Le monument des travailleurs municipaux est un monument aux morts élevé par la Ville de Paris et situé au cimetière du Père-Lachaise. Il rend hommage aux agents municipaux de la Ville de Paris victimes du devoir.
Historique
Le est inauguré, au cimetière du Montparnasse, le monument élevé à la mémoire des sapeurs-pompiers de Paris, morts au feu. Trois ans plus tard, le , un monument élevé à la mémoire des agents de police à Paris morts victimes de leur dévouement est élevé dans le même cimetière.
En 1892, le Conseil municipal adopte une délibération pour la construction d'un monument destiné aux ouvriers municipaux décédés dans leur service. Cette proposition faisait suite à la pétition de Louis-Auguste Vorbe au nom de la Chambre syndicale des ouvriers égoutiers de la Ville, relayée par Adolphe Patenne au nom de la Commission du travail du Conseil municipal. Le projet initial consistait à ériger le monument au cimetière du Montparnasse, aux côtés des monuments analogue à ceux déjà édifiés pour la sépulture des sapeurs-pompiers et des gardiens de la paix. Ce premier projet est abandonné, jugé de proportion trop restreinte et ne répondant pas à l'ambition artistique du Conseil municipal.
En 1895, le Conseil municipal décide d'ériger, cette fois-ci au cimetière du Père-Lachaise, au lieu dit le « Carrefour Michelet » (dorénavant appelé « rond-point des travailleurs municipaux »), un monument aux travailleurs municipaux, victimes de leur devoir. La Ville poursuit un double objectif : témoigner d'un esprit philanthropique et républicain mais aussi contribuer à l'aménagement de ce rond-point magnifiquement situé entre la chapelle de Salvage de Faverolles (1785-1854), la chapelle de Charles de Morny (1811-1865), la sépulture de Pierre-Frédéric Dorian (1814-1873), la sépulture de l'historien Jules Michelet (1798-1874) et à proximité des monuments aux combattants de la guerre de 1870 (Siège de Paris et Bataille de Buzenval). La Ville cherche également à faciliter la vente des terrains restant à concéder dans cette partie du cimetière.
Le conseil municipal adopte la délibération du approuvant la construction d'un monument destiné à la sépulture des travailleurs municipaux au Père-Lachaise dans la limite d'une dépense de . Le , le conseil municipal confie à l'architecte Charles-André Duprez la réalisation du monument et au statuaire Denys Puech la réalisation d'une figure allégorique de la ville de Paris en allouant . Il est également nécessaire de déplacer quatre sépultures afin d'améliorer l'accès des divisions.
Poste de dépenses Montant en Francs Travaux d'architecture F Travaux du statuaire F Total F Reliquat prévu F Crédit alloué F
La construction du monument est terminée en . Le transfert des restes des ouvriers égoutiers décédés victimes de leur devoir est approuvé en 1901Registre journalier d'inhumation, 24 septembre 1901, n°214-219, page 12. Le , les dépouilles des égoutiers Deloy, Lenfant, Marcourt et Puisségur rejoignent dans le caveau des travailleurs municipaux celles de Bravard et Étevenon enterrées le Registre journalier d'inhumation, 10 décembre 1899, n°714-715, page 11.
En 1904, une remise en état du monument est nécessaire. Il est également décidé d'ajouter l'inscription sur la face antérieure l'inscription « Aux travailleurs municipaux, la ville de Paris » suivie des noms, prénoms, professions et date de décès de chaque des ouvriers qui s'y trouvent inhumés.
En 1906, la sépulture devient également un monument du souvenir. Il est décidé l'ajout de l'inscription « À la mémoire de ses serviteurs victimes du devoir, la ville de Paris » sur la face postérieure pour que le monument serve à commémorer la mémoire de personnes qui n'y sont pas inhumées.
Caractéristiques
Monument
La Ville de Paris décrit ainsi l'édifice : le monument en pierre d'Euville se compose d'un obélisque de cinq mètres de hauteur surmontant un piédestal, entouré de quatre coffrets dont l'un présente l'entrée du caveau. Cet ensemble formant croix s'inscrit au centre d'un soubassement circulaire, garni de plantations. À l'avant de l'obélisque, une statue d'une femme drapée, allégorie de la Ville de Paris et de la Douleur, est assise sur un vaisseau symbolique (nef municipale). Comme toute représentation de ville, sa tête est surmontée d'une couronne en forme de muraille. Un voile de deuil transparent lui couvre le visage. De sa main gauche, elle tient deux couronnes d'immortelles. Son bras droit est recouvert de deux longues palmes. La face avant de son piédestal est décorée des armes de la Ville de Paris. L'entrée du caveau est cantonnée de couronnes de laurier (signe de valeur et de reconnaissance) et surmontée d'une fleur de pensée, symbolisant le souvenir et la méditation.
Sépulture À l'origine, la sépulture se composait de trois caveaux disposés en triangle, l'un dans la partie postérieure et les deux autres sur les côtés, et reliés par une galerie circulaire en pierre. Ne restant plus que quatre cases disponibles en 1916, il a été décidé de construire un quatrième caveau, de soixante cases, dans la partie antérieure inoccupée. Le budget sera finalement débloqué en 1923.
L'obélisque comporte 78 noms. Exclusivement des hommes décédés entre 1891 à 1985. Les agents inhumés, dont les noms sont gravés sur les faces latérales du monument, représentent les métiers de la Ville de Paris à la fin du et au siècle : ajusteurs, bûcherons-élagueurs, cantonniers, charretiers, cochers, conducteurs d'automobile, égoutiers, fontainiers, jardiniers, instituteurs, machinistes, manœuvres à l'usine des eaux, paveurs, porteurs des Pompes funèbres, sauveteurs, surveillants d'entrepôts et de chantiers du métro, etc.
NomDécèsInhumationProfessionCharles-Augustin Lenfant3 septembre 189124 septembre 1901égoutierAntoine Marcourt3 septembre 189124 septembre 1901égoutierJean-Philomène Puisségur27 octobre 189224 septembre 1901égoutierAuguste Deloy3 décembre 189224 septembre 1901égoutierAntoine-Joseph Étevenon17 octobre 189910 décembre 1899égoutierAntoine Bravard16 novembre 189910 décembre 1899égoutierLouis-Augustin Bricé18 septembre 190020 septembre 1900égoutierFrançois Michel octobre 1900égoutierJoseph-Pierre Vassal?6 octobre 1900fontainierClaude-Charles Guyard?25 avril 1901égoutierGeorges Quillon7 mai 1902inspecteur des travaux de la Ville, âgé de soixante ans, victime d'une chute de douze mètres sur les chantiers du Métropolitain, boulevard des BatignollesJean Badagnagni janvier 19049 avril 1904égoutier mort des suites d'une chute dans un branchement de dérivation du collecteur d'Asnières.Désirée Léonard19 décembre 1904surveillant de la Ville mort sur le chantier de construction de la ligne 3. Il est mort écrasé alors qu'il descendait dans un puits situé avenue Gambetta quand des ouvriers actionnèrent le monte-charge.????13 avril 1905cantonnierAuguste Métayer14 octobre 1903éclusier, âgé de quarante-sept ans. En ouvrant la première écluse du pont de Flandre, il glissa sur les pavés mouillés et se fendit le crâne.Jean-Félix Larue26 novembre 19058 décembre 1905cantonnier Pierre-Camille Flandin 22 août 1906 instituteur public suppléant décédé à l'âge de 28 ans en tenant de sauver de la noyade au bois de Vincennes deux frères, âgés de douze et dix ans. Il est inhumé à Fay-le-Froid.André Desroche10 juillet 190713 juillet 1907cantonnier de plantationsEugène-Sylvain Giraud18 novembre 1908surveillantLouis Lecomte190911 août 1909cantonnier de nettoiementCharles-Léon Larsonneur19096 novembre 1909cantonnier du pavageJoseph Péron9 avril 1910cantonnier de plantationsPaul Labille27 février 1912charretier du nettoiementGeorges Petit23 juin 1912cantonnier du nettoiementCharles Faury24 juin 1912charretier du nettoiementAlfred-Anatole Picot19 juillet 1912surveillantJules Brézillon11 septembre 1912chauffeur du service des eauxAlbert Plessier26 septembre 1912surveillantVictor Guimet20 novembre 1912cantonnier du nettoiementEugène Debruyère19 septembre 1913cantonnier égoutier mort noyé alors qu'il travaillait dans un collecteur place Pereire. Son corps a été retrouvé à Levallois.François Sizun21 octobre 1913surveillant de travaux qui est mort noyé en voulant longer le fleuve sur une poutrelle alors qu'il surveillait un chantier situé le long des berges de la SeineJean Lagnien29 novembre 1913cantonnier du nettoiementJean Dufour3 juillet 1914bûcheronGabriel-Gustave Péraud8 septembre 1914cantonnier d'empierrementCharles Déchamp24 décembre 1914machinisteArmand Ferron31 mars 1915cantonnier de plantationsArmand Ledanois11 novembre 1915cantonnier de plantationsVictor-Henri Clément8 janvier 1916cantonnier du nettoiementAuguste-Joseph Molet19 novembre 1916charretier du dépôt de RomainvilleAlbert Legris5 décembre 1916chauffeur au service municipalCharles Picard de Muller6 janvier 1917attaché au service du nettoiementJean-Baptiste Lalanne22 janvier 1917cantonnier du nettoiementFrançois Hugon10 janvier 1918cantonnier du nettoiementJean-Baptiste-François Vigne31 mars 1918machiniste du service des eauxFrançois-Marie Neveu4 septembre 1918chargeur de boîtes du nettoiementMarie-Pierre-Albert Feuillet22 novembre 1918cocher aux pompes funèbresPierre-Auguste Millot3 janvier 1920charretier du dépôt de RomainvilleAchille-Alphonse Bidot12 avril 1920charretier du dépôt de RomainvilleJean-Joseph Viossanges18 avril 1920chargeur du dépôt de S OuenFrançois Emery16 mai 1922cantonnier du nettoiementOctave-Henri-Pierre Beland16 octobre 1922cantonnier du nettoiementJean-Ernest Brédier10 janvier 1923ouvrier paveurVictor Glandières7 avril 1923cantonnier du nettoiement mortellement renversé par un chauffeur de taxi rue Saint-MartinFrançois-Léon Roche28 août 1923jardinierFerdinand-Nicolas Crouet4 janvier 1924chef cantonnier du nettoiementEmile-Eugène Haering29 mars 1924cantonnier glutineur mort des suites d'une chute dans l'eau glacée des égoutsJean Fontalanne3 mai 1924cantonnier du nettoiementArthur Degand14 juillet 1924chauffeur d'usineJean-Marie-Donatien Hilleret17 juillet 1928aide d'usineAlexandre-Désiré ?16 mars 1929cantonnier des promenadesCharles Kachel7 septembre 1933égoutier mort intoxiqué dans un égout d'Issy-les-MoulineauxGaston-Julien Dubois22 décembre 1933cantonnier du nettoiementAlbert Couderc5 février 1935cantonnierÉmile-Eugène Cru10 octobre 1937bûcheron élagueurGeorges Achille Painblanc25 décembre 19374 janvier 1938cantonnier du nettoiementPierre-André Chagnoux2 novembre 19397 novembre 1939conducteur d'automobilePierre Lorand20 janvier 194127 janvier 1941cantonnier du nettoiementHenri Clavel24 octobre 19415 novembre 1941ouvrier d'état ajusteurProsper Laurent12 novembre 1941manœuvreJean Corvellec15 décembre 194124 décembre 1941cantonnierMaurice Fourquin18 juin 1943porteur des pompes funèbresAlexandre Dubillot22 décembre 19444 janvier 1945surveillant d'entrepôtFrançois Hervé2 juin 1951éboueurGuy Gacquerelle18 juin 1959chef égoutierMaurice Dragon6 octobre 1969chauffeur en chauffageHenri Palanque9 juin 1971égoutierAndré Chauvel4 juin 1985chef de secteur
Notes et références
Voir aussi
Cimetière du Père-Lachaise Liste des monuments aux morts du 20e arrondissement de Paris Monument des morts au feu, cimetière du Montparnasse, division Monument des morts pour le devoir de la Préfecture de police, cimetière du Montparnasse, division Monument de l'Assistance publique, cimetière du Père-Lachaise Monument aux morts de l'Internat, Hôpital de l'Hôtel-Dieu
Catégorie:Monument aux morts au Père-Lachaise Catégorie:Fondation en 1895 Catégorie:Administration municipale à Paris