Le , l'Airbus A320 assurant le vol Pakistan International Airlines 8303, un vol intérieur régulier entre Lahore et Karachi, au Pakistan, s'écrase dans un quartier résidentiel à proximité de l'aéroport international Jinnah, tuant 97 des présentes à bord, ainsi qu'une personne au sol.. Les pilotes avaient alors effectué une remise de gaz, après avoir effectué une première tentative d'atterrissage sans avoir déployé le train d'atterrissage et émis un message de détresse..

Avec un bilan de , c'est la troisième catastrophe aérienne la plus meurtrière de l'histoire du Pakistan après celles des vols Bhoja Air 213 () et Airblue 202 (), survenues quelques années auparavant.

L'enquête, menée par le (AAIB), a conclu que les pilotes ont commis de graves erreurs, à de multiples occasion, lors de l'approche finale et de l'atterrissage. L'équipage a manqué de rigueur dans la gestion des ressources de l'équipage, ce qui a entraîné des défaillances multiples liées à la sécurité aérienne et un non-respect des procédures opérationnelles standard.

Les enquêteurs ont déterminé que les actions de l'équipage ont conduit l'appareil à se trouver nettement au-dessus de la trajectoire d'approche requise. Cette trajectoire incorrecte pour l'approche et la mauvaise configuration de l'appareil ont provoqué la désactivation du pilote automatique. Face à la vitesse de descente trop excessives et aux nombreuses alertes de l'avertisseur de proximité du sol (GPWS), le copilote a rentré le train d'atterrissage et les aérofreins pour tenter de remettre les gaz, mais sans en informer le commandant de bord, ni appliquer la procédure appropriée ; ce dernier a donc poursuivi l'atterrissage. L'appareil a alors brutalement heurté la piste à plusieurs reprises, subissant de graves dommages aux niveaux des moteurs, provoquant la panne des générateurs électriques après que l'appareil a quitté la piste. L'équipage a tenté de regagner l'aéroport mais, avec les deux moteurs hors service, l'altitude de l'avion était insuffisante pour effectuer un atterrissage réussi. Il a rapidement perdu de la vitesse et s'est écrasé contre plusieurs bâtiments situés dans le quartier de , à 1 340 m du seuil de piste.

Contexte Avion thumb|left|L'appareil impliqué dans l'accident, alors en service chez China Eastern Airlines (B-6017), ici à l'aéroport international de Hong Kong en août 2011. L'appareil impliqué était un Airbus A320-214 construit par Airbus Industrie en 2004 et immatriculé AP-BLD (numéro de série 2274). Il a d'abord été livré neuf et exploité par China Eastern Airlines jusqu'en 2014, sous l'immatriculation B-6017 ; Pakistan International Airlines (PIA) louait l'avion auprès de GE Capital Aviation Services depuis le ..

Ce biréacteur court/moyen-courrier était équipé de deux moteurs CFM International CFM56-5B4/P, qui avaient été installés pour la dernière fois en février et . Il totalisait 47 124 heures de vol, effectuées en 25 866 cycles (décollage/atterrissage), au moment de l'accident, dont 18 632 heures de vol et 8 353 cycles au sein de la flotte de PIA.

La dernière inspection de maintenance de routine de l'appareil avant l'accident a été effectuée par le département d'ingénierie de PIA le , et la dernière inspection majeure avant l'accident a eu lieu le . Lors de ces inspections, aucun défaut n'a été constaté au niveau des moteurs, du train d'atterrissage ou de l'avionique. Du 22 mars au , cet avion est resté immobilisé au sol, en raison des annulations de vols liées à la pandémie de Covid-19. À partir du 7 mai, l'appareil a effectué six vols, dont le dernier, survenue la veille de l'accident, reliait Mascate (Oman) à Lahore (Pakistan). L'appareil disposait d'un certificat de navigabilité et d'un certificat de révision de maintenance valides au moment de l'accident.

Équipage et passagers Le commandant de bord était Sajjad Gul (58 ans), qui totalisait 17 252 heures de vol à son actif, dont 7 044 heures en tant que commandant de bord et 4 783 heures sur A320. Il a rejoint PIA en . Il a d'abord volé comme copilote sur différents types d'avions, notamment le Fokker F27, le Boeing 737, l'Airbus A310 et le Boeing 777. Il a été promu commandant de bord en 2013, d'abord sur un ATR 42, puis sur l'A320 deux ans plus tard.. Le copilote était Usman Azam (33 ans), qui comptait 2 291 heures de vol, dont 2 132 heures en tant que commandant de bord et 1 504 heures sur A320. Il a rejoint la compagnie aérienne en et il a volé en tant que copilote sur ATR 42 et sur A320.

En plus des deux pilotes, il y avait six agents de bord et (, et ) sur ce vol ; un des passager était de nationalité américaine..

NationalitéPassagersÉquipageTotal90890101Total91899

Parmi les passagers connus figuraient l'actrice et modèle Zara Abid et le journaliste Ansar Naqvi, directeur de la programmation de la chaîne télévisée . Cinq officiers des Forces armées pakistanaises et un des Forces aériennes pakistanaises étaient également à bord. Ce vol transportait de nombreux passagers souhaitant rentrer chez eux pour célébrer l'Aïd el-Fitr, une fête islamique, après les perturbations du trafic aérien dues aux confinements mis en place à l'échelle nationale, dans le cadre de la pandémie de Covid-19 dans le pays.

Aéroport L'aéroport international Jinnah de Karachi dispose de deux pistes : la piste 07L/25R et la piste 07R/25L, qui est la plus longue des deux, avec une longueur de 11 200 pieds (3 400 m). L'approche vers la piste 25L débute au VOR de Nawabshah, situé à environ 210 km au nord-est de l'aéroport.

Après avoir franchi le VOR, l'avion se dirige ensuite vers le point de cheminement MAKLI, situé à 28 km du seuil de la piste 25L. Puis, il vire à droite vers le point de cheminement SABEN, situé à 21 km du seuil de piste.

L'altitude de survol du point SABEN est de 3 000 pieds (910 m), afin d'intercepter en toute sécurité le plan de descente, avec un angle de 3°, jusqu'à la piste. Si, au point SABEN, l'avion est encore au-dessus de 3 000 pieds (910 m), il doit entrer dans un circuit d'attente, afin de perdre progressivement de l'altitude.

Accident thumb|Images de vidéosurveillance montrant l'avion qui dérape le long de la piste 25L. Le Pakistan autorise le 2020 la reprise des vols, après une suspension due à la pandémie de Covid-19.. En raison des derniers jours du Ramadan, de nombreuses personnes doivent voyager afin de célébrer l'Aïd el-Fitr avec leurs familles..

Le vol 8303 décolle le de l'aéroport international Allama Iqbal de Lahore à pour un vol d'une heure et demie vers l'aéroport international Jinnah de Karachi, bien qu'il ait assez de carburant pour plus de deux heures et demie de vol. Le vol se déroule sans problèmes jusqu'au moment de la descente. Au cours de l'approche, le contrôleur signale à plusieurs reprises que l'avion est encore trop haut — à () de l'aéroport, l'avion est à une altitude de () au lieu des () prévus dans la procédure normale — mais le pilote assure qu'il a la situation en main et qu'il est paré à l'atterrissage.. Aviation Safety Network, qui présente un graphique basé sur les données relevées par Flightradar24 note, par ailleurs, que l'angle de descente semble avoir été relativement élevé en comparaison avec l'approche standard d'un A320 sur l'aéroport de Karachi.

Le pilote effectue une première tentative d'atterrissage au cours de laquelle le train, après avoir été sorti, est rentré à 5 NM (9,3 km) de la piste ainsi que les aérofreinsRapport final de l'AAIB pakistanais. Les contrôleurs, contrairement à la procédure en vigueur à Karachi, n'avaient pas fait confirmer aux pilotes que le train était bien déployé, et ceux-ci n'avaient pas signalé de problème. À l'atterrissage, les nacelles des deux réacteurs touchent la piste , la friction provoquant des étincelles et laissant des traces sur la piste et sous les nacelles., endommageant leurs réservoirs d'huile qui commencent alors à fuir..

Les pilotes décident de remettre les gaz pour procéder à une nouvelle approche, mais à les moteurs tombent en panne l'un après l'autre, en raison du manque de lubrification. L'équipage vire vers l'aéroport pour tenter un atterrissage d'urgence, mais l'appareil, alors à une altitude trop basse, ne pourra pas l'atteindre. Selon un enregistrement des conversations radio, le pilote a émis un message de détresse signalant la perte des deux moteurs () avant que le contact ne soit perdu..

thumb|Site de l'accident du vol 8303. L'A320 heurte avec son aile gauche le haut d'un immeuble et s'écrase, à (), sur le quartier densément peuplé de , à Karachi., à des pistes de l'aéroport, déclenchant un incendie touchant cinq habitations.. La majeure partie de l'avion est tombée dans la rue, mais certains débris de l'appareil sont restés encastrés dans les bâtiments. Un incendie s'est rapidement déclaré après l'accident et plusieurs maisons ont été endommagées ou détruites.

Opérations de secours L'état d'urgence a été déclaré à l'aéroport par le contrôle aérien et les pompiers locaux sont arrivés sur les lieux de l'accident en moins de dix minutes. L'étroitesse des rues et des ruelles a entravé l'intervention des services de secours. Selon l', le service de presse de l'armée pakistanaise, les militaires ont installé un cordon sanitaire autour du site du crash.

Des images vidéo de la scène de l'accident ont montré les équipes de secours tentant d'accéder au site, au milieu des décombres. Plusieurs maisons et de nombreuses voitures ont été endommagées ou complétement détruites lors de l'accident. Le ministre de la Santé du Sind a déclaré l'état d'urgence dans les hôpitaux de Karachi, tandis que le Premier ministre Imran Khan a ordonné que toutes les ressources disponibles soient envoyées sur le lieu du crash.. Le président Arif Alvi a exprimé ses condoléances « aux familles des défunts », tout comme le chef d'état-major des Forces aériennes pakistanaises. Les secours ont transporté les blessés et les victimes à l'hôpital civil, à l'hôpital Dar-ul-Sehat et au centre médical universitaire Jinnah. Les ressources médicales disponibles ont été mises à rude épreuve, en raison des effets de la pandémie de COVID-19.

Victimes Le lendemain de l'accident, les autorités pakistanaises ont confirmé 97 décès à bord de l'appareil. Parmi les victimes figuraient Zara Abid et les cinq officiers des Forces armées pakistanaises. Seulement deux des 99 personnes présentes à bord ont survécu : Zafar Masud, président de la , et Muhammad Zubair, ingénieur en mécanique ; ils ont été transportés respectivement à l'hôpital Dar-ul-Sehat et à l'hôpital civil, dans un état stable.

L'accident a aussi fait une victime au sol : une jeune fille de 13 ans qui est décédée à l'hôpital des suites de ses graves brûlures ; on dénombre également parmi les habitants se trouvant dans la zone du crash..

Enquête thumb|Diagramme montrant l'altitude du vol 8303 par rapport à sa distance relative au seuil de la piste d'atterrissage. L'enquête a été menée par le (AAIB). Airbus, le constructeur de l'avion, a déclaré qu'il apporterait son aide à l'enquête. Par la suite, une équipe de l'avionneur, composée de 11 enquêteurs, s'est rendue sur le site de l'accident le . Le Conseil national de la sécurité des transports (NTSB) américain a également déclaré qu'il contribuerait à l'enquête. L'enregistreur de paramètre (FDR) et l'enregistreur phonique (CVR) de l'avion ont été récupérés et transportés par avion en France.

D'après les premiers éléments disponibles, les moteurs ont raclé la piste à trois reprises lors de la première tentative d'atterrissage, provoquant des frictions et des étincelles. Le contact avec la piste pourrait avoir causé des dommages importants à des composants essentiels des moteurs situés sous la face inférieure, conduisant ainsi à une panne.