L'abbaye de Vale Royal est un monastère cistercien situé dans la paroisse civile de Whitegate and Marton (Cheshire, Angleterre). L'abbaye est fondée en 1281 par déplacement d'une communauté éphémèrement implantée à .

Fille de l'abbaye de Dore, Vale Royal se développe beaucoup plus considérablement que son abbaye-mère, car directement placée sous protection royale, au point de devenir le monastère le plus riche du Cheshire. Le bienfaiteur originel Édouard projette en outre d'y faire construire la plus grande abbatiale cistercienne d'Angleterre. Néanmoins, il abandonne brusquement son projet et ses financements, laissant aux moines un monastère surdimensionné pour leur communauté et de lourds travaux inachevés.

Malgré sa richesse, l'abbaye n'abrite tout le long de son existence qu'une communauté relativement modeste, sauf aux tous débuts. L'abbaye est dissoute en , lors de la Réforme anglaise.

Localisation et toponymie L'abbaye de Vale Royal est située dans la vallée de la ..

Histoire Fondation à Darnhall La fondation de la communauté de est due, selon les chroniques de l'abbaye, à un vœu prononcé par le futur Édouard durant une traversée maritime périlleuse. Alors qu'il revenait de Terre sainte, probablement durant l'hiver 1263-1264, il est en effet pris dans une tempête en traversant la Manche. Il fait alors le vœu, s'il survit, de bâtir un monastère cistercien en Angleterre et de le doter suffisamment pour qu'une communauté forte de plus de cent moines puisse y demeurer à perpétuité. Ayant survécu, il tient parole, mais avec deux années de délai en raison de la seconde guerre des Barons qui déchire alors l'Angleterre. Durant cette guerre, Édouard est brièvement fait prisonnier. Ayant réussi à s'échapper, il est recueilli et réconforté par les moines de Dore..

L'abbaye de Darnhall est alors fondée dans la en , et Édouard sollicite l'abbaye de Dore, en remerciement de leurs bons services passés, pour qu'elle envoie des moines peupler cette nouvelle fondation ..

Toutefois, les moines de Dore n'arrivent à Darnhall qu'en 1274. Le , Édouard pose la première pierre de l'autel et consacre l'abbaye à la Vierge Marie ainsi qu'à saint Nicolas. Entretemps, il est retourné en Terre sainte combattre Baybars et en rapporte, selon les chroniqueurs, un morceau de la Vraie croix qu'il donne à l'abbaye afin que cette relique lui serve à la fois de protection et de richesse. Rapidement, les cisterciens prennent conscience que le site convient mal à l'établissement d'une abbaye et recherchent une autre implantation plus favorable. Darnhall devient par la suite une simple grange de l'abbaye de Vale Royal.

Déplacement à Vale Royal Le nouveau site, alors nommé Wetenhalewes, n'est distant de Darnhall que de quatre milles environ en direction du nord. Le transfert de 1281 est initialement prévu pour n'être que temporaire, mais le programme architectural d'Édouard en décide autrement. Il veut que Vale Royal, placée directement sous sa protection et non sous celle d'un de ses vassaux, soit la plus belle et la plus riche abbaye cistercienne du pays. Il prend ainsi en charge les coûts énormes de la construction, en particulier par le poste de l'église abbatiale. À cette époque, la taille totale de la communauté, moines et frères convers compris, est estimée à une centaine de personnes, soit un monastère relativement important. Cependant, après treize années de travaux, le souverain décide brusquement, pour des raisons inconnues, de mettre un terme à son soutien et de laisser tel quel le projet. Les moines héritent ainsi d'un projet démesuré, qui ne correspond ni à leurs moyens ni à leurs besoins, la communauté étant relativement réduite. Le plan initial prévu n'a sans doute jamais été réalisé dans sa totalité.

Développement En 1336, l'abbaye compte seulement vingt-et-un moines, et ce nombre stagne au cours du . Vers le milieu de ce siècle, l'arrière-petit-fils d'Édouard , Édouard de Woodstock dit « le Prince Noir », décide de compléter le programme architectural de son arrière-grand-père et projette de faire bâtir douze ou treize nouvelles chapelles dans le chœur de l'église, imitant en cela l'abside de la cathédrale Sainte-Marie de Tolède. Mais la violente tempête qui ravage le Cheshire en provoque des dommages irréversibles à la nef. Plutôt que de tout rebâtir, une reconstruction plus modeste est envisagée, et menée sous le règne de Richard II. L'abbatiale de la fin du est ainsi plus étroite et plus basse que le précédent édifice. On ne compte plus que dix-huit religieux en 1381.

Difficultés L'abbaye rencontre des difficultés financières au début du . Celles-ci sont dus au contexte, notamment les troubles locaux et les litiges avec le voisinage, mais aussi à une gestion dégradée. Malgré tout, le monastère de Vale Royal reste notablement plus riche que ses voisins.

Liste des abbés connus

Dissolution Comme toutes les abbayes anglaises, l'abbaye de Dore est victime de la Réforme anglaise et est dissoute en . Puis le site est acquis par le commissaire royal Thomas Holcroft. Ce dernier commence par détruire l'abbatiale. Puis, avec les matériaux disponibles, il se fait construire un grand édifice, qui incorpore certains des éléments monastiques conservés, notamment des ailes occidentale et méridionale.

Architecture redresse|vignette|gauche|alt=Plan en couleur d'un monastère doté d'une église très vaste et d'une cloître irrégulier.|Plan de l'abbaye de Vale Royal.

Le site actuel ne comporte aucun reste du monastère originel, hors les fondations. Celles-ci sont protégées en tant que monument classé de grade II. Des fouilles préalables menées lors des travaux de l'actuelle résidence ont montré que de nombreux bâtiments utilitaires entouraient l'abbaye proprement dite, en particulier du côté ouest ; les hypothèses archéologiques récentes montrent que l'enceinte monastique, dont il ne reste rien, était probablement extrêmement vaste et allait, du côté nord-est, jusqu'à la rivière. Un complexe système d'adduction d'eau potable, d'évacuation des eaux usées et de drainage avait probablement été élaboré par les cisterciens. il comprenait entre autres un étang à poissons.

Abbatiale redresse|vignette|droite|alt=Photographie couleur de pierres de taille émergeant du sol et formant le plan d'un édifice.|« Nun's grave », la matérialisation de l'ancien chœur de l'église abbatiale.

L'église abbatiale était la plus longue église cistercienne d'Angleterre, mesurant près de cent dix mètres de la façade à l'abside. Respectant presque l'orientation traditionnelle vers l'est, avec un très léger décalage vers le sud, elle occupait l'aile nord du cloître, mais en débordait largement à l'est comme à l'ouest. Le plan général était en croix latine, avec une tour centrale massive au-dessus de la croisée du transept, et peut-être deux autres tours plus modestes au-dessus de la façade occidentale. La nef était longue de dix travées, et flanquée de bas-côtés. Les deux branches du transept étaient symétriques, comportant chacune trois chapelles tournées vers l'est. Le chœur, contrairement aux usages architecturaux bernardins, était très profond, avec quatre travées pour le chœur proprement dit, plus l'arc de cercle de l'abside. Cette dernière comptait sept chapelles disposées le long d'un déambulatoire semi-circulaire.

Le chœur de l'ancienne abbatiale est encore matérialisé au par une croix nommée localement « Nun's grave », soit « la tombe de la religieuse ». Il s'agit d'une croix d'époque, retrouvée postérieurement à la Dissolution, et installée sur un piédestal créé en rassemblant des blocs épars provenant de l'abbatiale.

Le cloître et les bâtiments conventuels Le cloître était un des plus vastes d'Angleterre, mesurant trente-neuf mètres de longueur par trente-cinq de largeur, selon un quadrilatère irrégulier. Il était entouré, selon le plan cistercien traditionnel, du bâtiment des moines à l'est, des communs au sud et du bâtiment des convers à l'ouest. Le bâtiment des moines comprenait en particulier la salle capitulaire, dont seules les fondations et une partie du dallage subsistent et ont été repréeées lors de fouilles. L'aile sud comprenait le réfectoire et la cuisine. Les ailes sud et ouest du monastère, incorporées après la Dissolution dans le nouveau manoir de Thomas Holcroft, ne sont pas concernées par la protection patrimoniale, ayant été largement modifiés par cette modification ainsi que par des travaux ultérieurs qui se sont poursuivis jusqu'au inclus. En revanche, les bâtiments actuels incorporent une grande partie de matériau local arraché à l'église ou aux autres parties détruites de l'abbaye. Le centre du cloître n'a jamais été fouillé, mais il semblerait que des vestiges considérables y soient enfouis.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Articles connexes Liste des monastères dissous par Henri VIII d'Angleterre

Bibliographie

Catégorie:Abbaye cistercienne en Angleterre Catégorie:Abbaye du Moyen Âge Catégorie:Abbaye fondée au XIIIe siècle Catégorie:Fondation en 1274 Catégorie:Abbaye détruite au Royaume-Uni Catégorie:Abbaye dédiée à sainte Marie Catégorie:Abbaye dédiée à saint Nicolas Catégorie:Fille de Morimond Catégorie:Disparition en 1538 Catégorie:Monument classé de grade II* dans le Cheshire