L'utilisation de l’énergie nucléaire en Afrique se limite actuellement à l'Afrique du Sud qui est le seul pays du continent africain à disposer d'une centrale nucléaire en fonctionnement, mais plusieurs contrats signés à la fin des années 2010 par des pays africains permettent d'en prévoir de s'en doter dans les années à venir. Sur la trentaine de pays recensés par l’Association nucléaire mondiale en 2024 comme envisageant, planifiant ou lançant de nouveaux programmes d’énergie nucléaire, la moitié se situe en Afrique. Mais la plupart de ces projets sont pour l'instant rhétoriques, excepté en Égypte où la compagnie russe Rosatom construit quatre réacteurs à El Daaba pour un coût de 29 milliards de dollars.

Situation du continent Le continent africain est peu électrifié : d’Africains, principalement en Afrique subsaharienne n’avaient toujours pas d’accès à l’électricité en 2016, alors que le développement économique et la croissance démographique entraînent une demande d’électricité est en forte croissance. L'électrification est également essentielle pour attirer de nouveaux investisseurs. En 2015, 77% de l’électricité était produite à partir de sources fossiles, 21% à partir de sources renouvelables, principalement hydraulique et géothermique.

Alors que le continent africain est particulièrement menacé par le changement climatique malgré des émissions par habitant relativement faibles, l'énergie nucléaire apparaît comme l'une des pistes possibles pour satisfaire une demande d'électricité en hausse avec un impact carbone faible. Mais de nombreux obstacles limitent son expansion, de nature technique, financière, mais aussi humaine et politique, alors que dans certains pays africains, l'exercice autoritaire du pouvoir et la corruption rendent irréaliste l'existence d'une autorité de sureté nucléaire fiable et indépendante.

À la fin des années 2010, une dizaine envisagent d’utiliser l’énergie nucléaire outre l'Afrique du Sud qui l'intègre déjà dans son mix énergétique : le Nigeria, l’Égypte, le Ghana, le Niger, l’Ouganda, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Soudan, l’Éthiopie, le Rwanda, la Namibie et le Kenya. En 2018, selon l’Agence internationale de l'énergie atomique, plus du tiers des pays candidats à l’énergie nucléaire sont africains.

Politique énergétique par pays

Pays pionniers

La République démocratique du Congo Dans les années 1950, sur l’initiative du gouvernement belge, un réacteur nucléaire nommé « TRICO I », d’une puissance de , est construit au Congo belge, à l’université de Lovanium à Léopoldville (Kinshasa).. Ce réacteur est dédié la recherche, l’enseignement et la production d’isotopes à usages médicaux et agricoles. En 1970, après l'indépendance de la République démocratique du Congo, TRICO I est mis à l'arrêt, puis remplacé à l'initiative du Centre régional d’études nucléaires par un autre réacteur plus puissant TRICO II, d'un mégawatt, opérationnel en 1977.

Celui-ci est laissé à l'abandon depuis la fin des années 1990 en raison des deux , et connait une mort lente faute d’entretien et de remplacement de ces éléments de combustible défaillants. En , à la demande du gouvernement de la RDC, un atelier organisé par l’Agence internationale de l’énergie atomique est organisé pour évaluer les conditions de redémarrage du réacteur à l’arrêt depuis 2004.

L'Afrique du Sud En 2016, l'électricité d’Afrique du Sud provient à 90% du charbon, 6% du nucléaire, et 4% d’énergies renouvelables, principalement l'énergie solaire. Le pays ne dispose pas de ressources en hydrocarbures, mais fait partie des principaux producteurs de charbon dans le monde..

À partir de la fin des années 1970, l’Afrique du Sud développe un programme nucléaire militaire secret très avancé en coopération avec Israël.. L'Afrique du Sud construit six bombes atomiques aériennes de et avant de stopper son programme militaire avec l’arrivée au pouvoir du Congrès national africain (ANC), qui ratifie le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.vignette|243x243px|Centrale nucléaire de Koeberg, en Afrique du SudParallèlement, le pays s’est doté de la centrale nucléaire de Koeberg (dont la construction commence en 1976) équipée de deux réacteurs atomiques, toujours en fonctionnement, pour compléter les besoins en électricité du pays.. Ces réacteurs sont construits par les entreprises publiques françaises EDF, Framatome, Alstom et SPIE et ont été mis en service en 1984 et 1985.

Plus de trente ans après, cette centrale adossée au parc français pour les grandes opérations de maintenance est, dans un contexte post-apartheid, plutôt considérée comme une réussite. Elle produit en 2016, 15 TWh soit 6 % de l’électricité de l’Afrique du Sud et environ 2 % de l’électricité du continent. Elle est autorisée à tourner jusqu'en 2044.

Au début des années 2010, le président Jacob Zuma lance un projet de développement du parc nucléaire sud-africain. Il projetait de construire six à huit nouveaux réacteurs d’une capacité totale de pour un budget d'environ 70 milliards d’euros. La Russie, la France, la Corée du Sud et les États-Unis proposent leurs services. Mais le projet est finalement abandonné en 2018 par Cyril Ramaphosa, successeur de Jacob Zuma à la présidence du pays, et opposant au projet avant son élection.

Nouveaux entrants et prospects Plusieurs projets de développement nucléaire sont actuellement en cours sur le continent africain. L’enjeu est d’améliorer l’accès à l’énergie pour les ménages et les entreprises, sans augmenter les émissions de CO2. Selon le président de la Commission de l’énergie atomique du Rwanda Lassina Zerbo : .

Algérie Le programme nucléaire de l'Algérie est lancé en 1981 avec l'aide de l'Argentine ., puis de la République populaire de Chine. L'Algérie nie depuis cette date développer un programme nucléaire militaire et signe le traité de non-prolifération nucléaire en 1995. Cependant, des sources comme le Centro Nacional de Inteligencia espagnol estiment en 1998 que .

En 2008, l’Algérie envisage de construire une centrale nucléaire pour produire de l'électricité, elle examine alors une coopération avec la France, les États-Unis et la Russie, mais jusqu'en 2022, ce projet ne se concrétise pas.« L’Algérie se dotera de sa première centrale nucléaire en 2020 » Jeune Afrique, 24 février 2009.

Burkina Faso En octobre 2023, le gouvernement du Burkina Faso signe un accord avec son homologue russe pour la construction d'une centrale nucléaire russe qui devrait couvrir les besoins en électricité de la population Burkinabèse. Ce pays importe une grande partie de son électricité auprès de ses voisins, alors qu'en 2020, seuls 22,5 % des Burkinabés avaient accès à l’électricité, selon la Banque africaine de développement.

En octobre 2023 à Moscou, les gouvernements burkinabé et russe avaient signé un accord pour la construction d’une centrale nucléaire au Burkina Faso. En août 2024, une délégation de Rosatom se rend au Burkina Faso pour évaluer un projet de construction d’une centrale.

Égypte La pression démographique joue un rôle important en Égypte, alors que sa population, dépassant en 2020 les 100 millions d’habitants, a un fort impact sur les besoins de production d'électricité.. Les réserves de pétrole sont peu nombreuses, et les gisements de gaz offshore découverts en Méditerranée ne suffiront pas à couvrir sa consommation.

L’Égypte lance un premier appel d’offres en 1983 pour construire un réacteur à El-Dabaa, à l’ouest d’Alexandrie, mais le programme est finalement reporté après la catastrophe de Tchernobyl en 1986. En 2015, le président Abdel Fattah Al-Sissi relance le projet de centrale nucléaire d'El-Dabaa et passe un contrat avec la compagnie russe Rosatom pour construire une centrale de quatre réacteurs, chacun d’une capacité de 1 200 mégawatts, dont la société russe doit assurer le fonctionnement pendant 60 ans.

Ce projet est entériné par la signature d'un accord entre les présidents Vladimir Poutine et Abdel Fatah Al Sissi le , pour un montant de 25 milliards de dollars.. Début 2019, l’Egyptian Nuclear Regulation and Radiological Authority (ENRRA) accorde un permis de construire à El Daaba, sur la Méditerranée, à 300 km du Caire.

Le groupe public russe Rosatom devrait construire la centrale, livrer le combustible nucléaire, former les employés, et assurer la maintenance et la réparation des unités de production.. Les travaux devaient débuter en 2018 et le premier réacteur être livré en 2026. Cette centrale devrait contribuer, outre à la production d’électricité, aux besoins de dessalement de l’eau de mer, mais suscite des oppositions au sein de la population. Quant au combustible nucléaire utilisé, il doit être envoyé en Russie pour y être retraité. L’accord comprend l’établissement de normes de sécurité et la fourniture d’expertise, ainsi que la création d’usines pour produire des pièces de rechange pour la centrale . Le coût total du projet est estimé à 32 milliards de dollars, dont l’essentiel est financé par un prêt russe de 25 milliards de dollars, remboursable sur 22 ans à partir de 2029.

La construction du premier réacteur de la centrale a effectivement débuté officiellement le 20 juillet 2022Eldabaa-1 Under Construction, Pris AIEA, 19 août 2022.

Éthiopie En 2017, un mémorandum d'entente est signé entre Rosatom et l’Éthiopie pour développer de la formation et de l’information sur les techniques nucléaires et à envisager la construction de réacteurs de recherche et de centrales électriques.

Kenya Avec l'insuffisance de la production à partir des ressources hydrauliques, éoliennes et géothermiques programmé en 2025, le Kenya qui importe de l'électricité d'Éthiopie, cherche des sources alternatives pour satisfaire sa forte demande intérieure en énergie..

Le Kenya créé en 2012 un organisme chargé de la mise en oeuvre du programme d'énergie nucléaire, le Kenya Nuclear Electricity Board. Le KNEB multiplie les partenariats à l'international avec pour objectif d'atteindre une capacité nucléique installée de en 2027. Des pays comme la Slovaquie, la Corée du Sud, la France et désormais la Chine sont allés proposer à Nairobi leur savoir-faire dans l'exploitation du nucléaire.

Maroc Les années suivant son indépendance obtenue en 1956 (fin des protectorats français et espagnol), le Maroc s'intéresse rapidement à l'énergie nucléaire, notamment en raison du potentiel géologique important de son sous-sol riche en phosphate, mais aussi, potentiellement, en uranium. Après plusieurs programmes de recherche menés par le gouvernement marocain dans les années 1960 et 1970 avec l'aide du financière Programme des Nations unies pour le développement, et l'aide technique du consortium soviétique Technoexpert et la société privée japonaise Metal Mining Agency, les conclusions révèlent que l'uranium marocain est trop dispersé ou difficile d'accès pour être rentable à exploiter.

Le Maroc est l'un des pays africains les plus ambitieux dans le secteur énergétique nucléaire, et un collaborateur clé sur le continent avec l’Agence internationale de l’énergie atomique.. Cette organisation suit de près le développement du secteur nucléaire du royaume, qui ne dispose en 2022 que d’un centre de recherche nucléaire situé à Mamora, le réacteur RAA-1, de type TRIGA Mark II conçu par la compagnie américaine General Atomics. S’il ne produit pas d’électricité, ce dernier permet au royaume chérifien de fabriquer des radionucléides, exploitables dans les thérapies contre le cancer ou contre la fièvre aphteuse.