vignette|alt=Un groupe de personnes, dont un nouveau-né, pose devant un véhicule sanitaire.|La clinique rurale de Binga.

Le Zimbabwe dispose d'un système de santé publique accompagné d'une politique sanitaire. Historiquement, le système de santé du Zimbabwe était réputé comme l'un des meilleurs, voire le meilleur d'Afrique, notamment dans les années 1980, dès l'accession à l'indépendance.

Le système sanitaire zimbabwéen a néanmoins grandement perdu en qualité depuis les années 1990 et connaît une situation de crise permanente, les hôpitaux étant délabrés, insalubres et disposant de trop peu de matériel et de personnel, ce qui augmente le recours aux soins privés tandis que perdure la médecine traditionnelle. Cette situation peut notamment s'expliquer par une forte corruption des politiques et par le détournement des aides internationales. À ce système de santé moderne s'ajoute une importance majeure accordée à la médecine traditionnelle, notamment dans les zones rurales et pauvres.

Le Zimbabwe est un pays confronté à de nombreuses maladies. Le pays a souvent dû faire face à de fortes épidémies, à l'instar de l'épidémie de choléra de 2008, ou de celle survenue en 2018. Le pays connaît également un grand nombre de cas de VIH. À ces deux maladies s'ajoutent le paludisme et la tuberculose.

Les fortes épidémies auxquelles le pays doit faire face sont souvent causées par des facteurs environnementaux favorisant la propagation de maladies et l'affaiblissement du système immunitaire chez les individus. La faible qualité des infrastructures médicales est également un facteur facilitant la propagation des épidémies.

Historique

Pendant la colonisation Dans un rapport annuel publié en 1939, le Dr Andrew Paton Martin, médecin-hygiéniste de la Rhodésie du Sud, attire l'attention sur la diminution du taux de natalité, l'augmentation des maladies vénériennes et l'infiltration de la tuberculose dans la colonie. Il y a eu une diminution appréciable du scorbut chez les indigènes des mines, mais l'alimentation des indigènes des mines était encore loin d'être satisfaisante. Parmi les maladies tropicales répandues en Rhodésie du Sud, le paludisme est la plus grave, car il a causé 10 % des décès en 1939. La bilharziose l'a suivi de près et la lèpre constitue un problème majeur, mais la trypanosomose semble être absente.

Concernant les infrastructures sanitaires, la Rhodésie du sud est une des colonies qui a été la plus équipée par les colons britanniques. En effet, durant les premières années de la colonisation, les colons ont mis en place des petits réseaux d'hôpitaux, afin de développer l'industrie minière et l'agriculture. C'est également durant cette période que les colons commencent à forcer et à convaincre les indigènes de renoncer à la médecine traditionnelle. Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, les infrastructures sanitaires en Rhodésie du sud ont connu une expansion extrêmement rapide, du fait d'une forte immigration britannique et d'une augmentation forte de demande de soins occidentaux émanant des indigènes, du fait de l'action persuasive des colons pendant les débuts de la colonisation. Néanmoins, les hôpitaux restent majoritairement dans les grandes villes, là où se trouvent les colons.

1980-1990 : La santé au sortir de la colonisation Dès son accès à l'indépendance en 1980, le Zimbabwe était réputé pour disposer de l'un des meilleurs systèmes de santé d'Afrique, et a également connu une amélioration massive de la qualité de vie. Ainsi, le taux de mortalité infantile est passé de en 1980 à en 1998. Du fait de la faible augmentation du revenu moyen, il est fort probable que cette diminution soit due aux efforts du gouvernements en matière de santé. Ces années voient également les premières aides internationales pour la santé au Zimbabwe, avec une première intervention de la Banque mondiale par un prêt visant à soutenir la qualité et la couverture des soins dans huit districts du pays. Ainsi, lors de son accès à l'indépendance, le Zimbabwe était doté d'une politique et d'un système sanitaire solides. Durant cette période, le pays ne connaît pas de fortes épidémies. Néanmoins, une pluralité d'évènements, d'ordre climatiques, sociaux et économiques ont mené à des choix politiques ayant comme conséquence la dégradation du système de santé.

1990-2020 : La dégradation du système de santé et l'émergence de fortes épidémies Dès les années 1990, en raison de la crise économique, des sécheresses et de la recrudescence du sida, la santé s'est fortement dégradée au Zimbabwe. Les taux de mortalité adulte et infantile, alors dans une dynamique de baisse, repartent à la hausse et certaines maladies, alors peu présentes, s'accroissent. C'est notamment le cas de la tuberculose. Si la crise économique a pu avoir un impact sur l'affaiblissement du système de santé, il semblerait que le sida soit la principale cause de cette recrudescence de la mortalité. En effet, les revenus moyens zimbabwéens ayant très peu augmenté entre 1980 et 1990, les habitants ont payé pour des soins curatifs en cas de maladie, plutôt que pour des moyens de préventions de ces maladies, nécessaires à la lutte contre le sida. De plus, la hausse du prix des denrées alimentaires, conjuguée à une diminution des salaires et à la sécheresse de 1991-1992, et ce dès le début de la décennie 1990, a marqué le début d'une forte dégradation du système sanitaire zimbabwéen. Les années 1990 au Zimbabwe signent également les prémices de la fuite des travailleurs de la santé (et notamment des médecins, ce qui s'apparente à une fuite des cerveaux) vers d'autres pays, du fait de conditions de travail de plus en plus dégradées, de fortes diminutions de salaires et de licenciements massifs au Zimbabwe. Ceci a entraîné une pénurie du personnel médical.

Durant les années 2000, le système de santé zimbabwéen connaît les mêmes problèmes que lors des années 1990 : hausse du prix des soins, appauvrissement de la population, désintérêt du gouvernement pour la santé publique, fuite des cerveaux et pénuries de soins. Ces soucis tendent à s'aggraver et n'ont connu, depuis 2000, aucune amélioration. En plus de la forte présence du sida et de la résurgence de maladies comme la tuberculose, le pays fait également face à de très fortes épidémies, comme l'épidémie de choléra de 2008 qui dégrade encore davantage la situation sanitaire au Zimbabwe..

Politique sanitaire La crise économique affectant le Zimbabwe depuis près de a conduit à une forte de baisse des investissements dans la santé publique, amenant logiquement à une dégradation des infrastructures médicales et à la fermeture d'un grand nombre d’hôpitaux publics et de cliniques gratuites.. Les salaires des personnels médicaux ont également été fortement diminués, engendrant, début une grève des médecins et autres personnels hospitalier du Zimbabwe.. Malgré des promesses faites par le deuxième président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, les investissements du pays dans la santé dépendent fortement des aides internationales. qui ont, à titre d'exemple, financé plus de la moitié de la somme nécessaire pour enrayer l'épidémie de choléra de 2018. De plus, la grève des personnels de santé ne s'est achevée qu'en , après la promesse de Strive Masiyiwa, un homme d'affaires d'origine zimbabwéenne, fondateur de la société de télécommunications Econet Wireless, de verser pendant six mois leur salaire aux médecins.. Cela illustre la dépendance de la politique sanitaire du Zimbabwe aux fonds privés et aux aides internationales.

vignette|alt=Photo d'une cour entourée de bâtiments de teinte claire avec un arbre en son centre et un homme de profil au premier plan.|L'hôpital de Karanda.

La corruption systémique au Zimbabwe fait du tort au domaine de la santé. Une partie des aides internationales est détournée par les dirigeants. De plus, ces derniers n'hésitent pas à conclure des contrats avec des entreprises étrangères, alors qu'elles survendent leurs fournitures. Ce fut par exemple le cas du ministre de la santé Obadiah Moyo, qui en 2019, a octroyé un contrat d'environ de dollars à une entreprise qui pratiquait des prix bien trop élevés, et ce sans l'accord du gouvernement.. Il a également été accusé de malversations, après avoir demandé des fonds pour acheter de tests de dépistage du COVID-19, alors que le pays n'en a reçu que .. Il a par la suite été licencié pour corruption. Le détournement de matériel constitue également une des formes de corruption, dans le domaine de la santé au Zimbabwe. Ainsi, en , des tests COVID-19, offerts par l'UNICEF sont retrouvés dans un immeuble à Harare par la police anticorruption..

Ceci pousse logiquement les Zimbabwéens à se tourner vers le secteur privé. Néanmoins, les coûts des hôpitaux privés sont bien trop élevés pour une partie de la population, oscillant de à ., alors que le salaire minimum est de .. Ainsi, les dirigeants préfèrent se faire soigner à l'étranger. Ce fut par exemple le cas de l'ancien président Robert Mugabe qui préférait être soigné à Singapour..

En 2018, la santé au Zimbabwe représentait 4,6 % de son PIB et 7,1 % des dépenses publiques de l'état, soit de dollars.. À titre de comparaison, en 2019, un pays comme la France consacrait environ 11 % de son PIB à la santé. et un pays voisin du Zimbabwe, comme le Botswana y consacrait, en 2014, 5,4 % de son PIB..

Législation Le système de prestation de soins de santé du Zimbabwe est fondé sur le droit constitutionnel aux soins de santé de l'article 76, sous-section 1-4, de la Constitution du Zimbabwe, qui dispose que. :

Chaque citoyen et résident permanent du Zimbabwe a le droit d'avoir accès aux services de santé de base, y compris la santé reproductive ; Toute personne vivant avec une maladie chronique a le droit d'avoir accès aux services de santé de base pour la maladie ; Nul ne peut se voir refuser un traitement médical d'urgence dans un établissement de santé ; L'État doit prendre des mesures législatives et autres raisonnables dans les limites des ressources dont il dispose, pour parvenir à la réalisation progressive des droits énoncés dans le présent article.

Système de santé vignette|alt=Photo d'un homme de profil montrant des étagères presque vides contenant quelques médicaments en paquets ou en flacons.|Un travailleur de la santé zimbabwéen montrant le peu de médicaments disponible dans un centre de santé (22 avril 2009) illustrant les pénuries de médicaments dont souffre le Zimbabwe. Le Zimbabwe a longtemps bénéficié d'un des systèmes de santé les plus performants d'Afrique.. Dès l'indépendance, en 1980, le pays a commencé à recevoir des conseils de la banque mondiale, ainsi que des aides financières, comme en 1986, où la banque mondiale a consenti un prêt au Zimbabwe, dans le but d'améliorer la couverture des frais de santé et l'amélioration qualitative des soins (en finançant de nouvelles infrastructures ou bien en finançant la formation du personnel soignant).. Néanmoins, à cause de l'hyperinflation et des tensions politiques, l'état du système de santé a été fortement fragilisé. Ainsi, la fermeture de nombreuses cliniques a conduit les Zimbabwéens à se débrouiller seuls, à l'image d'Esther Gwena, une habitante d'Harare, ne disposant d'aucune formation médicale et qui aurait, selon ses dires, aidé à la naissance de dans son salon..