechnicien portant un manteau à la chiroga peu après 1824 (1894).
Peu après 1824 et pendant un temps, quelques élèves adoptèrent sans l’accord du règlement la cape espagnole nommée manteau à la chiroga qu’ils portaient rejeté sur l’épaule. Le port du frac comme de la cape ne sont pas étrangers à la mode de l’époque.. En particulier cette cape espagnole, aussi appelée manteau à la Quiroga, trouve son origine dans l’expédition d'Espagne de 1823, menée par la France avec pour but de rétablir le roi Ferdinand VII sur le trône et ainsi remplacer la monarchie constitutionnelle du Triennat libéral par une monarchie absolue.. Les libéraux, par opposition aux royalistes, nommèrent leur manteau du nom du général Antonio Quiroga qui fut un des chefs de l’insurrection de l’armée espagnole sur l’île de León, et portèrent la cape à sa manière : rejetée sur l’épaule. Le manteau perdit peu à peu sa connotation politique : la mode aidant, libéraux et royalistes portèrent finalement le même manteau mais l’un était en velours cramoisi, l’autre en velours noir.. On préfèrera ensuite la redingote., qui viendra compléter l’uniforme de petite tenue en 1840.L’histoire des manteaux d’uniforme ne s’arrête pas là : la pèlerine et le paletot firent leur apparition dans l’uniforme polytechnique à la fin du ; la pèlerine disparut vers 1940 ; le paletot ne fut abandonné qu’en 1987.Pour une illustration de pèlerine et paletot polytechnicien, voir Tenue 31, site sur les uniformes français de l'entre-deux-guerres, « École polytechnique »..
L'uniforme de 1822, particulièrement populaire, fut porté à l’École sous Louis-Philippe et sans être modifié et ceci jusqu'à la chute du Second Empire à l'issue de la guerre franco-prussienne de 1870..
De la Troisième République à la Cinquième République vignette|Hommage annuel à la statue de Strasbourg place de la Concorde, le 14 juillet 1881..Cet hommage annuel est à considérer dans le contexte du ressentiment lié à l'Annexion de l'Alsace-Lorraine en 1871..|alt=Gravure représentant l'hommage annuel de l'École polytechnique à la statue de Strasbourg, le 14 juillet 1881
thumb|Polytechnicien en Grand Uniforme, 1921.|alt=Illustration d'un polytechnicien en Grand Uniforme, 1921.
La défaite française à la guerre de 1870 engendre une large réforme des uniformes dans l’ensemble des corps d'armée. L'École polytechnique n'y échappe pas, et à partir de 1874, le frac est remplacé par une tunique noire à deux rangées de boutons semblable à celle des officiers du génie.. En 1889, la tunique est remplacée par une vareuse plus courte, fermant sur la poitrine au moyen de sept gros boutons d’uniforme. On substitue au collet arrondi un collet coupé carrément, auquel s’adapte intérieurement un col blanc.