LAffaire Prot est une affaire criminelle française survenue au début des années 1950, qui verra mis en cause puis innocentés plusieurs célèbres résistants militant au Parti communiste français, dans la Somme, parmi lesquels « les jeunes turcs » du PCF, menés par l'instituteur René Lamps. Le futur maire d'Amiens représente le département au Comité central du PCF depuis la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il a dirigé la résistance dans le département, avant de devenir un député spécialiste de l'économieBiographie Le Maitron de René Lamps . Couverte largement par la presse nationale, en particulier Le MondeLe Monde des 25 avril, 29 avril, 14 mai, 21 mai et 14 juin 1949, cités par Philip Williams professeur d'histoire moderne à Oxford, dans Parties and the Constitution in the Fourth Republic, Editions London Longmans, 1954 et Le FigaroLe Figaro du 7 septembre 1949 et Le Figaro du 11 septembre 1949, cités par Philip Williams professeur d'histoire moderne à Oxford, dans Parties and the Constitution in the Fourth Republic, Editions London Longmans, 1954 , l'Affaire Prot est l'un des premiers procès français en « titisme », du nom du leader des résistants yougoslaves, Tito, qui gouverne depuis 1948 son pays sans rendre de comptes à Staline."Les Lettres françaises: Jalons pour l'histoire d'un journal (1941-1972)", par Pierre Daix Editions Tallandier, 2004. Le soupçon contre Louis Prot et son équipe va permettre à Maurice Thorez d'asseoir son pouvoir à la direction du PCF tout en montrant que la « discipline de parti » au PCF a subi certaines entorses, le député Prot récupérant son siège Parties and the Constitution in the Fourth Republic, par Philip Williams aux Editions London Longmans, 1954 Contexte L'affaire Prot a été . et Jacques Duclos, respectivement numéro un et deux du PCF, pour obliger Louis Prot à lui rendre les dernières lettres, écrites de sa prison, par Jean Catelas, selon les mémoires de Charles Tillon, ex-commandant en chef des FTP. Guillotiné par les Allemands en 1941, Jean Catelas était le prestigieux prédécesseur de Louis Prot à la tête du PCF dans la Somme.
La figure décédée de Jean Catelas, mort en chantant La Marseillaise, dispose alors d'un grand prestige dans la Somme. Pour le anniversaire de la bataille de Valmy, en , un tract et des papillons des communistes de la Somme invitaient les Picards à manifester pour « venger leurs villes et villages » et présentaient les résistants communistes comme les « héritiers des Bara, des Viala » et les « descendants de Kellermann », par analogie à la Révolution française. À la Libération, l', par un PCF qui s'affiche en représentant exclusif de la Résistance . Au moment de la réinhumation de sa dépouille dans le cimetière amiénois de Saint-Acheul, le , « au moins ont fait à Jean Catelas d’imposantes funérailles » titrait le quotidien régional Le Courrier picard. Jacques Duclos, numéro deux du PCF, est exposé, car avant l'arrestation de Jean Catelas par les Allemands, sa sécurité n'avait pas été très solidement assurée par son parti, alors qu'il était un témoin gênant des tentatives pour faire reparaitre durablement L'Humanité à laquelle Jacques Duclos avait aussi participé, un épisode qui avait choqué Jean Catelas et dont il a témoigné, en racontant l'opération dans le détail, dans les lettres qu'il a transmises, de sa prison, à Louis Prot, selon les mémoires de Charles Tillon.
Déroulement L'exclusion de Marie-Jeanne Boulanger en 1948 En , l'affaire débute par l'exclusion du PCF de Marie-Jeanne BoulangerBiographie Le Maitron de Marie-Jeanne Boulanger , proche amie du chef de file du PCF dans la Somme, Louis Prot, député de la Sommes notamment de 1945 à 1958. L'exclue est son deuxième adjoint à la mairie de LongueauBiographie Le Maitron de Louis Prot , ville proche d'Amiens et fief du PCF chez les cheminots.
Louis Prot ne résiste pas vraiment aux accusations de titisme, qui visent plutôt, à titre préventif, les nouvelles figures communistes du département : il accepte de voter l'exclusion de son adjointe mais ne l'applique pas, espérant qu'elle soit ensuite annulée. Prot claque la porte du PCF en avril 1949 Près d'un an après l'exclusion de Marie-Jeanne Boulanger, qui n'est toujours pas réintégrée, Louis Prot écrit à Maurice Thorez pour lui annoncer, avec fracas"Amiens, années 50: De la Libération à la Ve République" par Alain Trogneux, Editions Encrage, 1997, sa démission du PCF ainsi que sa décision de conserver tous ses mandats électoraux, car il se dit toujours fidèle à la ligne générale du PCF. Prot demande aussi au président Édouard Herriot de le considérer comme député isolé, dans le but de conserver son indemnité parlementaire, auparavant reversée au PCF. L'information est annoncée par Le Monde fin , dans une série de deux articles et la décision motivée par sa protestation contre l'exclusion du PCF de son deuxième adjoint. Dans le second, il propose d'organiser à Amiens entre le 12 et le une réunion pour rendre public un dossier de 80 pages, selon lui accablant pour ses détracteursLe Monde du 29 avril 1949.
Les événements de mai 1949 Se voyant reprocher de ne pas être entré dans la clandestinité en 1939, il contre-attaque sous le coup de la colère, lors de deux réunions publiques, le , puis le : il accuse d'autres dirigeants locaux du PCF, René Carouge et André Loisy-Jarnier, anciens chefs FTP, d'avoir profité personnellement de l’accaparement de six millions de francs volés le à la Banque de France d'Abbeville, pendant la Résistance, accusations qui se révèleront infondées.
Le , Le Monde publie une lettre de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, à Louis Prot, dans laquelle il lui propose un nouvel examen de son dossier. Le Monde publie la réponse une semaine plus tard, dans laquelle Louis Prot lui reproche de couvrir , indiquant que l'affaire dure depuis la fin 1947 et propose que son vote au parlement soit automatiquement attribué au groupe parlementaire communiste. Prot espère alors encore assurer l'avenir du jeune député d'Amiens, René Lamps, « qu'il se flatte d'avoir éduqué politiquement et qu'il considérait comme un fils et son successeur désigné ».
Le même jour, le , la situation s'aggrave : René Lamps répond en signant dans Le Travailleur de la Somme, un article titré « de Louis Prot au plan policier contre la Résistance ».
Le bureau politique du PCF appelé à trancher en juillet 1949 Une réunion exceptionnelle du Bureau politique du PCF est alors programmée d'urgence, Maurice Thorez s'inquiétant. Le une commission d'enquête formée en interne par le PCF rend ses conclusions. Présidée par un des dirigeants du PCF, Waldeck Rochet, elle propose une solution de compromis : réintégration de Boulanger, qui reçoit un blâme tout comme Louis Prot, pour ses accusations. Il réintègre immédiatement le PCF, reste maire et député. Mais surtout, la fédération de la Somme reçoit un "avertissement" car elle a . La commission souligne par ailleurs que les accusations sur le holdup du contre la Banque de France à Abbeville sont infondées et .
Prot obtient gain de cause en septembre 1949 Le Monde du annonce que le PCF accepte de retirer le blâme infligé à Prot en juillet, simplement remplacé par un avertissement pour s'être tandis que son adjointe a la mairie est réintégrée dans le PCF, mais sans responsabilités particulières, et peut conserver ses mandats municipaux"Louis Prot député et maire de Longueau démissionne du parti communiste" dans Le Monde du 10 septembre 1949 . Ses accusateurs reçoivent de leur côté un blâme. Cette "jurisprudence" va freiner les purges en cours au sein du PCF mais aussi fixer des règles permettant aux accusateurs des exclus de s'en tirer sans trop de soucis. L'éviction de René Lamps René Lamps est lui écarté du secrétariat et du bureau par la conférence fédérale de , malgré sa grande popularité auprès des militants communistes, puis du comité central lors du congrès de Gennevilliers d'. On lui reproche aussi la saisie par la police d'une lettre d'un militant communiste enclin à partir comme volontaire pour combattre dans les rangs du Vietminh, en pleine Guerre d'Indochine. Cependant, la commission centrale de contrôle politique, réunie le , ne décidera d’aucune sanction contre lui.
La couverture de la presse généraliste La presse généraliste ayant couvert l'affaire des accusations de Prot, l'image du PCF est écornée dans la Somme, un département où il reste pourtant au plus haut sur le plan électoral aux législatives de 1951, avec près d'un tiers des voix.
Le nombre d'adhérents sera cependant presque divisé par trois en quelques années, revenant de en 1946 à seulement en 1952, le nombre des sections de 45 à 40, celui des cellules d’entreprise passant de 53 à 14. Selon la direction du PCF, la branche de la Somme reste suspecte aux yeux de Paris. Selon les Renseignements généraux, le Pas-de-Calais voisin comptait lui dans , dont .
L'écrivain André Stil est chargé par le Comité central d'une mission d’enquête dans la Somme en 1952.Paris-presse, L’Intransigeant, 27 décembre 1952 , pour et en faire un article dans le journal du PCF France Nouvelle, où il épingle , ce qui permet de mettre à l'écart ceux qui gênent, parmi la génération d’avant-guerre, Jean Roguet, Henri Lenglet et Louis Prot, et d'intimider les nouveaux.
Le retour de René Lamps en 1953 Jean Roguet, qui avait succédé à René Lamps, est dans la foulée de cet article remplacé par Joseph Leroux lors de conférence fédérale des 21-Biographie Le Maitron de Joseph Leroux , qui est lui-même écarté, via un nouveau coup de théâtreBiographie Le Maitron de Jean Roguet , au bénéfice d'un retour de René Lamps trois semaines plus tard, le , Leroux ayant dû confesser un travail alimentaire pour les Allemands sous l'occupation, alors qu'il avait au contraire refusé d’intégrer le STO en 1942, se réfugiant dans la MarneDictionnaire des élus de Picardie, par Alain Trogneux, repris par Le Maitron .
René Lamps fit ainsi son retour à la tête de la fédération entre 1953 et 1956 après ces nouveaux remous. À nouveau candidat aux élections législatives de 1958 dans la de la Somme, Louis Prot y sera battu avec le rétablissement du scrutin uninominal à deux tours dit scrutin d'arrondissement, ce qui met fin à sa carrière parlementaire. René Lamps candidat 1ère circonscription de la Somme fut lui aussi battu au second tour de scrutin au cours d'une triangulaire. Il fut réélu député en 1962, 1967, 1968 et 1973 et devint maire d'Amiens en 1971 à la tête d'une liste d'union de la gauche et le resta jusque 1989.
Sources Commémorations et représentations communistes de la Résistance : le département de la Somme, article de Julien Cahon, dans Mémoires et représentations de la Résistance, chez Vandenbussche éditeurs, 2018 . Notes et références
Annexes Articles connexes Longueau Histoire d'Amiens
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