La Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994), couramment appelée commission Duclert, est créée le par Emmanuel Macron, pour ouvrir et étudier les archives de l’État français concernant le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda. Elle est présidée par l'historien Vincent Duclert.

Un communiqué de l’Élysée, publié après la réception par le président de la République de membres de l'association Ibuka, association de rescapés du génocide des TutsiL'usage universitaire considère invariables les mots rwandais écrits en Français car les règles du pluriel en Kinyarwanda utilisent un préfixe, le préfixe « ba »., annonce la création de cette commission en ces termes :

Ce groupe d'historiens remet son rapport final au président Macron le . Il conclut à de lourdes responsabilités du pouvoir français. Toutefois, il écarte le terme de complicité de génocide, l'intention de ce pouvoir français de l'époque et en particulier de François Mitterrand n'étant pas une volonté génocidaire (mais étant sans doute de maintenir une influence française la plus forte possible sur le pouvoir rwandais, et de démontrer sa fidélité à ses amis au sein de ce pouvoir).

Contexte historique Depuis 1993, des voix s'élèvent en FranceLa contestation la plus ancienne fut celle de Jean Carbonare, président de l'association Survie, qui avait participé à une enquête au Rwanda avec la Fédération internationale pour les droits humains. De retour en France il s'exprima au journal de 20 heures, interviewé par Bruno Masure en en alertant l'opinion sur l'engagement de la France aux côtés d'un État où étaient commis des crimes contre l'humanité et se dessinait un possible génocideOn remarqua également en mai 1994 l'interview du docteur Jean-Hervé Bradol de Médecins sans frontières par Patrick Poivre d'Arvor sur TF1 qui mit en cause l'action des autorités françaises au Rwanda pour dénoncer l'action de la France au Rwanda à partir du début des années 1990 et du déclenchement du conflit provoqué par la volonté des exilés rwandais regroupés dans le Front patriotique rwandais (FPR) essentiellement Tutsi, d'imposer par les armes leur retour au Rwanda. La France s'engage militairement dès le début du conflit aux côtés du régime rwandais, elle est présente au Rwanda jusqu'à la fin du génocide. Après les événements, cette contestation ne cesse de s'amplifier dans les médias, notamment à travers les articles du journaliste du Figaro, Patrick de Saint-Exupéry en , jusqu'à provoquer la création d'une mission d'information au parlement français. Simultanément, sur la plainte des familles des pilotes français de l'avion du président du Rwanda Juvénal Habyarimana, abattu le 6 avril 1994, le juge Jean-Louis Bruguière est chargé de l'enquête en .

En , un groupe de citoyens constitués autour de l'association Survie et de son président François-Xavier Verschave réunissent une commission d'enquête citoyenne. Parallèlement, des éléments de l'enquête du juge Bruguière commencent à être publiés dans Le Monde, accusant le FPR d'être auteur de l’attentatCe qui va à l'encontre des rapports de la DGSE qui, dès mai 1994, conclut que le FPR est probablement étranger à l'attentat.. Le , Paul Kagamé, devenu président du Rwanda, dénonce le rôle de la France pendant les cérémonies de commémoration du génocide et provoque le départ du représentant français, Renaud Muselier. Fin , a lieu une rencontre entre le ministre des affaires étrangères français, Michel Barnier, et celui du Rwanda, Charles Murigande. Après cette rencontre, le ministre français parle d'un projet de travail de mémoire commun avec le Rwanda, et le Rwanda annonce la création d'une commission pour étudier « l'implication de la France dans le génocide »Le Rwanda va enquêter sur l'implication française, L'Obs du 4 aout 2004 . À la suite de ses travaux, la commission d'enquête citoyenne publie un rapport en et annonce par la voix de ses avocats, Antoine Comte et William Bourdon, le dépôt de plaintes de Rwandais contre X, militaires de l'armée française.. En , l'écrivain Pierre Péan publie Noires fureurs, blancs menteurs, contre la mouvance française qui met en cause l'action de la France au Rwanda, particulièrement contre l’association Survie, qu'il qualifie de « cabinet noir du FPR en France » et contre les Tutsi, qu'il accuse de mensonges et de manipulations, et renouvelle les fuites de l'enquête du juge Bruguière.

Fin 2006, le juge Bruguière publie son ordonnance, accusant le FPR d'avoir abattu l'avion du président Habyarimana et donc d'avoir déclenché le génocide des Tutsi. Le Rwanda rompt immédiatement ses relations diplomatiques avec la France. En , le Rwanda publie le rapport, daté de 2007, de sa commission sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsi, créé en 2004. Ce rapport rwandais, dit rapport Mucyo, est très mal reçu par ceux qui y voient une atteinte à l’honneur de la France et de son arméeDes militaires français, anciens du Rwanda, ont créé l'association France Turquoise pour peser dans le débat public, et qui le minimisent en n'y voyant qu'une réponse du Rwanda à l'ordonnance du juge Bruguière. Cette ordonnance aboutit en à l'arrestation d'une des accusées membre du FPR, en Allemagne et remise à la France, Rose Kabuye, ce qui permet au Rwanda d'avoir accès au dossier judiciaire. Cette accusée est relâchée après quelques mois par les nouveaux juges d'instruction, Marc Trévidic et Nathalie Poux, qui décident d'une enquête balistique concernant l'attentat du 6 avril 1994 sur le terrain. Cette enquête conclut que les auteurs de l'attentat ont tiré sur l'avion du président rwandais à partir de son principal camp militaire.

Les relations avec le Rwanda se réchauffant, le président français, Nicolas Sarkozy, se rend au Rwanda en et reconnaît des « erreurs de jugement » et un « aveuglement » de la part de la France dans les événements du Rwanda. En 2014, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), créé en 2001 par Alain et Dafroza Gauthier, voit ses efforts couronnés par un premier procès d'un Rwandais, Pascal Simbikangwa, accusé de génocide devant la justice française. Il est condamné. D'autres procès de Rwandais accusés de génocide suivront. En 2015, François Hollande annonce l’ouverture des archives aux chercheursGénocide au Rwanda : la présidence française annonce la déclassification de ses archives, Jeune Afrique 7 avril 2015. Cette annonce n'est toutefois pas suivie d'effetFrance: nouvel espoir d'ouverture des archives présidentielles sur le Rwanda, Le Point du 6 juin 2020, et le chercheur François Graner mènera cinq ans de bataille judiciaire pour y accéder. En 2018, l'instruction dans l'attentat contre l'avion du président rwandais conclut à un non-lieu.

Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, on assiste à nouveau à un réchauffement des relations entre la France et le Rwanda, l'élection de l'ancienne ministre des affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, au secrétariat général de la Francophonie, à l'instigation du président français, en étant le principal marqueur, après quoi ce dernier crée la commission Duclert le .

En , malgré le réchauffement de 2010, la France n'a toujours pas d'ambassadeur au Rwanda, la personne proposée en 2015 ayant été refusée par le RwandaLa France n’a plus d’ambassadeur à Kigali RFI publié par Rwandaises.com, alors que le Rwanda a de nouveau un ambassadeur en France.

Composition de la commission Les membres Sont membres de la commission et auteurs du rapport final :

Vincent Duclert, chercheur et ancien directeur du Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron (CNRS-EHESS), enseignant à Sciences-Po, inspecteur général de l’éducation nationale, président de la Commission ; Catherine Bertho-Lavenir, professeure émérite de l'université Sorbonne-Nouvelle, inspectrice générale de l'Éducation nationale honoraire, archiviste paléographe ; David Dominé-Cohn, professeur certifié d’histoire-géographie, spécialiste des archives des armées et des opérations militaires ; Isabelle Ernot, professeure d'histoire-géographie détachée, docteure en histoire contemporaine, spécialiste de la Shoah, membre de la mission d'étude en France sur la recherche et l'enseignement des génocides et des crimes de masse ; Thomas Hochmann, professeur de droit public à l'université Paris-Nanterre, membre de l'Institut universitaire de France, spécialiste du droit constitutionnel ; Sylvie Humbert, professeure d'histoire du droit à l'université catholique de Lille, spécialiste de la justice pénale internationale ; Raymond Kévorkian, directeur de recherche émérite à l'université Paris-VIII, spécialiste du génocide des Arméniens, membre de la mission d'étude en France sur la recherche et l'enseignement des génocides et des crimes de masse ; Erik Langlinay, professeur agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine, spécialiste des organisations en temps de guerre ; Chantal Morelle, professeure en classes préparatoires, docteure en histoire contemporaine, spécialiste de la Ve République, de sa diplomatie et du général de Gaulle ; Guillaume Pollack, professeur certifié d'histoire-géographie, docteur en histoire, spécialiste des réseaux de résistance et des services secrets ; Étienne Rouannet, professeur certifié d'histoire-géographie, doctorant, spécialiste des archives d’état et de leur traitement documentaire ; Françoise Thébaud, professeure émérite en histoire contemporaine de l'université d'Avignon, spécialiste de la Première Guerre mondiale, des femmes et du genre ; Sandrine Weil, doctorante en histoire contemporaine, spécialiste des ressources images, membre de la mission d'étude en France sur la recherche et l'enseignement des génocides et des crimes de masse.

Débats sur la composition, refus et départs Dès son annonce, les critiques se sont concentrées sur la composition de la commission qui ne comprend aucun spécialiste du Rwanda. Elle exclut ainsi Stephane Audoin-Rouzeau, ainsi qu’Hélène Dumas « en raison de propos hostiles à l’armée française ». Annette Becker juge notamment que la « commission est mort-née. L’Elysée et son conseiller Afrique se sont fait avoir… par les militaires ». Sollicité par la suite pour participer à des réunions de travail, Stephane Audoin-Rouzeau refuse ; Hélène Dumas reviendra sur son accord après la révélation du Canard enchaîné sur Julie d'Andurain.

Par ailleurs, ont quitté la Commission :

Annette Wieviorka, directrice de recherche émérite au CNRS, spécialiste de la Shoah, membre du Conseil supérieur des archives et du Conseil d’administration de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, essentiellement pour des raisons de charge de travail, le ; Christelle Jouhanneau a demandé sa mise en retrait des travaux de la Commission pour des raisons professionnelles, le ; Julie d'Andurain, professeure des universités en histoire contemporaine à l’université de Metz, spécialiste d’histoire militaire contemporaine, après sa mise en cause en ; on lui reproche essentiellement d'être proche de l'armée. Christian Vigouroux, président de section au Conseil d’État en désaccord sur la méthodologie, ce qui semble plus profondément cacher un désaccord sur la mise en cause de François Mitterrand, en .

Rapport intermédiaire Le rapport intermédiaire est présenté en . Il précise la dénomination de la commission : commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994). Ce rapport ne rend pas compte à ce stade des archives déjà examinées, mais essentiellement des objectifs de la commission, de son organisation et de ses méthodes de travailNote intermédiaire remise au Président de la République 5 avril 2020.