La ville impériale libre de Strasbourg (en allemand : ), parfois appelée « république de Strasbourg » (en latin : ), est une ancienne cité-État membre du Saint-Empire romain entre et . Contrairement à d'autres villes de la plaine d'Alsace, elle n'a jamais fait partie de la Décapole.
Strasbourg devient « ville libre » () puis s'affranchit de la domination féodale de son évêque à l'issue de la bataille de Hausbergen le . Dotée d'une constitution durant le Moyen Âge et l'époque moderne, la cité dispose d'un gouvernement et de représentants élus parmi les habitants sans pour autant constituer un régime démocratique. Le pouvoir est exercé par les familles patriciennes de la ville, écartant ainsi les habitants les plus modestes. À la suite de son élection au trône du Saint-Empire, accorde à Strasbourg le statut de « ville impériale libre » () en .
Les traités de Westphalie de accordent au Roi de France des droits sur la plaine d'Alsace à l'issue de la guerre de Trente Ans. La capitulation de Strasbourg du marque la fin de l'indépendance de la ville assiégée par les troupes françaises puis rattachée au territoire français. Ses institutions municipales fixées en continuent d'exister sous l'autorité du Roi jusqu'à la Révolution française et la fin de l'Ancien Régime en .
Histoire Origines Fondée par les Celtes durant l'Antiquité, Strasbourg devient un camp fortifié romain appelé Argentoratum qui intègre ensuite différents royaumes au haut Moyen Âge. Après la fondation du Saint-Empire romain germanique, l'évêque de Strasbourg se voit accorder par l'empereur Otton II la souveraineté temporelle sur la ville qui devient alors une principauté épiscopale en . La cathédrale est bâtie à partir de la seconde moitié du . L'activité commerciale et artisanale se développe également. Un statut municipal est mis par écrit vers et les habitants se trouvent davantage associés à la gestion et à la défense de la ville. La situation amène les bourgeois (en latin : ) à revendiquer une autonomie vis-à-vis du pouvoir des prince-évêques successifs. vignette|gauche|La bataille de Hausbergen, par Émile Schweitzer au .(BNU de Strasbourg) |alt=Dessin de plusieurs dizaines d'hommes en armure et à cheval qui se battent entre eux avec des lances et des boucliers dans une plaine.
En , Strasbourg est élevé au rang de « ville libre » (en allemand : ) sous l'impulsion de Philippe de Souabe et de riches seigneurs alsaciens. Les bourgeois de Strasbourg se rebellent contre l'évêque Walter de Geroldseck qui cherche à les maintenir sous son autorité. Les deux camps entrent en guerre en . Les troupes épiscopales sont défaites par l'armée des Strasbourgeois conduite par le chevalier Reinbold Liebenzeller et le comte Rodolphe de Habsbourg le lors de la bataille de Hausbergen. Vaincu, l'évêque se retire sur ses terres hors de la ville puis meurt au début de l'année suivante.
Séjournant à Strasbourg Richard de Cornouailles, souverain du Saint-Empire, confirme aux bourgeois de la ville leurs privilèges à travers un diplôme le , puis rédige un second texte qui soustrait la cité de l'autorité de l'évêque le . La paix est signée le en faveur des bourgeois de la ville qui voient leur autonomie politique reconnue par le nouvel évêque Henri de Geroldseck, cousin du précédent. Si la principauté épiscopale est amputée de Strasbourg et de possessions avoisinantes, le prélat conserve toutefois des territoires autour de la ville ainsi qu'une autorité spirituelle sur celle-ci. Le pouvoir politique de la nouvelle cité-État passe alors aux mains des riches familles patriciennes de la ville. Désormais affranchie de tout pouvoir seigneurial, Strasbourg devient une puissance dans la région du Rhin supérieur grâce à sa richesse financière et à sa position géographique.
Ville impériale libre vignette|Combats à Strasbourg en , par Émile Schweitzer.(BNU de Strasbourg) |alt=Dessin de plusieurs hommes en armure se battent entre eux avec des lances, des gourdins et des boucliers sur un pont en bois au milieu de maisons en pierre. La puissance de la ville est toutefois mise en cause par des troubles internes entre artisans et nobles dès . Par ailleurs, la lutte entre deux familles patriciennes, les Zorn et les Müllenheim, débouche en sur le « », une rixe sanglante lors d'un banquet. L'affrontement provoque un changement politique en faveur des artisans qui prennent le pouvoir. La révolte des corporations () éclate à Strasbourg en et renverse le pouvoir en place depuis , composé de riches bourgeois qui garantissaient jusqu'alors une protection aux Juifs de la ville. Dans ce contexte déjà tendu, survient la menace de la peste noire qui n'a pas encore atteint Strasbourg. Les nouvelles de sa propagation à travers l'Europe suffisent déjà à créer un climat de panique. La peur est attisée par des provocateurs qui accusent les Juifs d'empoisonner les puits. Les habitants chrétiens réclament que la minorité juive soit tuée. Le débute alors le Pogrom de Strasbourg, ou « massacre la Saint-Valentin », permettant à de nombreux emprunteurs de se libérer ainsi de leurs dettes auprès d'usuriers juifs : personnes sont ainsi exterminées à Strasbourg.
vignette|gauche|Le Pogrom de Strasbourg de , par Émile Schweitzer.(BNU de Strasbourg) |alt=Dessin d'un groupe d'hommes en armure ou en habits religieux qui saccagent des tombes, se livrent au pillage de trésors et jettent d'autres personnes dans les flammes d'un grand bûcher à l'extérieur de murailles en arrière-plan. Malgré les troubles internes, la cité va accroître sa notoriété et de nombreux édifices vont voir le jour. La puissance de Strasbourg se mesure à la construction d'une écurie, d'un grenier à grain et d'un hôtel de ville composé de la et de la . L'ancienne douane () inaugurée en est un élément essentiel du développement. Le Rhin est déjà un lieu de passage majeur pour le transport des marchandises. Le privilège de frapper monnaie et de disposer d'un sceau symbolise le statut de la cité. La qualification de « ville impériale libre » () qui consacre les libertés et les privilèges de Strasbourg ne lui est concédée qu'un siècle après son émancipation du pouvoir épiscopal : l'empereur Charles IV confère à la cité l'immédiateté impériale en . La cité dispose ainsi du droit de siéger à la Diète d'Empire : elle est désormais un état du Saint-Empire à part entière. Les relations entre la ville et l'évêché tendent à la fin du . La situation amène les Strasbourgeois en à enfermer temporairement l'évêque Guillaume II de Diest en raison de sa politique dépensière en faveur de seigneurs laïcs. Dans une décision du , la ville de Strasbourg impose aux nobles patriciens de jurer fidélité et provoque le déclenchement de la guerre de Dachstein : entre et , l'évêque Guillaume tente de reprendre par la force la cité avec l'aide de nobles de la région. Les Strasbourgeois remportent toutefois le conflit et conservent leur indépendance. Malgré cette victoire, ils doivent également se défendre d'autres menaces extérieures à cette même époque. Les activités bancaires et la richesse de leur ville symbolisée par l'achèvement de la cathédrale en suscitent les convoitises. Des chevaliers brigands, les Écorcheurs et les incursions du duc de Bourgogne Charles le Téméraire amènent Strasbourg à améliorer ses fortifications qui évoluent avec la croissance urbaine. Concentrée entre les bras de l'Ill jusque-là, la cité se dote d'un nouveau quartier autour de l'église Saint-Nicolas et de l'Hôpital civil. Apparaissent également la Kruteneau puis d'autres faubourgs. La défense consiste en un mur crénelé avec un chemin de ronde et des tours dont subsistent aujourd'hui la porte de l'Hôpital, les Ponts couverts et des restes de muraille dans une ruelle du fossé des Orphelins.
vignette|Arrivée des Zurichois à Strasbourg dans un temps record en , par Émile Schweitzer.(BNU de Strasbourg) |alt=Dessin d'une longue barge en bois transportant des hommes et un chaudron sur une rivière au milieu d'une ville composé d'une tour et de maison en pierre et en bois. La Réforme protestante marque l'histoire de la ville : les thèses de Martin Luther sont affichées dès aux portes de la cathédrale et sont favorablement accueillies par les dirigeants de la cité. En , Strasbourg adopte la Réforme qui devient religion officielle de la cité en avec l'adhésion de celle-ci à la confession d'Augsbourg. La ville impériale libre se rattache la même année à la Ligue protestante de Smalkalde que combat l'empereur catholique Charles Quint. Ce dernier défait les princes protestants et leurs alliés à la bataille de Muehlberg en . Pour avoir envoyé et à la Ligue, Strasbourg est contraint de payer une amendes de et de verser toutes ses munitions à l'empereur victorieux. Malgré ce revers militaire, le protestantisme gagne du terrain à Strasbourg. En devenant une ville protestante, elle n'est pas autorisée à créer sa propre université. La cité propose déjà de nombreux enseignements, notamment en médecine et en théologie grâce au Gymnase fondé par Jean Sturm en , mais ne donnent pas lieu à un grade universitaire reconnu. La cité conclut plusieurs alliances, notamment avec Zurich dont le rapprochement dès a donné lieu à l'exploit du « » renouvelé en . À la suite d'interminables délibérations, la cathédrale est partagée entre catholiques et protestants à travers l'élection de deux évêques en . La situation aboutit à la guerre des Évêques qui plonge la ville dans d'importantes difficultés financières. Le conflit s'achève en par la victoire des catholiques et la reconnaissance d'un évêque unique. Les tensions religieuses à travers l'Europe amènent au déclenchement de la guerre de Trente Ans en . Dès , Strasbourg conclut un accord avec l'empereur Ferdinand II et s'engage à ne pas prendre part au conflit pour qu'elle puisse fonder son université. À l'issue de la guerre, les traités de Westphalie accordent au royaume de France une partie de l'Alsace mais Strasbourg demeure une cité indépendante au sein du Saint-Empire. Représentée par son diplomate Marc Otto, la cité-État figure sur les accords de paix sous la mention « ». La formulation « république de Strasbourg » est employée par les historiens du pour désigner la ville impériale libre.
Annexion française
vignette|Arrivée de Louis XIV devant Strasbourg le .(Musée historique de Strasbourg)|alt=Peinture d'un carrosse en or transportant un roi et entouré par des plusieurs hommes à cheval ou à pied sur une route en terre battue qui mène à une ville en arrière-plan. À la suite des gains territoriaux de la France en Haute-Alsace en , la ville impériale libre fait face à la politique hégémonique de Louis XIV. Le , une armée de hommes arrive devant Strasbourg : ces troupes françaises sont dirigées par Joseph de Montclar et le secrétaire d'État à la Guerre Louvois. En trois jours de siège, la cité-État cède face à cette démonstration de force. gauche|vignette|Bannière de la ville de Strasbourg entre et , et porte-drapeau avec blasons de la province d'Alsace, de Strasbourg, de Montbéliard, de Mulhouse et du duché de Lorraine.(New York Public Library)|alt=Dessin d'un homme avec de riches habits et portant un drapeau sur son épaule, et entouré par cinq blasons de plusieurs couleurs, avec plusieurs hommes armés de lance en arrière-plan.