Marie-Thérèse d'Estampes de La Ferté-Imbault est une salonnière française né le à Paris, morte le à Paris. Actionnaire de la Manufacture royale de glaces de miroirs par héritage paternel, elle usa de ses fréquentations de la cour de — elle fut notamment proche de Marie-Louise de Rohan, gouvernante des enfants royaux, et de deux ministres, le comte de Maurepas et le cardinal de Bernis — pour obtenir le renouvellement des privilèges de la manufacture dans la seconde moitié du .

Dans le portrait qu'en a brossé Jean-Marc-Nattier en 1740, analyse Benedetta Craveri, Benedetta Craveri, « Madame de La Ferté-Imbault (1715-1791 », Revue d'histoire littéraire de la France, vol.105, 2005..

Biographie thumb|140px|left|Fonts baptismaux, église Saint-Roch de Paris. thumb|140px|left|Malebranche, De la recherche de la vérité. thumb|Château de La Ferté-Imbault. thumb|374, rue Saint-Honoré. Contexte familial et éducation Marie-Thérèse naît le - elle est baptisée le même jour dans la proche et nouvelle église Saint-Roch de Paris - du mariage de Pierre François Geoffrin († 1749), Quelques lettres de madame Geoffrin, le cardinal de Bernis, Voltaire, Marmontel, le Père Élisée, le roi de Pologne, Piron, madame de La Ferté-Imbault, Boufflers, Destouches et autres, Bibliothèque nationale de France, 1816, fortuné directeur de la Manufacture royale de glaces de miroirs sise faubourg Saint-Antoine, et de Marie-Thérèse Rodet (1699–1777), . Son frère cadet, Louis François, né le , meurt dans sa cinquième année, faisant d'elle une fille unique. Elle évoquera plus tard dans ses écrits, en date du , le contexte familial qui est celui d'une paix ruinée du fait de l'immixtion d'une redoutable voisine, Madame de Tencin : par la fréquentation addictive du salon de cette dernière, Marie-Thérèse de La Ferté-Imbault, « Troisième voyage de ma raison », Mémoires intéressants de Madame la marquise d'Estampes de La Ferté-Imbault, Archives nationales de France..

La contrepartie de cette ambiance conflictuelle et délétère est cependant qu'à l'âge de 12 ans Marie-Thérèse voit son éducation intellectuelle confiée à Fontenelle, Montesquieu et l'abbé de Saint-Pierre. Elle restitue : . Sa lecture d'alors du Discours de la méthode de René Descartes, son enthousiasme pour le théâtre de Pierre Corneille, lui serviront ultérieurement à rappeler de façon récurrente le contraste entre sa culture et celle de sa mère, .

Marquise de La Ferté Imbault : elle épouse le Philippe-Charles II d'Estampes de La Ferté (1712-1737). Colonel au régiment de Chartres depuis le - - celui-ci participe en , dans le cadre de la guerre de Succession de Pologne (1733-1738), à la bataille de San Pietro. C'est semble-t-il des suites d'une tuberculose contractée en Italie que, dans un endettement considérable, il meurt le , soit le même mois que son propre père. Marie-Thérèse, ne s'étant en fait jamais accommodée ni de ce mari en qui Maurice Hamon ne restitue qu', ni de ce beau-père, Philippe-Charles , qu'elle dira , pas plus que de sa belle-mère née Jeanne Marie du Plessis-Châtillon (1686-?), , confiera, exultant sans détours, que le veuvage lui procure alors : Maurice Hamon, Madame de La Ferté-Imbault, philosophe et femme d'affaires à la cour de Louis XV, Château de Versailles / Perrin, 2011..

Tout autre est son chagrin lorsque sa seule enfant, Charlotte-Thérèse (1736 - ), est à son tour emportée par la phtisie dans sa treizième année : l'épreuve, qui a pour effet de lui provoquer une sorte de surdité à l'origine du parler haut et du rire sonore qui lui vaudront le surnom de « Princesse Carillon », la porte à se réfugier dans la lecture des présocratiques, dans celle de Blaise Pascal et surtout dans celle de Nicolas Malebranche, Didier Masseau, « La marquise de La Ferté-Imbault, reine antiphilosophe des Lanturelus », Les dérèglements de l'art - Formes et procédures de l'illégitimité culturelle en France, Presses de l'Université de Montréal, 2001, .. Elle confirmera dans ses écrits : , offrant à Marie-Frédérique Pellegrin de discerner là toute la fracture philosophique d'avec madame Geoffrin, protectrice des encyclopédistesMarie-Frédérique Pellegrin, « Malebranche mort ou vif », Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 140, n°4, 2015, Csenge Aradi, Les Malebranchismes des Lumières - Études sur les réceptions contrastées de la philosophie de Malebranche, fin XVIIe et début XVIIIe siècles, études réunies par Delphine Antoine-Mahut, Honoré Champion, Paris, 2014, .

Son mariage sans joie a cependant fait d'elle une personne de la haute noblesse et lui ouvrira ainsi des portes - qui resteront fermées à Madame Geoffrin - derrière lesquelles elle trouvera ses meilleures amies. Ce sont les précepteurs de Marie-Thérèse, Fontenelle et l'abbé de Saint-Pierre qui recommandent alors à la comtesse Jérôme Phélypeaux de Pontchartrain, née Hélène Rosalie Angélique de l'Aubespine, de faire connaissance avec elle afin de la lier à ses deux filles du même âge qu'elle, Marie Louise Rosalie (1714-1780), marquise de Conflans par son mariage avec Maximilien Emmanuel de Watteville, et Hélène Françoise Angélique (1715-1781), duchesse de Nivernais par son mariage avec Louis-Jules Mancini-Mazarini. On la verra se lier également, entre autres, à Louise-Adélaïde de Bourbon ou Marie-Louise de Rohan, s'offrant plus tard de résumer ainsi sa vie : Marie-Thérèse de La Ferté-Imbault, Mon plan de vie pour ma vieillesse, à commencer maintenant que j'ai 60 ans, 2 mai 1775, Archives nationales de France.. Elle laisse en 1748 le château de La Ferté-Imbault, où elle aura peu séjourné mais où elle aura aimé , à Sophie, sœur de Charles-Philippe et dernière descendante du nom, qui épousera Alexis Bertrand Le Conte de Nonant, président au Parlement de Normandie.

374, rue Saint-Honoré thumb|left|300px|Anicet Charles Gabriel Lemonnier, Lecture de la tragédie de L'Orphelin de la Chine de Voltaire dans le salon de Madame Geoffrin, château de Malmaison. C'est en 1727 que madame Geoffrin constitue sa première « société » dans l'hôtel que son mari vient de faire construire rue Saint-HonoréFrédéric Valloire, « Madame Geoffrin, la dame de Saint-Gobain », Valeurs actuelles, 17 mars 2011 : le salon de madame de Tencin lui avait . Négligeant l'opposition de son mari, elle mène son projet en ouvrant son salon à des penseurs, majoritairement encyclopédistes, comme Jean d'Alembert, Jean-Jacques Dortous de Mairan, Charles Pinot Duclos, Friedrich Melchior Grimm, Claude Adrien Helvétius, Paul Thiry d'Holbach, Jean-François Marmontel, l'abbé Raynal, Jean Baptiste Antoine Suard ou Nicolas-Charles-Joseph Trublet, à des peintres comme François Boucher, Jean-Baptiste Greuze ou Hubert Robert, à des graveurs comme Charles-Nicolas Cochin, à des architectes comme Jacques-Germain Soufflot. Au décès de sa voisine en 1749, tous les habitués du salon de celle-ci sont ainsi attirés chez elle.

Marie-Thérèse, . Madame Geoffrin ne possède pas la dimension intellectuelle l'autorisant à une prise de parole appropriée aux rencontres qu'elle organise et, de fait, elle s'en abstient : Jean-François Marmontel, à qui des propos excessifs et imprudents tenus en ce lieu vaudront dix jours d'emprisonnement à la Bastille, se souviendra dans ses Mémoires de Jean-François Marmontel, Mémoires, Mercure de France, Paris, 1999.. Marie-Thérèse elle-même lui concède son adresse : .

À sa mort en 1749, Pierre François Geoffrin, qui était entré en 1703 en tant que directeur financier à la Manufacture royale des glaces et miroirs, s'en trouve le premier actionnaire, détenant 13,5% du capital dont héritent sa veuve et sa fille qui s'allient alors, pour en assurer l'administration, au banquier genevois Antoine Saladin de Crans (1725-1811).

Les amitiés thumb|Château de Lunéville. thumb|Château de Chantilly. thumb|Château de Malesherbes. La mauvaise réputation de Madeleine de La Motte, « belle à miracle », fait qu'entretenir des liens d'amitié avec Jeanne-Antoinette Poisson, sa fille, est jugé inconvenant. Marie-Thérèse, cependant, brave les conformismes par ses visites à Jeanne-Antoinette chez elle, Rue Neuve des Bons-Enfants, et lorsque celle-ci deviendra en 1745 Madame de Pompadour, favorite de , elle s'en souviendra avec reconnaissance par des invitations régulières à la cour Adrien Thierry, « Les dernières années de la marquise de Pompadour », Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1959, . que, le plus souvent toutefois, Marie-Thérèse déclinera pour se réserver aux visites privées.

En 1747, Marie-Thérèse voyage à deux reprises avec Louise-Adélaïde de Bourbon afin d'aller prendre les eaux à Plombières-les-Bains. Par deux fois, les deux amies sont ainsi invitées chez Stanislas Leszczynski au château de Lunéville, et l'un des deux séjours qui y est initialement prévu pour une durée de trois jours s'étend sur trois semaines. Veuf depuis quelques mois, le père de la reine de France Marie Leszczynska ne résiste pas au charme de ses invitées et s'enflamme pour Marie-Thérèse, s'attarde intimement dans sa chambre afin d'y deviser et de se laisser aller en confidences (), la relançant en demandes en mariage qu'elle repousse à chaque fois, refus qu'elle compensera par une longue amitié épistolaire Pierre-Marie-Maurice-Henri de Ségur, « La reine des Lanturelus », Vieux dossiers, vieux papiers, Calmann-Lévy, 1913..

n'est âgé que de , restitue Marie Thérèse dans ses Mémoires, lorsqu'en 1752 elle prend sous sa protection ce jeune garçon d'un tempérament timide et solitaire. C'est avec reconnaissance qu'il inscrira cette amitié dans la durée en la recevant en son château de Chantilly, qu'il cherchera et trouvera toujours conseils, secours et consolations auprès de celle qui continuera à dire de lui : , pour écrire encore, arrivée dans son grand âge : .

Jacqueline Hellegouarc'h cite d'autres grandes amitiés, comme celles de l'archevêque Christophe de Beaumont ou de membres des parlements comme Jean-François Joly de Fleury ou Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (futur courageux défenseur de devant le Tribunal révolutionnaire) qui accueille Marie-Thérèse au château de Malesherbes. Elle entrera en opposition déclarée à René-Nicolas de Maupeou lorsque celui-ci, proche de madame du Barry qui supplante madame de Pompadour en tant que favorite royale, exile les parlementaires par lettre de cachet et prépare une réforme du système qui, accuse-t-elle, mènera la royauté à sa fin Jacqueline Hellegouarc'h, L'esprit de société - Cerces et salons littéraires à Paris au XVIIIe siècle, éditions Garnier, Paris, 2000..

Les deux jeunes cousins d'Estampes thumb|left|130px|Louis Philogène Brûlart de Sillery. thumb|130px|Hortense-Félicité de Mailly-Nesle. thumb|130px|Marie-Anne de Mailly-Nesle. thumb|left|130px|Quentin de La Tour, Madame la dauphine. Le nullement regretté beau-père de Marie-Thérèse, Philippe-Charles I, avait un frère aîné, Roger d'Estampes, et profita au décès de celui-ci en 1718 de sa situation de tuteur de son neveu pour détourner totalement à son profit l'héritage de l'enfant, Louis-Roger, âgé de sept ans et qui dès lors ne vivra plus que dans la précarité. La malveillance aura pour effet l'engagement d'une interminable procédure juridique et le transfert du tutorat à Louis Philogène Brûlart de Sillery, marquis de Puisieux, allié à la famille d'Estampes par le mariage en 1640 de Charlotte , fille de Pierre Brûlart IV de Sillery et de Charlotte d'Estampes-Valençay, avec François d'Estampes, duquel naquit Charles d'Estampes, marquis de Mauny (1642-1716), grand'père de Roger et de Philippe-Charles I Louis Moréri, Le grand dictionnaire historique ou le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Les libraires associés, Paris, 1759..