Eliza Acton, née le à Battle (royaume de Grande-Bretagne) et morte le à Hampstead, est une essayiste et poétesse anglaise qui a publié en 1845 l'un des premiers livres de cuisine de Grande-Bretagne, destiné au grand public, Modern Cookery for Private Families. Elle y introduit la pratique, désormais universelle, de répertorier les ingrédients et de suggérer des temps de cuisson pour chaque recette. Elle rédige les premières recettes en anglais pour les choux de Bruxelles et les spaghettis, ainsi que la première recette du pudding de Noël : alors que des recettes existent déjà pour le , elle est la première à lui donner ce nom précis.

est destiné aux familles de la classe moyenne. L'ouvrage est réimprimé dans l'année et plusieurs éditions suivent, jusqu'en 1918. Bien qu'il ne soit plus réimprimé avant 1994, le livre d'Acton est reconnu par les chefs britanniques dans la seconde partie du . L'autrice a influencé bon nombre d'entre eux, dont Elizabeth David, Jane Grigson, Delia Smith et Rick Stein et ses recettes ont été souvent plagiées. Eliza Acton est également l'autrice d'un recueil de poésie en 1826, et d'un ouvrage sur le pain, The English Bread Book.

Biographie

Enfance et éducation vignette|Publicité d'Eliza Acton dans lIpswich Journal pour son pensionnat. Eliza Acton naît le à Battle, Sussex, et est baptisée dans son église paroissiale le . Elle est l'aînée de six sœurs et de trois frères nés de John Acton, brasseur, et de son épouse Elizabeth, née Mercer. Un de ces enfants meurt à seulement quelques semaines, probablement de colique. En 1800, la famille habite à Ipswich, Suffolk, dans une maison près de la St. Peter's Brewery, où John dirige Trotman, Halliday & Studd, la société propriétaire de la brasserie. En 1811, Trotman meurt et John devient associé junior dans l'entreprise : l'entreprise est renommée Studd, Halliday & Acton. Sheila Hardy, dans sa biographie d'Eliza, considère que John a probablement emprunté beaucoup d'argent pour y parvenir.

En 1817, Eliza Acton et une Miss Nicolson dont on ne connaît rien d'autre que le nom ouvrent un pensionnat pour jeunes filles à Claydon, juste à l'extérieur d'Ipswich. En 1819, Eliza Acton quitte l'école et en ouvre une autre en septembre avec ses sœurs, cette fois à Great Bealings ; l'école ferme avant 1825.

Tôt dans sa vie, Eliza Acton passe quelque temps en France, soit à Paris, soit dans le sud du pays, mais on ne sait pas quand elle a quitté l'Angleterre. Hardy suppose qu'elle a voyagé en 1823. L'historienne culinaire Elizabeth Ray indique dans la notice de lOxford Dictionary of National Biography qu'Eliza Acton a voyagé à l'étranger pour sa santé. Il est possible qu'elle soit enceinte lors de son départ pour Paris et qu'elle soit partie à l'étranger pour donner naissance à une fille illégitime. Il est commun à l'époque que les grossesses non désirées dans la classe moyenne se soldent par un départ à l'étranger ou chez des proches et l'adoption de l'enfant par une femme mariée de la famille. Les autrices culinaires Mary Aylett et Olive Ordish supposent que l'enfant d'Eliza Acton a été élevé par Sarah, sa sœur ; il n'y a cependant aucune preuve de cette grossesse. Selon Hardy qui rejette la théorie, Eliza Acton n'avait pas de sœur appelée Sarah, encore moins une qui était mariée (aucune des sœurs d'Acton n'était mariée) ; elle observe également qu'elle n'a trouvé aucun acte de baptême ou de recensement qui pourrait rendre compte d'un enfant du bon âge. En France, Eliza Acton a peut-être eu une liaison amoureuse malheureuse avec un officier de l'armée française ; il est possible qu'il y ait eu fiançailles, mais si c'est le cas, elles ont été rompues. Elle rentre ensuite en Angleterre, probablement en 1826.

Poésie vignette|Bordyke House (maintenant Red House), près de Tonbridge. Eliza Acton écrit de la poésie depuis au moins 1822, d'après la date écrite sur un de ses poèmes. Seuls cinq de ses poèmes portent des dates, le premier en 1822, le dernier en ; les autres ne sont pas datés. Elle écrit au moins un poème en France, , dont elle indique qu'il est écrit en 1826. L'éditeur Longman publie un recueil de ses poèmes à son retour en Angleterre. Comme le veut la tradition à l'époque, Eliza Acton doit ajouter les noms des personnes ayant passé une pré-commande à l'intérieur du livre ; presque toutes viennent du Suffolk. Elle en fait imprimer en et une réimpression a lieu un mois plus tard.

Elle compose, plus tard, quelques poèmes plus longs, dont , imprimé dans le en 1838, et , qui a été écrit en 1842, à l'occasion de la première visite en Écosse de la reine Victoria. Elle publie d'autres poèmes dans un périodique local, le .

En 1827, John Acton se déclare en faillite et la société dans laquelle il est associé est dissoute ; un de ses partenaires commerciaux est impliqué dans une plainte contre lui. Le commissaire à la faillite ordonne à John de se rendre au bureau des commissaires pour déclarer son patrimoine, mais il s'enfuit en France. La pratique n'est pas inhabituelle : Lady Hamilton est connue pour avoir fait de même en 1814.

En l'absence de John Acton, sa famille emménage à Bordyke House, près de Tonbridge, dans le Kent, où Elizabeth Acton, la mère d'Eliza, transforme le grand bâtiment en pension pour des hôtes des classes aisées, en particulier pour ceux qui souhaitent visiter Royal Tunbridge Wells et profiter des spas de la ville. Il est probable qu'Elizabeth a quitté Bordyke House vers 1841, tandis que sa fille y demeure.

Livres de cuisine À une date indéterminée (en 1835 pour Hardy, en 1837 pour Aylett et Ordish), Eliza Acton envoie un autre ensemble de poèmes à Longman pour publication. L'histoire voudrait que l'éditeur refuse ces poèmes et lui suggère d'écrire un livre de cuisine à la place ; Hardy remet cette théorie en question. Eliza Acton affirme avoir mis dix ans à rédiger son livre de cuisine, qui est publié en sous le titre Modern Cookery for Private Families ; le titre intégral du livre est Modern Cookery in all its Branches: Reduced to a System of Easy Practice, for the Use of Private Families. In a Series of Practical Receipts, Which Have Been Strictly Tested, and are Given with the Most Minute Exactness. L'ouvrage est destiné aux classes moyennes anglaises ; dans la préface, Eliza Acton écrit : Modern Cookery se compose principalement de recettes anglaises, bien qu'Eliza Acton ait qualifié plusieurs d'entre elles de françaises. Un chapitre couvre les currys (et les viandes en pot) et donne des recettes pour les chatneys orientaux (en réalité nommés chutneys), les traitant comme un plat anglo-indien naturalisé plutôt que d'origine indienne uniquement, selon l'historienne spécialiste de l'Angleterre victorienne Susan Zlotnick..

Le livre contient la première recette de choux de Bruxelles et la première utilisation dans un livre de cuisine anglais du mot spaghetti - qu'elle écrit .. Il contient également la première recette de ce qu'Eliza Acton appelle pudding de Noël : le plat est normalement appelé pudding aux prunes, mais Eliza Acton est la première à réunir le nom et la recette..

Dans chaque recette, Eliza Acton fournit la description du processus de cuisson, suivie d'une liste d'ingrédients et du temps total requis pour la préparation du plat. Avec ses temps de préparation et ses listes d'ingrédients, Modern Cookery diffère des autres livres de cuisine de façon innovante.. Eliza Acton écrit avoir préparé et testé chacune des recettes elle-même. L'historienne culinaire Sarah Freeman décrit les instructions comme étant rédigées .

reçoit des critiques positives et le Morning Post le considère comme .. La revue The Spectator indique que l'ordre du livre est , tandis que . ; la Kentish Gazette salue également la clarté des instructions et l'inclusion des ingrédients et des délais.. The Atlas décrit la disposition des recettes comme . et une critique parue dans The Exeter et Plymouth Gazette fait l'éloge de , qui contraste avec d'autres livres de cuisine..

Une deuxième édition de est publiée en , contenant des corrections et des mises à jour. Longman a également publié cette version aux États-Unis, par l'intermédiaire de la société de Lea & Blanchard basée à Philadelphie. Le livre se vend bien et, en , Longman envoie de bénéfices à Acton. Elle gagne en 1846 et en 1847 ; en 1849, elle ne perçoit plus que le quart des bénéfices au lieu de la moitié et reçoit .

Quelque temps après la publication de , Eliza Acton déménage de Tonbridge à Hampstead, au nord-ouest de Londres. Elle devient la correspondante culinaire de deux magazines hebdomadaires, The Ladies 'Companion et Household Words, et commence à faire des recherches pour un livre sur la nourriture pour les malades, Invalid Cookery. Elle interrompt ses recherches pour préparer une nouvelle édition de Modern Cookery. Celle-ci est publiée en 1855 et réintitulée Modern Cookery for Private Families, titre sous lequel l'ouvrage est le plus connu (ou, de son titre intégral : Modern Cookery for Private Families, Reduced to a System of Easy Practice in a Series of Carefully Tested Receipts in Which the Principles of Baron Liebig and Other Eminent Writers Have Been as Much as Possible Applied and Explained). Cette version contient un chapitre supplémentaire intitulé ; les recettes juives sont issues de la cuisine ashkénaze.

Le livre est de plus en plus plagié par d'autres auteurs culinaires. Dans la préface de l'édition de 1855, Elizabeth Acton mentionne . Elle est de plus en plus affaiblie au cours des années 1850 et écrit dans sa préface que le lourd travail de rédaction a eu un effet terrible sur sa santé.

Acton est déçue de ne pas avoir pu ajouter dans l'édition de 1855 autant d'informations sur la confection du pain qu'elle l'aurait voulu, et décide d'y consacrer un nouveau livre, The English Bread Book, de son titre entier . Publié en , ce n'est pas un livre de recettes comme Modern Cookery, mais une étude scientifique. Il s'agit d'une histoire de la panification en Angleterre, des améliorations apportées au processus de panification en Europe, d'un examen des ingrédients utilisés et de recettes de différents types. Eliza Acton inclut également des informations sur les dénaturations du pain par les minotiers et les boulangers de l'époque., dont l'ajout d'alun et d'autres substances nocives. Le livre a moins de succès que Modern Cookery et n'est réimprimé qu'en 1990.

Eliza Acton, malade pendant une grande partie de sa vie, meurt chez elle le , à l'âge de . Elle est inhumée quatre jours plus tard à l'église St John-at-Hampstead, à Londres.

Réception de l'œuvre Selon certains historiens, quand Eliza Acton envoie un ensemble de ses poèmes à Longman pour publication, l'éditeur lui demande d'écrire un livre de cuisine à la place, estimant que ce marché serait plus lucratif pour les femmes écrivaines.

Poésie vignette| Page de titre de Poèmes, recueil de 1826. Lee Christine O'Brien, dans son examen de la poésie féminine du , considère qu'Eliza Acton « a participé à un domaine poétique dont la richesse a éclipsé sa propre production ». O'Brien voit de l'humour et de l'humanité dans une partie de sa poésie. Aylett et Ordish la classent comme romantique ; elles considèrent que l'œuvre est , , et qu'elle n’évite pas les clichés. Hardy identifie les thèmes récurrents de son œuvre : la louange de la nature et le plaisir du crépuscule ; la plupart des poèmes ont pour thème l'amour non partagé et plusieurs peuvent avoir trait à ses sentiments à l'égard de son éventuel ancien fiancé. Hardy voit également dans les poèmes une . O'Brien souligne l'humour de certains d’entre eux, et cite « Come To My Grave », un travail sur , comme une parodie de poème d'amour du courant gothique romantique.

Cuisine vignette| Frontispice de The English Bread Book, 1857. O'Brien affirme que, grâce à la haute qualité de la prose d'Eliza Acton, Modern Cookery est un document culturel unique. Selon l'écrivaine culinaire Elizabeth David,