L'occupation française de Vintimille et de la vallée de la Roya a eu lieu à la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre le et le . Elle a présenté les caractéristiques d'une tentative d'annexion de la région à la France, qui a échoué en raison de l'opposition de la population locale, du et principalement des alliés anglo-américains. La France obtiendra cependant les villes de Tende et de La Brigue ainsi que quelques territoires supplémentaires à l'issue d'un traité de Paris de 1947.

Contexte historique

L'annexion du Comté de Nice en 1860

vignette|La partie du Comté de Nice annexée à la France en 1860 est représentée en marron. La partie jaune entourée de marron l'est en 1947. Le , par le Traité de Turin, le Royaume de Piémont-Sardaigne donne le Comté de Nice à la France en échange du soutien de Napoléon III à l'Unité italienne. Il est toutefois décidé que les villes de La Brigue et de Tende resteront dans le giron de l'Italie qui allait naître. En effet, Victor-Emmanuel II souhaite les conserver car elles font partie de territoires de chasse royale. En réalité, il s'agit d'une stratégie de défense. Les deux villes permettent de contrôler la ligne de crêtes et d'assurer la défense de la frontière en cas de guerre avec la France.. Elles resteront donc italiennes jusqu'au Traité de Paris de 1947.

L'invasion italienne de 1940

Le , Mussolini attaque la France et établit une zone d'occupation officialisée par l'armistice du 24 juin de la même année. Menton sera annexé. Le , alors que les Allemands envahissent la zone libre, les Italiens en profitent pour agrandir leur zone d'occupation. Le , à la suite de l'armistice de l'Italie avec les Alliés, les Allemands envahissent la zone d'occupation italienne en France.

En à Alger, De Gaulle se prononce en faveur de l'annexion de territoires italiens après la guerre en mettant en avant l'intérêt des populations locales, la défense du territoire national et le rattachement à la France de territoires de langue française...

Fin de la guerre

Les projets de De Gaulle À l'automne 1944, alors que le nouveau gouvernement italien est reconnu par la communauté internationale, la France se trouve affaiblie. Georges Bidault, alors ministre des affaires étrangères, et Maurice Couve de Murville, alors ambassadeur de France en Italie, se proposent de régler les différends avec l'Italie. De Gaulle s'y oppose fermement. gauche|vignette|Le général de Gaulle. Si les liens culturels et historiques avec l'Italie laissent envisager une réconciliation rapide, le général De Gaulle souhaite que l'Italie paie des réparations pour s'être alliée à l'Allemagne et à son désir expansionniste. Il le soulignera lors d'une conférence de presse en . Dans ses projets d'après-guerre, De Gaulle prévoyait l'annexion de territoires italiens, la démilitarisation de la frontière franco-italienne dans les Alpes afin d'assurer durablement la sécurité territoriale de la France et d'éviter une nouvelle agression italienne.

L'hiver 1944-1945 est rude et ne permet pas d'envisager le franchissement des Alpes avant le printemps.. Toutefois, le , le Comité de défense national décide la création du Détachement d'armée des Alpes qui avait pour mission d'envahir le nord de l'Italie dès l'effondrement du front afin d'annexer les territoires convoités et de constituer une zone d'occupation française. L'intention des Français était de profiter de la débâcle allemande pour lancer une offensive de reconquête et s'installer militairement sur le territoire italien. Pour beaucoup de soldats, il s'agit d'une revanche puisqu'ils s'étaient déjà battus sur le front des Alpes en 1940. Cette unité sera cependant peu considérée puisque le front principal est celui qui se dirige vers l'Allemagne. Elle recevra donc peu de ravitaillements de la part des Alliés. Le général Doyen prendra la tête du commandement le . Une zone d'occupation française en Italie devait permettre à la France de participer aux négociations de paix avec l'Italie au même titre que les alliés anglo-américains.

L'opinion publique en 1944 Parallèlement à cela, l'opinion publique commence à se mobiliser autour de cette question. En , deux articles sont publiés dans le journal Combat en faveur de l'annexion de territoires italiens en particulier des deux villes de Tende et de La Brigue. Ces articles révèlent que la question de l'annexion est étudiée depuis le mois de par un comité clandestin dirigé par le Docteur Paschetta, président du Club alpin français. Ce comité dont les conclusions ont été transmises à De Gaulle prônent l'annexion de toute la Vallée de la Roya jusqu'à Vintimille. Durant l'automne-hiver 1944-1945, des intervenants de différents horizons (économistes, historiens, ecclésiastiques, parlementaires, etc.) se prononcent à leur tour en faveur de l'annexion.

Le est fondé à Nice un comité en faveur du rattachement de ces deux villes à la France. Le comité atteindra 1500 membres à la fin de la guerre.

En , une enquête des services de renseignements affirment que toute la Riviera italienne jusqu'à Gênes serait favorable à une annexion à la France avançant même le chiffre de 90 % si jamais un référendum était organisé.

À l'instar du journal Combat, d'autres journaux se positionnent sur le sujet : L'Aurore, L'Ergot se sont également prononcés en faveur de l'annexion.

La libération et l'occupation française La deuxième bataille des Alpes Les armées du gouvernement provisoire de la République française de De Gaulle ont libéré Menton de l'occupation nazie dès le , mais Vintimille est restée aux mains des Allemands presque jusqu'à la fin de la guerre. La ville a donc dû subir des bombardements aériens incessants de la part des Américains depuis le mois d'. La quasi-totalité de la population s'est alors réfugiée dans les collines environnantes. Seuls 700 habitants restent en ville et se terrent dans les caves. La ville est détruite à 90 %. L'accueil de la population est froid mais non hostile.

L'attaque préparée par le général Doyen en ne prévoyait officiellement pas le franchissement de la frontière. Il ne s'agissait que de reprendre les trois villages français de la Vallée de la Roya : Saorge, Fontan et Breil-sur-Roya. Ces trois communes se trouvaient cependant sur la route qui mène à Tende et à La Brigue. Le plan permettait donc de se diriger vers l'Italie sans dévoiler la volonté des Français de passer la frontière. Pour s'assurer du soutien américain, le plan envoyé par le général Doyen au général Devers ne faisait part que d'une volonté de libérer le territoire national. Le feu vert sera donné le avec une autorisation de franchir la frontière italienne de sans aller au delà des villes de Coni et d'Imperia ce qui correspondait plus ou moins à la zone d'occupation prévue par le général De Gaulle. Les Américains encouragent les Français à maintenir la pression sur le front de manière à faciliter le travail sur les autres fronts.

L'assaut est donné le . Lorsque les Anglo-Américains ont percé la ligne gothique, les Allemands en retraite ont rapidement abandonné Vintimille. La ville était déjà difficile à défendre dans la soirée du , ils la quittèrent définitivement dans la nuit du 24 au , après avoir fait sauter le pont routier sur la Roya et la passerelle sur la .

L'occupation française Les Alpes-Maritimes sont libérées le . Le lendemain, les troupes françaises entrent en Italie lors de l'opération "Pingouin".. Vintimille est occupée le jour même sans effusion de sang, avant l'arrivée des Anglo-Américains, alors que la ville était déjà occupée par la résistance italienne du détachement de la brigade d'assaut "Luigi Nuvoloni". Entre 21 heures et 22 heures, vingt-deux soldats algériens, appartenant au bataillon de marche nord-africain, sont arrivés dans la ville frontalière en provenance d'Olivetta San Michele.. Les tirailleurs sénégalais prennent Bordighera sans faire face à aucune résistance.

La déroute des Allemands et des Italiens laisse penser que la route vers Turin est ouverte. Le , Mussolini est arrêté et Himmler offre une capitulation sans conditions de l'Allemagne. Le général Doyen, conscient que la fin de la guerre était proche, tente d'avancer le plus loin possible en territoire italien. Le , au moment de la reddition des troupes allemandes en Italie du nord, les Français contrôlent toute la Vallée de la Roya ainsi que les deux versants du col de Tende.

À San Remo, les partisans italiens ont devancé les Français et ont pris le pouvoir à la suite du départ des Allemands. Les bombardements français se sont toutefois poursuivis jusqu'au et ont pris fin lorsqu'une délégation de citoyens s'est rendue à Menton pour signaler que les Allemands étaient partis. vignette|Des troupes coloniales françaises pendant l'occupation de Vintimille.|alt=|300x300px À partir du , en plus de Vintimille, les troupes françaises occupèrent toutes les principales villes des vallées avoisinantes pour atteindre vers la mi-mai une ligne allant de Bordighera à Bajardo et Piaggia. Le , les troupes françaises allèrent plus loin, avec un détachement du régiment des tirailleurs sénégalais sous les ordres du major Lécuyer. Ce dernier se rendit à Imperia, où il effraya tout de suite les autorités locales, ces dernières craignant les éventuelles perspectives d'annexion des Français. Ils se retirèrent pourtant après quelques jours pour laisser place à un détachement américain de la ligne gothique. Les Allemands présents en Italie du Nord capitulent le .

Quelques jours après l'entrée des troupes françaises dans la ville, le représentant de l'autorité militaire française, le lieutenant-colonel Romanetti, s'est installé à la mairie. Il y reçut en visite officielle le le général Paul Doyen, commandant du détachement d'armée des Alpes alors que le , le CLN de Vintimille avait demandé à Romanetti quelles fonctions il pouvait encore exercer sous le nouveau régime d'occupation. Le , celui-ci répondit que l'autorité militaire française ne considérait pas utile l'existence d'un CLN puisque toutes les fonctions gouvernementales et administratives étaient déjà exercées par l'autorité d'occupation en collaboration avec le conseil municipal italien qui restait strictement contrôlé par les organes militaires français.

L'occupation française de la zone, contrairement à l'occupation alliée dans le reste de l'Italie, avait dès le début les caractéristiques d'une annexion, avec la création immédiate d'un nouveau poste frontière entre l'Italie et la France entre Bordighera et Vallecrosia. Un poste de contrôle y a été établi par la police des deux États afin d'effectuer des formalités douanières exactement comme à n'importe quel point de passage frontalier entre deux États souverains au point de hisser les drapeaux italien et français. Toute la zone de Vintimille et les collines au-dessus ont ainsi été intégrées au territoire français et leur accès était également interdit aux non-résidents. Les villes de Tende, La Brigue et Vintimille sont annexées au département des Alpes-maritimes..

La population qui commençait à rentrer chez elle a été recensée et a obtenu un laissez-passer français temporaire pour pouvoir se rendre en Italie. Le franc français a été introduit, les toponymes ont été modifiés (Vintimille au lieu de Ventimiglia) et il fut interdit de distribuer des journaux en italien.

Des inscriptions sont apparues sur les murs demandant le rattachement à la France et revendiquant la Vintimille française. Des référendums ont été organisés en faveur de l'annexion à la France et un parti pro-français a été créé pour promouvoir le rattachement en achetant des votes en échange de nourriture et d'argent.

L'opposition des Américains