Le collège Saint-Quirin est un établissement scolaire catholique de l'enseignement libre de la Communauté française de Belgique. Il est situé à Huy, rive gauche (de la Meuse), rue Entre-deux-Portes, dans le quartier dit d'Outremeuse où il occupe les bâtiments d'un ancien couvent de l'ordre de sainte Marie-Madeleine, fondé en 1855 par Théodore de Montpellier, évêque de Liège.

Les élèves qui fréquentent cet établissement peuvent y suivre des cours de l'enseignement général de transition ou technique de qualification..

Histoire L'hôpital Saint-Quirin (1100-1287) L'histoire du couvent de Saint-Quirin souffre d'un manque cruel de sources et d'informations. La documentation est rare et parcellaire même si nous retrouvons quelques éléments aux archives de l'État à Liège, au Diocèse ainsi que dans le fonds propre du collège.

Il n'existe aucune source directe sur la présence d'un établissement à Huy avant l'arrivée des religieuses de l'ordre de sainte Marie-Madeleine. Cependant, dans l'acte mentionnant la venue de celles-ci à Huy en 1287, il est fait référence à une église et un « petit hôpital » placé sous le patronage de saint Quirin. Les reliques du saint ayant été transférées de Rome à Neuss en Allemagne au cours du , on peut donc supposer qu'un culte en l'honneur de saint Quirin ait pu se développer à Huy entre le XIIe et le XIIIe siècles.

Le prieuré Saint-Quirin (1285-1796) L'historiographe médiéval Jean de Brusthem situe la fondation du prieuré de Saint-Quirin à l'année 1285. Mais selon un recoupement de diverses sources, il s'agirait plus vraisemblablement de 1287. À la suite de la guerre de la Vache qui fait rage dans le Namurois, les religieuses de l'ordre des Pénitentes de sainte Marie-Madeleine doivent quitter leur couvent de Saint-Martin de Rouillon-sur-Meuse. Avec l'autorisation du prince-évêque de Liège Jean de Flandre, elles s'installent rue Entre-Deux-Portes, dans un ancien petit hôpital placé sous l'invocation de saint Quirin.

À l'origine, l'ordre de sainte Marie-Madeleine rassemblait des femmes repentantes, désireuses de renoncer à une vie de désordres pour connaitre la paix de l'âme et le silence du cloître. Par la suite, les différentes communautés ne finirent par compter dans leurs rangs que des religieuses « de carrière », entrées au couvent dès le plus jeune âge, sans qu'un quelconque péché ne soit à racheter. Le premier établissement de l'ordre de sainte Marie-Madeleine fut semble-t-il fondé à Metz, vers 1005. Au cours du , l'ordre connait un réel succès, avec plus de cinquante fondations en France, Belgique, Italie, Espagne et Portugal. alt=|gauche|vignette|313x313px|Vue de la ville de Huy (1574) - Le n°9 indique le Coenobius S.Quirini

Les archives du collège conservent encore un précieux manuscrit du reprenant la règle des « Sœurs pénitentes de Sainte Marie-Madeleine » adressée par le pape Grégoire IX aux Sœurs. Celle-ci est basée sur la règle monastique de saint Augustin.

Dans les faits marquants de l'histoire du couvent, notons en 1444 l'arrivée de religieuses du monastère de Metz, fuyant la guerre comme leurs consœurs belges l'avaient fait un peu moins de deux siècles plus tôt. Elles sont accueillies à Huy durant quelques années avant de regagner leur monastère messin. Elles y seront rejointes ensuite en 1449 par quatre religieuses hutoises réputées pour leur rigueur afin de remédier au manque de discipline qui sévissait dans l'établissement lorrain.

En 1473, les livres de compte nous apprennent la réédification de l'église, ce qui suppose une destruction dans les années antérieures, sans doute à la suite du passage des troupes bourguignonnes de Philippe le Bon et Charles le Téméraire venant soumettre les rebelles Liégeois. La principauté, dont Huy est l'une des 23 bonnes villes, va en effet servir de théâtre au conflit qui opposera le duc de Bourgogne à Louis XI de France et aux habitants de la Cité Ardente. Fin , un coup de bombarde et deux de serpentine sonnent la destruction de Liège qui est mise à feu et à sang pendant presque deux mois par le duc de Bourgogne pour punir les habitants de s'être révoltés. Victime du passage incessant des troupes, la principauté est en ruine.

La construction et la rénovation des bâtiments du couvent sont possibles notamment grâce à une activité économique prospère. Au , les Sœurs de Saint-Quirin s'adonnaient au travail de filage et de tissage de la laine, du coton et du lin, ainsi qu'à la vente de cuir de bœuf. Les livres de compte toujours, nous montrent que leur production était ensuite vendue aux riches familles bourgeoises de Huy et alentours. Parallèlement à ces activités commerciales, les religieuses tenaient également une école pour jeunes filles, nombreuses à fréquenter l'établissement si l'on en juge les registres qui nous permettent de voir que cette pension, de bonne réputation, accueillait des demoiselles de renom venant de Liège ou de Flandre.

Outre le produit de leur vente, ce sont les nombreux bienfaiteurs qui ont permis d'améliorer la situation économique du couvent et de donner une certaine aisance quotidienne et matérielle à la communauté. Preuve de cette fortune, et pour parer à une éventuelle situation de danger comme le couvent avait déjà pu en connaitre, une maison-refuge est acquise en 1675 sur la rive droite « proche de la Porte-rouge » à l'intérieur des murs de la ville. alt=|gauche|vignette|364x364px|Vue intérieure du cloître de Saint-Quirin Cependant, cette prospérité est mise à mal à la fin du siècle en raison du déclenchement de la guerre de la Ligue d'Augsbourg qui ravage la région. La ville de Huy est assiégée à plusieurs reprises par les troupes hollandaises, françaises et impériales. Ainsi, en , la garnison liégeoise est contrainte à la capitulation par le maréchal de Luxembourg et le Maréchal de Villeroy qui assiègent Huy avec plus de hommes. Le couvent est alors entièrement pillé, le bétail et les meubles emportés. Un an plus tard, le duc Joachim-Ernest II de Holstein-Ploen tente de déloger la garnison française en bombardant pendant une semaine la cité. À la mi-septembre, il entre dans la ville qu'il reprend aux Français. La guerre de Succession d'Espagne qui replonge l'Europe dans la tourmente après le Traité de paix de Ryswick empêche le couvent de Saint-Quirin de se relever du précédent conflit. Huy est ainsi de nouveau assiégée en et en par le duc de Marlborough. Deux ans plus tard, des boulets touchent Saint-Quirin lors d'un nouveau siège de Huy qui redevient française. Pillé, détruit, privé de ses rentes, le couvent périclite. La situation, catastrophique, oblige certaines religieuses à regagner le domicile familial tandis que les autres envisagent d'abandonner définitivement l'établissement. alt=|vignette|479x479px|Vue de Huy (1725) - Le prieuré est visible au sommet de la colline à l'extrême droite de la gravure Pourtant, grâce à l'opiniâtreté de quelques Sœurs, notamment Lutgarde de Streel, la rénovation et la reconstruction des bâtiments est entreprise dès 1729. Le cloître est notamment réaménagé et reconstruit. À la moitié du siècle, le couvent a retrouvé son aisance d'avant, mais pour peu de temps… Le , les troubles révolutionnaires gagnent la cité hutoise : Saint-Quirin est incendié et reconstruit dans la foulée avant d'être confisqué comme bien national quatre ans plus tard. En 1796, les dernières moniales sont chassées et dispersées…

Durant plus de cinq siècles, le couvent eut comme directeur l'Abbé général des Croisiers de Huy. Il se chargeait de fournir un desservant pour les offices quotidiens et vérifiait les comptes de la communauté. En 1747 toutefois, les Sœurs furent placées sous la juridiction du prince-évêque de Liège, Jean-Théodore de Bavière. Le nombre de Sœurs varia au cours des siècles. Vers 1550, elles étaient 26 religieuses, 24 un siècle plus tard et une douzaine seulement à la fermeture du couvent en 1796.

En , Hubert Nizet, habitant de Jehay, racheta le monastère dont il fit don aux Hospices civils de Huy en 1824 à la demande des deux dernières religieuses encore en vie.

L'école privée d'Alfred Dijon (1840-1855) En 1840, les Hospices civils de Huy cédèrent les bâtiments de Saint-Quirin en location à Alfred Dijon, Français, né à Amiens et diplômé de l'école normale de Paris. Il était le fils de Jean-Baptiste Dijon, recteur de l'Académie Universitaire d'Amiens et Membre de l'Académie des Sciences, des Lettres et des Arts de la ville. Alfred suivit son frère Victor qui décida de s'installer à Huy. Ce dernier meurt peu après, laissant deux enfants à la charge d'Alfred. Résolu à leur donner la meilleure des éducations, les établissements d'enseignement de qualité faisant défaut à Huy, il décida de fonder un collège d'éducation chrétienne dans sa ville d'adoption.

Dès le début, le clergé hutois s'associa à cette fondation et le vicaire de Saint-Pierre, l'abbé Joseph Knaeden, devint le premier directeur du collège Saint-Quirin. Le succès fut au rendez-vous puisque dès la première année, plus de 120 élèves étaient inscrits pour des cours dispensés allant jusqu'à la humanité. Deux ans plus tard, le nombre d'élèves atteignait presque les deux cents. En 1844 sortirent les premiers rhétoriciens tandis que l'abbé Moreau devenait le deuxième directeur du collège. La renommée de Saint-Quirin attira l'attention de l'évêque de Liège, Théodore de Montpellier qui décida de racheter les bâtiments du collège aux Hospices de Huy pour en faire un petit-séminaire et collège épiscopal.

Le petit séminaire et collège épiscopal (1855 à aujourd'hui) Acquis par le grand séminaire de Liège à l'initiative de l'évêque Théodore de Montpellier, les bâtiments du collège d'Alfred Dijon deviennent officiellement le nouveau petit séminaire et collège épiscopal Saint-Quirin en 1855. Les petits séminaires sont organisés par le clergé catholique en vue de l'instruction des jeunes garçons et avec pour dessein de les inciter à l'entrée au grand séminaire. Toutefois, il n'y a pas de différence de traitement entre ceux qui se destinent à la vie laïque de ceux qui se destinent à la prêtrise.Le programme des études officiel défini par l'État est organisé et mis en place par le premier directeur, l'abbé Auguste Meyers, qui fait également aménager les bâtiments afin d'accueillir un nombre croissant d'élèves.

En 1866, deux élèves et un professeur du collège répondent à l'appel du pape Pie IX pour venir défendre les États pontificaux, alors menacés par Garibaldi et Victor-Emmanuel de Savoie qui ont entrepris l'unification de l'Italie depuis le Piémont.

Le , les Filles de la Croix de Liège font leur entrée au collège. Leur congrégation, fondée quarante ans plus tôt à Liège par Jeanne Hazé est principalement engagée dans les œuvres d'éducation. Leur arrivée coïncide avec une croissance toujours plus importante du nombre d'élèves qui nécessite un appui logistique offert par ces religieuses. Perpétuant le souvenir de l'ancienne occupation des lieux, elles resteront dévouées au Petit-Séminaire jusqu'en 1938 avant d'être remplacées par les Sœurs Augustine de Neuss – ville d'origine de saint Quirin – qui prendront le relais jusqu'en 1940.

Le matin du , au retour des vacances de Pâques, un incendie se déclare et détruit une grande partie des bâtiments, notamment celui de la rue Entre-deux-Portes. Le le feu s'empare une nouvelle fois du collège et le détruit presque entièrement. Seule la chapelle et quelques ailes éloignées sont épargnées. Ces deux épreuves permettront de reconstruire et de moderniser les infrastructures. De grands travaux seront ainsi commandités sous le rectorat de l'abbé Desseille, dit « le grand constructeur ». alt=|gauche|vignette|216x216px|Monument aux morts dans le cloître du collège Dans le premier quart du , l'électricité est tirée, les installations sanitaires modernisées et le chauffage central installé.