La préhistoire du Levant commence au Paléolithique inférieur, il y a environ d'années, et s'achève à l'âge du bronze ancien, vers 4000 AP. Dans les frontières actuelles, cet espace couvre, du nord au sud, la Syrie occidentale, le Liban, la Syrie méridionale, Israël, la Palestine, la Jordanie et une partie du Sinaï.
Durant le Paléolithique inférieur, plusieurs groupes humains s'installent dans la région et vont également s'implanter dans d'autres parties Asie et sans doute aussi en Europe. Après la fin du Paléolithique supérieur, c'est dans cette région que se développe en premier le mode de vie néolithique, avec l'essor de la sédentarisation, de l'agriculture et de l'élevage, ainsi que la mise au point d'industries de plus en plus élaborées. Cette évolution se poursuit durant le Chalcolithique et l'âge du Bronze ancien, qui voient le développement d'agglomérations de plus en plus importantes, d'activités agricoles plus intensives et d'un artisanat spécialisé, jusqu'à l'apparition de véritables États dans la seconde moitié du en Syrie occidentale et au basculement dans les périodes historiques.
Paléolithique
Paléolithique inférieur
Suivant le paradigme dominant « Out of Africa », les humains s'étendent à partir de l'Afrique vers le reste du monde en plusieurs vagues, et les industries lithiques du Paléolithique inférieur reflèteraient ces déplacements en illustrant la diffusion de techniques, attestées antérieurement en Afrique. Le couloir levantin apparaît alors comme l'axe de migration le plus évident au regard des conditions naturelles, puisqu'il se situe au débouché de la vallée du Nil, seul axe continental permettant de traverser le Sahara aux périodes les plus arides, et qu'il constitue lui-même la voie d'expansion la plus favorable (en tout cas la mieux documentée) pour aller vers le reste de l'Asie. On peut donc repérer plusieurs phases d'expansion, les découvertes du Levant devant être combinées avec celles de l'Afrique et des autres régions d'Asie afin de chercher à préciser ces évolutions Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
La plus ancienne attestation de la présence d'humains au Levant provient du site d'Ubeidiya situé au sud du lac de Tibériade, daté dans une fourchette de 1,5 à 1,2 million d'années. Il n'y a aucune présence certaine d'humains dans la région avant cela, mais il s'en trouve par exemple à Dmanissi en Géorgie il y a 1,8 million d'années (faciès oldowayen), et dans d'autres régions d'Asie, ce qui indique que des humains ont dû passer par le Levant à des époques plus reculées. Ubeidiya présente de son côté une industrie lithique généralement rangée dans le type acheuléen ancien, un assemblage particulièrement abondant pour les sites de la période, avec des outils bifaces Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans . En revanche les restes humains se limitent à trois dents et ne peuvent être attribués précisément à une espèce Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
La phase suivante relève d'un Acheuléen moyen, avec la présence dominante de hachereaux. Le site le mieux connu de cette période est Gesher Benot Ya'aqov dans la haute vallée du Jourdain. Il est daté d'environ 790 000 avant le présent. L'outillage, très riche, est majoritairement en basalte, alors que le silex a plutôt tendance à dominer sur les sites du Paléolithique inférieur levantin (l'autre exception étant Ubeidiya). Le site a bénéficié de conditions de conservation avantageuses et y a été retrouvé le plus ancien objet en bois travaillé, une planche avec des traces de polissage ; on sait aussi que les habitants du site consommaient des fruits à coque ; parmi les restes animaux, le plus impressionnant est la présence d'un éléphant à défenses droites. Ce site est également important parce qu'il présente les probables plus anciennes traces de contrôle du feu par des humains Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
De l'industrie de faciès oldowayen a été identifiée dans l'oasis d'El Kowm en Syrie à Hummal, et à Bizat Ruhama dans le désert de Néguev, non datée avec certitude (sur le premier site elle précède le niveau acheuléen). Cela indique en tout cas que le Paléolithique inférieur du Levant n'a pas été qu'Acheuléen, mais cette tradition reste encore mal comprise Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
L'Acheuléen récent, v. 500 000-400 000 AP, est représenté par de nombreux sites levantins, qui ont livré pléthore de bifaces (environ sur le seul site de Nadaouiyeh dans l'oasis d'el Kowm), quasi-exclusivement des haches débitées dans du silex, souvent de forme ovoïde. Les sites de grotte apparaissent à cette période (Tabun, Um Qatafa) Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
La fin de l'Acheuléen, qui marque la fin du Paléolithique inférieur (jusque v. 300/250 000 AP), est représentée au Levant par un faciès culturel spécifique, le Yabroudien, d'abord identifié dans l'abri de Yabroud en Syrie méridionale. Son industrie lithique a été caractérisée par la présence de gros racloirs, dits « déjetés ». On parle aussi d'« acheuléo-yabroudien », au moins pour certains assemblages et un certain faciès. La grotte de Tabun au Mont Carmel présente l'assemblage le plus important de cette phase ; dans cette partie du Levant, il a été proposé d'identifier une culture locale, le « Mugharien » (d'après Wadi el-Mughara, la « vallée des grottes »). La grotte de Qesem près de Tel Aviv est un autre site majeur acheuléo-yabroudien. Un autre faciès de cette période est l'Amoudien (d'après Nahal Amud, la Grotte des Voleurs où elle a été identifiée est aussi datée de cette phase) qui témoigne de méthodes plus sophistiquées de travail de la pierre Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans . Dans les niveaux acheuléo-yabroudiens de la Grotte des Voleurs qu'a été exhumé le crâne de l'« Homme de Galilée » (sans doute un Homo heidelbergensis plutôt qu'un Néandertalien). De la fin de cette période, v. 250 000 AP, date également la « Vénus de Berekhat Ram », une Vénus paléolithique, peut-être la plus ancienne à résulter d'un travail manuel, même si sa forme est naturelle selon certains Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
Paléolithique moyen
Le début du Paléolithique moyen est repéré par l'apparition, aux alentours de 250 000 AP, de l'industrie lithique de type moustérien, caractérisée par un débitage à partir d'un nucléus (noyau) préparé suivant la méthode Levallois. Cette période est surtout connue par des sites de grottes au Levant (comme en Europe du reste), là encore ceux de Nahal Amud (Grotte des Voleurs, grotte d'Amoud), Wadi el-Mughara/Nahal Me'arot et de la zone du mont Carmel (grotte de Tabun, el-Wad, Skhul, Gamal, Kébara), aussi en Galilée (Hayonim, Qafzeh), en Syrie (Dederiyeh) ; quelques sites de plein air sont connus (Hummal en Syrie, Quneitra sur le plateau du Golan). La grotte de Tabun en particulier a servi à établir la chronologie de la période à la suite des travaux de Dorothy Garrod. La séquence chronologique a été affinée par L. Copeland en 1975 suivant un rythme en trois temps : Phase I, type-D de Tabun (ou Abou Sifien), avec des nucléus allongés, débités pour produire des lames, avec un détachement unidirectionnel, suivant la méthode Levallois ou autre ; Phase II, type-C de Tabun, avec moins de lames et plus d'éclats, des outils produits à partir de nucléus Levallois avec préparation centripète ; Phase III, type-B de Tabun, caractérisée par des pointes Levallois larges, avec plan de frappe dit en « chapeau de gendarme » et profil dit « en Concorde ».
Des propositions d'ajouts de phases à cette chronologie ont été faites. Ainsi les grottes de Hayonim et de Hummal semblent présenter une phase plus ancienne, le Moustérien « laminaire », avec une méthode de débitage spécifique, dite « de Hummal ». Néanmoins les variations entre les assemblages levantins du Moustérien sont plutôt limitées comparé à l'Europe Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
Les restes humains retrouvés dans plusieurs grottes (Skhul, Qafzeh, Tabun, Kébara, Amoud, Dederiyeh) sont surtout ceux de néandertaliens et aussi d'humains anatomiquement modernes. Le plus ancien homme moderne de la région est daté de 120 000 AP (à Skhul) et le plus récent pour la période d'environ 85 000 AP, alors que le plus ancien néandertalien est daté d'environ 75 000 AP, et le plus récent de 48 000 AP. La présence d'humains anatomiquement modernes semblerait donc plus ancienne dans la région. Quoi qu'il en soit il n'y a pas de distinction claire entre les deux dans l'industrie lithique, qui est moustérienne, ni dans leur habitat. Il a d'ailleurs pu être avancé que tous les restes humains du Levant relèveraient d'un même groupe, d'un type différent de celui connu en Europe, ce qui reste une vision minoritaire Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
Les sépultures apparaissent à cette époque (Skhul, Qafzeh), avec dans certains cas du matériel funéraire (mandibule de sanglier à Skhul, bois de daim à Qafzeh), témoignant d'un univers symbolique plus complexe, ce qui est confirmé par les découvertes du site irakien de Shanidar, daté de la même période. Les autres traces de comportement social plus complexe sont l'utilisation de pigments minéraux et de coquillages ornementaux, ainsi qu'une petite plaque gravée trouvée à Quneitra Gonen Sharon, « The Early Prehistory of Western and Central Asia », dans .
Paléolithique supérieur
Le passage du Paléolithique moyen au Paléolithique supérieur (v. 48/45 000 AP) se produit durant une phase dite de « Paléolithique supérieur initial », ou « Émirien » (d'après la grotte d'Emireh). Les sites de ce niveau combinent des outils présentant des caractéristiques de type moustérien, avec la méthode Levallois, et d'autres qui sont plus caractéristiques du Paléolithique supérieur, comme la fabrication de lames, grattoirs et burins. On a donc pu parler d'« industries transitionnelles » pour cette période, puisqu'on y retrouve par endroit des pointes de forme de type Levallois mais taillées suivant une autre méthode de débitage, bidirectionnelle. On peut distinguer deux groupes de sites relevant de cette période : un ensemble au Levant nord, avec le site d'abri de Ksar 'Akil au Liban littoral, Umm el Tlel dans l'oasis d'el Kowm (qui a donné son nom à un type de pointes spécifiques), les grottes d'Üçagizli et Kanal dans le Hatay tout au nord du littoral levantin ; un autre groupe de sites au Levant sud, avec notamment la présence de pointes « émiriennes » (grottes d'Emireh et d'el-Wad, Boker Tachtit au Néguev) A. Nigel Goring-Morris et Anna Belfer-Cohen, « The Upper Paleolithic and Earlier Epi-palaeolithic of Western Asia », dans .