La christologie est la discipline de la théologie dogmatique chrétienne qui étudie la personne, la doctrine et l’œuvre de Jésus-Christ.. Elle traite plus particulièrement de la nature de Jésus et de son rapport à Dieu : Jésus est-il le fils de Dieu, le fils adoptif, un être purement humain ou purement divin ? Ces questions portent sur la personne du Christ, une personne en deux natures, et non sur l'être de Dieu : la christologie se distingue en cela de la doctrine de la Trinité, qui porte sur le Dieu unique en trois personnes, les deux doctrines étant reliées par l'incarnation..
Les questions christologiques jouent un rôle déterminant dans tous les domaines de la théologie chrétienne : la Création ; le péché ; la transcendance ; la sotériologie. Aucune théologie chrétienne ne fait l'économie de l'interrogation sur la personne du Christ et sa résurrection.
Cette étude part notamment des titres donnés à Jésus dans le Nouveau Testament, tels que Christ, Seigneur, Fils de Dieu, Messie et, par conséquent, réfléchit à l'identité du Christ et à la signification du titre de Christ. Les grandes définitions dogmatiques au cours des , par les conciles œcuméniques, n'ont pas épuisé le sujet. Elles en marquent cependant une étape essentielle. La réflexion théologique sur le Christ a continué non seulement durant toute la période patristique, mais encore à l'époque médiévale, à la Renaissance et à l'époque moderne.
Actuellement, les discussions sont toujours actives en Allemagne, aux États-Unis, en France, en Grande-Bretagne, en , en , en Inde… L'articulation entre « Jésus » et « Christ » ne va pas de soi ni au même rythme pour tous les chrétiens. À ce débat s'en ajoute un autre : celui de l'interaction entre la théologie et la philosophie.
La christologie et le Nouveau Testament Le principe sous-jacent de la christologie est que le Nouveau Testament permet de cerner la réalité de Jésus-Christ, que ce soit explicitement ou implicitement..
Elle se réfère pour la compréhension de sa nature divine aux titres qui lui sont donnés par ses disciples, tels que « Fils de l'Homme » ou Messie.
La distinction s'est imposée au entre le Jésus de l'histoire et le Christ de la foiL'expression est passée dans le domaine public à partir du titre du premier ouvrage de David Strauss (1808-1874). Dans le premier cas, si l'on fait référence à « Jésus », on parle de Jésus de Nazareth, homme inscrit dans une époque et un territoire, que l'on pense pouvoir connaître à travers diverses sources écrites. Durant une première période, l'historien comme le théologien d'aujourd'hui distingueront ce qui relève des « sciences sacrées » et des « sciences religieuses »Comme le montre cet exemple pratique publié par le groupe "Mythe et Histoire" de l’université de Caen, en 1992 : | Un aspect du passage des sciences sacrées aux sciences religieuses, Harnack, Freud, Loisy. Dans le second cas, lorsqu'on parle de « Christ », on évoque le Jésus de la foi chrétienne, comme « Christ et Seigneur », c'est-à-dire Jésus-Christ. Le mot « Christ » désigne l'oint, l'élu de Dieu. , christos en grec, signifie « enduit », « oint », puis « qui a reçu l'onction sainte » ; il renvoie à « Messie », translittération du mot hébreu מָשִׁיחַ, mashiah.
Christologie haute et christologie basse On a parfois différencié la « christologie haute » (ou « élevée ») et la « christologie basse », en fonction du point de départ de l'exposition de la foi. Ces deux approches ne sont pas incompatiblescf. Raymond E. Brown, La Communauté du disciple bien-aimé, éd. Cerf, 1983, et Jésus dans les quatre Évangiles, éd. Cerf, 1996, ..
Christologie haute vignette|Dieu se reposant après la Création, mosaïque de la cathédrale de Monreale (), Sicile. La « christologie haute » étudie le Christ en partant de sa position élevée dans les cieux, c'est-à-dire de sa divinité, de sa préexistence et de son éternité ; sa méthode d'analyse dessine un mouvement descendant. Cette forme de christologie est traditionnelle, comme l'explique Henri BlocherSite évangélique baptiste egliseespoir.. Pour Raymond Brown, elle conçoit Jésus comme appartenant à la sphère de la divinité et applique, par exemple, un titre comme « Fils de Dieu » pris au sens littéral, impliquant alors une origine divine à l'exclusion de toute métaphore. De même, le titre « Seigneur » est pris au sens fort et devient une titulature cultuelle, à partir du terme de politesse initial qu'il est au temps de Jésus (avec le sens de « maître »). Cette christologie, au contraire de christologies dites adoptianistes, inclut généralement la perception de la préexistence de la divinité de JésusRaymond E. Brown, Jésus dans les quatre Évangiles, éd. Cerf, 1996, ..
Christologie basse La « christologie basse » décrit un mouvement ascendant : elle part de Jésus en tant qu'homme et des événements de sa vie pour comprendre qui est le ChristSite egliseespoir.. Raymond E. Brown note qu'elle applique à Jésus une titulature issue de l'attente messianiste de l'Ancien Testament, voire de la période intertestamentaire, qui n’impliquent pas nécessairement la divinité. Elle utilise des termes comme « messie », « serviteur », « prophète », « seigneur » ou encore « fils de Dieu » qui est alors une désignation métaphorique du roi comme représentant de Dieu. Ce type de titres n'exclut néanmoins pas pour autant l’idée de la divinité de Jésus.
Christologies ontologique et empirique Le théologien protestant Raphaël Picon propose quant à lui la distinction « christologie ontologique/christologie empirique », qui lui semble préférable en ceci qu'elle n'induit aucun jugement de valeurRaphaël Picon, Jésus et Jésus-Christ, in Théolib , juillet 1998.
Le débat historique Des chercheurs allant de Rudolf BultmannRudolf Bultmann, Das Evangelium des Johannes, 1957 ; en français : l'évangile de Jean, 1986. Bultmann attribue le phénomène hypostatique à une source mandeiste. à Adela Yarbro CollinsAdela Yarbro Collins, Mark and his readers, the Son of God among Greeks and Romans, The Harvard Theological Review 2000 et Adela Yarbro Collins, Mark and his readers, the Son of God among JewsThe Harvard Theological Review , 1999 ont argué que le développement trinitaire provenait de l'irruption des « pagano-chrétiens » dans le christianisme débutant face aux « judéo-chrétiens ». L'école anglo-saxonneDaniel Boyarin, op.cit. infra reformule la question sous deux aspects : le moyen ou néo-platonisme ne se situait pas en opposition face au judaïsme alexandrin mais en faisait partie, ce qui explique largement les conceptions d'Origène ; chez Philon d'Alexandrie, un certain binitarisme juif apparaît sous les traits du « verbe de Dieu » (o theoû logos que Philon nomme parfois « Fils de Dieu », par exemple dans le De agricultura §51) ou dans le Memra du Talmud dont on pourrait bien retrouver l'écho dans le prologue de Jean ; ce Memra a fréquemment sa place parmi les anges comme on le trouve chez Justin de Naplouse ; l'idée de « deux pouvoirs dans les cieux » est aussi connue comme l'hérésie de Rabbi AkivaAlan F. Segal, Two Powers in Heaven: Early Rabbinic Reports About Christianity and Gnosticism, en ligne ici.
Dans ce contexte, aussi bien la christologie d'Arius (qui lance le débat conciliaire) que celle d'Athanase qui le clôt mais aussi des christologies angéologiques plus particulières comme celle des Témoins de Jéhovah ou celles de l'Islam, s'abreuveraient à la même source.
Historique Les premiers siècles L'Église ancienne se définit comme « les enfances du christianisme » selon le mot du pasteur André TrocméAndré Trocmé, L'Enfance du christianisme, éd. Noésis, 1997, c'est-à-dire avant l'instauration d'un christianisme d'État dont le « président » serait l'empereur de ConstantinoplePaul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, éd. Albin Michel, 2007, ..
Auparavant, le débat christologique est la règle, y compris entre les quatre évangiles et les épîtres de Paul de Tarse, comme le montre le père BoismardMarie-Émile Boismard, À l'aube du christianisme, avant la naissance des dogmes, éd. Cerf, 1998.
Aucune centralité susceptible de régulation n'existe alorsPaul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Paris, Albin Michel, 2007.. Chaque évêque est maître chez soi (surtout dans les grandes communautés de chrétiens comme celle d'Égypte dont Arius est issu) sauf à dépendre d'un métropolite qui ne sera instauré qu'en 325, à l'imitation de la situation égyptienne, la seule « Église » comptant 100 épiscopesRichard E. RUBENSTEIN, Le jour où Jésus devint Dieu, l'« affaire Arius » ou la grande querelle sur la divinité du Christ au dernier siècle de l'Empire romain. Le concile régional est une habitude comme le montre un concile antérieur réuni en Anatolie à l'instigation d'Eusèbe de Césarée vers 322Ce concile précède Nicée et Nicée cherche à contrecarrer ce concile qui validé l'orthodoxie d'Arius. Richard E. Rubenstein, Le Jour où Jésus devint Dieu, éd. La Découverte, 2004, ..
La question des origines du christianisme est problématique en soi, selon qu'on se réfère à la théologie dogmatique de telle ou telle Église ou aux diverses écoles d'historiensEn particulier l'école anglo-saxonne, telle que réunie au colloque Oxford Princeton ; The ways that never share considère que le christianisme ne commence qu'avec la dogmatisation du . ; Jésus-Christ est considéré comme l'unique SauveurOHLIG, Karl-Heinz (dir), Christologie (2 tomes). Tome 1 : Des origines à l'Antiquité tardive, textes en main, Cerf;. Pourtant, si la conscience de cette réalité ne fait aucun doute, la formulation ne va pas sans tâtonnements. Les Pères de l'Église fondent alors leur réflexion sur les textes de la Bible, regardés comme un ensemble cohérent dont les différentes parties se complètentÀ l'inverse, les chercheurs biblistes contemporains les regardent comme des textes indépendants. Voir par exemple le travail d'Adrian Schenker o.p. et alii, portant sur l'Ancien Testament dans L'Enfance de la Bible hébraïque, Labor et Fides.. Durant plusieurs siècles, l'alternance des opinions et des doctrinesOHLIG, Karl-Heinz (dir), Christologie, I, Des origines à l'Antiquité tardive, CERF 1996 . amène les théologiens à définir avec une précision de plus en plus fine le dogme de leur Église.
Le débat christologique n'est pas le seul fait des élites et peut nourrir de vives controverses chez les individus les plus humblesL'ensemble de cette section doit beaucoup à l'ouvrage de Bart D. Ehrman, Les christianismes disparus, la bataille pour les Écritures apocryphes, faux et censures, Bayard, 2007, le dossier paru dans le Monde de la Bible , 2002, présentant les « Querelles sur la divinité de Jésus », au recueil d'articles piloté par Pierre Geoltrain, Aux origines du Christianisme, éd; Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000. Il n'est toutefois pas possible de rendre à chacun de ces ouvrages ce qui lui revient en propre. : un sermonSermon "Sur la divinité du Christ et de l'Esprit, et sur Abraham" de Grégoire de Nysse à ses fidèles de Constantinople, à la fin du , en atteste en dépit et contre la dogmatisation commençante :
Nombre de christologies se sont développées entre le et , ce dont témoignent une foule d'apocryphes publiés à cette époqueRémi Gounelle, Les images de Jésus dans la littérature apocryphe, in Évangile et Liberté, , 2001, cahier 203, .. Avant 70, voire 135, le christianisme doit être considéré entièrement comme une forme de judaïsme dont il va s'extraire et se différencier progressivement.. Le débat entre diverses écoles de pensée, qui disputent et parfois s'excommunientPour un survol, cf. article herem ; pour un approfondissement, cf. Jacob Neusner, Le judaïsme à l'aube du christianisme, Cerf, Paris 1986 et plus récent Dan Jaffé, Le Judaïsme et l’avènement du christianisme, éd. Cerf, 2005, y est donc la règle, comme le reflète le Talmud qui voit le début de la mise par écrit de la Mishnah dans cette période.