Léon Werth, né le à Remiremont (Vosges) et mort le à Paris ()., est un romancier, essayiste, critique d'art et journaliste français, mais d'autres qualificatifs, cités par son biographe, le définissent d'une manière plus explicite pour comprendre son œuvre : libertaire, antimilitariste, soldat des tranchées, nageur, danseur, voyageur, cycliste, poète et observateur, dévoreur de vie, familier des peintres Vlaminck, Pierre Bonnard, Francis Jourdain, et Paul Signac, ami d'Octave Mirbeau et de Saint-Exupéry qui lui dédicacera une œuvre au succès planétaire Le Petit Prince.

Biographie Il est né en 1878 à Remiremont dans les Vosges dans une famille juive assimilée. Son père, Albert, était drapier et sa mère, Sophie, était la sœur du philosophe Frédéric Rauh.

Il est un élève brillant, grand prix de philosophie au concours général et étudiant en hypokhâgne au lycée Henri-IV. Il abandonne néanmoins ses études pour être chroniqueur dans différentes revues. Menant la vie de bohème, il se consacre à l'écriture et à la critique d'art.

Très proche d'Octave Mirbeau, l'auteur du Journal d'une femme de chambre dont il est en quelque sorte l'héritier, il se manifeste par son anticléricalisme, son esprit très indépendant, antibourgeois et libertaire. Il manque de peu le prix Goncourt en 1913 pour son roman La Maison blanche, qu'Octave Mirbeau (alors membre du jury) a préfacé et soutient avec un vif enthousiasme contre l'autre favori, Alain-Fournier pour Le Grand Meaulnes, jusqu'à ce qu’après plusieurs heures le prix aille finalement au onzième tour à Marc Elder pour Le Peuple de la mer émission de Pierre Assouline sur France Culture le 27 juillet 2013.., billet de Pierre Maury (journaliste littéraire belge), reprenant un reportage de Claude Francueil paru dans Gil Blas..

Clavel soldat En , Léon Werth est mobilisé comme simple soldat au RI de Montélimar. Il part pour le front, où il combat pendant quinze mois, notamment au bois de Mort-Mare dès septembre, avant d'être réformé pour cause de maladie. Il reste marqué par cette guerre, devenant un pacifiste convaincu. Il en tire deux livres, récits plutôt que romans, pessimistes et violemment antiguerre : Clavel soldat et Clavel chez les Majors, parus en 1919. Les ouvrages font scandale. Le soldat Clavel est le porte-parole des impressions et des idées de Werth, sur le front comme dans les hôpitaux. Henri Barbusse et Jean Norton Cru expriment leur admiration pour ces ouvrages que les historiens considèrent aujourd'hui comme des documents..

Écrivain polygraphe thumb|Couverture du cahier de Léon Werth sur des peintres, dont Pierre Bonnard. Écrivain inclassable, à la plume acide, il écrit dans les années de l'entre-deux guerres aussi bien contre le colonialisme (Cochinchine, en 1926), à contre-courant de la mode coloniale de cette période faste de l'Empire français, que contre le stalinisme dont cet homme de gauche dénonce l'imposture. Il critiquera aussi le nazisme montant.

Collaborateur à la revue Monde, créée par Henri Barbusse, dès 1928, il en est le rédacteur en chef. de 1931 à 1933.

En 1931 il rencontre Antoine de Saint-Exupéry : c'est le début d'une grande amitié entre ces deux hommes qu'une génération sépare. Celui-ci lui dédicacera Le Petit Prince, dédicace où il le qualifie de .

Dans sa carrière littéraire, il est aussi l'auteur ou le coauteur de plusieurs monographies d'artistes, tels que Cézanne, Puvis de Chavannes, Henri Matisse, Claude Monet, Maurice de Vlaminck…

En 1940, il se réfugie à Saint-Amour dans le Jura. En , il revient sur Paris où il vit dans la clandestinité étant donné son statut. Dans son journal Déposition, publié en 1946, il livre un témoignage accablant et lucide sur la France de Vichy, sur EGO 1939-1945, CNRS.. Devenu gaulliste sous l'Occupation, après la guerre, il participe à Liberté de l'Esprit, revue des intellectuels du Rassemblement du peuple français dirigée par Claude Mauriac.

Veuf de Joséphine Canard., il meurt le à Paris. Ses cendres se trouvent au columbarium du Père-Lachaise (case ).

, une publication posthume

est un court récit écrit à chaud quelques semaines après la débâcle de 1940. Léon Werth y raconte sa fuite de Paris vers sa maison de Saint-Amour dans le Jura. Un récit d'une grande acuité sur cette période où la France est réduite à ce qu'il qualifie de « royaume du matelas ». Le manuscrit, confié dès octobre 1940 à son ami Antoine de Saint-Exupéry, est remis par celui-ci à un éditeur de New York, où l'on perd sa trace.

La Lettre à un otage de Saint-Exupéry, mais surtout sa première partie (« Lettre à un ami »), a été écrite à l'origine pour servir de préface à .

Ce n'est qu'en 1992 que Viviane Hamy découvre le manuscrit et le publie. Cette éditrice a permis de redécouvrir cet écrivain en republiant plusieurs de ses ouvrages dans les années 1990 et 2000. Les différentes manifestations organisées en 2005 pour le cinquantenaire de sa mort ont remis cet écrivain en lumière.

Citations

La dédicace du Petit Prince

Le nom de Léon Werth apparait en préambule du Petit Prince qu'Antoine de Saint-Exupéry lui a dédié.

Publications de Léon Werth

La Maison blanche (1913) Clavel Soldat (1919) Clavel chez les Majors (1919) Yvonne et Pijallet (1920) Voyage avec ma pipe (1920) Le Monde et la ville (1922) Les Amants invisibles (1921) Dix-neuf ans (1922) Quelques peintres (1923) Pijallet danse (1924) Danse, danseurs, dancings (1925) Cochinchine (1926) Ghislaine (1926) Marthe et le perroquet (1926) Une soirée à l'Olympia (1927) Cours d'assises (1932) Déposition, Journal 1940-1944 (1947) (1992), écrit en . Caserne 1900 (1993), écrit en 1951. Impressions d'audience : le procès de Pétain (1995), écrit en 1945. Fragments, extraits de correspondances avec Joseph Bertrand. Saint-Exupéry — Tel que je l'ai connu… (1948) Claude Monet, Les éditions Crès, Coll. Les Cahiers d'Aujourd'hui, Paris, 1928.

Les trois derniers chapitres du roman Dingo d'Octave Mirbeau (1913) ont été rédigés par Léon Werth, alors secrétaire de l'écrivain..

Archives Les archives de Léon Werth (correspondance, etc.) sont conservées au Centre de la mémoire de la médiathèque Albert-Camus d'Issoudun.

Notes et références

Annexes

Bibliographie Gilles Heuré, L'Insoumis Léon Werth 1878-1955, éditions Viviane Hamy, 2006, 232 p. (biographie) Nicole Racine, notice , Le Maitron en ligne. Le Promeneur d'Art, éditions Viviane Hamy. La Revue des revues, , Paris : Ent'revues, 2007, , Christophe Prochasson : « Léon Werth, l'intellectuel vrai » . Aurélien Vacheret, Aurélia Bénas, Stéphanie Ysard, Léon Werth, l'écrivain d'art, musée Charles de Bruyères, Remiremont, 2012, 38 p., 62 ill.

Alain Dessertenne, Françoise Geoffray, Deux témoins de l'Exode et de l'Occupation : Irène Némirovsky et Léon Werth, article paru dans la revue trimestrielle « Images de Saône-et-Loire » (publiée par l'association Groupe Patrimoines 71), de , pages 6 à 9.

Articles connexes Liste des écrivains-soldats français de la Première Guerre mondiale

Liens externes

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