Natalie Dessay, née le à Lyon (Rhône), est une cantatrice française. Soprano spécialisée dans les rôles de colorature, elle est connue pour ses talents de comédienne, sa présence scénique et ses suraigus exceptionnels.

Comédienne de formation, elle compense au début de sa carrière musicale sa technique naissante par l'importance primordiale qu'elle accorde à l'incarnation de ses rôles, à l'opposé de ses collègues de formation plus classique. Sa voix d'une grande facilité dans le suraigu durant la première partie de sa carrière (elle était capable de monter jusqu'au « contre-la ») lui a ouvert les portes des plus grandes maisons d'opéra, dans des rôles secondaires mais spectaculaires comme Olympia des Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach, ou la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée de Mozart mais aussi Blondchen (L'Enlèvement au Sérail), Madame Herz (), Zerbinette dans Ariane à Naxos de Richard Strauss et Adele dans de .

Elle se consacre ensuite à des premiers rôles plus longs et n'utilisant pas la partie la plus élevée de sa tessiture. Elle a admis à de nombreuses reprises que, ayant commencé relativement tard sa carrière lyrique, elle n'a jamais pu aborder des rôles très complexes sur le plan solfégique, ce qui ne l'empêcha pas d'interpréter des partitions ardues comme Ariadne auf Naxos.

En 1988, elle gagne la première édition du concours Voix nouvelles, puis six Victoires de la musique classique entre 1995 et 2005. En 2008, elle reçoit un Laurence Olivier Award ainsi qu'un prix pour l'ensemble de sa carrière de l'académie Charles-Cros. En 2010, elle est nommée Kammersängerin.

Elle annonce son retrait de la scène lyrique en pour privilégier des récitals ou des projets musicaux différents, notamment avec Michel Legrand et le pianiste Philippe Cassard.

Biographie

Jeunesse et études

De son vrai nom Nathalie Dessaix, elle naît le à Lyon (Rhône). et grandit à Saint-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux (Gironde)., où elle prend des cours de chant auprès de Madame Saintrais, ancienne choriste dans le Chœur de femmes de Bordeaux qui lui fait partager sa passion de l'art lyriqueIsabelle Morizet, Interview de Natalie Dessay dans l'émission Il n’y a pas qu’une vie dans la vie sur , .. C'est au cours de ses études secondaires qu'elle décide de supprimer le « h » de son prénom en hommage à Natalie Wood et conservera cette simplification par la suite.

Elle rêve tout d'abord d'être ballerine puis actrice.. Au cours d'une pièce de théâtre, elle interprète un lutin qui fredonne l'air de Pamina dans Le Sicilien ou l'Amour peintre de Molière.. Certaines des personnes qui l'entendent lui conseillent de prendre des cours de chant. Elle étudie alors au conservatoire de Bordeaux avec le comédien Gérard Laurent. Elle apprend parallèlement l'allemand, l'art dramatique et le chant. Elle sort en 1985 avec un premier prix du conservatoire de Bordeaux. Elle intègre le chœur du Capitole de Toulouse. Elle remporte plusieurs prix dont celui d'Alès puis retourne à Bordeaux. Elle a trouvé sa voie. Elle sera soliste.

En 1988, elle gagne la première place du concours Voix nouvelles parrainé par France Télécom. L'Opéra de Paris lui ouvre les portes de son École d'art lyrique où elle chante Elisa dans de Mozart. La même année, elle s'inscrit au Concours Mozart organisé par le de Vienne, remporte le premier prix et intègre, en 1993 et pour un an, la prestigieuse troupe de l'opéra viennois.

Débuts En avril et , aux côtés de José van Dam, elle chante le rôle d’Olympia à l’opéra Bastille dans la production signée Roman Polanski des Contes d'Hoffmann.

En 1993, au sein de la troupe de l'opéra d’État de Vienne, elle chante Blondchen dans L’Enlèvement au sérail de Mozart. Elle remplace ensuite dans le rôle d'Olympia Cheryl Studer, qui devait incarner les trois rôles féminins des Contes d’Hoffmann. En , son interprétation du personnage lui ouvre le cœur du public viennois. La même année, elle chante le rôle dans une mise en scène de Louis Erlo pour l’ouverture de l'opéra de Lyon. Elle interprétera ce rôle huit fois dans huit productions différentes jusqu'en 2001.

En 1994, elle chante le rôle de la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée de Mozart au festival d’Aix-en-Provence sous la direction de William Christie et dans la mise en scène de Robert Carsen ; elle reprendra par la suite le rôle à Lyon, Salzbourg, Vienne et à l'Opéra de Paris en 2000.

L'opéra de Vienne monte à son intention La Femme silencieuse () de Richard Strauss et la presse en vain de chanter le rôle-titre de Lulu, l’œuvre inachevée d’Alban Berg. Blondchen de L'Enlèvement au sérail (Mozart) et Zerbinetta (Zerbinette) d’Ariane à Naxos (Richard Strauss) deviennent ses rôles fétiches.

Au mois d’, Dessay fait ses débuts au de New York dans le rôle de Fiakermilli d’Arabella de Strauss. Elle reviendra en dans le rôle de Zerbinetta d’Ariane à Naxos puis, à nouveau, en avec Olympia.

En 1995, elle est, pour la première fois Lakmé dans l'opéra éponyme de Léo Delibes à l’Opéra-Comique. Elle interprète ensuite Eurydice dans Orphée aux enfers d'Offenbach à l'opéra de Lyon aux côtés de son mari, le baryton Laurent Naouri, dans une mise en scène de Laurent Pelly et sous la direction de Marc Minkowski. La même année, elle est Olympia dans la mise en scène d'Alfredo Arias à La Scala de Milan.

En 1996, elle incarne aux côtés de Simon Keenlyside, Ophélie dans l’Hamlet d'Ambroise Thomas au Grand Théâtre de Genève, production reprise en 2003 à la et au grand théâtre du Liceu... Elle chante le personnage de Titania dans Le Songe d'une nuit d'été () de Benjamin Britten en français, puis une reprise de La Flûte enchantée à l’opéra de Lyon.

En 1997, Natalie Dessay chante au théâtre du Châtelet Le Rossignol d'Igor Stravinsky sous la direction de Pierre Boulez dans une production du jeune metteur en scène Stanislas Nordey. Après un détour par le Met en 1998 où elle interprète Les Contes d'Hoffmann et Ariane à Naxos, sous la direction de James Levine, elle fait ses débuts au Festival de Salzbourg dans le rôle de la Reine de la Nuit. Elle revient sur la scène du Châtelet, la même année, en compagnie de son mari, pour la reprise d’Orphée aux Enfers.

En 1999, elle est Morgana de l’Alcina de Haendel au palais Garnier aux côtés de Renée Fleming et de Susan Graham sous la baguette de William Christie. Toujours au palais Garnier, elle chante Les Indes galantes de Rameau.

Années 2000 En 2000, Dessay est à nouveau Olympia transformée en poupée en plastique provocante par le metteur en scène Robert Carsen. Elle s’envole pour Vienne pour chanter la Reine de la Nuit au mois de , puis à nouveau Olympia dans Les Contes d’Hoffmann au cours de l'été aux Chorégies d'Orange dans la mise en scène de Jérôme Savary.

La saison parisienne 2000-2001 de Natalie Dessay comprend la production viennoise de (La Femme silencieuse) au Châtelet, ainsi que sa « dernière » Reine de la Nuit en au palais Garnier.

Au mois de , elle chante Lucia di Lammermoor de Donizetti avant d’enchaîner avec La sonnambula de Bellini à Milan avec Juan Diego Flórez.

En , l’artiste est au Capitole de Toulouse pour Hamlet puis du 19 au au théâtre du Châtelet. Elle chante La sonnambula à Lausanne et à Bordeaux et, plus tard, à Vienne et Milan, déchaînant les critiques de Sergio Segalini qui s’insurge dans la revue musicale Opera International contre le fait de distribuer ce rôle à une soprano léger.

Elle chante en récital à Gênes le , puis interprète pour la toute première fois Konstanze de L’Enlèvement au sérail du au à Genève avant de reprendre le rôle à New York.

Problèmes vocaux Début 2002, Natalie Dessay commence à éprouver des difficultés vocales et doit se faire remplacer pour toutes les représentations de La sonnambula à Vienne et New York. Elle annule plusieurs autres représentations au printemps 2002 dont une version française de Lucia di Lammermoor aux côtés de Roberto Alagna et de Ludovic Tézier à LyonLa version en français de Lucia di Lammermoor est une version authentique du compositeur (et non une simple traduction) destinée, à l’origine, pour présenter l’œuvre, après remaniements, au public français du pour lequel la coutume n'était pas encore à l’exécution dans la langue originale de composition., un récital à Paris le , le rôle de Zerbinetta à Covent Garden, celui d’Olympia, celui de Susanna (Les Noces de Figaro) prévu pour l’été 2002 avec Riccardo Muti ainsi que quelques concerts. Elle s’éloigne de la scène et se fait opérer d’un polype sur une corde vocale au mois de .. Elle doit renoncer également à interpréter les quatre héroïnes des Contes d’Hoffmann avec Marc Minkowski en 2002-2003 à Lausanne (mise en scène de Laurent Pelly), remplacée par Mireille Delunsch pour la création de la nouvelle édition critique de l’œuvre réalisée par le musicologue Jean-Christophe Keck.

Elle revient à la scène le pour un concert parisien donné à l'occasion des Victoires de la musique classique où elle interprète un extrait de Manon de Jules Massenet, rôle qu'elle aborde sur scène en 2004. À la fin du mois de elle réapparaît au Met. Au cours de l'été 2003, elle part donner un récital à Santa Fe. L'opéra de Santa Fe bouscule son calendrier des représentations pour l’accueillir dans La sonnambula. ..

En 2004-2005, elle doit chanter Zerbinetta à l'opéra Bastille et participer à plusieurs concerts de musique baroque au théâtre des Champs-Élysées. Comme pour le Met quelques années auparavant, elle est contrainte d’annuler sa participation en raison d’un nouveau polype sur les cordes vocales et est remplacée par Lubov Petrova pour toute la série des représentations. Elle subit une nouvelle opération et entame une longue rééducationNatalie Dessay : La Voix (2005), documentaire d'Esti diffusé sur le ..

Retour sur scène Elle réapparaît finalement en concert à Montréal le . Ce retour s'accompagne d’une réorientation de son répertoire lyrique : bannissant les rôles qu’elle considère sans consistance (Gilda de Rigoletto par exemple) ou ceux dont elle ne veut plus (notamment la Reine de la Nuit et Olympia) au profit de personnages plus « tragiques », elle prend des positions tranchées concernant son métier et fustige les metteurs en scène qui ne lui donnent aucune matière à pétrir. Estimant Elle déclare également avoir découvert des exercices vocaux qui l'aident techniquement, en particulier celui du moïto pratiqué par Christa Ludwig ou Edita Gruberová.

Elle aborde un projet en images de synthèse avec incrustation des interprètes basé sur son enregistrement du conte lyrique Le Rossignol de Stravinsky, qui paraît en DVD. Elle aborde Manon de Jules Massenet au Grand Théâtre de Genève, Juliette de Roméo et Juliette de Charles Gounod au Met et reprend Lucia.

Ses nouveaux enregistrements la voient vocaliser sur le dernier album de Claude Nougaro (La Note bleue), réciter un conte pour enfants (La Boîte à joujoux de Claude Debussy), interpréter en création mondiale un Ave Maria de Philippe Rombi en prêtant sa voix à Diane Kruger sur la bande originale du film Joyeux Noël (2005) et chanter la Grande messe en ut mineur de Mozart.

En 2006, Natalie Dessay chante son unique Pamina dans La Flûte Enchantée à Santa Fe, Lucia di Lammermoor à Paris, puis, en 2007 La Fille du régiment à Londres et à Vienne avec Juan Diego Flórez dans une mise en scène de Laurent Pelly. À l'été, elle chante Manon à Barcelone aux côtés de Rolando Villazón.

Le , elle fait l’ouverture de la saison du Met dans une nouvelle production de Lucia di Lammermoor, diffusée en direct sur écran géant devant le Lincoln Center et sur Times Square. Plus tard dans la saison, elle est programmée dans le même opéra à San Francisco avant de revenir à New York pour La Fille du régiment (l’une des représentations est retransmise en direct dans le monde entier dans le cadre de l'opération « : en direct et en haute définition ») Programme de la saison 2007-2008 du Met, , ..