Le de chevau-légers lanciers polonais () est une unité de cavalerie légère de la Garde impériale, créée par Napoléon et en service dans la Grande Armée de 1807 à 1815. Avec un effectif théorique de et d'état-major, c'est le quatrième régiment de cavalerie intégré à la Garde.

Recrutés presque exclusivement au sein de la noblesse polonaise, les chevau-légers effectuent leurs premières armes pendant la guerre d'Espagne. Lors de la bataille de Somosierra, le , un seul de leurs escadrons s'empare successivement de quatre batteries adverses établies en travers d'un défilé et gardées par plusieurs milliers d'Espagnols. Après cet exploit qui assoit leur réputation, les Polonais sont engagés dans la campagne contre l'Autriche en 1809, particulièrement à la bataille de Wagram où ils combattent avec succès les uhlans autrichiens. Ils sont, la même année, les premiers cavaliers de la Garde impériale à être dotés de la lance, et deviennent alors les .

Sous les ordres de son colonel Wincenty Krasiński, le régiment participe à la campagne de Russie, durant laquelle les lanciers sont particulièrement redoutés par les cosaques qu'ils affrontent notamment à Gorodnia en dégageant Napoléon et son état-major d'une attaque ; quelques centaines de lanciers seulement survivent à la retraite. Le régiment est réorganisé pour prendre part aux campagnes d'Allemagne et de France, où il se signale à Reichenbach, Dresde, Peterswalde et Hanau ainsi qu'en de multiples affrontements sur le sol français. Après l'abdication de l'Empereur, la quasi-totalité du corps regagne la Pologne, à l'exception d'un escadron sous le commandement de Jerzmanowski qui accompagne Napoléon sur l'île d'Elbe et revient sur le continent lors des Cent-Jours pour charger aux côtés de ses camarades des lanciers rouges à Waterloo. Cet escadron, dernière formation étrangère à combattre au sein de la Garde impériale, est définitivement dissous le .

Considérés comme l'un des meilleurs régiments de cavalerie légère de leur temps, les lanciers polonais de la Garde sont fidèles à l'Empereur pendant toute la durée de l'épopée napoléonienne. Leur charge à Somosierra, regardée comme l'un des plus grands faits d'armes de l'histoire de la cavalerie, a suscité d'importantes controverses tout en prenant place dans l'imaginaire des peintres et des écrivains.

Organisation La garde d'honneur polonaise vignette|alt=Un général à cheval, menant ses troupes à l'assaut.|Le général Jean-Henri Dombrowski, par Juliusz Kossak. Principal commandant des légions polonaises dont il a été l'organisateur, il appuie la nomination de Krasiński comme colonel des chevau-légers polonais de la Garde.

Bien que la formation d'un régiment polonais au sein de la Garde impériale n'ait pu être concrétisée qu'en 1807, l'idée d'un tel projet naît en 1804 lorsque Wincenty Krasiński, de passage à Paris, cherche à entrer en contact avec Napoléon. À cette époque, la Pologne, sous domination étrangère, aspire à redevenir une nation indépendante. Beaucoup de Polonais s'exilent et s'engagent alors en masse dans les armées révolutionnaires françaises ; parmi eux, Jean-Henri Dombrowski, l'organisateur des légions polonaises.

Il faut cependant attendre l'année 1806 pour que la Pologne voie ses espoirs de renaissance exaucés. Après avoir écrasé la Prusse à Iéna et Auerstaedt, Napoléon s'empare de Berlin puis se porte contre l'armée russe du général Bennigsen, commençant ainsi la campagne de Pologne. Le , Napoléon entre à Varsovie, acclamé par la population. Comme il est de coutume quand un souverain effectue son entrée solennelle dans une ville, une garde d'honneur s'est formée pour lui servir d'escorte. Créée à l'initiative du comte Ogiński, cette troupe à l'allure fringante est commandée par le colonel Wincenty Krasiński et composée d'aristocrates issus des grandes familles polonaises.

Napoléon, séduit par leur attitude, met sur pied l'organisation d'un corps de chevau-légers polonais . L'effectif initial est arrêté à 480 hommes, toujours commandés par Krasiński. Une partie du corps quitte Varsovie pour accompagner l'Empereur en campagne, et est présente à la bataille d'Eylau, le , où Krasiński est contusionné. Si Jean Tranié indique que les Polonais y reçoivent leur baptême du feu, l'historien Marian Brandys indique toutefois que les gardes d'honneur se sont déjà illustrés auparavant à Pultusk et Golymin, en . De retour des batailles, Napoléon fait part à son ministre Talleyrand de son désir de recruter des Polonais semblables à ceux composant sa garde d'honneur afin d'organiser un régiment de chevau-légers intégré à sa Garde impériale.

Les sources divergent quant au motif de cette décision. Pour Brandys, il est difficile de savoir si l'Empereur, par ce moyen, a cherché à contrôler l'aristocratie du pays — à la loyauté incertaine — ou à récompenser la contribution polonaise à ses victoires. Pour le commandant Eugène Louis Bucquoy, le geste est plus symbolique : . Selon Guy Dempsey, la création de l'unité répond moins à un but militaire qu'à une volonté de Napoléon d'associer à son régime les grandes familles européennes, la noblesse polonaise composant la totalité du régiment. L'enthousiasme de cette dernière à s'enrôler dans ce corps au service de la France est cependant loin d'être unanime car tempéré par le rétablissement d'un semblant d'armée nationale sous les ordres du général Poniatowski et le spectre toujours présent de la Révolution française.

Création du régiment et évolution vignette|alt=Un soldat allumant sa pipe, appuyé contre son cheval.|Un chevau-léger polonais de la Garde fumant sa pipe aux côtés de son cheval. Uhlan avec son cheval par Wojciech Kossak, 1917.

Le , depuis le château de Finckenstein, Napoléon publie le décret donnant naissance au régiment des chevau-légers polonais de la Garde impériale. Sur les recommandations du général Dombrowski, c'est Wincenty Krasiński, ancien commandant de la garde d'honneur polonaise, qui en devient le colonel. Le recrutement s'effectue chez les hommes âgés de 18 à 40 ans appartenant à des familles dites « propriétaires », mais qui, en réalité, sont presque tous issus de la noblesse. L'historien Oleg Sokolov qualifie ainsi le régiment de . Les chevau-légers polonais sont traités à égalité vis-à-vis de leurs camarades français et perçoivent la solde française. L'équipement doit théoriquement être fourni par le soldat lui-même, mais le Trésor propose néanmoins une avance remboursable à l'ordre de prélevés sur la solde journalière. L'inexpérience des nouveaux venus amène l'Empereur à doter le corps d'un fort encadrement français, qu'il tire de sa propre Garde impériale. C'est le cas pour les capitaines instructeurs et pour les chirurgiens-majors, mais également pour les deux colonels en second : Antoine Charles Bernard Delaitre est un ancien des mamelouks ; quant à Pierre Dautancourt, issu de la gendarmerie d'élite, ses talents d'organisateur lui valent rapidement l'estime de ses hommes qui lui donnent le surnom de « Papa ».

L'effectif théorique du régiment est arrêté à officiers, sous-officiers et hommes du rang, plus 32 hommes d'état-major. Les quatre escadrons sont commandés respectivement par Tomasz Andrzej Łubieński, Jan Leon Kozietulski, Ferdynand Stokowski et Henryk Ignacy Kamieński. Chaque escadron est divisé en deux compagnies de 125 hommes chacune, dirigée par un capitaine. Dans la pratique, toutefois, l'effectif total ne dépasse pas 968 hommes. Parmi eux se trouvent quelques juifs et même des musulmans. Le corps est organisé à Varsovie dans le quartier Mirowski. Le , un premier détachement de 125 chevau-légers commandé par le chef d'escadron Łubieński gagne Königsberg et est acclamé par la foule. Sitôt formés, les éléments appartenant au régiment sont dirigés sur Paris au mois d'octobre. Les Polonais reçoivent comme dépôt général le château de Chantilly, dont les Grandes Écuries sont réquisitionnées pour leur casernement. Alors que le gros du régiment fait route vers l'Espagne, une partie des chevau-légers reste en France pour fournir l'escadron de service chargé de l'escorte de Napoléon à la suite des grenadiers à cheval, des chasseurs à cheval et des dragons.

En ce qui concerne le statut de l'unité au sein de la Garde impériale, Jean Tranié et Juan-Carlos Carmigniani affirment qu'elle est admise au sein de la Vieille Garde immédiatement après la charge de Somosierra en 1808 ; toutefois, selon Sokolov, le régiment des chevau-légers polonais . En 1812, un cinquième escadron est ajouté, portant à dix le nombre de compagnies, puis, en , un sixième. Les trois premiers escadrons sont considérés comme appartenant à la Vieille Garde, les trois derniers, à la Jeune Garde. En , l'intégration de l'ancien régiment pousse les effectifs des lanciers polonais à sept escadrons, auxquels s'ajoute la compagnie des Tartares lituaniens. Désormais, si les trois premiers escadrons restent de Vieille Garde, les trois suivants, ainsi que les Tartares, sont de Moyenne Garde et le septième et dernier escadron de Jeune Garde. En août, le régiment est scindé en deux, les trois premiers escadrons d'une part et les quatre derniers d'autre part. Cette scission ne dure pas : en , le régiment, réduit à quatre escadrons, est réunifié.

Campagnes militaires Espagne (1808-1809)

De Madrid à Burgos vignette|gauche|upright|Le général Antoine Charles Louis de Lasalle initie le régiment des chevau-légers polonais au service des avant-postes.

Au fur et à mesure de leur organisation, les détachements polonais se dirigent sur Chantilly puis vers l'Espagne pour renforcer les troupes d'occupation françaises. Lors du soulèvement du Dos de Mayo à Madrid, le , un détachement de chevau-légers est présent et Krasiński est blessé durant les combats de rues. L'insurrection espagnole devient générale et reçoit l'appui de l'armée régulière. Face aux généraux Blake et la Cuesta, le maréchal Bessières rassemble les divisions Lasalle, Merle et Mouton ainsi que les éléments de la Garde impériale prélevés sur la garnison de Burgos, parmi lesquels 91 chevau-légers polonais. La bataille de Medina de Rioseco se déroule le . Alors qu'une compagnie de voltigeurs est malmenée en avant du dispositif français, le général Lasalle prend sur lui d'intervenir avec la cavalerie de la Garde — dragons, gendarmes d'élite et chevau-légers polonais — pour rétablir la situation. Sous la charge, les gardes du corps et les carabiniers royaux sont taillés en pièces. et Malibran note que .. Chez les Polonais, le chef d'escadron Pac est blessé tandis que le lieutenant Szeptycki a deux chevaux tués sous lui.

Fin juillet, les deux derniers escadrons de chevau-légers arrivent dans la péninsule et se regroupent avec leurs camarades les ayant précédés. Pour compléter leur instruction, les chevau-légers polonais sont intégrés à la division de cavalerie du général Lasalle, brillant commandant de cavalerie légère avec lequel ils s'initient au service des avant-postes. La capitulation du général Dupont à Bailén annule les effets de la victoire de Medina de Rioseco ; Madrid est évacué et les troupes impériales se replient derrière l'Èbre. En , arrive en Espagne à la tête de la Grande Armée pour redresser la situation. Les chevau-légers de Krasiński sont sur le terrain et s'emparent par la ruse de la ville de Medina, en Navarre, qui prête serment de fidélité au roi Joseph. Entre-temps, Napoléon ordonne à Soult de culbuter l'armée espagnole du général Belveder et d'occuper Burgos. La bataille qui se déroule le s'achève par une nette victoire française. Lasalle poursuit les fuyards et ses Polonais mettent la main sur une pièce d'artillerie ainsi que sur d'importantes caisses d'argent.

La charge de Somosierra