(en allemand : ), né le à Berlin et mort le dans la même ville, septième roi de Prusse de 1861 à 1888, ainsi que le premier empereur allemand de 1871 à 1888.
Dès le début de son règne sur le royaume de Prusse, il appelle au pouvoir Otto von Bismarck, dont il craignait jusqu'alors les projets d'alliance avec la France et le caractère trop affirmé. En 1864, Bismarck entraîne l'Autriche dans une guerre victorieuse contre le Danemark (guerre des Duchés) et donne à la Prusse les duchés de Holstein et de Saxe-Lauenbourg. Après la guerre austro-prussienne gagnée en 1866 contre l'Autriche, la Prusse est désormais un État qui s'étend de la Moselle à la Baltique sur la quasi-totalité du Nord de la Confédération germanique, laquelle est dissoute, au profit d'une « confédération de l'Allemagne du Nord », créée pour l'occasion sous la présidence de la Prusse. Des traités secrets d'assistance et de défense mutuelles sont imposés aux souverains des États d'Allemagne du Sud, grand-duché de Hesse-Darmstadt, grand-duché de Bade, royaume de Wurtemberg et royaume de Bavière. L'Autriche est ainsi exclue du système allemand.
En 1870, c'est l'empereur des Français qui tombe dans le piège bismarckien. La dépêche d'Ems est le prétexte qui pousse à déclarer la guerre à la Prusse le . Celle-ci en appelle à ses « alliés » du sud de l'Allemagne, grand-duché de Bade, royaume de Wurtemberg et royaume de Bavière, qui ne peuvent que répondre favorablement, tandis que la France est isolée. Après un début prometteur, les armées françaises doivent reculer, la victoire de Saint-Privat () permet l'encerclement de Metz, la plus importante place forte d'Europe où est réduite à l'impuissance la majeure partie de l'armée française. est fait prisonnier à Sedan (), son empire s'effondre, la république est proclamée tandis que la moitié nord du pays est occupée et que Paris est assiégé.
La victoire de la Prusse est totale : le , est proclamé « empereur allemand » en France, dans le cadre prestigieux de la galerie des Glaces du château de Versailles. Le traité de Francfort ampute la France de ses territoires orientaux dont la population est germanophone, et de Metz (bien que francophone) et sa région, qui formeront une « terre d'Empire ». La France occupée doit en outre payer une énorme indemnité.
Malgré son soutien de longue date à Bismarck en tant que ministre-président puis en tant que chancelier, Guillaume a émis de fortes réserves sur certaines des politiques plus réactionnaires de Bismarck, y compris son anti-catholicisme et sa gestion difficile des subordonnés. Contrairement au chancelier, l'empereur est décrit comme poli, gentilhomme et, bien que résolument conservateur, plus ouvert à certaines idées libérales classiques que son petit-fils et futur successeur, .
Famille et mariage Guillaume est le fils cadet de , roi de Prusse, et de Louise de Mecklembourg-Strelitz, morte prématurément en 1810.
N'ayant pu épouser comme il le souhaitait Élisa Radziwiłł, une princesse de haute noblesse mais non de sang royal, il épouse le Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach (1811 – 1890), fille cadette du grand-duc Frédéric-Charles de Saxe-Weimar-Eisenach (1783 – 1853), et de Maria Pavlovna de Russie (1786 – 1859), tout en confiant à sa sœur, la tsarine Alexandra Feodorovna , qui a favorisé son mariage, que son épouse le .
La princesse est une femme de devoir. Cultivée, libérale, francophile et dotée d'un caractère fort, elle s'entend mal avec son mari, militariste et conservateur.
De cette union sont issus : Frédéric (1831-1888), futur roi de Prusse et empereur allemand sous le nom de , qui épousera en 1858 Victoria du Royaume-Uni ; Louise (1838-1923), mariée en 1856 avec , grand-duc de Bade (1826-1907).
Carrière militaire gauche|vignette|236x236px|Le prince Guillaume de Prusse. Comme le veut la tradition princière de la maison de Hohenzollern, le prince Guillaume est destiné à une carrière militaire. Fortement marqué par la défaite de Iéna en 1806, il prend part dès son adolescence aux campagnes contre en 1814 et en 1815 et séjourne à Vic-sur-Seille avec son père les 4 et .
La Prusse fait partie des vainqueurs et, au congrès de Vienne, augmente considérablement son territoire. Elle a désormais une frontière commune avec les royaumes de Danemark, de France et des Pays-Bas et l'Empire Russe mais ne parvient pas à annexer la Saxe.
Le mariage du prince n'est guère harmonieux. N'ayant pu épouser la princesse Elisa Radziwill, il s'est résigné par devoir à convoler avec la princesse Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, une femme intelligente, francophile, libérale, qui affirme sans détour des opinions totalement opposées à celles de son mari. Le couple n'aura que deux enfants en . Un fils, destiné à succéder à son oncle, le Kronprinz Frédéric-Guillaume, en 1831 et une fille, la princesse Louise, en 1838.
En 1840, à l'avènement de son frère , Guillaume est nommé gouverneur de Poméranie. Il reçoit le commandement de plusieurs régiments en Prusse et à l'étranger.
Le de la même année il est initié aux trois grades symboliques de la Franc-maçonnerie et depuis son accession au trône de Prusse en 1861 il deviendra officiellement le protecteur des trois Grandes Loges prussiennes, fonction qu'il remplira "avec rigueur et conviction, prenant publiquement la défense de ses frères. Il a lui même présidé à la réception de son fils Frédéric en 1853, devenu Grand Maître de la Grande Loge nationale en 1860."..
Fier de son sang et ouvertement conservateur, il est le plus fort soutien de la répression par les armes du mouvement révolutionnaire de 1848. Il est la cible des libéraux qui le surnomment le « Prince la mitraille ». Son palais est incendié le et, le , il s'exile quelque temps en Angleterre, tandis que son épouse et ses enfants restent à Potsdam. L'année suivante, il écrase les révolutionnaires du grand-duché de Bade.
En 1850, Guillaume est nommé par son frère gouverneur de Rhénanie, ce qui le protège de la rancœur des Berlinois. Il s'installe avec sa fille au confluent du Rhin et de la Moselle, à Coblence, dans l'ancienne résidence des archevêques-électeurs de Trèves.
En 1854, il est également nommé Generaloberst de l'armée prussienne et gouverneur de la forteresse fédérale de Mayence.
En 1856, il marie sa fille Louise au grand-duc de Bade , tandis que son fils Frédéric-Guillaume se réjouit à l'idée de conclure un mariage d'inclination avec la princesse Victoria, fille aînée de la reine Victoria et du prince consort Albert de Saxe-Cobourg et Gotha. C'est une alliance brillante pour les Hohenzollern, mais aussi la première fois qu'un futur souverain prussien épouse une princesse qui n'est pas de culture allemande, bien que de sang allemand.
Malgré les objections du gouvernement prussien, la reine Victoria impose ses volontés, et le mariage a lieu à Londres. Le couple a rapidement un fils — le futur — en 1859.
Roi de Prusse Régence puis accession au trône En 1858, la Prusse connaît un tournant libéral, les partis progressistes remportent plusieurs succès électoraux (1858, 1861). La même année, le roi montrant des signes de déficience mentale et n'ayant pas d'enfant de son mariage avec la princesse Élisabeth de Bavière, Guillaume est nommé régent du royaume. Le roi meurt le sans avoir recouvré la santé. Guillaume lui succède ; il a alors soixante-trois ans.
La question militaire va cependant opposer le nouveau roi au Parlement. Bloqué par le Landtag, qui refuse de voter les crédits militaires dans la mesure souhaitée par le roi et son ministre de la Guerre Albrecht von Roon, Guillaume songe à se retirer en faveur de son fils, le Kronprinz Frédéric-Guillaume, connu pour ses opinions libérales, à tel point qu'après une altercation avec les ministres du gouvernement, le roi écrit un brouillon de lettre d'abdication. L'épouse du prince, la Kronprinzessin Victoria, intelligente et cultivée, incite son mari à accepter le pouvoir. Elle y voit l'occasion de construire une Allemagne libérale sous l'égide de la Prusse, mais le Kronprinz, moins politique que son épouse, s'en tient à son devoir d'officier et refuse la couronne que lui propose son père.
Début du règne et arrivée de Bismarck vignette|Le comte de Bismarck en 1860.|alt=|212x212px
À Berlin, l'opposition des libéraux au projet de réforme de l'armée se renforce, même si personne ne remet vraiment en cause la nécessité d'une telle réforme. En effet, à l'inverse de celles des autres grandes puissances, l'armée de la Prusse n'a pas grandi depuis 1815. En comparaison avec les forces autrichiennes, l'armée prussienne semble faible. Le service militaire n'existe plus que sur le papier et les tentatives répétées d'intégrer la , force armée constituée de tous les hommes en âge de combattre, dans l'armée régulière ont pour l'instant échoué. Et même si une union avec les libéraux sur le sujet est devenue possible, considère qu'un tel geste serait un signe de faiblesse venant de la couronne. Il reste à une dernière carte à jouer et il appelle donc au gouvernement un ultra-conservateur Otto von Bismarck. Ce dernier, ministre-président de Prusse en 1862, veut résoudre les problèmes politiques par . Il compte diriger la politique étrangère de la Prusse au service exclusif de la raison d'État prussienne. Pour cela, Bismarck va s'employer à dominer par tout moyen le roi : en l'isolant de sa famille et de ses autres conseillers, en corrompant la presse, en lui faisant des scènes, du chantage à la démission, etc. Le chancelier sera servi par ses succès.
Bismarck acquiert un pouvoir quasi absolu, par l'intermédiaire de son ministère, et une confiance totale de . Il se comporte vis-à-vis de ce dernier comme un vassal qui jure à son suzerain loyauté et courage au combat. Bismarck obtient un pouvoir absolu, qu'il utilise par la suite. Ainsi, ses ministres ne peuvent rendre des comptes qu'au roi, mais ils ont besoin au préalable de l'accord personnel de Bismarck.
Vers l'unification
Dans les années 1850, la Confédération germanique s'industrialise. Le Zollverein (union douanière), la constitution d'un réseau ferré nécessairement transfrontalier, l'adoption d'une monnaie de compte unique par presque tous les États de la Confédération sont autant d'éléments d'une unité économique qui précède l'unité politique autour de la Prusse. Le courant unitaire qui était peu actif depuis l'échec du parlement de Francfort renaît en 1859. Le Nationalverein (union nationale) reprend largement les idées développées en 1848. Mais l'unité allemande est largement l'œuvre d'Otto von Bismarck. Ce noble prussien aux opinions très conservatrices représente la Prusse à la diète de Francfort de 1851 à 1859. Il en acquiert la conviction qu'il n'y a pas de place pour deux puissances en Allemagne. Il pense que tôt ou tard l'affrontement se produira entre les deux États. C'est , roi de Prusse depuis 1861 qui l'appelle au poste de Ministerpräsident (premier ministre) en 1862 pour résoudre le conflit entre le Landtag, le parlement prussien, et le roi au sujet de la réforme de l'armée Heeresreform. Il instaure un gouvernement autoritaire et gouverne par décret, ce qui permet l'organisation d'une armée nombreuse, efficace et bien armée. En effet, sont pour Bismarck les moyens de réaliser l'unité allemande par le haut, c'est-à-dire sans le consentement des peuples.