Ellen Delpech-Poidatz (née Marguerite Ellen Poidatz le à Paris et morte le à Saint-Fargeau-Ponthierry, Seine-et-Marne) est fondatrice en 1919 du premier centre de rééducation européen pour enfants paralysés : La Colonie de Saint-Fargeau. L'établissement situé non loin de Corbeil est rebaptisé Fondation Ellen PoidatzFondation Poidatz - Notre histoire..

Biographie Ellen Poidatz est la fille de Marguerite Francoeur, arrière-petite-fille de Louis-Benjamin Francœur et d'Henry Poidatz. Elle a épousé Lucien DelpechLucien Delpech 1862-1938. Acte de mariage n° 994, Paris 6ème, 1925. Représentant général des fabriques, et journaliste sociologue, de nom de plume Luciani-Delpech.. Elle est la sœur de Germaine Mornand.

Handicap Ellen a 8 ans quand elle contracte la poliomyélite . En 1893, « Les médecins, même les plus grands ne comprirent pas son cas. On lui a fait prendre des douches, on la mit dans une maison de santé pour nerveux ; son estomac se prit, alors elle ne put plus rien garder et l’ordonnance fut de la battre après chaque vomissement »Germaine Mornand, Une petite fille pas comme les autres, autobiographie, Arts et Mémoires, page 26,156.. Heureusement pour elle, ses parents apprirent qu’un jeune chirurgien bavarois de notoriété mondiale opérait avec succès les paralysies infantiles à Wurtzbourg: le docteur Albert Hoffa. Transférée en Bavière, la petite infirme y découvre une nouvelle méthodologie de soins, basée sur la rééducation et un lien fort entre soignants et patients .

C’est à l’Allemagne qu’Ellen doit d’avoir retrouvé l’usage de ses membres .. Prise en charge un an après sa paralysie, pendant plus d’un an en deux séjours, elle y subit entre 16 et 17 interventions chirurgicalesArchives Fondation Ellen Poidatz.. Elle n'a pu se guérir qu'à partir du moment où elle a été traitée par son médecin le docteur Champtassin d’après la méthode si simple et si rationnelle qu’est la rééducation musculaire poursuivie pendant des annéesDocteur Jacques .Paul Pouchot de Champtassin est né à Montreuil-sur-Mer en 1877, spécialisé dans la médecine du sport et la croissance.Dr. Paul Pouchot de Champtassin, Thèse de médecine du sport,1904 : « Considération sur l'entraînement athlétique ou La Lutte et la gymnastique scientifique, ses bases physiologiques au point de vue éducatif et militaire » 78 p.Dr. Paul Pouchot de Champtassin « L’Abus du sport», J.O. 21 novembre 1912, année 44, n°31, .. Nul mieux qu'elle ne pratiqua le « Faire face ».. Avec une énergie et un courage extraordinaire elle décida de surmonter son handicap et de vivre un jour comme tout le monde..

Initiative Robert de Flers résume dans la séance publique annuelle de l'Académie française du 17 décembre 1925 , le mérite de cette femme éprouvée qui, elle-même paralysée, a pensé qu’elle n’eût point guéri sans les soins extraordinaires de ses parents qui étaient riches et dont elle était l’unique souci.

Très jeune d'ailleurs, Ellen s'occupa d'une petite paralysée de Meudon, raconte sa sœur, ce fut sa première malade à laquelle elle porta toujours une profonde amitié! À 21 ans, elle adhère à vie au Comité central de l'Association des dames françaises pour les secours aux blessés militaires - Croix-Rouge française « Mademoiselle Ellen Poidatz 71 avenue Victor-Hugo, présentée par Madame l'amirale Jaurès. ».. Pendant la Première Guerre mondiale, dans le Journal des mutilés, réformés et blessés de guerre : « Des remerciements sont votés à Poidatz, membre bienfaitrice de notre association, qui a mis une limousine à notre disposition. ». Le mouvement dont elle était membre, les Dames de France ayant, avec le docteur Mouflier, ouvert un hôpital militaire temporaire dans l'école des garçons de Villers-Cotterêts où les Poidatz avaient un domicile, Ellen, devenue infirmière s’y engagea volontaire, elle y fut infirmière en chef avec mission de direction administrative .

Elle poursuivit son action dans l’Aube à La Chapelle-Saint-Luc, nouvelle base arrière du secours aux mutilés de guerre, au centre chirurgical et de rééducation fonctionnelle créé par le Dr Bailleul Louis-Charles Bailleul 1876-1941, chef du Service de chirurgie osseuse de l'Hôpital Notre-Dame du Bon-Secours. Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris n°44 21, 22 février 1944. Dans le 14ème arrondissement, cet hôpital, comme l'Hôpital des Enfants assistés , l’Hôpital de la Maternité et un troisième sont aujourd'hui annexés au Groupe Hospitalier Paris Saint-Joseph. . Elle coopéra aux services mécanothérapie, hydrothérapie, électrothérapie, aux salles de gymnastique. Outre le chirurgien, Ellen y rencontra une infirmière atteinte de coxalgie, « mais bien plus vive que n’importe qui », Mlle Élise Garnier . À eux trois, forts de ces années au train d'enfer, ils fonderont la Colonie de Saint Fargeau.

Créer , un asile pour les enfants frappés de la même maladie qu'elle où ils puissent être soignés, éduqués et pourvus des moyens de gagner leur vie, devint pour Ellen Poidatz l’enjeu de sa trentaine. .

Un manque comblé Le traitement de la paralysie infantile quel qu’il soit est long, doit se poursuivre durant toute la durée de la croissance de l’enfant et par suite, il exige du temps des dépenses que certaines familles, le plus grand nombre, ne peuvent pas assumer. Du côté des déshérités de la fortune, la paralysie infantile crée un déchet social auquel jusqu’ici on n’a pas assez porté attention .. L’Assistance publique ne possède actuellement aucune autre possibilité pour la rééducation d’enfants paralysés ; je souhaite, dit Gaston Pinot au nom de la 5e Commission, que l’Assistance publique développe davantage encore les envois d’enfants dans les œuvres privées en attendant que l’administration puisse accueillir dans des établissements de province tous les petits parisiens .. Il est vrai que le traitement des paralysies, qui exige la collaboration étroite du médecin, de l'électro thérapeute, du chirurgien, de l'orthopédiste, du masseur, ne pouvait être réalisée que dans des centres spécialement organisés pour que les paralysés soient traités avec tous les perfectionnements dont dispose la science actuelle . Une seule œuvre existe en France, privée, constituant un centre de traitement et d’instruction pour les victimes de la paralysie infantile : la Colonie de Saint-Fargeau (soins chirurgicaux et orthopédiques, personnel spécialisé appliquant le traitement ).

L'établissement À la fin de la guerre, son père étant décédé en 1905, sa mère en 1916, Ellen acheta avec l’argent de sa dot et sa part d’héritage, une importante maison au milieu d’un grand parc dans une campagne très aérée et particulièrement saine, à 50 km de Paris au village de Saint-FargeauEn Seine et Marne, à 8 km de la gare SNCF de Seine-Port.. Avec l'aide du docteur Champtassin, elle l'a aménagée pour 1° traiter les enfants atteints de paralysie à la suite de maladies infectieuses ou de tares héréditaires. 2° faciliter leurs conditions d'existence, leur donner une utilité sociale. Elle consacra aussitôt le rez-de-chaussée pour le traitement et la salle de classe. L’aventure commença le et c’est le que la première fillette y est arrivée ; en août ils étaient neuf enfants accueillis et douze, fin de la première année..

En un an, , un jeune a redressé ses jambes torses et marche maintenant comme un ancien, relate le docteur Helme. Quand elle est entrée, en , cette petite fille qui habitait dans le quartier du Marais un étage, restée un an prisonnière dans sa mansarde (de mère femme de ménage et père homme de peine trop fatigués en rentrant le soir pour descendre l’enfant devenue lourde, jusqu’à la rue), n’était qu’un paquet de hardes humaines ; et chétive et triste. Enfin [] la voilà qui commence à se débrouiller. De nombreux enfants, demi-impotents à l'arrivée, sont rentrés chez eux marchant très facilement sans appareil et sans canne. D'autres, complètement impotents depuis des années, marchent avec une ou deux cannes ..

Les demandes d’admission affluèrent de partout. Ellen Poidatz créa l’automne 1919 l’Association « Colonie de Saint-Fargeau »Procès-verbal du 15 novembre 1919 pour le Préfet de Seine-et-Marne, les membres du conseil d'administration de l'association dite "Colonie de Saint-Fargeau, se sont réunis à Paris. Étaient présents Melle Ellen Poidatz, présidente, sa sœur et deux autres membres de sa famille, le Docteur Bailleul, René Rousseau administrateur et Melle E. Garnier secrétaire générale.. En , [Élise Garnier], l'infirmière-major du personnel que Mademoiselle avait elle-même formée, prenait la direction du traitement et de l'éducation des enfants malades, - quelques-uns hélas ! - incurables- confiés à elles par l'Union des femmes de France. D’autres sont adressés par les services sociaux des hôpitaux..

La poliomyélite attaque la moelle des enfants et adolescents et les paralyse en tout ou partie. Tout le mal vient donc de la destruction des cornes antérieures de la moelle par l’infection. Rien à faire par la médecine. Or, il est possible avec de années de soins assidus et de persévérante surveillance dans certaines conditions d’obtenir des guérisons vraiment merveilleuses. Cette méthode est appliquée avec succès dans la colonie de Saint-Fargeau. Mlle Poidatz savait par elle-même que les conséquences de ces affections pouvaient être supprimées ou considérablement atténuées au cours de la période de croissance. Elle s’est donc attaquée aux immenses problèmes que pose la rééducation physique des handicapés .

L’imposante demeure s'est agrandie de deux bâtiments en bois à double paroi, maçonnées à l’extérieur et ripolinées à l’intérieurDocteur Lamy, directeur des Services d’Hygiène de Seine-et-Marne, lettre à Monsieur le Préfet de Seine-et-Marne, 10 janvier 1934.. En fait, récupération de baraquements des armées, installés immédiatement en deux dortoirs de quinze lits. Une salle d’électrothérapie (diathermie et ultraviolets). L'un des pavillons est relié au réfectoire commun par le solarium exposé au midi, pour les cures d’hiver. Elle aimait la convivialité et la musique. Magnifique établissement organisé à la manière d’un internat familial ; dans une autre pièce, le gramophone, le piano. Des allées en sol bitumé facilitant les promenades et certains jeux pour ceux qui, ne pouvant rester debout, sont placés dans des appareils leur permettant de se déplacer.. « L'entrain et la gaieté, alliés à une forte volonté, le cœur plein d'amour pour ces enfants paralysés, Ellen mérita bien le nom qu'une de ses petites malades lui donna spontanément, celui de Maman Ellen. L’étendue du potager permet de récolter assez de légumes et de fruits pour fournir, avec la basse-cour, une grande partie des aliments nécessaires à la colonie Communication du Dr Jules-Charles Jacob à l’Académie de Médecine 12 mars 1925. Archives Fondation Ellen Poidatz.. Quant à l'aménagement en matière thérapeutique, il réclamait tous les soins nécessaires au traitement jusqu’alors réputé incurable (appareils de mécanothérapie, d’orthopédie les plus modernes, radiographies, moulages et prothèse... S'ajoutent, le personnel d’infirmières diplômées, le personnel subalternes éprouvé pour la surveillance quotidienne, le personnel pour la lingerie, la cuisine, etc.). Une installation complète que ne saurait pourvoir longtemps une fortune particulière.

Hospitalisés et instruits Mais traiter trente enfants atteints de cette maladie est si long : le temps de leur croissance que, pour cette femme de grand cœur, il fallait en même temps les instruire et même les mettre en état de gagner très suffisamment leur vieLe Gaulois, 28 mars 1924, p.2, Carnet de la charité.. Ceci, afin qu’au lieu d’être à la charge de leurs parents ou au budget de l’Assistance publique, ils produiront, ils accompliront une tâche rémunératrice et ne se verront plus relégués avec pitié ou dédain au ban de la sociétéMémoire de demande reconnaissance d’utilité publique par la Colonie en 1921. Archives Fondation Ellen Poidatz..