On appelle peintres de la réalité des peintres du intéressés par la vie populaire, les natures mortes, au portrait sorbre, aux paysages et aux scènes silencieuses de la vie quotidienne, par opposition à l'art officiel célébrant le roi et les puissants. L'expression, née chez Champfleury au a également été utilisé à l'occasion de l'exposition « Les Peintres de la réalité en France au » organisée au musée de l'Orangerie par Paul Jamot et Charles Sterling, qui révéla au grand public l'oeuvre de Georges de La Tour et des frères Le Nain et renouvela durablement l'image de la peinture française du Grand Siècle.

Origine de l'expression L'appellation apparaît au sous la plume de l'écrivain et critique Champfleury, défenseur du réalisme de Courbet, dans son ouvrage Les peintres de la réalité sous . Les frères Le Nain (1862). Champfleury y érigeait les Le Nain, peintres de la paysannerie, en ancêtres du réalisme moderne, inscrivant ainsi la formule dans une généalogie militante de l'art du réel.

Exposition de 1934 L'exposition « Les Peintres de la réalité en France au » est organisée au musée de l'Orangerie des Tuileries, de au début de 1935, par Paul Jamot, conservateur en chef des peintures du musée du Louvre, et son jeune collaborateur Charles Sterling, auteur du catalogue. Une exposition londonienne de 1932 avait déjà présenté, aux côtés de Poussin et de Claude Gellée, quelques œuvres des frères Le Nain, de Philippe de Champaigne et de Georges de La Tour, préparant la voie à cette relecture. Henri Verne, alors directeur du Louvre, institution qui réalisa le projet, se montrait sceptique quant à son succès public, y voyant une « exposition d'érudition » ; elle connut au contraire un retentissement considérable.

Les organisateurs entendaient révéler l'ampleur des « tendances réalistes » qui, derrière la façade pompeuse du Grand Siècle, poussèrent les peintres à « regarder la réalité avec une attention respectueuse » et à en tirer « des images simples et émouvantes », selon les mots de Jacques Thuillier. L'exposition faisait voisiner le « réalisme » épuré de La Tour, des Le Nain et de Champaigne, les sobres natures mortes de Lubin Baugin ou de Louise Moillon, des caravagesques comme Valentin de Boulogne, et le « classicisme » nourri d'expérience sensible de Poussin ou de Claude Gellée, remettant ainsi en question les concepts traditionnels de réalisme et de classicisme. Sa révélation majeure fut l'œuvre de Georges de La Tour qui fit sensation et s'installa désormais dans les consciences et dans les musées.

Cette exposition avait également un enjeu politique dans un contexte de montée de l'extrême-droite et de Front populaire ; à ces deux visions opposées les commissaires de l'exposition présentaient la vision modérée d'un art soucieux de la réalité humaine avec une conception du monde sage et raisonnable.

Le succès de l'exposition assura à l'expression « peintres de la réalité » une large diffusion : elle devint une catégorie courante de l'histoire du goût. Les historiens de l'art ont toutefois progressivement montré l'imprécision, si bien que la notion a été pour l'essentiel abandonnée par la recherche, en dehors des ouvrages de vulgarisation.

En 2006-2007, pour inaugurer ses nouveaux espaces après rénovation, le musée de l'Orangerie a fait revivre l'événement avec l'exposition « Orangerie, 1934 : les "peintres de la réalité" » (), conçue par son directeur Pierre Georgel.

Notes et références

Catégorie:Histoire de l'art en France Catégorie:Peinture française