Un Écran Anti-Projection de salive émise (EAP ou EAPSE) est un équipement de protection collective présumé être utile dans la prévention de la transmission des infections microbiologiques aéroportées via les gouttelettes de salive. L'EAP est généralement composé d'un support et d'une visière transparente destinée à recouvrir le visage du porteur, sa bouche et son nez. L'écran anti-projection se distingue des EPI de par sa fonction de protection des autres ainsi que de l’environnement de l’utilisateur et pas uniquement de son porteur. Il est une barrière physique, de matière non perméable contrairement aux masques. Il fait barrière, de l'intérieur vers l'extérieur, à la projection de salive dans sa forme gouttelettes et micro-gouttelettes (particules habituellement de plus de 5 microns). La salive peut comporter toute sorte de germes non pathogènes (le microbiote) ou pathogènes de type bactéries, virus (Rhinovirus, Coronavirus, Influenza virus), levures .
Ce concept de protection des autres versus la protection de soi a montré une supériorité d'efficacité de manière expérimentale chez l'animal. En effet, un chercheur Hongkongais a montré que la mise en place d'une barrière tissée (équivalent d'un masque) sur la cage d'animaux malades émetteurs (protection des autres) réduisait le nombre de cibles malades de 66.7% à 16.7% alors que lorsque cette barrière était positionnée sur la cage des animaux sains (protection de soi), la réduction n'était que de 66.7% à 25%. alt=EAPSE|vignette|Écran anti-projection de salive émise (EAPSE) L'écran anti-projection en port généralisé constitue une double barrière émetteur/récepteur, ce qui réduirait a priori considérablement le risque de transmission de germes via la projection de salive entre deux individus face à face.
Histoire Cette catégorie d'équipement s'est rapidement popularisée en France pendant la période de confinement sous le terme de visière de protection ou d'écran facial avec notamment différents mouvements de «makers» qui ont produit plusieurs millions de ce type d'équipement à l'aide d'imprimante 3D. Des réseaux de solidarité se sont organisés avec de la distribution bénévole à destination principalement des personnels hospitaliers et des professionnels. Durant cette même période de confinement, une vidéo de sensibilisation grand public a été produite afin d'alerter sur le risque des porteurs asymptomatiques et sur l'importance de la protection des autres via un masque ou un écran facial.
L'organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) a produit une fiche technique le qui liste les avantages de l'écran facial dans une logique de protection collective à la fois protection du porteur mais également des autres.
A l'instar de la «SPEC AFNOR S76-001:2020» publiée par l’Afnor ., l’AFNOR a réuni un groupe de travail en vue de créer ce qui devait être la «SPEC AFNOR S77-001:2020». Ce projet de référentiel "SPEC AFNOR S77-001:2020" ne verra jamais le jour car certaines parties prenantes comme les représentants des Organismes Notifiés, l'INRS et EUROGIP quittent le groupe de travail.Cette initiative n'ayant pu aboutir, le groupe de travail sous la direction du Président de la commission AFNOR S77A (Denis Larrue) . a publié un référentiel français pour normaliser cette catégorie d'équipement, l'EAP. qui revendique la protection des autres et n'est donc soumis à aucun cadre juridique, ni normatif à ce jour.
Aux États-Unis, le concept de la protection des autres par un écran facial est également porté mi avril par un groupe de spécialistes en infectiologie et épidémiologie. avec:
- le Michaël Edmond, responsable qualité et médecin-chef adjoint des soins de santé de l'Université de l'Iowa, professeur en maladies infectieuses à l' Université de l'Iowa.
- le Eli Perencevich, Directeur du Centre d'Innovation (COIN), Directeur du centre de recherche clinique et des services de santé, Professeur d'épidémiologie en médecine interne à Iowa City, Iowa,
- le Daniel Diekema, spécialiste en maladies infectieuses, en microbiologie clinique et en épidémiologie hospitalière à Iowa City, Iowa
- le Hilary Babcock, spécialiste en maladies infectieuses et épidémiologiste à St Louis,
- le Tom Talbot, spécialiste des maladies infectieuses et épidémiologiste hospitalier à Nashville,
Ces experts publieront un avis dans la revue Jama sur l'intérêt de l'écran facial en population générale mi juin.
Législation et recommandations Législation française En France deux régimes s'appliquent: Si le fabricant entend classer son produit comme équipement de protection individuelle, il devra se conformer à la norme EN 166 (Standard Européen) pour la protection individuelle de l’œil. Des organismes spécialisés sont à même de réaliser les tests de conformités de ces équipements.. Le gouvernement français a assoupli à l'occasion de la pandémie de Covid-19 la législation applicable avec un marquage spécifique «COVID19» ... Cet assouplissement est cependant temporaire. Si le fabricant entend protéger les autres de la salive émise par le porteur et ne souhaite pas classer comme conforme à la norme EN 166, la mise sur le marché est libre à la condition indiquée par la DGE «qu’aucune mention ne puisse laisser entendre que la visière servirait de protection du porteur contre le Covid-19 ou tout autre agent biologique»..
Recommandations françaises et internationales En France Le HCSP dans son avis du considère que "les visières peuvent être utilisées ...par des personnes....ne pouvant porter un masque (ex. sportifs, etc.). Ces écrans sont à usages multiples et peuvent être facilement désinfectés"..
L'OPPBTP, organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics préconise cet équipement pour se protéger des risques de contagion liés au coronavirus Covid 19.
"Cet équipement peut faire office d'équipement de protection de l'extérieur vers l'intérieur et vice et versa, notamment si le port est collectif. En effet :
- Il permet de protéger une grande partie du visage, notamment les yeux, le nez et la bouche, simultanément des projections directes de gouttelettes et de postillons, de l’intérieur vers l’extérieur et vice et versa ;
- Il limite le risque de se toucher le visage avec les mains ;
- Il se retire sans exposer le visage au risque d’être touché par les mains ;
- Il est facile à porter de façon permanente, il n’est source d’aucune gêne pour la respiration et évite la formation de buée en cas de port d’un masque de protection respiratoire.
- Il facilite les échanges sociaux (visage visible) et la compréhension de la parole"
Un groupe de travail restreint de l'AFNOR ayant pour projet de proposer un référentiel SPEC AFNOR S77-001:2020 entre mi avril et mi mai a également listé d'autres éléments intéressants versus le masque comme:
- la meilleure tolérance aux âges extrêmes de la vie (petite enfance et seniors),
- le caractère adapté aux personnes malentendantes car permettant la lecture labiale.
A l'étranger Singapour, exemplaire dans sa gestion de la crise, avec un taux de mortalité maîtrisé, propose d'alléger la contrainte du port masque au profit de l'écran facial pour les situations ou groupes suivants à compter du .:
Les enfants de douze ans et moins, qui peuvent avoir de la difficulté à porter et à garder des masques faciaux pendant une période prolongée; Les personnes ayant des problèmes de santé pouvant entraîner des difficultés respiratoires ou d'autres problèmes médicaux lorsqu'un masque est porté pendant une période prolongée; et Les personnes qui s'adressent à un groupe dans une salle de classe ou lors d'un cours magistral, où elles restent en grande partie à l'endroit d'où elles parlent, et sont capables de maintenir une distance de sécurité loin de toute autre personne. L'État d'Oregon et son service de santé (OHA) recommande une "protection des autres" via tout dispositif qui couvre le visage : écran facial, masque, bandanas, écharpe sont recommandés dès le ..Le Juillet, avant un week-end de vacances, le port d'un dispositif protégeant les autres par un masque ou un écran facial est rendu obligatoire dans les espaces clos par la gouverneure de l'Oregon, Kate Brown.En Pennsylvanie, depuis le , le département de la Santé exige le port d'un revêtement facial qui peut être constitué d'un écran facial en plastique . qui couvre le nez et la bouche, particulièrement pour les patients asthmatiques, ayant des problèmes dermatologiques ou chez les enfants. L'écran facial est également proposé en alternative pour certaines personnes dans les États du Minnesota., de Washington ., de Philadelphie ..
Etudes expérimentales et réelles sur l'écran facial Port de l'écran facial par le récepteur ou la cible En utilisant un simulateur de toux pour étudier l'exposition des travailleurs de la santé aux gouttelettes d'aérosol, l'équipe de William G. Windsley a montré que lors du test d'un aérosol projeté avec un diamètre médian volumique (VMD) de 8,5 μm et chargé de virus grippal, le port d'un écran facial réduit considérablement l'exposition par inhalation du travailleur de 96% dans la période immédiatement après une toux. L'écran facial a également réduit la contamination de surface d'un respirateur de 97%. Lorsqu'un aérosol contre la toux plus petit était utilisé (VMD = 3,4 μm), l'écran facial était moins efficace, ne bloquant que 68% de la toux et 76% de la contamination de surface. Dans la période de 1 à 30 minutes après une toux, pendant laquelle l'aérosol s'était dispersé dans toute la pièce et les particules plus grosses s'étaient déposées, l'écran facial a réduit l'inhalation d'aérosol de seulement 23%. L'augmentation de la distance entre le patient et le travailleur à 183 cm (72 pouces) a réduit de 92% l'exposition à la grippe survenue immédiatement après une toux. Ces résultats ont été obtenus en mettant un écran facial uniquement sur le récepteur sans barrière au niveau de l'émetteur.
Cette étude laisse présager une efficacité encore supérieure si l'émetteur et la cible sont dotés d'un EAP ou EAPSE.
De la même manière, en utilisant un simulateur de toux, Ayala Ronen et col avec son équipe de chercheurs de l'Institut de Recherche en Biologique Israélien (IRBI), du département de physique de l'environnement et du département de chimie physique a montré l'efficacité de l'écran facial comme barrière protectrice. L'équipement de protection testé était porté sur une tête de "mannequin cible" simulant la respiration humaine. Un calibreur de particules aérodynamiques (APS) a été utilisé pour analyser la concentration et la distribution de taille des petites particules qui atteignent les voies respiratoires de la tête du "mannequin cible".En outre, des papiers sensibles à l'eau ont été collés sur et sous l'équipement de protection testé, et ont ensuite été photographiés et analysés.
Dans le cas de l’exposition frontale, pour le diamètre des gouttelettes de plus de 3 μm, l’efficacité de l'écran facial dans le blocage des gouttelettes de toux s’est trouvée comparable à celle des masques chirurgicaux réguliers, avec une protection accrue pour les parties du visage que le masque ne couvre pas. En outre, pour les particules plus fines, jusqu’à 0,3 μm de diamètre, un écran facial bloque environ 10 fois plus de particules fines que le masque chirurgical. Lorsque l’exposition a été considérée par le côté, les performances de l'écran facial se sont trouvées dépendre considérablement de sa géométrie. Les auteurs estiment que l'utilisation d'écrans faciaux comme alternative aux masques médicaux doit être envisagée.