vignette|Arrestation de Louis Capet à Varennes le 22 juin 1791, estampe de Jean-Louis Prieur (musée de la Révolution française).

La fuite manquée des et est un épisode important de la Révolution française, au cours duquel le roi de France , la reine Marie-Antoinette et leur famille immédiate tentèrent de rejoindre le bastion royaliste de Montmédy, où ils espèrent se mettre en sécurité auprès des troupes fidèles du marquis de Bouillé, pour ensuite gagner l'Autriche. Ils furent arrêtés en route à Varennes-en-Argonne (Meuse, Lorraine).

Contexte Avant la fuite de Varennes, cela fait de nombreux mois que la situation de se complique de jour en jourMuratori-Philip, Anne. Madame Royale. France, Fayard, 2016.. L'Assemblée nationale lui retire quasiment en permanence des prérogativesMémoire justificatif de Louis XVI. France, Chez J. Moronval, 1814., p. 55-56, un décret limite considérablement sa liberté de mouvementIbid, et il subit différentes menaces et humiliations. Découragée, Marie-Antoinette ne pense qu'à la fuite mais pas Louis XVI, qui ne veut pas, par crainte d'une guerre civile.

Deux événements vont décider à fuir, selon l'historien Timothy Tackett : Les évènements du 28 février 1791 : le , des émeutiers s'attaquent à la prison royale de Vincennes, accusée de retenir des révolutionnaires. Alors que la garde nationale se mobilise pour contrôler l'émeute, la rumeur court que le roi est resté sans défense aux Tuileries. Près de 300 jeunes nobles, en partie d'anciens gardes du corps du roi, s'y rendent pour le protéger. Une fois sur place, ils déclenchent une altercation en provoquant et insultant les soldats de la garde nationale stationnée au palais. Louis XVI, craignant que le conflit dégénère, ordonne alors aux jeunes nobles de déposer les armes et de repartir, ce qu'ils font avant d'être violemment arrêtés par la garde nationale. Cet évènement fut très mal vécu par le roi, qui y voyait un affront à son honneur. De plus, à la suite de cette intrusion, les nobles furent interdits d'entrer aux Tuileries sans motif précis. Les « Pâques inconstitutionnelles » : le lendemain du jour des Rameaux (dimanche ), le roi, qui ne veut pas célébrer Pâques chez des Prêtres jureurs, fait annoncer que lui et sa famille iront au Château de Saint-Cloud comme l'année précédente. Les radicaux comprirent qu'il voulait faire ses pâques « inconstitutionnelles ». Ils ameutèrent une foule de manifestants place du Carrousel afin de bloquer sa voiture. L'atmosphère était tendue, on abreuva d'injures et d'obscénités le couple royal. La deuxième division de la garde nationale s'était jointe aux émeutiers. Des domestiques, des gentilshommes de la Cour furent malmenés. Le cardinal de Montmorency fut mis en joue. Le roi passa la tête par la portière : .. La Fayette tenta, avec Bailly, en vain, de raisonner les perturbateurs. Il proposa au roi de faire proclamer la loi martiale, et d'user de la force. Mais Louis s'y opposa : Au bout d'une heure et demie, il se résigne à rentrer au château avec sa femme et ses enfants. Le jour de Pâques, le souverain est forcé contre son gré d'aller à la grand-messe de Saint-Germain-l'Auxerrois, paroisse tenue par un curé jureur. Il ne semble pas que le roi y ait communié. Ce deuxième évènement, qui s'accompagne de l'expulsion des Tuileries des conseillers royaux membres du clergé réfractaire, serait le point de bascule ayant entraîné la fuite du roi.

Plan de la fuite Les premières traces de préparation de la fuite datent de . Il semble que le plan initial ait été apporté par l'évêque de Pamiers, Joseph-Mathieu d’Agoult : André Castelot, Le rendez-vous de Varennes, 1971, librairie académique Perrin, p. 47.. Le plan supposait qu'ensuite le peuple français se rallierait massivement à la cause royale et, couplé à la menace des troupes étrangères présentes de l'autre côté de la frontière, permettrait de renégocier une nouvelle constitution pour mettre un terme à la Révolution. Le roi accepte la préparation de ce plan dès .

Les protagonistes Le roi, qui reste le cerveau de son « voyage à Montmédy » comme il nomme lui-même cette opération, a délégué son organisation à plusieurs protagonistes. Le marquis de Bouillé, général de l'armée française du nord-est, est chargé d'organiser la réception du roi à la frontière tandis qu'Axel de Fersen et Marie-Antoinette préparent l'évasion de Paris.

Dès septembre, l'évêque de Pamiers s'était rendu à Metz rencontrer Bouillé, commandant des troupes de l'Est. Ce dernier eut même l'idée de demander à l'empereur, allié du roi, de faire avancer quelques troupes sur la frontière, et ainsi demander du renfort de ses meilleurs régiments. Un courrier de Marie-Antoinette à Mercy-Argenteau, ambassadeur du Saint-Empire à Paris, prouve cette demande de mouvement des troupes « alliées » vers la frontière française.

Mercy-Argenteau, au travers de ses échanges épistolaires avec Marie-Antoinette, tente de dissuader la famille royale de s'enfuir. Selon lui, le soutien populaire à la Révolution est grandement sous-estimé par les organisateurs et chaque village pourrait s'avérer être un obstacle infranchissable, entraînant de graves conséquences en cas d'échec.

L'aide étrangère est nécessaire à la réussite du plan, tant financièrement que militairement (la forte présence de troupes autrichiennes à la frontière devant servir de moyen de pression), mais les négociations avec les puissances européennes s'avèrent difficiles. Léopold II, frère de la reine et empereur du Saint-Empire, ne promit son assistance qu'en et en cas de réussite de la fuite.

Alors que Bouillé et Fersen préconisaient que la famille royale se déplace en petit nombre, séparément et dans des véhicules discrets, celle-ci refusa catégoriquement une séparation. De plus, la reine ajouta à l'équipage prévu les deux nourrices de ses enfants, le marquis d'Agoult (remplacé au dernier moment par madame de Tourzel) et trois nobles supplémentaires comme gardes du corps. Au total, devaient donc fuir Paris, ce qui était trop pour un seul véhicule.

Ce plan très confidentiel est évoqué dans les mémoires du comte de ProvenceLouis XVIII, Mémoires, 6 vol. in-8°, Mame-Delaunay, 1832 - en ligne sur le site de la BNF : www.gallica.fr.. Il y dit qu'il a été mis au courant de la destination finale de (Montmédy) le . Il a lui aussi quitté Paris dans la nuit du (il demeurait au Petit Luxembourg). Déguisé, muni d'un « passe-port » anglais, il rejoint ainsi les Pays-Bas autrichiens, via Avesnes-sur-Helpe et Maubeuge.

Au mois de lors du départ du roi et de la famille royale pour Montmédy, partit pour Mons, en terre autrichienne, où il devait trouver des ordresL'ingénieur militaire Bourcet et sa Famille, Xavier Drevet éditeur, 1890, Grenoble (voir page 36)., en ayant pris le nom, le brevet, les lettres de services, le passeport et l'uniforme de son cousin . Il put sortir de Paris, mais reconnu pour ne pas être cet officier, il fut arrêté à Valenciennes. Il allait être livré à un conseil de guerre, lorsque la nouvelle de l'arrestation de la famille royale parvint de Valenciennes. s'échappa et revint à Paris. Il était près du roi au château des Tuileries, le .

Les modalités de la fuite vignette|La citadelle de Montmédy.

En amont de la fuite, Marie-Antoinette fait transférer en secret la totalité de sa garde-robe, une majeure partie de ses bijoux, et plusieurs meubles. Ces manœuvres attirent l'attention d'une domestique acquise à la cause révolutionnaire et maîtresse d'un officier de la garde nationale, qui alerte les autorités de la fuite à venir. Bien que cette dénonciation n'ait pas été prise au sérieux, la famille royale décide de reporter son départ d'un jour pour éviter la présence de cette servante.

Le principe consistait à se faire passer pour l'équipage de la baronne de Korff, veuve d'un colonel russe se rendant à Francfort avec deux enfants, une femme, un valet de chambre () et trois domestiques. Une berline fut spécifiquement commandée (infra). Le luxe du véhicule, ainsi que la livrée jaune des trois "domestiques" - semblable à celle de la maison du prince de Condé, prince du sang, émigré, contre-révolutionnaire notoire, ancien possesseur des terres traversées par la berline royale - alimenteront l'attention et l'inquiétude des Français croisés au cours de la fuite.

Le trajet, choisi par pour se rendre à Montmédy, empruntait la route de Châlons-sur-Marne. À Pont-de-Somme-Vesle un premier détachement de 40 hussards de Lauzun, aux ordres du duc de Choiseul suivrait l'équipée jusqu'à Sainte-Menehould, où un détachement du régiment royal dragons escorterait directement la berline : à Clermont-en-Argonne, un escadron du Régiment des dragons de Monsieur aux ordres du comte Damas rejoindrait la berline. À la sortie de Varennes, un escadron de hussards de Lauzun bloquerait durant vingt heures les éventuels poursuivants : le poste de Dun-sur-Meuse serait gardé par un escadron des hussards de Lauzun et le régiment du Royal allemand cantonnerait à Stenay. Le roi pourrait gagner ainsi la place forte de Montmédy où l'attendrait le marquis de Bouillé. Il était ensuite prévu que la famille royale soit un temps logée dans le château de l'abbé de Courville, situé dans la bourgade de Thonnelle, à la sortie de Montmédy et à seulement quelques kilomètres des frontières du Saint-Empire.

Les soldats français étant largement acquis à la cause révolutionnaire, Bouillé fit le choix de se reposer intégralement sur des mercenaires étrangers pour garantir la réussite de son plan. Ces mouvements de troupes étrangères, qui s'étendirent sur une durée plus longue que prévu du fait des reports successifs de la fuite, furent remarqués par la population locale, suscitant méfiance et inquiétude.

Bien que le roi, persuadé de bénéficier du soutien populaire, ait prévu de rester à Montmédy pour renégocier la constitution, Marie-Antoinette et Bouillé estimaient inévitable qu'il doive se réfugier en Autriche pour sa propre sécurité.

Leurs passeports

Fersen, au nom de de Korff, sollicita du ministre Montmorin un laissez-passer que celui-ci signa en ne soupçonnant rien. La signature du roi fut moins difficile à obtenir. Voici les identités d’emprunt des membres de l'équipée : : Durand (intendant de la baronne de Korff). Marie-Antoinette d’Autriche : Rochet (gouvernante des enfants de de Korff). Marie-Thérèse de France : une des filles de de Korff. Le Dauphin : autre fille de de Korff (il est vêtu en fille). La marquise Louise-Élisabeth de Croÿ de Tourzel, gouvernante des enfants de France : la baronne de Korff. Madame Elisabeth (sœur de ) : Rosalie, dame de compagnie de la baronne. Les trois domestiques étaient monsieur François-Melchior, comte de Moustier (1749-1828), monsieur François-Florent, comte de Valory (1755-1832) et monsieur Jean-François, comte de Malden (1753-1815), gentilshommes (anciens gardes du corps, licenciés en 1789). Le roi leur avait demandé de se couvrir de « livrées de courrier » (afin d'accélérer les changements de chevaux dans les relais). Or le choix de leur couleur, jaune, ne fut pas des plus judicieux, puisqu'elle était celle de la maison du prince de Condé parti à l’étranger au début de la Révolution, et ne pouvait qu’éveiller les soupçons dans l'Argonne où elle était fort connue.

La voiture

Le , une voiture susceptible de tenir six personnes, robuste et confortable, est commandée au carrossier Jean Louis, implanté quai des Quatre-Nations (quai Malaquais, aujourd'hui hôtel Parabère). La caisse et les moulures de cette berline seront peintes en vert et le train et les roues en jaune citron. Elle comportera un attelage de six chevaux. Cette demande de « fourniture » émane de la baronne Anna de Korff et c'est Fersen qui joue les intermédiaires. Durant tout l'hiver, il le fait presser son travail. La berline est terminée le , mais personne ne vient la chercher avant le .