SwissCovid est une application mobile de suivi des contacts mise en place en Suisse lors de la pandémie de Covid-19 pour faciliter la recherche des contacts. Elle fonctionne sur la base d'un traçage de proximité entre téléphones mobiles qui recourt à la technologie Bluetooth à basse consommation et au système de notification d'exposition développé par Google et Apple.

Historique Origine du projet

En Suisse, des chercheurs des écoles polytechniques fédérales de Lausanne (EPFL) et Zurich (EPFZ) travaillent depuis en collaboration internationale sur un protocole de traçage numérique des contacts, afin d'accélérer et compléter la recherche des contacts des personnes testées positives au SARS-CoV-2 causant la Covid-19. Les chercheurs visent à permettre un suivi des contacts préservant au maximum la vie privée, et leurs efforts résultent en un protocole de traçage de proximité basé sur une approche décentralisée utilisant le Bluetooth, le Decentralized Privacy-Preserving Proximity Tracing (dpt), en français. Ce protocole inspire fortement les entreprises Google et Apple, qui développent un système de notification d'exposition intégré à leurs systèmes d'exploitation mobiles Android et iOS, afin de faciliter la création d'applications de suivi des contacts et d'améliorer leur efficacité. L'entreprise de développement de logiciel Ubique, qui a déjà réalisé des applications officielles suisses comme AlertSwiss et les applications des CFF et de Météosuisse., développe fin mars un prototype inspiré par un concept d'application décentralisée de Marcel Salathé de l'EPFL, avant de s'associer au projet des EPF.

Intégration du projet aux efforts des autorités fédérales suisses

Un intérêt de la Confédération pour une potentielle application mobile officielle de suivi des contacts est rapporté au début du mois d'avril. Le , l’EPFL et l’EPFZ annoncent que la Confédération soutient leur projet d'application de suivi des contacts. Le , la Commission des institutions politiques de l'Assemblée fédérale dépose une motion qui exigerait une base légale spécifique pour l'introduction de l'application par la Confédération, et non une simple ordonnance de nécessité du Conseil fédéral. La motion exige également que l'application n'utilise que des solutions techniques qui ne stockent pas les données personnelles de manière centralisée, et que son installation soit facultative. Elle justifie ces demandes par le posé par ce type d'application. Le Conseil fédéral répond en affirmant que le projet est basé sur des et un , et que la démarche volontaire est un élément important du projet depuis le départ. Il s'oppose cependant à la demande d'une base légale votée par le parlement, affirmant que la loi sur les épidémies lui donne la compétence d'agir, et souligne l'urgence d'une telle application afin de soutenir l'assouplissement progressif du confinement .. Le , l'Assemblée fédérale rejette l'avis du Conseil fédéral et adopte la motion, repoussant la publication officielle de l'application au moins jusqu'à la session parlementaire de juin. Le , l'administration fédérale annonce le lancement de la phase de test de l'application. et publie son code source le afin d'aider à la détection d'éventuelles failles de sécurité ou problèmes de fonctionnement, sous la supervision de l'organisme fédéral de cybersécurité Melani. La Confédération et les développeurs de l'application affirment être les premiers à lancer une application à grande échelle basée sur le système de suivi et de notification d'exposition à la Covid-19 de Google et Apple. Le , le Parlement approuve la base juridique de l'application, les deux chambres ayant voté en très grande majorité en faveur du projet. L'introduction de l'application est prévue pour fin juin.. À cette occasion, le Conseil des États fait ajouter dans la base légale que, si elle s'avérait , l'application devrait être arrêtée avant le .. Le , le Conseil fédéral adopte l'ordonnance qui règle le fonctionnement concret de l'application, dénommée « Ordonnance sur le système de traçage de proximité pour le coronavirus SARS-CoV-2 (OSTP) »..

Adoption Le , soit deux semaines après le début de la phase de test, l'application, disponible à des fonctionnaires fédéraux et aux membres des EPF, ainsi qu'à toute personne possédant un téléphone utilisant Android, avait été installée plus de . Le , date de sa sortie officielle, le nombre d'applications installées et actives était de , selon l’Office fédéral de l’informatique et de la télécommunication (OFIT).. Deux semaines après son lancement, le nombre d'applications activées se stabilise autour d'un million de personnes, soit 12 % de la population suisse, puis diminue légèrement. Le comptage est basé sur le nombre d'applications actives 24 heures sur 24, ce qui fait que les applications désactivées manuellement pour quelques heures ou sur des téléphones éteints la nuit ne sont pas incluses dans le décompte..

Le , soit deux mois après sa sortie officielle, le nombre d'applications installées et actives était de 1,6 million, et le nombre de téléchargements de plus de 2,3 millions, selon l’Office fédéral de l’informatique et de la télécommunication (OFIT)..

Le , le conseiller fédéral Ueli Maurer, responsable du Département fédéral des finances (DFF), déclare à la radio SRF qu'il n'a pas installé l'application et qu'il ne la comprend pas..

Le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) déconseille à son personnel soignant d'installer l'application, invoquant le risque de devoir imposer des quarantaines à des employés qui ont été en contact avec un patient infecté dans un cadre de travail et avec un équipement de protection adéquats. L'hôpital universitaire de Saint-Gall recommande à son personnel de télécharger l'application et de la désactiver sur le lieu de travail, pour éviter le même problème..

Exploitation Entre le , date de lancement de l'application, et le , sur 910 personnes testées positives au SARS-CoV-2 en Suisse, seules 40 avaient activé l'application, soit près d'une sur 23, et parmi ces personnes, 30 ont utilisé le code fourni pour avertir leurs contacts passés d'une contagion possible, soit une sur 30.

Le , le nombre de codes saisis par les utilisateurs de l'application pour avertir d'éventuels contacts était de 465 sur la semaine écoulée., sur confirmés dans le pays au cours de la semaine se terminant le , soit près d'une personne testée positive sur six..

Impact sur la propagation Les bénéfices de l'application sont compliqués à prouver car l'utilisation de l'application est anonyme. Des chiffres existent sur le nombre d'alerte émise par l'application (entre 800 et 850 en ), mais cela ne confirme rien du tout.

Conception et fonctionnement vignette|Bande dessinée expliquant comment le traçage de proximité permet d'effectuer un suivi des contacts décentralisé et anonyme. Comme le nom du protocole dpt () l'indique, l'application a une architecture décentralisée. Lors d'un contact entre deux personnes utilisant l'application, des identifiants anonymes sont échangés directement entre les téléphones, sans passer par un serveur central. Ces identifiants sont ensuite enregistrés sur les téléphones mobiles des utilisateurs pour une durée de 21 jours et ne sont pas accessibles à distance. Ils ne quittent le téléphone que dans le cas où un utilisateur testé positif reçoit un code d'un médecin ou d'une autorité sanitaire et utilise ce code pour notifier à ses contacts éventuels qu'ils ou elles ont été en contact avec une personne infectée. Dans ce cas, l'application communique de manière cryptée à un serveur les identifiants anonymes que cet utilisateur a partagé avec d'autres utilisateurs pendant les quinze jours précédents, et le serveur communique cet identifiant à tous les utilisateurs qui ont installé l'applicationC'est cette spécificité qui qualifie la procédure de décentralisée. Dans une procédure centralisée, tous les smartphones possédant une application de traçage de contacts se connectent régulièrement au serveur et c'est ce dernier qui détermine s'il y a eu contact avec une personne qui s'est déclarée infectée. Voir . Si un téléphone utilisant l'application reconnaît cet identifiant anonyme dans la liste des identifiants qu'il a enregistrés, l'application affichera une notification avec un numéro à contacter. La notification reste privée et n'est pas communiquée au serveur.

Une personne notifiée par l'application est invitée à se faire tester 5 jours après la date du contact mentionnée dans le message...

Interopérabilité avec les applications des pays européens Il existe un accord, le Federation Gateway Service, entre les pays de l'Union européenne pour que les applications soient compatibles... Cependant il n'existe pas de base légale pour que l'application SwissCovid fasse partie de ce portail même si techniquement parlant elle est prête selon Sang-Ill Kim, chef du département transformation numérique de l'OFSP.

Lors de la conférence de presse du , le Conseil fédéral annonce la compatibilité avec l'application de traçage allemande .. L'application est également compatible avec le Liechtenstein.

Coûts et financements L'Office fédéral de la santé publique prévoit de dépenser 1,1 million de francs pour promouvoir l'application via une campagne de communication.. Selon une publication de l'administration fédérale, .. Cependant, la société zurichoise Ubique, responsable du développement de l'application, obtient finalement le mandat de développer l'application pour un montant de 1,8 million de francs, dans le cadre d'une procédure sans appel d'offres..

Par l'intermédiaire de la basée à Bâle, l'EPFL a reçu 3,5 millions de francs pour le développement de l'application...

Critiques et risques

Réalité du caractère open source et dépendance à Google et Apple En , les chercheurs Serge Vaudenay et Martin Vuagnoux publient une analyse critique de l'application, où ils relèvent le fait qu'elle repose fortement sur le système de notification d'exposition de Google et Apple, lui-même intégré à leurs systèmes d'exploitation respectifs Android et iOS. Comme Google et Apple n'ont pas publié le code source de ce système, cela remettrait en question le caractère véritablement open source de l'application. Les chercheurs notent que le collectif dpt, dont font partie les concepteurs de l'application, a demandé à Google et Apple de publier leur code.. En outre, ils critiquent la description officielle de l'application et de ses fonctionnalités, ainsi que l'adéquation des bases légales avec son fonctionnement effectif..

Participation d'Amazon CloudFront L'utilisation du réseau de diffusion de contenu (CDN) Amazon CloudFront, et notamment un centre de données basé à Francfort en Allemagne, est sujette à controverse. Selon les critiques, son utilisation pourrait mettre en doute les garanties de protection des données et le caractère de l'application mis en avant par ses concepteurs. La réponse de l'administration fédérale et des concepteurs de l'application est que ce CDN est utilisé depuis plusieurs années par l'administration fédérale et notamment l'OFSP pour faciliter le transfert de données, et que les CDN font partie de l'infrastructure essentielle d'internet, offrant en l'occurrence selon l'OFSP . Son utilisation pour SwissCovid ne poserait pas de problèmes de confidentialité ou de sécurité, vu qu'il sert à transférer les clés cryptographiques des utilisateurs infectés à tous les utilisateurs de l'application, afin que cette dernière puisse les comparer avec les clés qu'elle a enregistré lors de contacts. Amazon Cloudfront n'effectue donc pas de calcul ni d'analyse de données. Cependant, Serge Vaudenay, professeur à l'EPFL, estime que la sécurité d'un tel CDN ne peut pas être évaluée car il n'existe aucune description publique de cette partie de l'infrastructure.

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