Fakhri al-Baroudi (en ), né le à Damas où il est mort le , est un leader politique syrien.

Il est l'un des fondateurs du bloc national à la tête du mouvement nationaliste anti-colonial en Syrie jusqu'en 1946.

Al-Baroudi était est reconnu en Syrie et dans le monde arabe comme résistant et poète, artisan d'un souffle nouveau dans la musique et l'art.

Il a été député au Parlement syrien, pour représenter sa ville à partir de 1932, ceci jusqu'au départ des forces françaises de Syrie sous mandat jusqu'en 1946. Il s'est ensuite retiré de l'activité politique et s'est consacré au soutien du mouvement artistique en Syrie, à travers sa fondation de Radio Damas et du club de musique oriental. Il est à l'origine de la carrière de nombreux artistes, tels que l'acteur Nihad Qali, l'artiste Abdel Latif Fathi et le chanteur Sabah Fakhri.

Fakhri al-Baroudi est considéré comme l'un des pères fondateurs damascene de la République arabe syrienne. Parmi ses œuvres les plus célèbres se trouve l'hymne « Mon pays est la patrie arabe », qui est chanté dans tous les pays arabes au milieu du .

Biographie

Débuts Fakhri Baroudi est né dans le quartier de Qanaouat à Damas, fils de Mahmoud Baroudi, sénateur et conseiller à la cour du Sultan Abdul Aziz à Istanbul. Sa mère est issue d'une famille de scientifiques palestiniens. Sur ses origines, al-Baroudi dira dans ses mémoires que sa famille remonte à Dahir al-Umar, gouverneur de la ville d'Acre qui s'est rebellé contre l'Empire ottoman et a été tué. À la suite de quoi, la famille est venue à Damas et s'y est installée en 1775.

Fakhri al-Baroudi est fils unique, et son père le surprotège en employant des éducateurs, assistants et cuisiniers pour veiller à son bien-être et développement. Il étudie à l'école Azaria dans la région de Bab Touma puis dans le district d'Anbar.

Quand il demande l'autorisation à son père de se rendre en France pour poursuivre des études agronomiques, celui-ci la lui refuse. Alors Al-Baroudi s'enfuit du domicile paternel en et rejoint l'Université de Montpellier. Cependant, il est contraint de revenir à Damas après un an car son père lui coupe les vivres et empêche sa mère en parallèle de lui fournir une assistance matérielle. Al-Baroudi retourne à Damas contraint et forcé et arpente les rues en colère face à cette attitude sévère. Il écrit sur les murs de sa ville : .

Presse et armée Après son retour de France, Fakhri Al-Baroudi travaille comme rédacteur en chef pour Al-Muqtabis avant de créer un hebdomadaire satirique intitulé Putting Out, qu'il édite en langue familière et dans lequel il signe tous ses éditoriaux sous le pseudonyme d'Azrael.

Quand son père l'apprend, Al-Baroudi est contraint d'abandonner son projet journalistique et trouve un travail de greffier à la Cour de Damas. Puis, il décide de rejoindre l'armée ottomane comme volontaire, même s'il sait qu'il peut être exempté. Là, il est pris en main par le commandement militaire ottoman dans la ville palestinienne de Beer-Sheva dans le désert du Néguev, et il combat avec les Ottomans pendant la Première Guerre mondiale. Il est fait prisonnier par l'armée britannique en 1917. Il est enfermé en Égypte et reste sous l'emprise des Britanniques jusqu'à la fin de la guerre et la chute de l'Empire ottoman en Syrie en 1918.

Al-Baroudi et le roi Faisal I Al-Baroudi retourne ensuite à Damas et prête allégeance au prince Faisal bin Al-Hussein, le descendant de Sharif Hussein bin Ali, chef de la Grande Révolution arabe et un dirigeant arabe de Syrie. Mahmoud al-Baroudi est élu député de Damas lors de la première conférence syrienne et participe avec son fils à une cérémonie qui couronne le prince Faisal roi de Syrie le . Mais le règne de Faisal ne dure pas longtemps. Il est renversé par l'armée française, en application des accords Sykes-Picot, entre la France et la Grande-Bretagne pendant Première Guerre mondiale. Faisal s'installe à Haïfa, puis en Europe. Fakhri al-Baroudi est condamné à mort par le gouvernement du mandat français. Il fuit vers lÉmirat de Transjordanie avant qu'un mandat d'arrêt ne soit émis contre lui et reste à Amman jusqu'en 1923.

Les années de lutte nationale Après deux ans d'exil, Fakhri al-Baroudi retourne en Syrie et s'encarte au Parti populaire, le premier parti politique syrien fondé sous l'occupation et dirigé par le Abd al-Rahman al-Shahbandar, que al-Baroudi connait bien après avoir mené un travail commun à la cour du roi Faisal, lorsque al-Shahbandar est ministre des Affaires étrangères. Al-Baroudi participe à la Grande révolte syrienne avec son commandant en chef, le sultan Pacha Al-Atrash, et est à nouveau condamné à mort, il s'enfuit alors en Jordanie et y reste durant deux ans.

La vie d'Al-Baroudi en exil est réduite au strict nécessaire et les ressources alimentaires qu'il envoie chaque mois à sa famille sont en forte diminution. Il ouvre alors un restaurant branché dans la capitale jordanienne, qu'il a appelé le symposium dans lequel sont servis des sandwichs et des rafraîchissements. Néanmoins, les préoccupations matérielles continuent d'assiéger al-Baroudi de toutes parts, alors il recourt à un nouveau travail et il convient avec son ami, le poète palestinien Ibrahim Touqan, directeur du département de langue arabe à la British Broadcasting Corporation, d'organiser une série sensibilisant les enfants arabes à une bonne citoyenneté, c'est-à-dire à combattre le colonialisme par la culture. Les premiers épisodes d'al-Baroudi sont très suivis, mais l'autorité française mandataire coupe l'électricité de la ville de Damas à la date de l'émission, de peur que la voix d'al-Baroudi n'influence par les ondes la jeunesse syrienne. Ensuite, elle fait pression sur la British Broadcasting Corporation pour stopper l'émission. Au comble du désespoir, Al-Baroudi décide alors de se porter volontaire dans l'armée irakienne, et fait arguer qu'il est l'ancien compagnon du roi Faisal I, qui a pris le trône de Bagdad après le retrait de son trône de Syrie ; mais le gouvernement irakien ne l'entend pas de cette oreille et rejette la proposition en prétextant qu'Al-Baroudi n'a pas la citoyenneté irakienne.

Après son retour à Damas, il rejoint le Bloc national, l'organisation politique la plus importante fondée en Syrie pour combattre le mandat français par des moyens pacifiques plutôt que militaires ; il est élu député de sa ville lors de la conférence inaugurale chargée de rédiger la première constitution républicaine du pays. Il est ensuite réélu comme député de Damas dans toutes les sessions législatives de 1928 à 1943 qu'il gagnera à la majorité absolue à chaque session, car il est très populaire chez les jeunes et les intellectuels. Al-Baroudi a refusé d'occuper toute fonction gouvernementale tout au long de sa vie malgré les divers ministères qui lui ont été proposés à l'époque de Hashem Al-Atassi (1936-1939) et du président Shukri al-Quwatli (1943-1949), il a préféré rester député sous le dôme du Parlement syrien, défendant les droits des pauvres, des nécessiteux, des artistes et des patriotes du peuple libre.

Al-Baroudi a été confronté à l'opposition de Cheikh Taj al-Din al-Hassani, qui était rattaché à l'autorité mandataire et nommé Premier ministre en 1928.

Il organisera la riposte depuis l'intérieur du Parlement, en lui répétant : .

Lorsque Sheikh Taj reviendra au pouvoir en 1934 pour tenter de passer un accord d'amitié avec le gouvernement français, Fakhri al-Baroudi rejettera son projet en disant : .

La grève des soixante jours Le chef d'Alep, Ibrahim Hanano décède en et Fakhri al-Baroudi participe à ses funérailles, qui se transforment en une manifestation populaire dirigée par al-Baroudi et ses compagnons du Bloc national contre l'occupant français.

La France considère Baroudi comme le principal instigateur et ordonne son arrestation le , ce qui déclenche la grève des soixante jours qui reçoit un soutien populaire dans le pays ; le mot d'ordre est d'exiger la libération des détenus et la reconnaissance des revendications légitimes du peuple syrien. Des négociations s'ouvrent sous la pression au siège du Haut-commissariat de France à Beyrouth, entre le chef du Bloc national, Hashem Al-Atassi, et le haut-commissaire Damien de Martel ; elles débouchent sur la fin de la grève des soixante jours et l'amnistie de tous les détenus politiques. Une délégation du Bloc national, dirigée par Hashem Al-Atassi, se rend alors en France pour négocier l'indépendance de la Syrie.

Publicité et éditions En 1934, Fakhri Al-Baroudi crée le premier centre d'études et de recherches du monde arabe nommé Bureau Al-Baroudi de propagande et de publication, dont l'objectif principal est d'asseoir une base d'information et intellectuelle pour le mouvement national syrien. Il loue une partie du siège du Bloc national près de son domicile du quartier d'Al-Qanawat, et annonce le début d'une révolution intellectuelle en Syrie : elle est basée sur la diffusion du savoir, effaçant les frontières artificielles imposées dans l'Est arabe par les accords Sykes-Picot, et rejetant les pratiques tribales. Al-Baroudi met en place une presse privée lui permettant d'imprimer des périodiques et des études publiés par son édition, et les distribue gratuitement aux universités, aux mosquées, aux églises et aux synagogues, ainsi qu'aux principaux organes de presse arabes et toutes les institutions publiques syriennes. Les sujets sur lesquels publie Baroudi vont des exactions sionistes en Palestine, en passant par le droit à l'autodétermination des peuples du Tiers monde, à la question de la zone occupée d'Iskenderun, région détachée de Syrie pour être annexée à la Turquie en 1939.

Fakhri al-Baroudi s'entoure pour gérer son bureau et superviser ses recherches, d'une élite composée de jeunes instruits, comme le Nazim Al-Qudsi, jeune avocat fraîchement rentré de l'Université de Genève, le Farid Zainuddin, diplômé de l'Université américaine de Beyrouth et devenu ambassadeur en Syrie à Washington et à Moscou. Le bureau de Baroudi comprend également l'avocat Edmond Rabat, qui a participé aux négociations en 1936, l'avocat Ahmed al-Samman, diplômé de l'Université de la Sorbonne qui est devenu président de l'Université de Damas, le journaliste Mounir al-Rayyes, propriétaire du journal Barada, et le Constantin Zureik, l'un des théoriciens les plus éminents du Nationalisme arabe devenu président de l'Université de Damas et de l'Université américaine de Beyrouth. Quant à la jeunesse arabe, Al-Baroudi a tissé des liens avec Akram Zuaiter de Palestine, qui deviendra ambassadeur de son pays auprès de la Ligue arabe, et Kazem El-Solh du Liban, fondateur du parti de l'appel national. Ces jeunes ont constitué l'armature du bureau d'Al-Baroudi, qu'ils élisent président pour une période de cinq ans.