Le terme de Celtibères se réfère généralement aux peuples celtiques ou « celtisés » de la péninsule Ibérique. Ils sont nommés ainsi par les géographes grecs. Ces peuples celtibères habitaient à l'ouest des Monts ibériques (en latin : Idoubeda). Les Romains les considéraient comme un mélange de Celtes et d'IbèresMartial, Épigrammes., mais en les différenciant ainsi de leurs voisins, c'est-à-dire des Celtes du plateau et des Ibères de la côte.
Aujourd’hui il est convenu de partager la péninsule en deux zones linguistiques, avec une ligne allant des Pyrénées jusqu’à l’embouchure du Guadiana, et comprenant le centre et l’ouest pour les peuples dénommés celtibères. Venceslas Kruta, Les Celtes : Histoire et dictionnaire Collection, p. 530.
Les archéologues datent souvent l’apparition d’une culture celtibère, différenciée de celle des Ibères au début du second âge du fer. Il semble plus difficile de dater l’arrivée sur la péninsule des peuples celtes proprement dits. Les sont la période la plus florissante. Toutefois, la culture celtibère présente souvent plus d’affinités avec la culture des Ibères qu’avec les Gaulois contemporains, ce sont des peuples celtes qui se sont « ibérisés ». Définition Le terme Celtibères fait généralement référence aux peuples vivant dans le centre et l'ouest de la péninsule Ibérique, ainsi qu'aux langues que ces groupes parlaient. Il en existe d'autres avec d'autres noms (Vettons, Vaccéens, Lusitaniens, Carpetanos, etc.) Ces peuples celtíbères, qui habitaient la Cordillère CantabriqueLes Romains les appelaient Idoubeda., était considérés par les Romains comme un mélange de Celtes et d'IbèresMartial ( ) se considérait ainsi dans une de ses Épigrammes : « Pourquoi m'appelles-tu frère, alors que je descends des Celtes et des Ibères et que je suis citoyen du Tage ? ». Les tentatives de définition par les spécialistes tentant de passer par un modèle d'expansion des celtes, devant dès lors s'appuyer sur des éléments hallstatien ou laténien sont trop insuffisamment appuyés par l'archéologie. Les éléments archéologiques ibériques tendent même plutôt à indiquer un mouvement opposé dans lesquels les peuples ibériques influencent l'évolution des motifs hallstatiens. Le concept Celtibère serait dès lors à relier à une culture archéologique plus ancienne, celle du complexe des champs d'urnes et à un groupe proto-celtique déjà implanté au à partir duquel s'appuient les peuplement ultérieurs.
La culture celtibère dans la péninsule Ibérique s’achève avec la conquête romaine, à laquelle beaucoup de tribus se sont opposées. Les cultures antiques de la péninsule Ibérique restent toutefois l'objet de controverses, aussi bien archéologiques qu'historiques. Si certains auteurs se prononcent en faveur d'une Espagne de culture antique celte, de nombreux historiens et archéologues, en particulier espagnols, restent dubitatifs au regard de la faiblesse du matériel archéologique et historique celte en comparaison de ce qui peut exister en Gaule ou en Bretagne.
L'un des aspects les plus controversés, essentiel pour la délimitation de la Celtibérie, est celui des ethnies ou populi, qui d'après les auteurs classiques faisaient partie du groupe celtibérique. Les peuples mentionnés sont divers. Strabon considère que les Aérovacos et Lusones sont deux des quatre peuples de la Celtibérie, bien qu'il ne cite pas les deux autres ; au moins par leur ethnonymes (?) et par la narration des guerres celtibériques et lusitaniennes, nous savons que ce seraient les Bellos et les Tittos, qui ne sont plus cités après 143 Il est plus difficile de remplir la cinquième part à laquelle se réfère Strabon, sans aucun détail. Pline l'Ancien signale de façon très claire les Pelendones comme peuple celtibère, bien qu'en suivant Appien, les Vaccéens, les Berones ou même les Celtibères mentionnés de forme indépendante d'Arévacos et de Pelendones par Ptolémée.
Les auteurs anciens sont très concis quant aux références de ces peuples. Les Berones, ainsi que les Vascons sont seulement nommés et très sobrement, dans les guerres sertoriennes. Si au début les sources sont dubitatives sur la délimitation de ce que l'on entend par la CeltibérieNous trouvons cette région mentionnée pour la première fois par Tite Live lorsqu'il raconte les évènements de l'année 218 ., plus tard, à mesure que la conquête progressait territorialement, elles repèrent deux grandes zones principales, les Arvaques, et peut-être les Pelendons en contrôlant la Celtiberie ultérieure (province de Soria, la plupart de la province de Guadalajara, jusqu'à la naissance du Tage, la moitié orientale de la province de Ségovie et le sud-est de Burgos ; parmi leurs villes sont remarquables Secontia (Sigüenza), Numantia (Numance), Uxama, TermesCitée par Apiano 141 , et Clunia. D'autre part on trouve la terre des , des Bellos et des Lusones, ou Celtiberie Citérieure (ils peuplent les terres autour des rivières :es:Jalón, alto Tajuña, Jiloca y Huerva), avec des villes comme Segeda, Bilbilis (Calatayud), Tierga, Botorrita ou Complega.
Histoire
Historiographie Les premières références sont effectuées par Hérodote qui les qualifie d'. L'étude des textes antiques ne démarre qu’au et n'acquiert une dimension scientifique qu’au début du , avec les travaux de Cerralbo, Schulten, Taracena, Caro Baroja, notamment, et trouve une nouvelle impulsion à la fin du siècle. Malgré cet exceptionnel patrimoine littéraire, on discute encore aujourd'hui des points clés pour définir cette étude : limites de leurs territoires, de leur langue, de leur vraie personnalité et de leur généalogie.
Gestation de la société celtiberique L’arrivée des Celtes en Europe occidentale est communément datée de la première moitié du Arrivés dans la péninsule Ibérique, ils se sont mêlés aux nombreux peuples autochtones, dont les Ibères. Hérodote évoque l'histoire du roi Arganthonios du pays de Tartessos qui aurait régné vers le lorsque ce dernier vient en aide à la ville de Phocée. Les populations celtophones qui occupent la péninsule Ibérique depuis le sud du Portugal jusqu'au Pays basque sont alors le résultat d'un long processus de celtisation favorisé par le caractère mobile de ces populations. Ces mouvements s'inscrivent durablement dans certains principes de la société, comme avec le kortika kar (pacte d'hospitalité) que les auteurs latins nomment hospitium.vignette|Bronze de Botorrita, alphabet ibère. Pendant les et se manifestent dans le secteur central du haut Tajuña et du haut Henares de la Celtibérie une série de nouveautés dans le schéma d'implantation, dans le cérémonial funéraire et dans la technologie, qui indiquent l'évolution vers une société à forte composante guerrière. Dans les cimetières, dès le début, on démontre déjà une forte hiérarchisation sociale, où la panoplie d'armement apparaît comme un signe de prestige. La documentation sur les tumuli ou les alignements de tombes, qui seront généralisés dans les siècles suivants, est abondant. Les élites se reconnaissent par la panoplie des enterrements, et peuvent être la conséquence de l'évolution in situ de la culture de Cogotas, mais avec d'importants apports culturels de la culture des champs d'urnes.
Cette nouvelle organisation a promu une croissance démographique et développé une concentration croissante des richesses et du pouvoir à travers le contrôle des ressources naturelles (pâtures, salines, etc.) et de la production de fer, dans les gisements du système Ibérique, ce qui a permis l'apparition rapide d'une société hiérarchisée de type guerrier, profitant de la situation privilégiée qu'offre le passage naturel entre la vallée de l'Ebre et la Meseta.
Aristocrates guerriers vignette|300px|Ethnographie ibérique vers Depuis la fin du ou aux débuts du , dans les cimetières de la Meseta orientale, on trouve des riches attirails militaires, avec présence d'épées, et une grande accumulation d'objets somptuaires en bronze, des casques, des disques-cuirasse, umbos, parfois gravés. Les nécropoles, aux aménagements caractéristiques en rues parallèles, avec un matériel funéraire qui indique une société hautement hiérarchisée, seraient à associer à des groupes aristocratiques.
Dans cette phase, le plateau oriental (de la Meseta) s'avère être un foyer important de développement, avec un abondant matériel funéraire. Il faut inclure dans sa zone d'influence des régions du sud de la province de Soria, où l'on trouve des fibules, des broches, des pectoraux, des armes et des parures de cheval, ce qui prouve qu'un nombre réduit de personnes possédaient les chevaux, chevaux qui ont dû être utilisés pour des petites razzias contre les peuples voisins, bien que pour les armes leur valeur symbolique comme objets de prestige devait primer.
Société guerrière vignette|300px|La péninsule Ibérique vers -200. À partir de la fin du et durant les deux siècles suivants, le foyer de développement localisé dans les grands bassins du Tajuña, du Henares et du Jalón se déplace vers le Haut Douro, avec l'augmentation de la prépondérance que va jouer, à partir de ce moment, l'un des populi celtibères, avec plus de vigueur dans la période des luttes contre Rome, les Arvaques, dont la supériorité se situerait dans cette phase. Selon Alberto J Lorrio, c'est à cette ethnie que l'on doit les enterrements de la marge droite du haut Duero, où les tombes avec panoplie militaire sont nombreuses et permettent de témoigner d'une société avec une classe militaire majoritaireLes citations des auteurs anciens sur la bellicosité de ces peuples sont fréquentes..
Dans la zone centrale de la Celtibérie, les tombes avec des panoplies militaires diminuent jusqu'à presque disparaître, ce qui n'indique pas de disparition de la société guerrière durant le développement des Guerres celtibériques (?), mais une évolution vers une organisation sociale urbaine, avec une dissolution des liens sociaux, basés sur la parenté.
Le développement du mercenariat les amène à participer à de nombreux conflits aux côtés des carthaginois, mais également des grecs comme c'est le cas avec Denys l'Ancien qui emploie des mercenaires celtibères en 369, ou des romains en 212.
Dans la première moitié du , des apports celtiques transpyrénéen se font et les premiers objets d'influences laténienne sont observés. Cette introduction coïncide avec l'implantation des Volques en Gaule. Les contacts se renforcent en parallèle de l'essor du mercenariat auquel les peuples celtes et celtibères participent, notamment avec Carthage.
Guerres celtibériques, lusitaniennes et cantabriques
Après avoir été évincé de Sicile et de Sardaigne en 237 av. J.-C., les Carthaginois entament une politique de conquête territoriale de la Péninsule ibérique. En effet, les ressources ibériques deviennent économiquement vitales pour Carthage. Hamilcar Barca se heurte aux puissances celtibères mais parvient à progresser vers le nord le long de la côte. En 220 avant J.-C., l'armée punique est attaquée alors qu'elle s'apprête à traverser le Tage par une coalition de Vaccei, Carpetani et Olcades. Malgré ces affrontements, pendant la deuxième guerre punique, les Celtibères servent le plus souvent d'alliés ou de mercenaires de Carthage dans son conflit avec Rome, et traversent les Alpes dans les forces mixtes sous le commandement d'Hannibal. Sous Scipion l'Africain, les Romains réussissent à sécuriser des alliances et à changer les allégeances de nombreuses tribus celtibères, en utilisant ces guerriers alliés contre les forces carthaginoises et leurs alliés en Espagne. Après le conflit, Rome prend possession de l'empire punique en Espagne, et certains Celtibères défient bientôt la nouvelle puissance dominante qui se profile aux frontières de son territoire.